Dune, la série : et si la meilleure adaptation était aussi la plus cheap ?

Camille Vignes | 25 septembre 2021 - MAJ : 27/09/2021 11:15
Camille Vignes | 25 septembre 2021 - MAJ : 27/09/2021 11:15

Après David Lynch et Alejandro Jodorowsky, avant Denis Villeneuve, il y a eu Dune de John Harrison. Une mini-série Sci-Fi (l'ancêtre de Syfy) oubliée, sortie à l'aune du nouveau millénaire, et qui, mine de rien, vaut le coup. 

Un film damné et un autre fantasmé. L’un porté au rang de mythe sans même avoir eu besoin d’apparaître à l’écran, l’autre au rang d’ovni, de film aussi culte que mal-aimé, si bien qu’on ne sait plus trop dans quelle catégorie le ranger... Voilà ce qui, à l’aune du nouveau millénaire, avait porté en salles les sables d’Arrakis et ses complots politiques. Et voilà ce qui, vingt ans après, alors que tous les yeux sont braqués sur cette nouvelle interprétation villeneuvienne de l'oeuvre de Frank Herbert, reste dans la mémoire collective comme étant l’histoire de Dune sur écran.

 

 

Pourtant, entre les tribulations grandiloquentes et désavouées de David Lynch et les rêves de grandeur et d’oeuvre totale d’Alejandro JodorowskyDune a connu d’autres mésaventures, non pas au cinéma, mais sur petit écran ; permettant notamment à la chaîne américaine Sci-Fi de se distinguer avec une mini-série plutôt révolutionnaire pour l’époque.

 

photoEntre images de synthèse et décors peints

  

Signée John Harrison, les trois épisodes qui la composent retracent l’histoire de Dune (dépassant même le premier tome du cycle) avec beaucoup plus de fidélité que son prédécesseur sur grand écran.

À elle seule, cette mini-série aurait pu redorer le blason maudit de Dune. Mais quarante ans après la sortie de Dune, et vingt ans après la sienne, elle fait partie de ces oeuvres oubliées, méconnues de la plupart des gens. De ces oeuvres sur lesquelles personne ne revient trop, à part pour dire "j'en connais l'existence", au grand dam d’une partie des aficionados de l’univers auprès desquels elle a réussi à se faire une solide réputation. Alors, pour lui redonner tous ses titres de noblesse, Écran Large a décidé de se replonger dans cette oeuvre étrange, tiraillée entre sa volonté d’être le plus fidèle possible à l’oeuvre, son symbolisme, et un aspect profondément poussiéreux gagné avec le temps.

 

photo, Alec NewmanDes distilles de qualité (au moins raccord au niveau de la couleur)

  

DES DUNES ET DES EMMYS

En l’an 2000, tout repart pour Dune. Côté littérature, le fils de son créateur, Brian Herbert, reprend l’univers et l’augmente avec l’aide de Kevin J. Anderson, tandis que côté cinéma, John Harrison met son point final au scénario d’une mini-série de trois épisodes, destinés à être diffusés par Sci-Fi en trois soirées exceptionnelles, à partir du 3 décembre 2000. Un point final qui le projettera au-devant d’une des séries les plus ambitieuses de son temps, et la plus ambitieuse alors jamais entrepris par la chaîne.

20 millions de dollars sont mobilisés pour la production de ces trois épisodes de 4h30 (5h dans pour le "Director’s Cut"). C’est deux fois moins que ce que les studios avaient mis en oeuvre pour David Lynch, et c’est pourtant ce qui permettra à la série de remporter en 2001, lors de la cérémonie des Emmy Awards, le prix des meilleurs effets spéciaux et celui du meilleur directeur de la photographie. C’était surtout assez pour être déjà la preuve qu’une adaptation de Dune sans embûche et avec succès était bel et bien possible.

 

photoDes dunes, aucune embûche

 

L’idée derrière Dune est simple, après l’échec du film de 1984, John Harrison entend bien rendre hommage à l’oeuvre originale, même si, évidemment, adapter de façon littérale une oeuvre pareille est impossible : la densité du récit oblige forcément à quelques raccourcis, à quelques omissions ou même à quelques transformations et, le passage d’un médium à un autre n’aurait pas grand-chose d’intéressant s’il ne venait pas ajouter quelques petites choses à son univers d’origine. Mais, comme Peter Jackson le fera très peu de temps après avec ses adaptations du Seigneur des anneaux et du Hobbit, John Harrison avait une ambition : abîmer le moins possible les intentions et les émotions créées par Frank Herbert.

Certes, il apportera quelques changements. Au personnage d’Irulan notamment (Julie Cox), la princesse de l’Empire qu'il rendra un peu plus douce et empathique, et simplement plus présente (ayant certainement en tête la possibilité d’une suite). À celui de Paul également (Alec Newman), faisant de lui un adulte plutôt qu’un adolescent de 15 ans, pour des raisons de magnétisme, d’émotion, de maturité. Pour autant, et contrairement à ce que l’on peut reprocher au film de 1984, John Harrison ne laissera jamais passer sa subjectivité devant l’oeuvre. Et malgré une dimension parfaitement symbolique (et tristement datée aujourd’hui), il n'a jamais essayé de se magnifier grâce au matériel qu’il avait en main, pour mieux lui rendre hommage.

