La Plateforme : critique qui rend fou sur Netflix

Alexandre Janowiak | 24 mars 2020 - MAJ : 24/03/2020 12:24
Alexandre Janowiak | 24 mars 2020 - MAJ : 24/03/2020 12:24

Alors que le cinéma est en crise à cause de la pandémie de coronavirus, Netflix n'a jamais eu autant de visibilités auprès de ses abonnés avec le confinement mis en place sur une bonne partie de la planète. Comble du hasard, l'arrivée du thriller horrifique et social La Plateforme dans son catalogue retentit étrangement avec l'actualité.

LA NOUVELLE SAUVAGERIE

Imaginez un thriller à concept à la Cubeune réflexion sociale sur le capitalisme et le consumérisme à la Snowpiercer : Le Transperceneige et une horreur soudaine, parfois trash et gore, à la Saw, et vous obtiendrez l'étrange et captivant long-métrage qu'est La Plateforme.

Après une ouverture énigmatique dans des cuisines luxueuses aux mets gourmands et qui pourraient figurer au Guide Michelin, le long-métrage espagnole nous plonge très rapidement au coeur du système de la Fosse à travers le regard de Goreng. Incarné par Ivan Massagué, il sera le centre de la plongée dans l'enfer de cette prison verticale où il est atterri volontairement pour obtenir un certificat. Car en effet, dès les premières minutes, on comprend que son personnage est enfermé dans une prison verticale, surnommée la Fosse donc.

Chaque étage est relié par un trou béant en son centre et par lequel descend chaque jour une plateforme où sont disposés tous les plats confectionnés par les cuisiniers aperçus en ouverture. Les plats sont censés nourrir les détenus mais avec un seul repas par jour, les premiers étages sont forcément avantagés, pouvant manger à leur faim avec une table propre et abondante, quand les derniers étages restent affamés. L'enfer peut commencer.

 

photo, Ivan MassaguéUn héros qui va en chier

 

EN CHAIR ET EN RESTE

La Plateforme fait parti de ces petits films pas attendus ni médiatisés et qui pourtant méritent plus qu'un coup d'oeil et bien toute notre attention tant ils en ont dans le ventre. Suivant des règles très précises parfaitement cohérentes et judicieusement développées, le premier long-métrage de Galder Gaztelu-Urrutia jouit d'un concept captivant et terriblement évocateur.

Chaque cellule/étage contient uniquement deux lits, deux personnes, une toilette, un lavabo et l'unique objet que chaque détenu à souhaiter apporter durant sa peine (un livre, une couteau, un chien, une corde...). Chaque binôme change d'étage chaque mois (pour le pire ou le meilleur) et donc la seule nourriture disponible est celle de la plateforme descendant à chaque étage seulement quelques minutes par jour. Bref, les bases sont simples, efficaces et ne laissent place à aucune fioriture pour aller droit au but.

Ainsi, avec son point de départ, le film se présente d'abord comme un huis clos terriblement oppressant et sombre, lorgnant sur des terres dystopiques. En pleine période de confinement, La Plateforme répond d'ailleurs (hasard du calendrier) parfaitement à l'actualité provoquant une sensation d'étouffement, de malaise, d'inconfort évident et finalement de paranoïa à l'image de l'oeuvre culte de Vincenzo Natali : Cube.

 

photo, Zorion EguileorLe Samourai X, déjà culte

 

Un enfermement particulièrement magnifié et accentué par la mise en scène du réalisateur espagnol. Jouant farouchement avec de nombreux gros plans sur les visages ou sur les objets, des décors crades (cette table dégoutante), des couleurs sinistres et ne refusant jamais de montrer l'horreur directement, Galder Gaztelu-Urrutia fait suffoquer son personnage principal et les spectateurs. La musique très organique et scabreuse, usant beaucoup de sonorités dérangeantes, décuple également la gêne qui nous saisit. 

