House of Cards saison 5 : la saison de trop pour la prestigieuse série Netflix ?

Créé : 5 juin 2017 - Geoffrey Crété
Photo Robin Wright, Kevin Spacey
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Retour sur la saison 5 de House of Cards, la série Netflix avec Robin Wright et Kevin Spacey lancée par David Fincher en 2013.

C'est inévitable : une série qui démarre dans un feu d'artifice (David Fincher, un casting prestigieux, un budget pharaonique) ne pourra que décevoir ou lasser, d'une manière ou d'une autre. Après 65 chapitres, la longévité et la solidité de House of Cards, créée par Beau Willimon, laisse donc songeur.

 

Affiche

 

Adapté de la série éponyme britannique de 1990, elle-même tirée du roman de Michael Dobbs (conseiller de Margareth Thatcher de 77 à 79), House of Cards avait redressé la barre pour offrir une troisième et surtout une quatrième saison fantastiques, après une deuxième année bancale. Mais la cinquième saison, lâchée par Netflix le 30 mai, pose donc un certain nombre de questions sur l'avenir de la série, qui a d'ailleurs perdu son créateur et showrunner Beau Willimon, parti dans des circonstances douteuses début 2016.

Après un petit démarrage, plus mou qu'à l'accoutumée, House of Cards a t-elle convaincu avec cette saison 5 ? 

 

ATTENTION SPOILERS

 

Photo Robin Wright, Kevin Spacey

  

UNDERWOOD VS UNDERWOOD

C'était le cœur de la saison 4 : le déchirement du couple Underwood, déséquilibré par les ambitions d'une Claire lassée par son rôle au second plan. La première partie de la cinquième saison évoquait clairement que la désormais vice-présidente était l'avenir des Underwood, Frank étant condamné à payer un petit prix pour ses grands crimes.

Il aura suffit que Claire hérite du pouvoir temporaire de présidente des Etats-Unis, dans l'épisode 6, pour que la rivalité soit ravivée. A ce titre, il y a un moment réjouissant dans l'épisode 9, lorsque Frank reforme son cabinet après avoir été réélu dans des circonstances bien entendues honteuses. Avec une satisfaction presque tyrannique, il déchire toutes les lettres de démission avant de remercier Claire. Il ouvre alors un aparté avec le spectateur, pour préciser qu'il doit énormément à sa femme, qui elle-même lui doit aussi beaucoup. "Pas vrai", répond-elle. Non pas à lui, ni au spectateur, mais aux membres du cabinet. Mais cet instant de trouble, entre les deux niveaux de discours, illustré par un regard caméra mi-amusé mi-inquiet de Frank, confirme que le couple est fragile. 

 

Photo Kevin Spacey, Robin Wright

 

Claire avait hésité à se désolidariser de son époux lors de ses quelques semaines comme présidente, notamment lorsqu'il a fallu signer son habilitation de sécurité. La fin de la saison 5 est la fin d'un chemin pour elle, qui s'engage enfin dans une voie nouvelle qui lui était destinée depuis la campagne présidentielle qui a forgé sa popularité spectaculaire. Lorsqu'elle refuse d'accorder publiquement ce pardon que Frank réclame et observe son téléphone sans y répondre, elle gagne les derniers instants de la saison : "Mon tour", lâche t-elle d'un ton sévère au spectateur. Son tour de brûler le drapeau américain, de bafouer la démocratie, de piétiner son mari, et de posséder la série.

Une scène en écho à celle où, dans l'épisode 11, elle s'adressait pour la première fois au spectateur, seule, face caméra : "Juste pour être claire, ce n'est pas que je n'ai pas toujours su que vous étiez là". Après avoir rejoint le dialogue privilégié entre Frank et le public dans le dernier plan de la saison 4, puis tué comme son époux dans une scène de sexe qui rappelle celle de Gone Girl de Fincher, Claire a gagné ses galons : forte d'années d'expérience dans l'ombre, après avoir gravi les échelons depuis l'ONG Clean Water Initiave, elle est bel et bien prête à broyer son monde.

C'est d'autant plus amusant de voir l'impériale Robin Wright (définitivement le joyau de la série) créditée comme réalisatrice des deux derniers épisodes, où la nouvelle présidente installe un règne qui s'annonce glorieux.

 

Photo Robin Wright

Robin Wright, reine de House of Cards

 

KARMA POLICE

L'ascension de Claire n'est possible que parce que la chute de Frank est enclenchée. Malgré un tour de magie permis par le système, qui lui a permis de remporter les élections, le président Underwood est au bord du gouffre. Retour du président Walker qui témoigne contre lui, procédure de déstitution, demande de démission, chantage du président russe avec Macallan, enquête de plus en plus précise de Tom Hammerschmidt : l'étau se resserre autour du anti-héros réputé increvable. Alors que la forteresse de la Maison blanche tremble, le roc semble se fissurer.

