Birds of Prey et la fantabuleuse histoire de Harley Quinn : critique Squad

Geoffrey Crété | 5 février 2020 - MAJ : 06/02/2020 10:42
Geoffrey Crété | 5 février 2020 - MAJ : 06/02/2020 10:42

Quatre ans après son apparition dans Suicide Squad, la Harley Quinn incarnée par Margot Robbie est de retour sans Joker, mais avec une bande d'(anti)héroïnes : Huntress, Black Canary, Cassandra Cain et Renee Montoya. Après le succès monumental de Joker avec Joaquin Phoenix, Birds of Prey et la fantabuleuse histoire de Harley Quinn est un coup de pied arc-en-ciel dans l'univers DC mené par Warner Bros.

HARLEY QUEEN

Harley Quinn n'a jamais été un personnage comme les autres dans l'univers DC. Née non pas dans les comics, mais sur les écrans, comme faire-valoir ultime du Joker pour Batman, la série animée, elle a peu à peu pris son envol jusqu'à défendre une place à part entière, au fil des épisodes et comics, traçant une route peu commune. Qu'elle se retrouve à la tête de son propre film, après avoir été le second couteau et quota mini-short de Suicide Squad, et avoir été liée à au moins deux projets (dont un centré sur elle et le Joker de Jared Leto), est finalement logique.

Parmi les seules survivantes artistiques du film de David Ayer, Margot Robbie mène donc la danse des Birds of Prey, un groupe d'(anti)héroïnes DC né dans les années 90. Et l'équipe débarque dans une phase étrange de cette galaxie au cinéma, entre Aquaman et Shazam! qui ont ralenti l'univers étendu après le désastre Justice League, Joker qui a ouvert une brèche inattendue auréolée de succès, et avant Wonder Woman 1984 qui arrive en juin. Birds of Prey et la fantabuleuse histoire de Harley Quinn de Cathy Yan est donc à traverser comme une parenthèse pop et légère, au charme certain, et aux limites évidentes.

 

photo, Margot RobbieAssurer son avenir et laisser le chaos derrière

 

DARK-EN-CIEL

Birds of Prey a déjà quelques atouts qui manquent cruellement à bien des productions du genre : du style, de l'ambition visuelle, et un désir manifeste d'habiller et enrober le moindre morceau de décor. La photo est signée Matthew Libatique, notamment connu pour son travail chez Darren Aronofsky (The Fountain, Black Swan, Mother!), mais également passé chez Marvel avec les deux premiers Iron Man ; et ça saute aux yeux.

La palette de couleurs est un plaisir pour la rétine, et toute la mise en scène repose sur ce jeu avec les décors, les costumes, les reflets, les lumières, les ombres, la fumée. D'un club plongé dans l'obscurité à un climax digne d'un film noir embrumé, en passant par les rues qui débordent de poubelles et de béton, Birds of Prey surnage dans la masse de superproductions aux allures de téléfilm. Cathy Yan va souvent trop loin, avec notamment une parenthèse musicale et une scène mouillée qui rappelle les grandes heures de Resident Evil : Afterlife, mais il y a un certain charme dans ce tunnel fluo qui déborde de paillettes, de cris, de ralentis et de coups.

 

photo, Margot RobbieSortez de la case prison et essayez de ne pas faire un téléfilm

 

ATOMIC BLONDE & BRUNES

Avec un budget de moins de 100 millions (à la Shazam donc, soit la fourchette basse du genre), Birds of Prey se défend bien côté spectacle. Hormis une exception qui semble à peine assumée à l'écran, il n'y a pas de super-pouvoirs à proprement parler dans l'histoire, et tout repose sur les coups - de pied, de poing, de batte, de maillet ou tout autre accessoire qui passe entre les mains des personnages. Pour tirer la baston vers le haut, Cathy Yan a amené Chad Stahelski, coordinateur de cascades passé réalisateur avec les John Wick, et là encore c'est une plus-value évidente.

Sans atteindre des sommets en termes de vivacité ou virtuosité, les scènes d'action menées par Harley Quinn, Huntress, Black Canary et les autres sont étonnamment claires, souvent amusantes, et parfois inspirées. Au minimum, le découpage est maîtrisé, solide, évitant l'épilepsie habituelle des films de super-héros qui dilue l'impact des chorégraphies. Au mieux, Cathy Yan emballe des moments savoureux, jouant avec un plaisir évident des mouvements et de la souplesse de ses personnages. Les bastons deviennent alors de petites danses absurdes (rien de mieux qu'un nuage de cocaïne pour renforcer les défenses immunitaires), rocambolesques (des rollers, des voitures et une moto), et même un peu violentes (il suffit d'une balle pour que Harley calme un adversaire).