Cette sensation d'étouffement des personnages et notamment celui de Goreng va perdurer tout au long du long-métrage, mais elle va se déplacer peu à peu vers un sentiment beaucoup plus dangereux et inquiétant. Ainsi, le thriller à concept, déjà bien morbide, se transforme soudainement en film d'horreur en fonction des découvertes de Goreng, de ses relations avec les autres détenus et de l'avancée du temps. Les situations trashs et désespérées vont se succéder au coeur des étages où les meurtres, les tentatives de viols, les suicides, trahisons et actes de cannibalismes deviennent le quotidien.

La Plateforme provoque alors une folie légitime, voire essentielle, chez son héros et vient complètement chambouler son point de départ horrifique et angoissant pour devenir une véritable réflexion sociale sur le capitalisme. L'horreur n'est pas seulement physique, elle est surtout existentielle.

 

photoGlauque et crade sont des maîtres-mots

 

L'ENFER C'EST LE SYSTÈME

En effet, à l'image de l'oeuvre Bong Joon-hoLa Plateforme propose une critique farouche du capitalisme et de la société consumériste en général. Là où l'oeuvre du coréen reposait sur une représentation horizontale des conflits sociaux à travers les wagons que remontait un à un le personnage de Chris Evans, l'inhumanité du capitalisme est ici verticale avec cet empilement d'étage qui ne semble plus en finir. La métaphore est alors beaucoup plus visuelle et encore plus impressionnante face au gouffre qui sépare les mieux lotis, les intermédiaires, les pauvres et finalement les abandonnés.

Par conséquent, en s'appuyant sur cette allégorie pertinente de la lutte des classes, le jeune réalisateur espagnol tente de dénoncer les méthodes d'un système en décomposition, dont les vertus se sont perdues en chemin voire n'ont jamais été que des leurres. Et parce que les défavorisés sont incapables de se faire entendre, non pas par fainéantise mais bien parce que le système les en empêche, la solution est ailleurs, au-dessus.

"Le changement n'est jamais spontané" avance l'un des personnages du récit, et en effet, bien au contraire, il se provoque, se gagne. Ce sera tout l'objet du dernier tiers du film, qui se révélera un peu court et trop mécanique devant la grandeur de l'enjeu. Le grand final, emplit d'onirisme, provoquera d'ailleurs sans doute plusieurs réflexions mitigées à cause de sa rapidité et de sa brusquerie. Pour autant, il a le mérite de laisser libre cours à de nombreuses interprétations, qu'elles soient religieuses, philosophiques ou sociétales, et laisser une grosse dose de mystère allouant au film une profondeur qu'il faudra explorer plusieurs fois avant d'en assimiler tous les recoins.

 

photo, Alexandra MasangkayToucher le fond pour mieux sursauter ?

 

En tout cas, une chose est sûre, ces dernières années, l'Espagne a démontré qu'elle comptait dans ses rangs de nombreux metteurs en scènes talentueux, bien au-delà de la figure emblématique de Pedro Almodóvar. Alors qu'Alejandro Amenábar et Álex de la Iglesia ont fait leur preuve depuis bien longtemps, le pays a su dénicher de petites perles comme Juan Antonio Bayona (The ImpossibleQuelques minutes après minuit), Raúl Arévalo (La Colère d'un homme patient), Alberto Rodríguez (La Isla mínima) et bien évidemment Rodrigo Sorogoyen à qui l'on doit d'ores et déjà trois grands films en seulement quatre ans : Que Dios nos perdoneEl Reino et Madre.

On sait désormais qu'il faudra compter sur Galder Gaztelu-Urrutia tant La Plateforme, pour un premier film, jouit d'une richesse thématique hallucinante, d'une justesse scénique impressionnante et d'une dynamique captivante.

La Plateforme est disponible sur Netflix depuis le 20 mars

 

Affiche

Résumé

Mélange malin, pertinent et novateur du meilleur de Cube, Snowpiercer et Saw, La Plateforme est un premier film ultra-percutant, angoissant, violent et étouffant, dénonçant farouchement, et non sans virtuosité, le système capitaliste.

Autre avis Mathieu Jaborska
Forcément trop démonstratif, et ce dès les premières minutes, le film gagne en intérêt quand il cède à une noirceur et à une violence misanthrope rarement vue sur Netflix. Sur ce point, c’est peut-être une des meilleures parts de l'héritage de Cube.

