De chair et d'os : critique lugubre et pluvieuse sur Netflix

Alexandre Janowiak | 24 avril 2020 - MAJ : 09/03/2021 15:58
Alexandre Janowiak | 24 avril 2020 - MAJ : 09/03/2021 15:58

Après le récent succès hispanique de La Plateforme sur Netflix, le service de streaming balance un nouveau thriller espagnol teinté de fantastique dans son catalogue : De chair et d'os de Fernando González Molina, le deuxième volet de la trilogie de Baztan.

LES YEUX D'AMAIA

Le cinéma espagnol a réussi à se faire une place à part entière ces dernières années, notamment dans le genre du thriller. On ne compte plus les succès entre La Isla mínimaEl ReinoLa Colère d'un homme patientL'Accusé ou évidemment le tout frais La Plateforme qui a créé un véritable engouement auprès du public lors de son arrivée sur Netflix en plein confinement (et on a bien aimé aussi d'ailleurs).

Sans surprises, la plateforme au N rouge continue donc à piocher du côté des genres que son public affectionne particulièrement afin de pérenniser ses abonnés et surtout lutter face à la concurrence de plus en plus rude (même si les chiffres records abondent). C'est ainsi qu'arrive De Chair et d'os de Fernando Gonzalez Molina. Pour autant, ce long-métrage est loin d'être un coup dans le vent de la part de Netflix et d'être une simple manoeuvre marketing.

Au contraire, il s'agit du deuxième volet des adaptations de la trilogie littéraire de Baztan que la plateforme diffuse à l'international depuis son lancement. Il s'agit donc de la suite des péripéties de Le Gardien invisible du même réalisateur et sorti directement sur la plateforme en août 2017 dans nos contrées. 

 

photoUne enquête qui mène dans les bas-fonds de la Terre

 

Ce deuxième volet suit donc à nouveau l'inspectrice Salazar. Tombée enceinte lors des événements du premier film où elle avait résolu une série de crimes glauques dans la vallée du Baztan, elle est désormais la maman d’un petit garçon de 4 mois et espère pouvoir enfin passer à autre chose après les meurtres sanglants qu'elle a suivis quelques mois plus tôt.

Malheureusement, plusieurs suicides mystérieux, la découverte de nouveaux cadavres suivant tous le même procédé lugubre (l'amputation de bras) et des notes avec le mot Tartallo (Tartaro en français, le nom d'un cyclope de la mythologie basque) vont la replonger dans une affaire sordide et macabre. Une nouvelle enquête liée à la précédente qui va, encore une fois, la confronter à ses démons familiaux et mettre en danger ses proches.

 

Photo Marta EturaDes secrets enfouis ressurgissent

 

BALADA MOUILLÉ

Attention donc à d'abord se plonger dans le premier volet. Rien ne vous empêchera de comprendre le bon déroulé du film et l'intrigue principal autour de l'enquête meurtrière, mais s'offrir le visionnage du Gardien Invisible en premier lieu sera le moyen de mieux apprécier l'univers. En effet, la trilogie de Baztan est construit un peu à la manière de la saga litteraire Millenium de Stieg Larsson.

Ainsi, à l'image de Lisbeth Salander, l'héroïne de De Chair et d'os (incarnée par l'excellente Marta Etura) s'approfondit au fil des épisodes et d'ores et ses nouvelles confrontations sont irrémédiablement corrélées à son parcours. C'est ce qui valorise en grande partie ce deuxième volet et l'univers dans lequel il se déploie. Après l'enquête du premier volet, cette nouvelle affaire permet encore d'explorer et d'étudier le passé d'Amaia Salazar et celui de sa mère notamment, une des grandes énigmes du Gardien Invisible. 

De facto, la richesse narrative des personnages et de leurs passifs (montrés à l'aide de flashbacks ou visions), permet au film de Molina d'être précis sur les interactions, les enjeux et le mystère spirituel, mystique voire démoniaque autour de l'inspectrice et sa famille. La présence quasi permanente de la pluie offre par ailleurs une force à cette atmopshère diabolique. A cet égard, le climax final se déroulant en plein déluge fonctionne à merveille tant l'on a l'impression que des forces surnaturelles s'y invitent pour abattre leur sort sur l'inspectrice.

