Mindhunter : la nouvelle série de David Fincher est un petit bijou à ne pas rater

Créé : 15 octobre 2017 - Christophe Foltzer
Photo Mindhunter saison 1
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Depuis quelques années, Netflix ne cesse de nous surprendre en tentant des paris que l'on pensait jusqu'alors réservés uniquement à HBO. Et, malgré quelques ratages, il arrive parfois que l'on passe à quelques millimètres du gros chef-d'oeuvre.

 

  

David Fincher avait lancé le coup d'envoi de la conquête du monde de Netflix avec la série House of Cards. A travers les premières aventures de Frank Underwood, il avait imposé un degré de qualité tel que l'on avait bien du mal à comprendre que nous étions encore devant notre télévision et pas au cinéma. Si la série a permis au network de s'imposer notamment en France, Netflix ne s'est pas cependant pas reposé sur ses lauriers et a continué à nous abreuver de productions originales d'intérêts variables mais avec toujours la même envie de nous proposer une offre diversifiée répondant à certains standards de qualité pour plaire au plus grand nombre. Et si tous les regards se tournent vers la saison 2 de Stranger Things qui débarquera dans deux semaines, on aurait tort de faire l'impasse sur l'extraordinaire Mindhunter qui est disponible depuis le vendredi 13 octobre. Ce serait même une énorme erreur.

 

Photo Jonathan Groff

 

L'ORIGINE DU MAL

Le postulat de base est pourtant simple : Après une prise d'otage qui tourne court, l'agent spécial Holden Ford est muté à Quantico pour y donner des cours de négociations. Un avancement qu'il prend comme une punition et une mise au placard qui ne fait que refléter son impression que les techniques du FBI ne sont plus adaptées à la société américaine de 1977, époque où se déroule la série. Sa rencontre avec Bill Tench, agent spécial à la tête d'une unité de recherche psychologique un peu spéciale, sera le déclic. Ensemble, ils vont parcourir les routes des Etats-Unis et aller à la rencontre des tueurs les plus ignobles qui croupissent en prison pour dresser un profil psychologique qui permettra d'anticiper et d'empêcher de nouveaux drames morbides de se produire.

Adaptée d'un livre, Mind Hunter : Inside the FBI's Elite Serial Crime Unit, de Mark Olshaker et John E. Douglas, Mindhunter nous invite donc à assister à la naissane du profiling comme on le connait aujourd'hui et la création du terme "serial killer". Produite par David Fincher et Charlize Theron, la série est évidemment bien plus qu'une étude de cas puisque, comme le réalisateur l'avait fait avec Zodiac, c'est avant tout la société entière qui est passée au scanner.

 

Photo Mindhunter, Holt McCallany

 

PROFESSION : PROFILER

Zodiac, le mot est lâché. D'ailleurs, durant la promotion il a été fait régulièrement référence au chef-d'oeuvre de Fincher dont Mindhunter serait plus ou moins une version télé. Ce qui est bien entendu vrai et complètement faux. Evidemment, nous nous attardons sur une société traumatisée par un drame affreux (en l'occurrence Charles Manson dans la série), bien entendu nous suivons deux héros opposés mais complémentaires qui veillent à ne pas tomber dans la folie et les ténèbres, mais la comparaison s'arrête bien là. Car, en réalité, on pourrait considérer Mindhunter comme un approfondissement général de toutes les thématiques qui étaient survolées dans le film et qui va, au final, beaucoup plus loin.

 

Photo Mindhunter, Jonathan Groff, Anna Torv

 

A travers son histoire, Mindhunter raconte essentiellement la société américaine, et donc occidentale, d'aujourd'hui. Emaillée de tragédies, de scandales et de guerres (Manson, Watergate et Vietnam en tête), elle ne sait plus où elle en est et l'empreinte laissée par ces drames la change en profondeur. Logique donc que cette perte de repères donne naissance à un certain nombre de monstres. La grande intelligence de la série, c'est de mettre au même niveau tueurs, agents fédéraux et simple citoyen. Nous avons tous en nous cette noirceur ancrée dans notre nature humaine qui peut nous pousser à commettre l'irréparable, à basculer dans l'horreur et ce n'est que grâce à un certain nombre de barrières sociales, morales et culturelles que nous maintenons le cap.

Les différentes interviews présentées le montrent bien : à l'origine, les serial killers sont les premières victimes de leur psyché et s'il ne s'agit pas de les excuser, il convient cependant de remettre leur psychologie en perspective et la réinscrire dans un contexte donné. Utilisant à merveille la fascination que nous avons tous vis-à-vis des grandes figures du mal, Mindhunter joue énormément avec cette célébrité morbide pour lever le rideau sur la part humaine de ces monstres. Désacralisant tout autant qu'elle joue sur le statut légendaire des tueurs, la série parvient donc à poser les choses à plat, ne nous épargnant aucune horreur mais en nous rappelant constamment qu'un tel destin tient finalement à très peu de choses. Et c'est assez fantastique.