House of Cards déballe alors l'un de ces petits twists poussifs : Frank a en réalité manigancé avec Doug cette chute programmée puisqu'inévitable. Sa sortie est écrite et son destin, remis entre les mains de Claire. Parce que rien n'est plus important et vital que le contrôle, il a pris en main sa fin publique.

 

Photo Kevin Spacey

Kevin Spacey est Frank Underwood

 

Cette petite pirouette finale douteuse en dit moins sur le personnage de Frank, dont l'intelligence machiavélique a été surexploitée, que sur la série elle-même. Ce n'est pas anodin que Zoe Barnes, réapparue dans un rêve au cours de la saison précédente, soit si omniprésente à l'image et dans les dialogues - son badge, sa photo, les images du métro, les circonstances de sa mort.

House of Cards opère clairement un mouvement qui vise à refermer son monde pour broyer Underwood. Si la série a pu aller trop loin et tirer sur la corde du sensationnalisme, parfois contre la cohérence et noblesse des personnages, la présence spectrale de ce personnage central des débuts suggère qu'il y a une forme de logique immuable qui échappe à Frank. Les scénaristes semblent avoir conscience que le meurtre de Zoe a été l'un des grands événements de la série, qui en révèla à la fois les forces (la scène, inspirée de la série originale, reste glaçante) et les faiblesses (l'intrigue aura eu du mal à retrouver un équilibre après la disparition de cette pièce importante de la machinerie dramatique), et a défini de manière presque grotesque le visage monstrueux de Frank.

 

Photo House of Cards

Le fantôme de Zoe Barnes (Kate Mara) plane sur cette saison 5

 

Que l'énigme Zoe hante encore les justiciers de la série, malgré l'abandon de Janine notamment, indique qu'un prix sera payé, et que la tombe creusée par les Underwood les ensevelira, d'une manière ou d'une autre. L'enquête sur la disparition de Rachel et le retour de Walker, responsable malgré lui de la trajectoire de Frank en lui ayant refusé le poste de secrétaire d'Etat dans la première saison, vont également dans ce sens.

Malgré sa tendance à repousser les limites du spectaculaire, House of Cards compte bien assumer, et forcer le couple Underwood à en faire de même, pour le plus grand plaisir des spectateurs. En ça, la saison 5 rassure.

 

Photo Robin Wright, Kevin Spacey

 

LA FIN D'UN RÈGNE

Néanmoins, cette saison 5 confirme toutes les faiblesses aperçues au fil des saisons précédentes. Ainsi, au fil d'une intrigue faussement complexe portée par des personnages de moins en moins bien traités, House of Cards donne la sensation d'une série qui s'étire trop. Lorsque Frank prend à parti le spectateur pour lui dire "Mon dieu, vous êtes accro à l'action et aux slogans. Peu importe ce que je dis, peut importe ce que je fais, tant que je fais quelque chose, vous êtes heureux d'être là", il semble plus s'adresser aux scénaristes et à leurs méthodes.

 

Photo Robin Wright, Kevin Spacey

 

La lassituve vient aussi de cette valse des personnages et notamment des adversaires, qui arrivent et disparaissent de manière parfois grossière. A la fin de l'épisode 8, Frank affirme qu'il va gagner les élections ; dans l'épisode 9, il a gagné, la tempête est passée, et Will Conway (Joel Kinnaman) a disparu. House of Cards lutte de plus en plus avec ses antagonistes, posés et retirés par les scénaristes de manière trop artificielle (voir Heather Dunbar, excellent personnage qui s'est écroulé en un claquement de doigt la saison précédente).

Par peur de devoir assumer un vrai adversaire face aux Underwood ? Lorsque Frank pousse Cathy dans les escaliers au début de l'épisode 12, où personne ne questionnera véritablement cet accident heureux, c'en est presque comique. Le moment où il semble intouchable est aussi le moment où il devient sa propre caricature, et où la série perd sa noblesse. En ça, le fantôme de Zoe est nécessaire : Frank doit être rattrapé par ces crimes pour ne pas devenir un clown au royaume des idiots.

 

Photo Joel Kinnaman, Dominique McElligott

 Joel Kinnaman et Dominique McElligott incarnent l'autre couple président, les Conway

 

HOUSE OF FLEMME

Cette mauvaise dynamique joue clairement contre la série, qui semble œuvrer de concert avec Frank alors qu'un personnage aussi puissant et intelligent mérite et nécessite de vrais obsctacles pour exister. Ce n'est pas un hasard si Claire est devenue la seule chose en travers de sa route : après cinq saisons et de nombreux ennemis, presque rien d'autre ne semble pouvoir l'arrêter, ou du moins mériter ce rôle aux yeux des scénaristes.

Cette guerre interne était bien sûr inévitable et souhaitable (la saison 4 l'a abordé de manière frontale), mais la manière dont la série gère les personnages-satellites laisse planer la sensation d'une mauvaise maîtrise des forces en place. Il n'y a qu'à voir l'ascension de Mark Usher et Jane Davis (interprétée par Patricia Clarkson) dans le cercle intime des Underwood : en quelques épisodes, House of Cards semble vouloir les imposer au premier plan, parfois contre toute logique interne.

