The Deuce : pourquoi la série sur l'industrie du porno est une fresque sociale digne de The Wire

Mise à jour : 22/11/2017 02:38 - Créé : 1 novembre 2017 - Alexandre Janowiak
Photo , The Deuce
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Début septembre, le retour de David Simon aux commandes de la série The Deuce nous avait impressionnés. L’excellent pilote du nouveau show d’HBO sur l’industrie pornographique présageait d’une peinture grave et puissante du New-York grouillant des années 70. La saison 1 s’est terminée ce dimanche après huit épisodes. Le pari est-il réussi ?

ATTENTION SPOILERS

 

 

ONCE UPON A TIME IN AMERICA

Avec The Wire, il explorait Baltimore. Avec Treme, il explorait La Nouvelle-Orléans. Cette fois David Simon, l'un des scénaristes et créateurs de série les plus incontournables de la télévision américaine, s’attaque au New-York des années 70 avec The Deuce. A cette époque, la Grosse Pomme est dans la tourmente. Les prostituées sillonnent les trottoirs de la 42e, la police est totalement corrompue, les trafics de drogues sont multiples en pleine French Connection et le taux de criminalité est plus élevé que jamais.

Cependant, dans le même temps, une révolution culturelle est en train de voir le jour. La communauté homosexuelle ne se cache plus et se libère. Les mœurs aussi. Circulant d’abord sous les manteaux, la pornographie va alors se développer officiellement et légalement sur le territoire américain, favorisant le boom de cette nouvelle industrie.

On ne va pas y aller par quatre chemins : The Deuce est une des grandes réussites télévisuelles de l’année aux côtés de Mindhunter ou The Handmaid’s Tale. Malgré la lenteur, caractéristique de ses créations, David Simon (aidé de George Pelecanos) dresse, une nouvelle fois, un portrait ultra-réaliste et extrêmement critique de la société américaine.

 

Photo James Franco

 

WELCOME TO NEW-YORK

La première force visible de la série, c'est évidemment sa direction artistique. Des ruelles sinistres aux bars jazzy, des bagnoles de macs aux mini-jupes des prostituées, des cinémas lugubres aux studios de tournages miteux, rien n'est laissé au hasard, tout est d'une authenticité remarquable. Résultat : la reconstitution du New-York sale et dépravé des Seventies est impressionnante. Il n’est d'ailleurs pas rare de se croire devant les films de Martin Scorsese (Mean Streets ou Taxi Driver). Sauf que là où le réalisateur américain n'avait qu'à poser sa caméra au coin d'une rue du quartier de Forty-Deuce pour retranscrire cette ambiance poisseuse, la série HBO a du la recréer entièrement.

The Deuce nous montre les moindres recoins de cette ville tentaculaire à travers une mise en scène soignée et discrète. Ici, pas de somptueux plans-séquences, pas de mouvements de caméras virevoltants... la caméra ne doit pas être un artifice. Les mises en scènes de Michelle MacLarenJames FrancoRoxann Dawson ou encore Uta Briesewitz sont surtout élégantes et simples. Ce sont les dialogues bruts et somptueux écrits par les différents scénaristes qui doivent être mis en avants par la série. 

 

Photo Lawrence Gilliard Jr.Lawrence Gilliard Jr est de retour chez David Simon 

 

Ces dialogues sont particulièrement transcendés par le sublime casting mené par un double James Franco, à la fois dans la peau du gérant de bar associé de la mafia locale, Vincent Martino, et de son frère jumeau, le roublard et vagabond Frankie. A ses côtés, les personnages masculins hauts-en-couleurs, souvent portés pas d'anciennes stars de The Wire, ne manquent pas à l'appel : Rodney et Larry alias Method Man et Gbenga Akinnagbe, le policier Alston (Lawrence Gilliard Jr.) ou encore le beau-frère de Vincent, Bobby, joué par Chris Bauer (Frank Sobotka dans The Wire).

 

Photo Lawrence Gilliard Jr.

 

FEMMES, ON VOUS AIME

Cependant, si les hommes ont une place importante dans le show, c'est surtout par sa splendide galerie de personnages féminins que la série prend toute son ampleur. Cette saison 1 se focalise sur un ensemble thématiques très éclectiques (drogues, pornographie...) et sur la libération globale des moeurs, mais ce sont l'évolution et l'avenir des prostituées qui forment au coeur du récit de The Deuce. A partir de là, David Simon et George Pelecanos dressent un portrait saisissant de ces travailleuses du sexe à travers des sublimes performances d'actrices : Emily Meade (Lori), Dominique Fishback (Darlene), Jamie Neumann (Ashley) et surtout Maggie Gyllenhaal.

 

Photo Emily MeadeEmily Meade

 

Dans la peau de la prostituée Candy, la grande soeur du talentueux Jake Gyllenhaal s'offre sans aucun doute le rôle de sa vie. Son personnage d'Eileen, son vrai prénom hors des chambres d'hôtels, est certainement une des plus belles protagonistes que la télévision ait connues.