Lecteurs

(3.3)

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commentaires

Jpoljan79
13/04/2020 à 12:18

Et que deviens la petite fille à la fin ???
Un sentiment d'inachevé nous laissant dans l'espoir d'une suite ....

Dirty Harry
12/04/2020 à 10:19

Malheureusement pour moi ce n'a été qu'un court métrage étiré. La parabole est tout de même un peu lourde (l'équivalent des nos structures capitalistes ce qu'est la religiositié dans Mother d'Arronovski) les dialogues surexplicatifs par trop utilisés (un peu d'allusion et de sous entendus ne font pas de mal), et les acteurs ne sont....pas très photogéniques (ils ont tous des sales G désolé !), ok pour prendre des gens de peu, mais un peu de candeur dans le regard, de la bonté...ah oui en plus le film est misanthrope - mais de la misanthropie un peu adolescente - décidément les films high concept ne me branchent plus ces temps ci...
(Tiens mais que devient Vicenzo Natali ?)

Bigteub
05/04/2020 à 23:33

Tous à poil

nimportenaoik
02/04/2020 à 17:25

commentaire suprimé why???? bande d’écran pas large!!!!

DAMO#
02/04/2020 à 00:37

Ce film m'a littéralement bluffé et de tous les films cités comme "The Snowpiercer" "Cube" (qui sont de bons films en soit) "La Plateforme" pour moi dépasse les autres par son scénario fort de la psychologie des acteurs et de ce que cela provoque chez nous spectateurs.
Sinon tout aussi enrichissant de vous lire dans vos observations et critiques.
Belle satyre du monde actuel ce réalisateur espagnol signe là un puissant premier film!

toutperdu
01/04/2020 à 11:25

Bonjour à vous
Personnellement je trouve ce film génial
Tres / trop réaliste sur notre société.
J’espère même que le "covid19" nous aidera a prendre conscience de cela et a entamer des changements.
Pour politiquer cela me fait trop penser a une réflexion sur les" premier de cordées"

Barnabul
31/03/2020 à 17:26

Ce film aurait pu être génial, mais on reste sur sa faim. On balance des tas de bonnes idées et charge au spectateur de se démerder pour comprendre. Alors oui évidemment il y a d'excellentes idées une trés belle critique de la société, mais on sent qu’après la super idée de départ, le réalisateur est emmerdé et on essaye de remplir, pour au final pondre une fin à la Lost, comprenne qui veut. Ca doit surement, ceci-dit, émoustiller quelques intellos pour leur branlette du week-end en se disant qu'ils ont compris 2 ou 3 trucs philosophiques ou pseudo religieux, mais bon.... faut arrêter de nous prendre pour des pommes. Ce film me fait penser à ces mangas style ghost in the shell, ou alors matrix où ça part dans tous les sens pour donner une illusion de je sais pas quoi. Dommage.

Mamouka
31/03/2020 à 13:03

Je ne suis pas une habitué du genre espagnole. Je n'avais vu que cube.. Et jme suis laissé tenté par ma plateforme. C'est un film très prenant, puis dérangeant. Je ne saurais pas le categoriser tellement il est noir, sévère, trash, assomant et intriguant. Tout comme avec cube je ne regrette pas de l'avoir vu et je pense accorder un peu plus d'attention désormais au cinéma espagnole

Bridget
29/03/2020 à 14:17

Complètement débile ce film, sans aucun intérêt, j’ai arrêté après 3/4 heure.

La libellule
27/03/2020 à 06:00

La pana cotta est elle remonté ? Je pense que oui.
Et l'enfant pour moi est le symbole de la mort.
Pourquoi la mère n'aurait pas trouvé son enfant avant que le descend à chaque fois?
Je pense que la "mere" voulais mourir dans forcement sauter .
Les 2 guerriers voient la fille à la fin et ils sont tous les 2 morts.
La femme de l'administration insiste sur le fait qu'il n'y a pas d'enfants et que la "mere" est venu seul

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