Patricia Clarkson a beau être une excellente actrice, qui apporte avec ce personnage trouble une touche d'étrangeté voire d'humour ("Mon père portait des chaussettes rayées"), difficile de ne pas voir dans son arrivée brutale une simple volonté de producteurs et scénaristes, qui souhaitaient la placer et lui offrir un beau rôle.

 

Photo Patricia Clarkson

Patricia Clarkson, l'un des ajouts les plus importants de cette cinquième saison

 

LA DERNIÈRE HOUSE DE GAUCHE

Ainsi, après 13 épisodes, une désagréable impression : la saison 5 de House of Cards n'a pas apporté beaucoup. Malgré de nombreuses péripéties et micro-événements, cette cinquième année se termine à peu près au même stade que la précédente, au seuil de la même porte où le nom de Claire est inscrit en lettres capitales (la présence de plus en plus pesante de Robin Wright sur les affiches est à ce titre significative : voir en fin d'article).

Le départ de Beau Willimon, créateur et showrunner, avant cette cinquième saison, prend alors un sens tout particulier : malgré l'omerta, The Hollywood Reporter avait consacré un article à ce changement d'équipe et affirmé que le scénariste avait été éjecté par Netflix après avoir refusé de leur obéir. Difficile de ne pas imaginer que le puissant service de streaming souhaite étirer l'une de ses plus prestigieuses séries, alors que l'histoire ne semblait pas exiger six saisons - ce que cette cinquième saison confirme.

 

Photo Robin Wright, Kevin Spacey

 

Cette saison 5 offre heureusement des moments forts, et justifie son existence avec une poignée de scènes marquantes, principalement axées sur Claire. L'intrigue secondaire axée sur LeAnn (Neve Campbell) se révèle particulièrement intéressante, notamment parce qu'elle apporte une couleur plus nuancée au milieu d'une galerie de personnages plus noirs que noirs, et qu'elle est servie avec plus de logique que d'autres (comme Cathy Durant, qui ressemble de plus en plus à un outil de scénaristes qu'au personnage passionnant qu'elle a pu être par le passé). House of Cards prend le soin de faire trembler la forteresse Underwood grâce à tous ces seconds rôles, créant un réseau d'inimitiés perverses parfois délicieuses.

Reste que que la série avec Kevin Spacey et Robin Wright a perdu de cette passion dévorante. Une tendance qui se manifeste à la fois dans le fond et dans la forme, la mise en scène étant devenue trop mécanique (conforme au cahier des charges installé par David Fincher, qui a réalisé les deux premiers épisodes) et moins envoûtante, notamment à cause d'une musique nettement plus discrète.

La saison 5 laisse donc avec la même envie que la 4 : que House of Cards se termine vite, avant de perdre de sa brutale beauté et virer à l'auto-parodie. Le couple Underwood n'a pas encore perdu la face (merci aux acteurs), mais Netflix devrait vite leur laisser l'opportunité de quitter la scène fièrement, plutôt que bêtement et médiocrement dans quelques saisons.

 

Poster

 

Affiche saison 3

 

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commentaires

korben4leeloo 22/06/2017 à 18:05

@ash:
WTF ? La saison 2 de True Detective dynamique ? On a pas dû regarder la même. J'ai du lutter à chaque épisode pour ne pas m'endormir et attendre 8 épisodes pour enfin avoir une scène d'action digne de ce nom avec une certaine tension. Quel ratage catastrophique: scénario indigent qui ne va nulle part, histoires des personnages mal exploitées, aucune tension, aucune émotion autre que l'ennui profond, alors que la première saison nous tenait en haleine chaque minute...

Et comble du comble, tout cela malgré un casting excellent. Dramatique.

Kappa 07/06/2017 à 00:00

Je trouve cette vision des séries très simplistes.

De la même manière qu'il existe des films trop longs avec un final qui les sauve, ou des sagas de films avec une qualité inégale, il y a des séries trop longues, certes. Mais il y a surtout des séries qui racontent des histoires fabuleuses, étirées sur des saisons, pour creuser les personnages et offrir un voyage qui dépasse beaucoup d'expériences cinématographiques. De la même manière qu'une anthologie par saison n'a rien de génial par principe (hein American Horror Story), une série peut tout à fait justifier ses saisons.

ash 06/06/2017 à 23:52

Grave erreur ... La seconde de true detective est excellente et toujours dynamique à l'inverse de la machine house qui fatigue

Jean marc marc 05/06/2017 à 19:12

LE problème des séries, c'est pour ça que j'en regarde quasi plus aucune

A quand les séries de qualité concentrées sur une seule saison ? Tu prends True Detective, la saison 1 se suffit à elle-même, tout a été raconté et pas besoin de faire tirer le truc en longueur avec des cliffs ridicules

Bon par contre le principe de la s2 était vraiment à jeter mais la première était vraiment quasi parfaite

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