L'épisode culte : La Quatrième Dimension, le huis clos diabolique entre Cube et un Toy Story sinistre

Geoffrey Crété | 20 janvier 2017
Geoffrey Crété | 20 janvier 2017

Parce qu'il n'y a pas que le cinéma dans la vie d'un cinéphile, nouveau rendez-vous nostalgique sur Ecran Large : l'épisode culte, qui reviendra sur un morceau de choix d'une série remarquable. 

Il y a une scène dans Toy Story 2 où Woody a un cauchemar : Andy décide de le jeter parce qu'il est cassé. Le cowboy tombe dans un trou sans fin et termine dans une poubelle, avalé par une montagne de plastique abandonné avant que l'enfant ne referme le couvercle pour qu'il disparaisse dans l'obscurité.

Une scène en hommage à un épisode culte de La Quatrième Dimension, l'incontournable anthologie de Rod Serling qui a nourri l'imagination et les cauchemars de nombreuses générations jusqu'à résonner encore aujourd'hui, un demi-siècle plus tard : Cinq personnages en quête d'une sortie. Un titre en hommage à Six personnages en quête d'un auteur, une pièce de Luigi Pirandello, et à Huis Clos de Sartre, dont le titre en anglais est No Exit.

Si les scénaristes s'en défendent, le film de Pixar et Cube de Vincenzo Natali rappellent cette histoire centrée sur cinq personnages coincés dans une étrange pièce. Preuve que malgré les années, cet épisode diffusé en 1961 garde une force saisissante.

 

Episode Cinq personnages en quête d'une sortie

 

HUIS CLOS

Ça commence comme une plaisanterie : un clown, une danseuse, un musicien, un militaire et un clochard sont enfermés dans une petite pièce vide, que se passe t-il ? Dans La Quatrième Dimension de Rod Serling, c'est le début d'un cauchemar troublant et mystérieux.

L'épisode s'ouvre sur le militaire, qui se réveille dans une pièce circulaire vide semblable à un puits, avec une sortie hors de portée au-dessus de leurs têtes. Il découvre à ses côtés quatre personnes, piégées depuis quelques temps déjà. Aucun d'eux ne sait qui il est, ou comment il est arrivé ici. Les autres ont capitulé, mais le militaire est déterminé à comprendre et trouver une issue.

Après avoir réussi à motiver le groupe, le militaire parvient à sortir du puits, pour conclure sur un twist dans la plus pure tradition de la série.

 

ATTENTION SPOILERS

 

Episode Cinq personnages en quête d'une sortie

 

PUITS DES FOUS 

Tous un peu plus fantasques et inquiétants les uns que les autres, les cinq personnages s'interrogent sur la nature de cette prison. Un vaisseau spatial ? Un cauchemar ? Une folie ? L'enfer ?

La vérité est plus incroyable encore : lorsque le militaire parvient à grimper en haut du puits, il tombe de l'autre côté sous le regard inquiet ou désabusé des autres. Il atterrit dans la neige, où sa véritable nature est révélée : il n'est qu'une poupée, collectée pour un orphelinat pour petites filles. Le son qui faisait trembler les cinq personnages est celui d'une cloche, qu'une dame remue dans la rue pour attirer l'attention des passants et recueillir les dons en cette période de Noël.

 

Episode Cinq personnages en quête d'une sortie

 

Le militaire est jeté dans le tonneau et retrouve ses compagnons, objets inertes abandonnés. Du moins à première vue : la main de la ballerine se pose sur celle du militaire, tandis qu'une larme coule de ses yeux en porcelaine.

Rod Sterling conlue alors ce récit avec sa voix mémorable : "Juste un tonneau, un dépôt sombre où sont gardés des morceaux de plâtre et tissu contrefais et imaginaires, forgés avec une image tordue de la vie humaine. Mais ceci dit, une note positive : peut-être qu'ils sont seulement mal aimés pour l'instant. Dans les mains d'un enfant, il ne peut y avoir rien d'autre que de l'amour". La réflexion sur l'identité (ils savent ce qu'ils sont mais pas qui il sont), et la condition d'existence aux yeux des autres et via l'amour, est fascinante.

 

Episode Cinq personnages en quête d'une sortie

 

DARK TOY STORY 

Hormis la saison 4 avec ses épisodes de 50 minutes, le format 25 minutes de La Quatrième Dimension est d'une efficacité redoutable. Cinq personnages en quête d'une sortie est un récit simple et clair, sans gras, et une fable à la portée déroutante. Au-delà de la chute à la hauteur de la formule de la série, il y a une réelle étrangeté dans les interactions entre les personnages, des paroles inquiétantes du clown à la première tirade de la danseuse au regard hypnotique. 

C'est parce que la sobriété est le mot d'ordre (un beau noir et blanc, une quasi absence d'effets spéciaux, une mise en scène carrée et rigoureuse qui se repose sur une grammaire classique) que l'anthologie de Rod Sterling reste solide, plus de 50 ans après. Contrairement à des objets comme Au-delà du réel : L'aventure continue ou Les Contes de la crypte, à l'apparence résolument kitsch et légère, La Quatrième Dimension conserve une aura intemporelle quasi dénuée de fausses notes ancrées dans une époque.

Preuve que l'épisode a marqué de nombreux fans : parce qu'il adore la série, J.J. Abrams lui a rendu hommage dans un épisode de Felicity (A coeur ouvert, saison 2) écrit par lui-même, et tourné en noir et blanc par Lamont Johnson, réalisateur de Cinq personnages en quête d'une sortie. Une parenthèse amusante et décalée, et un clin d'oeil amoureux à cette anthologie fabuleuse.

 

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commentaires

philmencre
20/01/2017 à 21:58

Comme je suis content de lire ces lignes!!! Quelle belle idée de mettre en avant des séries comme celle-là et/ou des films passés trop inaperçus.
Entièrement d'accord avec Kiddo. Du coup ça m'a fait pensé à ce film que je n'ai pas revu depuis que je l'ai vu (le choc à l'époque!) : "Liquid sky"...un visionnage et un article mon EL adoré (OK je lèche un peu mais c'est pour la bonne cause ;-) )

Kiddo
20/01/2017 à 19:54

EL, chapeau bas.
Apres Le roi et l'oiseau et Birth, un nouveau coup de projecteur 100% légitime..!
Keep up the good work..

Merci
20/01/2017 à 16:40

Merci pour cet article qui vient rappeler à quel point cette série est géniale, une vraie collection de tous les thèmes marquants de la science-fiction, une série qui fait réfléchir sous son apparence fantaisiste, une œuvre qui parlait de son époque et qui essayait d'en dire autant sur l'homme en général. La télévision de qualité a commencé avec ça et "Alfred Hitchcock présente".

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