Remarquablement écrite, Candy est une prostituée indépendante loin du diktat des macs et qui fait tout pour changer de vie. Cependant la route est longue et sinueuse. Alors qu'elle essaye d'échapper à sa profession lorsqu'elle entame une relation plus ou moins sérieuse avec un homme (Jack), son quotidien lui colle à la peau : après avoir fait l'amour sans qu'elle n'ait eu d'orgasme, Candy laisse Jack seul dans sa chambre d'hôtel avant que celui-ci ne lui offre quelques billets pour qu'elle se paye un taxi. Une situation similaire, à peu de choses près, à sa fastidieuse vie de prostituée.

Malgré les difficultés auxquelles elle est confrontée, Candy connaît une profonde progression tout au long des huit épisodes. Ce sont à travers ses yeux que la pornographie s'installe peu à peu dans le récit avant de s'inscrire durablement dans le show à ses côtés. L'avant-première du fameux Gorge Profonde à laquelle elle est invitée dans le final de cette saison 1 marquant un tournant dans The Deuce.

 

Photo Maggie Gyllenhaal

 

SOCIAL NIGHTMARE

Si The Deuce est encensé par la critique à juste titre, il n'est pas exempt de défauts. La double performance de James Franco a beau être excellente, son utilité laisse plus que perplexe. Là où la série évite toute finasserie grâce à une parfaite maitrise de son univers et de son époque, ce double rôle ne présente que peu d'intérêt et s'avère très artificiel. De plus, l'abondance de personnages oblige à une trop grande quantité de sous-intrigues parfois molles et souvent trop rapidement écartées (l'ex-femme de Vincent, Ruby...) en lieu et place d'une intrigue principale simple et claire.

Pourtant, si l'exigence de la série peut s'avérer frustrante pour certains spectateurs voire rédhibitoire pour d'autres, c'est bien l'absence d'une ligne directrice qui est à l'origine des qualités de The Deuce et de sa puissance politique. A l'image de The Wire ou Treme, David Simon nous expose une infini richesse thématique mais nous livre avant tout une fresque sociale de l'Amérique.

 

Photo Jamie NeumannJamie Neumann dans la peau d'Ashley, une des filles du proxénète CC

 

Une nouvelle fois, le journaliste et écrivain critique profondément le système américain et met en avant les oubliés de la société. Ces laissés-pour-compte de la nation dont seule une poignée de téméraire, audacieux (Eileen) ou aussi chanceux (Ashley) peut espérer échapper à ce bourbier et rêver à nouveau de l'American Dream tant convoité.

Bien rares sont ceux qui luttent pour réduire les inégalités croissantes de cette société vérolée - le sublime personnage d'Abby (magnifique Margarita Levieva), la journaliste Sandra (Natalie Paul) -, la plupart des mieux lotis préfèrant se contenter d'un système injuste pour jouir pleinement de leurs privilèges. Ainsi, les plus faibles et démunis resteront malheureusement à jamais la plaie que l'Amérique n'essaye pas de refermer. 

 

Photo Margarita LevievaMargarita Levieva 

 

Avec cette première saison, The Deuce marque les esprits et s'affirme comme une fresque sociale d'un réalisme subjuguant et au propos intemporel. Bien qu'elle soit très similaire dans son fonctionnement, comparer le show avec The Wire serait pour l'instant présomptueux. Mais en marchant tranquillement dans les pas de son ainée, la nouvelle création de David Simon et George Pelecanos a tout d'une future grande série. La saison 2 ne devrait pas arriver avant fin 2018.

L'intégralité de la saison 1 de The Deuce est disponible en téléchargement numérique depuis le 31 octobre.

 

Photo , The Deuce

commentaires

Barbo 14/11/2017 à 17:27

@Towerose

"Sérieusement" c'est tout aussi fatigant de te voir résumer un article par titre et conclusion...

Dire que c'est "digne de The wire", ne veut signifie pas qu'on la compare dans les détails et qu'elle est conforme point par point. Pour qui a vu The Wire, ou une série de David Simon en entier, c'est évident qu'on ne peut encore voir toute l'étendue de ses ambitions en une seule saison. Et qu'en même temps, on y retrouve sa patte, justement.

Towerose 14/11/2017 à 17:19

Titre :
"The Deuce : pourquoi la série sur l'industrie du porno est une fresque sociale digne de The Wire"

Conclusion :
"Bien qu'elle soit très similaire dans son fonctionnement, comparer le show avec The Wire serait pour l'instant présomptueux."

Donc, EL, vous êtes présomptieux, et pas très malin......
Sérieusement, c'est chiant à force ces articles mal écrits.

Bennnn 11/11/2017 à 10:51

Les jumeaux ont réellement existé donc la double performance de Franco n'est pas un gimmick sans intérêt.

slaine 02/11/2017 à 14:48

mmouais...moins convaincu pour ma part..j'ai décroché au 5...autrement plus de plaisir avec les séries citées ci dessous...je passe mon tour pour la 2eme saison

baba 02/11/2017 à 09:39

rien à signaler

Luludo 01/11/2017 à 23:20

Elle fait partie des quatre grandes de l année a mes yeux.... big little lies , ma servante ecarlate, the deuce et bien évidemment twin peaks

Roukesh 01/11/2017 à 14:00

Vraiment une réussite, la plus enthousiasmante série, a mes yeux, de cette année, avec handmaid. Bémol pour cette fin assez fataliste, qui vient un peu trop tôt ou tard a mes yeux.

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