The Deuce : que vaut le pilote de la série sur la pornographie signée David Simon ?

Mise à jour : 24/09/2017 01:48 - Créé : 11 septembre 2017 - Alexandre Janowiak
Photo , The Deuce
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Après quelques années d’absence avec la fin de Treme en 2013, David Simon nous avait enchanté il y a deux ans avec sa mini-série Show Me a Hero porté par l’excellent Oscar Isaac. Une fois de plus, il nous avait prouvé qu’il était toujours l’un des meilleurs scénaristes actuels. Avec The Deuce, il s’attaque aux années 70 et à l’essor de la pornographie aux Etats-Unis. Le pilote est-il à la hauteur de son talent ? Attention spoilers.

 

 

BRO JOBS

David Simon a toujours eu la bonne idée d’être clair et de ne pas perdre son spectateur dans des intrigues méandreuses. Avec un double rôle pour James Franco, il fallait donc rapidement caractériser les deux frangins pour éviter les confusions. D’autant plus que si dans Fargo, il était impossible de confondre les deux McGregor à cause de leur style et physique opposés, ici Vincent et Franky Martino sont des frères jumeaux identiques.

Dès la première séquence du pilote, Vincent, gérant d’un bar à Brooklyn, se fait donc attaquer à la sortie du boulot et finit avec une belle cicatrice sur le front. Mais si la conséquence de cette scène servira évidemment à identifier les deux frangins plus facilement, son intérêt ne s’arrête pas à ce simple détail. Au contraire, elle nous confronte directement au New-York sale, drogué, violent et dangereux des années 70.

 

Photo James FrancoVincent Martino (James Franco) et Frankie Martino (James Franco)

 

Au-delà des deux jumeux Martino, ce pilote de près de 90 minutes est d’une énergie redoutable pour présenter l’univers qui nous attend. A travers un montage des plus efficaces, David Simon et George Pelecanos introduisent ainsi toute une série de personnage.

De la jeune étudiante Abby aux macs CC et Larry, en passant par la jeune prostituée Darlene, l’expérimentée Candy, la toute nouvelle Lori ou le flic corrompu Danny Flanagan, les deux showrunners décryptent à merveille la faune diverse qui formait la Big Apple dans les Seventies. Des mieux lotis aux plus démunis.

Si les connexions entre chacun d’entre eux ne sont pas encore totalement établies, l’univers se met habilement en place et nous ébauche des sous-intrigues passionnantes.

 

Photo Gbenga AkinnagbeGbenga Akinnagbe de retour chez David Simon, neuf ans après The Wire

 

THE DUCE

Il est impressionnant de constater à quel point David Simon (ici avec George Pelecanos pour la troisième fois depuis The Wire et Treme) arrive à portraitiser de façon aussi remarquable le système américain. Evidemment derrière tout ça, il y a un travail de documentation prodigieux.

Des petites rues glauques à l’imposant Times Square, des hôtels lugubres aux bars miteux, de la bande-originale funky (Curtis Mayfield, Marvin Gaye…) au style vestimentaire punk-rock, la reconstitution de NYC est bluffante. Une restitution admirablement filmée par la talentueuse Michelle MacLaren, aux commandes de ce premier épisode et que l’on retrouvera derrière la caméra pour clôturer cette saison.

 

Photo Gbenga Akinnagbe, Michelle MacLaren, Gary CarrMichelle MacLaren entourée des deux macs Larry et C.C

 

Délaissant pour le moment la pornographie, certainement pour mieux l’introduire, David Simon se concentre avant tout sur la prostitution et le marché de la drogue dans ce pilote. Il nous offre des dialogues ou séquences d’ores-et-déjà anthologiques. On pense entre autres aux deux macs CC et Larry qui recrutent de nouvelles filles à l’aéroport comme on achète des tomates aux marchés. Ou encore au fabuleux monologue de Candy dans une chambre d'hôtel avec un jeune client. Mais si les dialogues sont d’une grande puissance, c’est aussi parce qu’ils sont appuyés et sublimés par les brillants comédiens du show.

 

MAGIC GYLLENHAAL

Sur le papier, la star de The Deuce est James Franco. Avec son double rôle, d’un côté Vincent le gérant de bar travailleur et de l’autre le mafieux raté et un peu dégénéré Frankie, James Franco a une double place primordiale dans le show. Ce n’est pas anodin si le pilote commence et se termine à ses côtés.

Cependant, la véritable perle de ce premier épisode s’appelle Maggie Gyllenhaal. Sa performance est envoûtante dans la peau de la prostituée indépendante Candy et elle dévore l’écran à chacune de ses apparitions. Entre son besoin fou d’indépendance dans son business et ses problèmes familiaux (son fils…), son personnage s’annonce clairement comme l’un des plus captivants du show. 

 

Photo Maggie GyllenhaalMaggie Gyllenhaal emporte tout sur son passage

 

Avec ce pilote, David Simon confirme largement son statut de maître des séries TV américaines. Pire, sans même évoquer une seule seconde le thème principal de sa série : la pornographie, il arrive à nous captiver grâce à des dialogues ciselés, des personnages bien caractérisés et l'ambiance poisseuse ensorcelante des Seventies. Fort.

 

Photo , The Deuce

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REA 12/09/2017 à 15:07

Le défaut, et de taille, c'est la durée du pilot.
Ils ont répété la même erreur qu'avec celui de VINYL qui était plus long (dans les 1h40 de mémoire).

C'est le genre de nouvelle série que tu ne peux pas commencer comme ça. Enfin pour moi.

Sinon, rien à redire sur le reste. Le tout est de qualité (notamment la reconstitution).
Par contre, je ne me précipiterais pas pour regarder le nouvel épisode chaque semaine.

Tonymarques 11/09/2017 à 17:26

Yes effectivement bien lourd ce pilote! La reconstitution de NYC est impeccable on s'accroche plutôt rapidement aux persos et surtout James Franco donne l'impression de se remettre à jouer enfin malgré un problème d'identification au début sur son double rôle.

Ça annonce du très bon et comme mentionné le thème du porno n'a pourtant mémé pas été effleuré. A suivre et très bonne critique !

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