House of Cards saison 3 : que valent les dernières manigances de Kevin Spacey ?

Simon Riaux | 9 mars 2015
Simon Riaux | 9 mars 2015
Affiche saison 3
4

Grâce à la participation de David Fincher, l’excellente première saison de House of Cards avait su captiver un public curieux de connaître ce que Netflix avait dans le ventre. Après une deuxième saison bien moins maîtrisée, la série se devait de renouveler ses enjeux en retrouvant sa maestria originale. Verdict, avec des SPOILERS.

Nous avions laissé Franck Underwood seul au milieu du Bureau Ovale, savourant une victoire contre son propre camp et ses idéaux. Parvenu au sommet du pouvoir en provoquant la chute et l’humiliation de celui qui avait trahi sa confiance, le personnage de Kevin Spacey arrivait alors au bout de son parcours de grand fauve, obligeant House of Cards à changer radicalement de dynamique.

 

 

Après un deuxième run bourré d’incohérence et d’outrances, qui de toute évidence digérait très mal l’héritage laissé par David Fincher, on se demandait si le show de Netflix parviendrait à retrouver de sa superbe et à dépasser son statut de spectacle ultra-classieux manquant cruellement de finition.

De toute évidence, oui. En faisant de son duo de personnages principal le sommet de la chaîne alimentaire politicienne, House of Cards s’autorise un changement de rythme global très surprenant et audacieux. Francis Underwood ne fait plus face à un adversaire sur lequel il déverse un flot nourri de haine et de compromission, mais une myriade d’opposants et de médiocres, dont la force d’inertie et les velléités vengeresse sapent irrémédiablement son action.

L’heure n’est pas à la remise en question pour le couple amoral interprété par Robin Wright et Kevin Spacey. L’heure est à l’implacable découverte du néant. Nulle remise en question de leur part, mais la tentative, vaine et désespérée, d’accomplir quelque chose.

 

House of Cards

 

Francis rêve de laisser une trace et de ne pas rester dans l’histoire comme un vulgaire intrigant arrivé au pouvoir par accident, Claire veut enfin s’accomplir comme diplomate. Mais autour d’eux, la classe politique qu’ils ont savamment piétinée et polluée agit désormais comme une gangue dont ils ne peuvent plus se défaire.

Et de satire politique aussi amère que cruelle, House of Cards se mue en tragédie au ralenti. Les silences se multiplient, la photographie s’assombrit, alors que l’esthétique clinique des deux premières saisons laisse place à un impavide opéra de la putréfaction.

Le sort qui s’acharne sur notre anti-héros n’a rien d’un châtiment divin, pas plus que ses questionnements existentiels ne relèvent d’une tentative de rédemption. Sous nos yeux, c’est tout le principe actif de la série, cette étude de grands prédateurs de savane démocratique, qui se délite.

Cette troisième saison est ainsi particulièrement avare en véritables cliffhangers ou retournements de situation, elle agit à contre temps, tel un poison lent et délicieux. Quelques coups de théâtre (toujours un peu over the top) émaillent le récit, mais l’intérêt réside ailleurs.

 

House of Cards

 

Dans la confrontation Machiavélique entre un Président génial mais faible et un simili-Poutine absolument diabolique. Dans l’absence de pitié du regard de Franck. Dans la souffrance irrépressible de Claire, comprenant petit à petit qu’elle et son époux n’ont touché au but et bu la coupe du pouvoir que pour lui découvrir un goût de cendres.

Une séquence, d’une puissance impressionnante, vaut à elle seule pour toute la saison. Alors que Kevin Spacey réalise mollement que le biographe qu’il avait engagé, convaincu de pouvoir le manipuler, se repaît désormais de sa personne, le Président s’abandonne à chercher chez son interlocuteur un peu de son humanité perdue. Lâchant un « Je suis réel moi aussi », Underwood nous rappelle ce brillant épisode de la première saison où il renouait le temps de quelques heures avec un camarade de promotion et amant.

 

Image 635800

 

Lors de ces scènes, parfaitement découpées, photographiées et dialoguées, le show ose des simplicités exquises et trop rares. Les silences. Les pauses. Et la mélancolie macabre qui se dégage d’House of Cards prend alors une ampleur sidérante, étouffante, qui propulse le récit au firmament de la production actuelle.

Enfin on saura gré à House of Cards d’abattre une carte qui à nouveau, devrait porter la série dans ses derniers retranchements, et pousser le show soit vers une victoire à la Pyrrhus, soit vers la destruction, humaine, politique et morale de Franck Underwood.

commentaires

alex
09/03/2015 à 23:34

J'ai adoré le démarrage puis ensuite moins, ça stagne. Certains éléments comme Rachel mettent du temps à se mettre en place, il n'y as pas de réel suspens quant à l'élection, et Doug qui devient un vrai personnage girouette ...

Lolita
09/03/2015 à 18:25

3e saison absolument géniale, encore plus addictive et fluide, nettement moins technique que la 2 par ex.
Les situations s'enchaînent logiquement et l'arrivée de rivales ambitieuses et de l'écrivain relancent la série d'une force surprenante et irrésistible. House of Cards vient peut-être de connaître son apogée.

garns
09/03/2015 à 17:00

encore une série qui, pour des raisons uniquement mercantiles, ve se perdre dans un flot d'ennuis et la caricature d'un vulgaire spot publicitaire (des pubs yen a!!)
Gachis

Kibuck
09/03/2015 à 15:58

Vu 3 épisodes. Si les 2 premiers m'ont plu, le 3eme m'a particulièrement déçu. J'ai trouvé le personnage du président russe caricatural et convenu. Je n'ai pas retrouvé la critique cynique de la politique américaine, quant au générique de fin... ma foi, il m'a mit (cinématographiquement parlant) mal à l'aise.

votre commentaire