House of Cards : le showrunner aurait été viré par Netflix, qui ne serait plus le paradis des artistes

Geoffrey Crété | 14 septembre 2016
Geoffrey Crété | 14 septembre 2016
House of Cards
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Après une suite de succès impressionnants, Netflix, considéré comme le paradis des artistes, serait en train de devenir une entreprise comme une autre.

Quand David Fincher a décidé en 2013 de se frotter au format de la série télévisée avec un remake de House of Cards, c'est Netflix qui a gagné les enchères face à notamment HBO et Showtime. Un message très clair de la société américaine, qui faisait ses premiers dans l'arène des productions originales avec de prestigieux noms, servis par un bugdet spectaculaire (une centaine de millions pour 26 épisodes). En somme : une certaine idée d'un paradis créatif pour les auteurs, et les spectateurs.

Depuis, des succès comme Orange is the New Black, Sense8 des Wachowski, Daredevil et Master of None ont confirmé la place majeure occupée par Netflix au rayon des séries. Stranger Things, devenue un phénomène en quelques semaines, a confirmé sa capacité à viser juste, quitte à prendre ce que d'autres chaînes considéraient comme un risque puisque la série eighties avec Winona Ryder avait été refusée par tous leurs concurrents.

 

Winona Ryder

 

Mais ce soit-disant paradis des artistes aurait aussi ses problèmes.

The Hollywood Reporter consacre un long article à Netflix, dont le poids devient de plus en plus impressionnant dans l'industrie puisqu'en plus des séries, la société a frappé fort avec plusieurs films très attendus - War Machine de David Michôd avec Brad Pitt, Okja de Bong Joon-ho, ou encore l'adaptation de Death Note par Adam Wingard.

L'article revient notamment sur le départ de Beau Willimon, showrunner de House of Cards qui a quitté la série avec Kevin Spacey au terme de la fabuleuse quatrième saison. Le créateur de la série avait mentionné dans l'habituel communiqué son désir de voler vers de nouveaux challenges et projets, mais THR raconte autre chose.

 

house of cards S4

 

Mais Beau Willimon aurait en réalité été poussé vers la sortie Netflix, qui n'aurait pas apprécié que le showrunner n'obéisse pas à leurs demandes sur l'aspect créatif de House of Cards. Le principal intéressé a refusé de commenter.

Le producteur Dana Brunetti n'a pas confirmé les circonstances du départ de Willimon, mais a néanmoins donné un avis très clair sur l'entreprise : "Il n'y a plus rien de spécial chez Netflix maintenant. Ils avaient un avantage au début puisqu'ils étaient les premiers dans le service du streaming et donnaient plus de pouvoir aux artistes, mais maintenant ils sont devenus comme n'importe quel studio ou chaîne de télévision. Et il y a beaucoup de compétition."

THR précise que Dana Brunetti, proche de Kevin Spacey, a affronté Netflix dans un procès après avoir rejoint la société Relativity Media.

 

Taylor Schilling

 

D'un côté, Netflix est perçu comme une menace, un danger pour l'industrie parfois impuissante face à ce service - notamment parce qu'elle refuse de se plier à quelques règles, comme celle de donner les audiences officielles de ses séries, et qu'elle surenchérit de plus en plus pour récupérer les gros projets. De l'autre, de nombreux professionnels assurent que l'investissement de la société dans l'audiovisuel est une bénédiction.

Dans tous les cas, Netflix est devenu un acteur incontournable, mais loin d'être intouchable. Ainsi, la superproduction The Get Down chapeautée par Baz Luhrman (120 millions de dollars pour 12 épisodes) n'a pas été l'événement escompté en août, surtout après le phénomène Stranger Things, dont le budget était certainement bien inférieur. Dans la foulée, Netflix a annoncé que Bloodline, la série avec Kyle Chandler, se terminerait après une troisième saison plus courte, alors que les créateurs parlaient ouvertement de quatre ou cinq. Rien d'extraordinaire, sauf peut-être pour ceux qui voyaient en Netflix un petit paradis.

A défaut de confirmer son statut de paradis des artistes, Netflix compte bien asseoir sa position sur le marché. La série The Crown, sur Elizabeth II, a coûté plus de 150 millions. Un cachet de 20 millions, digne d'un studio hollywoodien, aurait été négocié afin que Brad Pitt signe pour War Machine. Et 90 millions pour monter Bright avec David Ayer et Will Smith, dont le fils joue dans The Get Down. Qu'on l'aime ou pas, Netflix sera là.

 

Affiche

 

commentaires

Newt
16/09/2016 à 11:02

@Lord Sinclair

Sauf que jusque là, ils n'avaient pas fait comme les autres. Et qu'il existe des producteurs du milieu qui ont des approches différentes (Christine Vachon, Megan Ellison, me viennent à l'esprit)

D'ailleurs, ce Reed Hastings est un ancien marine, avec un diplôme d'ingénieur informatique, a été prof de maths. C'est vraiment le profil type des dirigeants hollywoodiens...?

Lord Sainclair
15/09/2016 à 17:34

Les gents qui gèrent Netflix sortent des mêmes université et écoles que ceux qui gèrent les studios et le chaines de télé. Rien de plus normal pour qu'ils finissent pas avoir le même comportement... Ca reste quand même du très très bon divertissement.

Geoffrey Crété - Rédaction
15/09/2016 à 12:35

@louia

On ne l'oublie pas car c'est simplement devenu une normalité sur toutes les chaînes (même celles considérées comme très attachées aux contenus de qualité, comme HBO), et une nécessité parfois économique. Mais Netflix avait jusque là surfé sur une belle réputation autour de la liberté artistique donnée aux artistes, ce qui en faisait un endroit un peu à part.

louia
15/09/2016 à 12:29

ne pas oublier que HBO a aussi utilisé son karcher pour supprimer certaine séries et pour virer des showrunner

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