Par ailleurs, la violence cartoonesque amène une petite couleur bienvenue. Après Joker, Birds of Prey illustre comment le Rated R (interdit aux moins de 17 ans non accompagnés aux États-Unis) peut enrichir l'univers DC, et servir son identité. Il y a quelques visages découpés, des jambes brisées, des corps écrasés et une hyène qui bouffe un tibia, et tout ça est traité avec une légèreté réjouissante, sans pour autant être étalé bêtement au premier plan.

 

photo, Margot Robbie, Mary Elizabeth WinsteadLe club des cinq : next generation

 

DEADPOULES

Birds of Prey a néanmoins de grosses limites dès sa conception, et pue le bête produit de studio à plusieurs niveaux. La posture punk d'adolescent attardé, servie par une voix off lourdingue et des écritures à l'écran, donne l'impression que le film a été assemblé par une équipe marketing pour un public pubère. La bande originale insupportable, qui inonde la plupart des scènes comme dans une boîte de nuit des enfers, va dans ce sens. Même chose pour la narration, qui use et abuse des flashbacks, pour rembobiner l'action et réunir peu à peu les éléments, comme dans un vain effort pour dynamiser l'intrigue avec des effets dignes des années 90.

Le film court après le cool absolu avec la force du désespoir, et se ringardise instantanément à mesure qu'il avance. Deadpool est passé par là, et Birds of Prey cherche clairement à reproduire cette formule, avec plus de style certes, mais au risque d'être irritant au possible dans ses pires moments. Il n'y a qu'à voir l'épilogue pour s'en convaincre.

 

photo, Margot Robbie, Ewan McGregorEn rose et noir

 

Ewan McGregor en Black Mask illustre bien la schizophrénie du film. D'un côté, il cabotine sans avoir l'occasion d'exister au-delà d'une vague menace ni avoir de vrai grand moment - hormis une tentative trop évidente et donc, ratée. De l'autre, il lui suffira de quelques plans et réactions, pour attirer la curiosité ou le rire. Il a d'ailleurs l'une des scènes classiques de méchant les plus amusantes du genre. Et c'est ce second degré, ce recul pas simple à gérer, qui sert le mieux Birds of Prey - lorsque c'est maîtrisé et bien dosé.

Dans ce Margot Robbie show, qui s'amuse en Carrie Bradshaw édition Ex & the City, Jurnee Smollett et Mary Elizabeth Winstead tirent leur épingle du jeu. Les deux ont un charisme qui occupe tout l'écran, dans les moments d'action comme dans l'humour - Huntress parle peu, mais a quelques-unes des scènes les plus réussies. L'improbable équipe formée avec Rosie Perez et Ella Jay Basco ne ressemble à rien, et c'est aussi pour ça qu'elle donne envie de la suivre.

 

photo, Mary Elizabeth WinsteadRamona forever

 

SUICIDE SQUAT

Et le DCEU dans tout ça ? La prudence est de mise dans Birds of Prey et la fantabuleuse histoire de Harley Quinn, avec quelques maigres clins d'oeil dignes de l'apparition de Superman dans Shazam. Le film se déroule bien après Suicide Squad, pas renié, mais clairement relégué au troisième plan. Et c'est même plus que ça : c'est quasiment un jumeau du film de David Ayer, ou du moins de ce qu'il aurait pu et dû être.

Le mélange entre l'urbain sombre et les néons pop, les personnages instables et explosifs réunis malgré eux, la narration resserrée dans le temps et l'espace, la présentation des héroïnes et leurs traumas... les points communs sont nombreux, comme si une leçon avait été retenue et que tout avait été bâti sur le cadavre d'un film qui a certes été un succès en salles, mais a tellement posé problème que sa suite ressemble à un soft-reboot et s'appelle The Suicide Squad.

 

photo, Margot RobbieI'm a survivor

 

Birds of Prey a minimisé les risques avec un budget plus raisonnable (presque deux fois moins que Suicide Squad), moins de personnages, et un opportunisme évident : un film réalisé par une femme, menée par des personnages féminins, qui tourne autour de l'émancipation d'un ancien faire-valoir.

Et si son nouveau départ est traité avec la finesse d'une sitcom dans l'histoire, c'est peut-être parce qu'il raconte autre chose : Harleen Quinzel qui reprend sa vie en main, sans le Joker de Jared Leto, c'est comme l'univers DC entier qui s'affranchit des règles imposées par Marvel pour créer sa propre identité, sans s'en excuser ou y aller à reculons. Pour un résultat à l'image Harley Quinn : mi-charmant, mi-exaspérant.

 

Affiche

Résumé

Une parenthèse rose bonbon et un peu concon dans l'univers DC, qui souffre de beaucoup de fausses notes et d'une posture provoc bas de gamme, mais bénéficie d'une ambiance soignée, et de quelques charmantes idées dans l'humour et l'action.

