Come Play : critique Black Mourroir

Mathieu Jaborska | 25 novembre 2020
Mathieu Jaborska | 25 novembre 2020

Le succès stratosphérique de Dans le noir a poussé bien des producteurs américains à regarder de plus près les court-métrages viraux horrifiques, capables d'être vus des millions de fois sur Youtube. Même Amblin, la célèbre boite de production de Steven Spielberg, s'y est mise, en donnant au réalisateur Jacob Chase de quoi rallonger son film Larry, une valeur sûre des programmations de courts d'épouvante. Un pari systématiquement gagnant ?

Petit Larry deviendra grand

Comme Lights Out, l’efficace court qui avait inspiré Dans le noir, Larry fonctionnait sur un principe très simple, un modèle maintes et maintes fois reproduit, à toutes les sauces. Une durée très courte. Un lieu unique. Une entité invisible. Un jeu sur l’obscurité. Et un jump-scare final bien bourrin. L’exercice du court-métrage horrifique a beau être un des défis les plus exigeants du 7e art, ce genre de productions très schématiques, parfois assurées d’un succès d’estime sur Internet, ont tendance à alourdir les programmations de courts de festival.

Mais les cinéastes à leur origine, souvent handicapés par des moyens limités, ne risquent pas d’en démordre. Après David F. Sandberg, c’est le monteur et réalisateur confirmé Jacob Chase, avec déjà une dizaine de courts et même un long-métrage à son actif, qui s’est vu proposer un chèque pour adapter sa courte histoire en film taillé pour le grand écran. Un travail très loin d’être aisé.

 

photoLarrygolepas

 

En effet, la durée et le genre du matériau d’origine supposent une simplicité narrative qu’il faut redéployer et approfondir pour atteindre le cap fatidique de l’heure et demie. Lights Out accordait à son metteur en scène une marge de manœuvre confortable, puisqu’il ne reposait que sur un concept simple. Larry, légèrement plus alambiqué, supposait un rapport aux écrans et une micro-mythologie pour sa créature.

Deux terrains glissants qu’il a fallu complexifier et envelopper dans une intrigue plus conséquente. Et pour parvenir à ses fins, Chase n’a pas hésité à s’inspirer de tous les succès récents, quitte à paraître finalement bien anonyme. On est donc face à un film dit « d’ami imaginaire » classique, mettant principalement en scène, comme la tradition le veut, une mère et son fils liés par une relation très dysfonctionnelle. Voilà la perspective qui a dû séduire Amblin, connue pour faire des enfants et de leurs problèmes familiaux ses fers de lance thématiques.

 

photo, Azhy Robertson, Gillian JacobsAzhy Robertson et Gillian Jacobs

 

La petite boutique de l’horreur

Malheureusement, ici, cela se traduit par un recours à tous les gimmicks éculés d’un cinéma d’épouvante mainstream américain en manque crucial de renouvellement. Visiblement très inspiré du Mister Babadook de Jennifer Kent, Chase n’en garde cependant que les ficelles les plus évidentes ou une identité visuelle précise (le style graphique du e-book maléfique est quasi-similaire à celui du livre pour enfant de Babadook). Le reste, il le colmate avec les habituels carcans préconçus du genre, encore une fois maladroitement utilisés.

Le film se perd donc en choix au mieux invisibles, au pire à côté de la plaque. Convaincu que les apparitions du monstre l’imposent, le cinéaste choisit par exemple un cinémascope pertinent dans le cas du court métrage (qui se déroule dans un décor vide), mais ici pas tant adapté à son sujet : les écrans de tablettes et autres téléphones, par défaut en 16/9.

 

photo, John Gallagher Jr.Le classique coup du dessin bizarre

 

Comme ses collègues, il met également l’emphase sur le sound design, arme de prédilection de James Wan et de ses nombreux imitateurs, au point de surcharger des séquences pourtant prometteuses et faire du fameux Larry un personnage de cartoon horrifique. Avait-on besoin d’entendre ses pas dans la scène où il approche du laser ?

Un trop-plein d’effets qui s’impose de lui-même, histoire de coller au reste de la production actuelle, dans une quête désespérée de légitimité, primordiale (a priori) pour les auteurs s’essayant à l’épouvante aujourd’hui. C’est d’autant plus dommage que Chase ne manque manifestement pas de talent : il parvient à parfaitement doser un climax pourtant exigeant, et tire parfois bien parti de son argument technologique, notamment grâce à une utilisation des filtres faisant violemment basculer la flippe dans notre XXIe siècle adoré.

 

photo, Azhy RobertsonCeci n'est pas une perche à selfies

 

Babadook.com

Le bat blesse lorsque la maladresse de l’ensemble, non contente de gâcher un peu un potentiel flippant indéniable, touche aussi la structure narrative. Larry racontait la matérialisation d’un monstre à travers les écrans. Come Play se réapproprie la thématique avec un angle à l’origine très sensible (un garçon autiste souffre de devoir communiquer avec une tablette), mais qui lorgne vite sur la leçon technophobe classique, jusqu’au point de non-retour précédent le climax, où Larry révèle lui-même être issu du mal causé par la technologie.

L’intéressant Babadook numérique se mue en mauvais épisode de Black Mirror, refusant, contrairement au traitement de Jennifer Kent, de considérer la part d’humain qui réside dans les mauvaises relations qu’entretient Oliver avec sa mère, pour tout mettre sur le dos de la méchante tablette. Rechignant à accorder à son antagoniste la forme d’ambiguïté que demande pourtant le sujet (encore une fois, Babadook est un modèle à ce niveau), le film s’embourbe dans un manichéisme qui déteint sur tous les personnages.

Il suffit de voir les joutes entre gosses qui intéressaient tant Amblin, pourtant une thématique cruciale et parfois délaissée par un cinéma populaire qui préfère s’attarder sur les cellules familiales, sombrer dans le schématisme pur, distinguant les harceleurs et les repentis.

 

photo, Azhy Robertson, Jayden Marine, Winslow FegleyQuand tu bats ton score sur Doddle Jump

 

Tant de problèmes qui l’empêchent de vraiment s’inscrire dans la veine intimiste mainstream clairement revendiquée. Jacob Chase s’attaquait à gros en écrivant sur l’exclusion de l’enfant par le biais de la technologie. Mais sa métaphore grossière et très mécanique dans sa gestion de l’émotion se prend un peu les pieds dans le tapis. Et ce n’est pas un ultime sursaut sensible, relativisant l’impact des écrans, qui le sauvera de l’oubli où il risque bien – faute d’une distribution très médiatisée et d'une situation sanitaire plus propice – de sombrer dans l’oubli où croupissent déjà beaucoup d’amis imaginaires en CGI.

 

Affiche

Résumé

Le court-métrage polissé s'est mué en long-métrage polissé, et même un peu réac'.

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commentaires

Gachman
27/11/2020 à 12:26

Je vous aime les gars vraiment mais la vous avez fumé quelque chose de violent. Car cette serie b est fortement recommandable, rien que pour sa mise en scene meme si cest pas parfait cest tellement mieux que toutes les nonnes et annabelles réunis

alulu
25/11/2020 à 20:47

Déjà que j'avais trouvé Babadook bien pourri...

Blason
25/11/2020 à 19:14

Le film est vraiment bien arrive à faire sursauter, la critique de EL ne rend pas justice aux film.

Ozymandias
25/11/2020 à 18:34

Vais me mater ça pour voir tiens.

Mad
25/11/2020 à 16:09

Wah vous êtes complètement passé à côté en fait.

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