D’ailleurs, à l’époque, le résultat est à la hauteur des espérances, et le public au rendez-vous : trois millions de téléspectateurs vissés sur leur canapé. Et même si certains programmes pouvaient alors déjà réunir plusieurs dizaines de millions d’adeptes, cette réunion a été assez fidèle et enchantée pour que la chaîne se lance dans l’adaptation du Messie de Dune et des Enfants de Dune (les tomes 2 et 3 du cycle d’Herbert).  

 

photoUne petite fille bien heureuse de vaincre

 

Osti de krys

Au-delà des questions intrinsèques foisonnantes de l’oeuvre, ce que questionne du doigt le film de David Lynch, l’engouement autour du fantasme d'Alejandro Jodorowsky ainsi que les chiffres et la réception de la mini série de John Harrison, c’est le concept d’adaptation. Pourquoi telle chose est meilleure qu’une autre ? Pourquoi telle équipe, telle vision et tel casting s’en sortiront mieux que d'autres en partant du même matériau ?

La version désavouée par David Lynch est pétrie de problèmes, toute sa réception le prouve. Pourtant certaines choses sont extraordinaires bien pensées, comme la maison Harkonnen, rousse, et son baron purement dégueulasse, suintant et purulent, ou encore son esthétique rétro-futuriste hyper inventive et répondant intelligemment, finalement, à l'oeuvre originel. Mais tous ces petits éléments intelligents, que certains adorent réellement, sont pour d’autres trop éloignés du roman pour atteindre leur coeur.

 

photo, Ian McNeiceUn baron à la chevelure toujours aussi orange

 

Après les échecs cuisants de David Lynch et d’Alejandro Jodorowsky, que restait-il vraiment de l’oeuvre de Frank Herbert ? Une masse de fans en colère ? Une autre interdite, ne comprenant certainement pas comment des oeuvres comme Star Wars (pourtant si inspiré de Dune) ou encore Blade Runner avaient pu fonctionner, alors que Dune allait se vautrer aussi lamentablement ? Après tant d’espoirs déçus, restait-il vraiment beaucoup de place à une nouvelle adaptation pour exister ?

Revenant aux origines de cet univers, c’est à dire tout simplement aux romans de Frank Herbert, le récit proposé par John Harrison est d’une fluidité à toute épreuve.

 

photo, Alec NewmanAvant d'aller se perdre dans le désert

 

Exit les élucubrations et autres complexifications lynchéennes qui en ont sûrement perdu plus d’un. En prenant le temps d’installer chaque élément et concept, l’histoire de ce complot politique tripartite - opposant les Atréïdes d’une part, l’Empire et les Harkonnens de l’autre - et l'histoire de l’avènement messianique de Paul (plus ou moins programmé par les sorcières Bene Gesserit et tant attendu par les Fremens) retrouvent toute leur limpidité et toute leur cohérence. Et à la fin des 5h de visionnage, rares seront ceux qui n’auront « pas saisi » l’histoire globale de Dune.

Même si l’adaptation proposée par la chaîne reste la plus littérale possible, elle a insufflé une véritable identité visuelle et elle s’est permis certaines incartades symboliques pour exister en tant que telle.

De prime abord, et surtout vingt ans après sa sortie, l’esthétique peut clairement en rebuter plus d’un (on y reviendra), il n’en reste pas moins qu’à chaque instant elle a un sens, la photographie et l’utilisation de la lumière ayant quelque chose à dire. Il est indéniable que les choix de décors, très théâtraux, troquant sans vergogne la réalité au graphisme, ont été mûrement réfléchis. Il est évident également que la lumière (de plus en plus présente), accompagnant l’ascension de Muad-Dib, a une véritable signification.

 

photo, Alec Newman, DuneMuad-Dib, illuminé du rayon vert

 

VERACRASSE

En ça, la mini-série Dune est peut-être l’une des meilleures introductions possible dans l’univers de Frank Herbert. Sans prétention, l’extrême fluidité de la présentation de différentes maisons, des tensions, des trahisons et des complots politiques de l’Empire le prouve. Ces derniers ont toujours été un aspect très important du livre, et cette série est peut-être celle qui leur accorde le plus de place. Beaucoup plus en tout cas que dans le film de Denis Villeneuve, et une place beaucoup moins opaque que celle que leur avait accordée David Lynch.

Pour autant, à trop vouloir suivre l’oeuvre, la série pâtit de sa richesse. Tout à la fois politique, philosophique, religieux, écologique, ce qui fait Dune est beaucoup trop causant pour se retrouver complètement à l’écran. Contrairement au film de Villeneuve, c’est toute sa dimension introspective qui a été sacrifiée. Et ce qui fait Dune, Arrakis ou même l’empire, est également beaucoup trop immense pour avoir pu exister, à l’époque, sur petit écran. Car vingt ans après, ce n’est qu’un doux euphémisme de dire que visuellement, cette série a vieilli. Ou même qu’elle semble être tout droit sortie d’une malle de chez mamie.