Autre avis Simon Riaux
Derrière la provoc en carton et le féminisme soldé, on trouve des comédiens décidés à s'amuser et surtout, une réalisatrice, Cathy Yan, capable de transcender un cahier des charges lourdaud pour offrir un petit film d'action énervé et étonnamment vif.

commentaires

Hytorytopytophyto
14/02/2020 à 21:26

A éviter absolutely


13/02/2020 à 08:08

N'écoutez pas les critiques, on s'est bien marré et on n'était pas 'es seuls dans la salle à avoir passyun bon moment.

Flo
11/02/2020 à 16:08

« Oh les filles, oh les filles
Elles me rendent marteau
Oh les filles, oh les filles
Moi je les aime trop… »

Les Birds of Prey, les « vraies », sont à l’origine un duo d’héroïnes DC, façon séries tv policières des années 80/90 (mais jamais désignée sous ce nom d' »Oiseaux de Proie », à ses débuts):
La tête, Barbara Gordon, ne pouvant plus être Batgirl et tentant de se reconstruire après avoir été mutilée, humiliée, voir même symboliquement violée par le Joker.
Les jambes, Dinah Lance/Black Canary, sortie du rôle de petite amie de Oliver Queen/Green Arrow auquel elle finissait un peu trop par se rattacher.
Puis le duo s’est étoffé avec d’autres héroïnes au fur et à mesure, de manière fixe ou mouvante.
Pas un énorme succès des comics, ultra culte, mais une présence de qualité, car rien que l’histoire personnelle de la chef de cette équipe vaut largement son pesant d’intérêt. Mais…

Pas non plus l’idée principale de ce supposé film « Birds of Prey », qui semblait alors avoir réussi son opération promo, basée sur… pas grand chose de concret:

– « Au moins, ça nous change de Marvel »
Et bien non, si on évite de penser à « Deadpool » (encore plus lié au MCU aujourd’hui) car Harley Quinn, prenant plus ou moins la tête de l’équipe à la place de Barbara Gordon, est depuis quelques années devenue une sorte de Deadpool au féminin dans les comics – sauf que Ryan Reynolds, lui, pensait à porter un vrai costume rouge et noir dans son film. Ce « BoP » est donc un titre un peu mensonger, on le sait maintenant, il faudra plutôt citer son sous-titre.
Et comme Margot Robbie est la star principale, imposant les choix et réalisatrice (peu expérimentée) qu’elle veut, en conquête de rôles féminins majeur… On peut la considérer comme responsable principale du résultat.
La voila, comme déjà dans « Suicide Squad », à vampiriser à l’aise les « BoP » originelles sous prétexte qu’il s’agit d’une équipe de filles…
Sous prétexte aussi que plus de la moitié des films Warner/DC sont rattachés à tout ce qui tient à l’univers de Batman. Si ce n’est pas la chauve-souris qui apparaît, il s’agit alors du Joker. Jusqu’aux vilains gesticulants comme si on était encore dans la série tv Batman des années 60.
Toujours le même Formatage de la Warner, toujours bien peu de prise de risque de la part du studio…

– « Chouette, les filles se battent, c’est Féministe ! »
Oui, mais de manière assez caricaturale et manichéenne, ce qui ne rend service à personne. Surtout quand le personnage/narrateur principale est très « bouffonne », qu’ainsi rien de ce qu’elle raconte (y compris les scènes auxquelles elle n’est pas censé avoir assisté) ne peut passer pour suffisamment sérieux. Comme si ce dispositif, parfaitement au centre du film « Joker », se retournait contre ce film là, pour cause d’excès de délire.
Sans aller jusqu’au bout de la violence des relations hommes/femmes, en ne faisant pas de « BoP » un film dur et Misandre, justifierait sa classification « R Rated », censée être plus mature…
Son intérêt narratif en devient assez vain, et sa classification idem quand elle ne sert alors qu’à insérer quelques gros mots inutiles (et sans impact sur la VF), un peu de trash et des os brisés. Très adolescent, comme pour le tout venant des histoires super héroïques. Ce qui ne devait pas être le but recherché.
Et son récit supposé Auto-Contenu empêche toute cohérence, sans être là aussi utilisé au maximum – par exemple, pourquoi faire ressembler cette fois-ci Gotham à Los Angeles (au lieu de la sempiternelle Chicago)… au lieu d’aller carrément baser l’action du film dans la Vraie Los Angeles ? Dans un endroit plus réel ?
Ce qui nous donne surtout au film l’allure d’un « Suicide Squad bis »: toujours un air californien, avec des tas de tatouages et de piercings, des costumes peu couverts pour les femmes, du rap gangsta de rue, de la grosse couleur fluo, ainsi que des personnages finalement assez inoffensifs…
Et quand on connait la mauvaise réputation, un peu exagérée certes, du film « Suicide Squad »…