 

Photo Carlos Librado Un peu d'action et beaucoup de mystère spirituel

 

Cette ambiance pluvieuse et très sombre rappelle d'ailleurs certains motifs du Seven de David Fincher. Malheureusement, si la générosité se fait sentir à chaque seconde du métrage, l'étalonnage de l'ensemble manque parfois de visibilité. Les séquences sous la pluie sont tantôt sublimes, tantôt trop sous-éclairées pour qu'on puisse y distinguer la moindre chose. Une irrégularité qui empêche le film de s'élever alors même qu'il jouit souvent de très belles idées visuelles et d'un découpage extrêmement fluide.

Impossible, enfin, de nier que De Chair et d'os manque de rythme et étire son récit trop en longueur (même s'il le fait pour développer ses personnages et embellir l'univers mis en place). Sur les deux heures de métrage, une bonne quinzaine de minutes aurait pu être retiré afin d'aller plus droit au but et éviter quelques chemins détournés. Il n'empêche qu'il s'agit d'un thriller efficace que le troisième volet, attendu pour cette année 2020, viendra achever sûrement avec beaucoup de fantastique ou spiritisme, mais une dynamique plus aboutie donnerait une véritable plus-value aux tourments et rebondissements scénaristiques de cette trilogie.

De Chair et d'os est disponible sur Netflix depuis le 17 avril 2020. Le Gardien invisible est également disponible sur la plateforme. Le troisième volet, Une offrande à la tempête, est prévu pour juin 2020 en Espagne et sans doute 2021 sur Netflix.

 

Affiche espagnole

 

Résumé

Avec la richesse de la trilogie littéraire qu'il adapte, De Chair et d'os n'a pas de mal à approfondir ses personnages et son univers. Pour autant, bien qu'il soit maitrisé, ce thriller démoniaque manque de rythme et de passion pour pleinement captiver.

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Lecteurs

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commentaires
GiGi55
08/11/2020 à 17:07

Je viens de voir le 1 er film
Le gardien invisible. J ai adoré .une petite pause et je continue avec le 2 ème " de chair et d'os et ce soir je regarderai le 3 ème film offrande à la tempête.
3 films prenants où rien ne peut venir me déranger.

Égocentrique
14/09/2020 à 16:31

J’ai adoré ! Merci!

Thurio
24/08/2020 à 16:27

Le pire investissement de la Communauté de Navarre dans le cinéma qui a payé pour montrer un pays sinistre où il pleut 24/7, où le 21e siècle n'est pas entré et où l'Opus Dei vous protège des sectes sataniques ultra puissantes très actives et impunies. Les financeurs ont-ils lu le scénario ? Quant à la magnifique comédienne quel dommage que son personnage n'ait droit qu'à deux expressions tout le long des 7h de la trilogie : elle est effarée et elle pleure. On pourrait se déchaîner sur l'inanité du scénario mais il suffit de dire de cette très mauvaise histoire : "de la pluie et des larmes". Et voilà le spoil absolu de ces 3 épisodes...

Louise
24/07/2020 à 02:55

Comment s’appelle le 3films de la trilogie

Alain59144
11/06/2020 à 14:16

A ceux qui aiment dire comment il faut faire un film et critiquent la moindre seconde je dirais prenez donc une cam, des acteurs et un scénario et allez y montrez ce que vous savez faire. C'est un film espagnol, avec cette touche sombre et dramatique de la péninsule, c'est un thriller intime, violent et prenant avec des acteurs sobres et honnêtes. Les paysages sont superbes, loin de l'image ensoleillée de l'Espagne des vacances. On ne s'ennuie pas et les deux heures passent très vite Et s'accélèrent dans la dernière demie heure. Vivement 2021 pour le dernier opus. À voir et à apprécier

Boby
29/04/2020 à 18:41

J ai adoré les deux premières volets de cette trilogie

darkpopsoundz
25/04/2020 à 11:19

La lecture de votre article m'a donné envie et hier soir j'ai regardé les 2 (Invisible Guardian et celui-ci). J'avoue avoir été très déçu...
Quelques spoilers dans mon petit texte qui suit. ;-)

Je ne connais pas les bouquins, il faudrait que je les lise ou que quelqu'un qui les aurait lu me confirme, mais j'ai eu cette désagréable impression que les livres doivent regorger d'informations, de personnages, de timelines, et que le scénario a échoué à y mettre bon ordre et à les adapter correctement: certaines pistes sont à peine esquissées puis abandonnées (le surnaturel en particulier et les légendes basques, ou bien ce fameux geste de la main que fait Salazar sur les lieux des crimes, jamais expliqué), des personnages secondaires dont on sent bien qu'ils doivent avoir bien plus d'importance et de personnalité sont traités avec hésitation (Montes et Etxaide en particulier, dont le film semble esquisser des réactions intenses envers Salazar puis les abandonne en cours de route, idem pour James, qui fait plus de la figuration qu'autre chose alors que son personnage lui aussi semblait avoir un grand potentiel si ce n'est dans le récit au moins dans sa relation à Salazar).