 

photoDes yeux bleus, mais pas le bon bleu... 

 

En réalité, Dune est d’abord et avant tout repoussante. C’est assez triste de faire ce constat, alors même qu’elle fut récompensée de deux Emmy Awards et qu’elle avait mis en place un système de production s’avoisinant à celui utilisé par les studios Disney sur le plateau de The Mandalorian — un plateau circulaire, chaque mur recouvert d'un gigantesque décor imprimé afin de recourir le moins possible à aux fonds verts, que Jon Favreau troquera contre des écrans LED à 360°. Mais c’est pourtant le cas : chaque instant, Dune est cheap, ce qui dessert pas mal son propos, surtout à notre époque.

Tout est écrasant sur Arrakis, la vie, la soif, les déplacements… tout a été sujet à invention, innovation et inventivité et rien sur cette dune n’est jamais vraiment à la hauteur du monument.

 

photoDes combats épiques, grandioses...

 

Le désert ressemble plus à un bac à sable de parcs municipaux qu’autre chose. Les arrière-plans, certes joliment peints, sont toujours en inadéquation avec le reste du décor, ou avec la lumière (même si cette dernière est symbolique). Les costumes ressemblent plus à des cosplays de fans se réunissant pour le prochain Comic-Con, et les yeux de Fremens peinent à garder leur coloration quand les acteurs ne sont pas bien en face de la caméra.

Même une fois passé les premiers temps compliqués et même une fois habitués à cette esthétique qui emprunte au théâtre, impossible de complètement s’habituer aux attaques incessantes de carton-pâte, au manque criant de gigantisme, à l'amateurisme de certains acteurs ou encore à la mauvaise qualité des chorégraphies de bastons.

Les mini-séries Dune restent donc des adaptations imparfaites, parfaitement intéressantes mais parfaitement frustrantes. Mais ces productions Syfy ont certainement joué un rôle majeur dans la popularité de l'univers de Frank Herbert, et comblé un vide laissé par le cinéma. Du moins jusqu'à 2021 et Denis Villeneuve, avec un blockbuster Dune qui va justement donner lieu à un prequel sous forme de série, sur HBO Max. La boucle sera bouclée.

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commentaires
kilam
27/09/2021 à 20:30

series cheaps qui ont vieillit mais meilleurs adaptation de DUNE

Numberz
27/09/2021 à 13:30

@mcdo
Nope, c'est la suite les enfants de dune, où il y a la musique.

Maxibestof
27/09/2021 à 12:22

C'est cette série où il y a la musique de Pekin Express ? :)

Maxibestof
27/09/2021 à 12:22

C

Srwawa
27/09/2021 à 10:55

La meilleure adaptation a mon sens, les effets speciaux sont cheap certes, mais elle m'a procuré les memes emotions que le livre...je viens de voir le villeneuve, pas mal mais c'est qu'un star wars sur arrakis...pas ou peu d'emotion

Numberz
26/09/2021 à 22:42

Assez d'accord pour dire que les enfants de Dune était cool.

J'aurais juste aimé voir Stéphane Rotenberg chevaucher un ver géant sur fond de musique de Pékin Express

Rakis
26/09/2021 à 20:54

J'avais beaucoup aimé cette série, malgré ses effets spéciaux cheaps et son casting changeant d'une saison à l'autre (agaçant ça). J'ai surtout aimé l'adaptation du Messie et des Enfants de Dune (une première, souhaitons à Villeneuve d'aller aussi loin !). Alia avait du charisme et la scène en plusieurs plans mettant fin au complot contre Paul (Le Messie) était extrêmement bien filmée, avec une musique en adéquation. Dommage que l'article n'aille pas plus loin pour parler plus de cette seconde partie de 2003.

Mika
26/09/2021 à 09:36

La première trilogie Starwars aussi a vieillit graphiquement, avec ses décors fait de maquettes en carton. Ca fait très cheap, mais ca n'en reste pas moins la meilleure.

Hasgarn
26/09/2021 à 08:59

Série à réhabilité pour son respect de l’œuvre.

Mais tout ce qui est dit est vrai : c’est kitch et assez moche.
Reste tout le reste : bon casting, bon actîng et surtout quel script !
D’ailleurs, la suite (le messie de Dune et les enfants de Dune) verra le retour de Harrisson au scénario seulement et il cédera son siège de réalisateur à Greg Yaitanes qui fera un bien meilleur boulot, doté d’une esthétique plus sobre et non moins puissante. Il n’y a eu qu’une seule adaptation des tomes 2 et 3 de la saga et c’est très réussi.
Il faut voir les téléfilms Dune pour voir sa suite qui est tellement bonne !

Cebrus
26/09/2021 à 08:54

J'ai adoré cette série. Beaucoup moins soporifique que le film original.
Aujourd'hui je recherche à la revoir car j'ai égaré les dvd. Impossible...
à croire qu'il a été maudits des plate-forme de streaming.

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