– « Bon, au moins c’est Fun et y a de l’action et une bonne dose de violence ! »
Si on veut se contenter de ça, avec ses scènes d’action bien sympas, il faudra faire tout de même avec une esthétique ultra colorée qui agressera la rétine de certains. Et de l’Humour pas toujours drôle et même ringard… ce gros défaut insurmontable de toutes les prods cinéma adaptées des DC Comics.
Pas faute de la Warner d’essayer encore et encore de se créer un capitale de confiance auprès du public, mais sans connaître suffisamment le matériel qu’il adapte pour que ça soit assez sincère, moins artificiel. Surtout quand ils pensent qu’il suffit de l’envie d’une vedette et de quelques personnages piochés ça et là dans les comics pour faire plaisir les fans…
Il y aura toujours quelques personnes qui se laisseront aller à y croire, c’est l’un des fondements du Cinéma que de se « faire avoir »… Mais ces personnes seront-elles aussi sincères ?

Disons que ça marche dans l’instant… Mais qu’on n’en ressort pas vraiment en y retenant quoi que ce soit. La faute à des personnages, pas totalement inédits, et utilisés comme des marionnettes à qui on aurait accolé telle ou telle fonction…
Mais la roublardise du montage non linéaire, sensé vous faire oublier la classique structure héroïque en 3 actes (comme dans « Deadpool », car on est dans l’anti-héroïsme), ne peut pas vraiment permettre de s’attacher à toutes. D’avoir un cheminement nous faisant comprendre que cette version de tel personnage nous entraîne d’un point à un autre, sans être prévisible et de manière étonnante.
Donc oui, Renée Montoya (qui aurait été une héroïne principale du tonnerre) a des collègues relous, Dinah Lance hésite à suivre les pas de sa mère, Helena Bertinelli suit sa vengeance de manière obsédée en mode « Batman » (mais l’actrice Mary Elizabeth Winstead a l’air surtout d’être peu concernée), Cassandra Cain est coincée dans le cliché de « l’ado bornée » (trop grosse trahison du personnage d’origine), les méchants (hommes) du film sont machos et fous, et même Roman Sionis a peu de dimensions supplémentaires….

Et le personnage principal donc, Harley Quinn, n’est paradoxalement pas assez cartoonesque pour emmener le film dans ses propres fantasmes frappadingues. Qu’elle grimace d’efforts dans ses scènes d’action (sa « jokerisation » la rend pourtant plus forte), qu’on lui colle n’importe comment une scène de comédie musicale fantasmée pour vite l’avorter… et surtout, qu’on ne cesse de toujours tout ramener au Joker, pour seulement préparer en fin de film sa fameuse Émancipation (de même la création véritable des Birds of Prey)…
Le gros défaut du film est surtout que tout ça ne peut que se mesurer à d’autres films existants, qui arrivaient bien mieux que ça à atteindre leur but.
Que ce soit « Deadpool » mais aussi « Atomic Blonde » pour le côté « macho » renversé, « Les Veuves » pour son alliance contrariée de femmes face à des hommes qui ne savent que se haïr entre eux…
Et « Joker »… sauf que comme le film de Phillips/Phoenix n’a cessé de cartonner, au point que beaucoup allaient prendre le clown meurtrier pour un héros tragique et révolutionnaire…
Rappeler ici qu’il s’agit bien d’un monstre, et même d’un mâle toxique envers Harley, peut finir par se retourner contre ce présent film. Cruelle Ironie.

Rien de bien nouveau, pas de véritables perspectives inédites ou de mises en scène renversantes, pas même de subtilité…
Mais pas vraiment horrible et inregardable, et heureusement sans prétention. Une comédie d’action, vite fait (presque) bien fait.
Malgré tout Sympa, vieillira peut-être bien…


« …Don’t let them make up your mind
Don’t you know, girl, you’ll be a woman soon »

Chiasse
10/02/2020 à 15:08

Razzie 2020.

Ken
09/02/2020 à 23:13

Bide of Prey ;)

Manontherun33
09/02/2020 à 22:31

@renault1505,
J'ai pas vu le film, mais critiquer du black Betty n'est pas inconvenant. c'est loin d'être le groupe du siècle et encore moins au gout de tout le monde. Un groupe de comptoir comme il en existe tant

Jaelle
09/02/2020 à 18:48

@renault1505a je n'aurais pas dit mieux :-)

Gemini
08/02/2020 à 09:44

J'ai trouvé le film bien sympa.

amds films
07/02/2020 à 10:19

3 étoiles !!!!!!!!!!!!, la drogue c'est mal ;)

Pseudo
06/02/2020 à 04:35

Ce film est nul,, voila j'ai rétabli la vérité.

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