 

Photo Mindhunter, Jonathan Groff, Holt McCallany

 

DERRIERE LE RIDEAU

D'un point de vue formel, il ne faut pas s'attendre à de grandes scènes d'action, la série est posée, théseuse et peut apparaitre froide, clinique et austère. C'est toute l'intelligence de l'équipe que d'avoir choisi cette approche sans affect pour mieux nous fournir un cadre dans lequel s'instille progressivement le mal. D'ailleurs, toute la série n'en revient toujours qu'à cela : empêcher le poison d'investir le corps social et moral des personnages. C'est ainsi que nous assistons à la lente progression du personnage principal, Holden Ford, hypnotisé par les figures qu'il rencontre et qui se laisse peu à peu envahir par son obsession. Un arc qui pourrait apparaitre des plus classiques s'il n'était enrichi de nombreux détails qui le rendent passionnants. Il s'agit d'ailleurs d'une constante.

Tous les personnages de la série doivent composer avec leur étude, au travail comme dans leur vie privée et chacun est dans une situation spécifique qui sera impactée à sa manière. Le but étant évidemment de concilier les deux. Miroirs du thème général, nos personnages sont eux-mêmes en quête de sens et recherchent avant tout à comprendre et intégrer les changements profonds qui secouent la société dans laquelle ils vivent, soit en se retranchant derrière un modèle ancien, paternaliste, cadré et rigide, soit en plongeant totalement dans les ténèbres pour tenter d'y trouver un petit rayon de lumière. 

 

Photo Mindhunter, Jonathan Groff

 

L'autre grande idée, c'est de ne pas faire Mindhunter uniquement une série de couloirs mais de se poser la question de l'intérêt pratique d'une telle étude. Si d'un côté nous avons l'aspect spéculatif de l'enquête avec les interviews, nos agents sont régulièrement confrontés à des cas réels qui leur permettent de tester leurs enseignements et voir si, oui ou non, ils ont une utilité concrète. Et c'est l'un des coeurs de la série puisque dans ces cas précis, l'ambivalence de nos héros est exposée au grand jour. Si leurs actes ne sont pas vraiment condamnables, les méthodes le sont déjà plus, ainsi que leurs conclusions et la question reste posée de savoir s'ils plient la réalité à leur désir d'avoir raison ou si leurs méthodes novatrices sont effectivement la bonne solution. En refusant tout parti-pris, Mindhunter enrichit le flou moral qui caractérise sa thématique et nous ramène constamment à cette lutte interne entre lumière et obscurité qui déchire même les gens les mieux éduqués et les plus nobles d'esprit.

 

Mindhunter est une série fantastique qui en déroutera pas mal. Froide et lente, elle en devient hypnotisante et nous appelle à une sérieuse réflexion sur notre nature d'être humain dans une société qui l'est de moins en moins. A l'heure où nous allons probablement dans l'une des zones les plus sombres de notre histoire récente, Mindhunter est une oeuvre indispensable parce qu'elle nous invite au recul sur nous-même, à l'introspection, à la réflexion sur notre statut d'être civilisé tout en nous demandant gentiment de décaler notre point de vue et de laisser tomber notre fierté purement occidentale en nous prouvant qu'elle est aussi le bereceau de toutes les horreurs. C'est fort, c'est intense, c'est beau, c'est dur, c'est grand, c'est Mindhunter.

 

Photo Mindhunter saison 1

 

 

commentaires

Kinké 22/10/2017 à 23:17

Perso j'ai plutôt trouvé qu'il ressemble comme 2 gouttes d'eau a Sam Rockwell.

Vivement la saison 2 en tout cas.

Ratatak 16/10/2017 à 12:58

J'avoue Max en cas de biopic sur Macron l'acteur est parfait...

SMQ 16/10/2017 à 11:35

J'ai adoré, regardé les 10 épisodes d'un trait, les acteurs sont excellents, et oui, le personnage principal ressemble franchement à Macron :)

pau 15/10/2017 à 22:21

Euh la psyché de l'être humain et ses complexités, de la noirceur à la lumière (gentillesse, bonté, empathie, générosité ect) n'a rien de nouveau et ne date pas de cette époque..Les serial killers existent depuis la nuit des temps, seulement avant ils n'avaient un titre, décidé par les professionnels de la psychatrie et de la psychologie.
C'est un sujet passionnant et David Fincher est assez doué pour le traiter intelligemment.

Sinon je ne vois pas trop ce que vous voulez dire par : 'A l'heure où nous allons probablement dans l'une des zones les plus sombres de notre histoire récente' ?

dany15 15/10/2017 à 19:28

Superbe série, me suis fait les 10 épisodes ce week-end , le jeu d'acteur, surtout des 2 flics, est génial

Max 15/10/2017 à 18:50

J'ai bien aimé la série aussi mais j'ai été un peu dérouté pour deux raisons : le personnage de Holden Ford a, je trouve, un faux air d'Emmanuel Macron et son partenaire n'arrête pas de fumer, ce qui n'aide pas à arrêter !

Roukesh 15/10/2017 à 18:02

Totalement d'accord avec vous. Un très bonne surprise. Le duo fonctionne parfaitement.

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