Globalement, et probablement pour cette même raison d'adaptation, j'ai trouvé les scénarios et leur récit très confus, et du coup le rythme des films s'en ressent, haché et saccadé, un instant approfondissant les relations familiales (les parties les plus réussies, les flash-backs étant dosés assez justement dans le récit), un instant accélérant tellement que bien des éléments de l'histoire sont complètement passés à la trappe, formant des zones d'ombre voire carrément des plot holes, qui gênent beaucoup la compréhension. Plusieurs fois j'ai eu l'impression que les personnages avaient reçu des informations qui n'étaient jamais données à l'écran, et qu'ils fonçaient dans l'histoire sans que le spectateur ne comprenne bien pourquoi.

Le 1er avait un scénario assez linéaire, et le 2nd est un peu plus intéressant à ce niveau-là, malheureusement la réalisation elle aussi trop confuse et mal maîtrisée, sans grande personnalité, nuit encore à l'ensemble. J'ai même quelque fois eu l'impression qu'il y avait plusieurs metteurs en scène différents! Je veux dire par là qu'il y a des tentatives de stylisation bienvenues sur certaines scènes mais que jamais elles ne sont poursuivies et approfondies, et pour moi ce genre de scénario aux ramifications complexes exige une réalisation carrée, réfléchie et cohérente pour fonctionner et embarquer le spectateur, et ici ce n'est pas le cas. Et ce filtre vert dégueulasse, avec la pluie constante, déjà on en a marre de voir cette esthétique depuis Seven (pour le coup pile-poil le film le plus maîtrisé en terme de mise-en-scène et d'atmosphère), mais en plus c'est juste ça: une esthétique qui ne sert pas vraiment le propos, juste un vernis pour dire "ouh c'est lugubre, voyez il pleut et il fait vert". Le 2ème s'en tire un peu mieux de ce côté, déjà en ayant viré le filtre vert, mais surtout en faisant en sorte que les éléments météo suivent le déroulé du film, c'est encore assez grossier mais c'est intéressant, comme vous l'avez noté en effet la montée des eaux et la tempête grossissent à mesure que l'intrigue avance, jusqu'au final, accentuant le côté forces naturelles et surnaturelles se déchainant. Malheureusement, là encore, tout ceci est fort mal amené et maladroit...
J'ajouterais enfin les acteurs très peu inspirés, et ça sera le dernier clou du cercueil ici. ;-)

Donc très grosse déception, deux films trop génériques et confus pour intéresser par rapport à une histoire qu'on sent bien complexe mais ratée à l'écran. Moi qui adore le ciné espagnol je n'y ai pas retrouvé ce qui en fait l’intérêt et la personnalité, du coup ça ressemble à un film hollywoodien Canada Dry (oups, les plus jeunes ne saisiront pas cette référence!).

Par contre ça m'a donné fortement envie de lire les bouquins! :-)

Numberz
25/04/2020 à 09:12

@ en thriller espagnol, j'ai adoré la colère d'un homme patient. Bon ce n'est pas sur Flix, mais je signale juste un bon film.

Bond
25/04/2020 à 00:38

Dans le genre thriller espagnol , je conseille fortement The invisible guest , un excellent thriller sur Netflix
Ce serait bien qu’Ecran Large en fasse une critique

Kouak
24/04/2020 à 23:12

Bonsoir,
J'ai essayé après avoir visionné le 1er, de regarder celui-ci.
Malheureusement non traduit...
Confinement oblige... (Message de Netflouz au démarrage du film)...
L'espagnol est une très agréable langue mais là c'est juste pas possible... Quand c'est débité à 200 mots/secondes on est vite saoulé...
A tel point que même les sous titres n'arrivent pas à suivre...
Certains s'affichent 1/2 seconde et... Démerdez vous !
J'attendrais la version française, si un jour elle arrive...
Un jour... Comme les autres...
Bref...

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