Fargo saison 4 : critique violente du faux rêve américain sur Salto

Alexandre Janowiak | 10 décembre 2020 - MAJ : 10/12/2020 14:22
Alexandre Janowiak | 10 décembre 2020 - MAJ : 10/12/2020 14:22

Après une longue attente, sa saison 3 ayant été diffusée en 2017, Fargo a finalement fait son grand retour avec une saison 4 en cette fin d'année 2020. D'abord prévue pour avril avant d'être repoussée à l'automne, la série a trouvé refuge sur Salto en France, et le moins que l'on puisse dire, c'est que c'est une bonne prise pour la plateforme française.

FARDEAU ?

La troisième saison de Fargo avait été une semi-déception. D'un côté, il y avait évidemment toujours ce ton cynique et cet humour noir bien dosé, caractéristique de l'univers des frères Coen dans le film éponyme. Ainsi, l'atmosphère de Fargo était toujours bien présente tout en laissant Noah Hawley, le créateur de la série, s'aventurer vers d'autres horizons un peu plus sombre et ambigu dans le grand final.

De l'autre, la saison 3 avait également largement déçu (la rédaction en tout cas) à cause de sa construction trop huilée. Incontestablement, après deux merveilleuses saisons, cette troisième salve d'épisodes manquait d'ambition, d'originalité et donc de surprises. Les rebondissements étaient attendus, les enjeux et quiproquos peu inspirés et surtout les interactions entre les personnages reprenaient trop celles des saisons précédentes.

Ainsi, l'arrivée d'une saison 4, après trois longues années d'attente, laissait imaginer le pire : une incapacité du showrunner et des scénaristes de renouveler suffisamment les codes de la série et donc de retomber inlassablement dans une myriade de séquences redondantes et ennuyeuses.

 

Photo Chris RockQue les hostilités commencent

 

LES PLAIES DE L'AMÉRIQUE

Heureusement, on comprend très vite que cette saison 4, menée en grande partie par Chris Rock, ne reprendra pas une construction similaire. Au contraire, dès son entrée en matière, loin des malentendus, successions de malchances et multiples quiproquos habituels, elle se décide à explorer des perspectives fraiches et neuves, bien plus noires et ambitieuses.

La saison 4 de Fargo s'attarde ainsi sur la violence des États-Unis et plus particulièrement sa naissance ou plutôt les raisons de sa pérennité. Et cette violence, les scénaristes la lient intrinsèquement à la haine reçue par les communautés immigrées. Dès lors, tout au long de ses onze épisodes (un de plus que les saisons précédentes), cette saison 4 va revenir sur l'histoire de l'Amérique dans un récit d'une ampleur encore inédite pour la série. Avec près d'une dizaine de personnages principaux, sans compter les apparitions de nombreux antagonistes éphémères ou personnages secondaires disparus aussi vite qu'ils étaient apparus, Fargo entre dans une autre dimension.

 

Photo Jessie BuckleyLe personnage de Jessie Buckley, sûrement le plus Fargoesque

 

Et le moins que l'on puisse dire, c'est que Noah Hawley (à qui l'on doit aussi l'incroyable Legionréussit certains de ses paris. Les propos de la série sur l'Histoire et ce qu'en retiennent les livres sont affutés, passionnants et surtout extrêmement pertinents. La rivalité des clans communautaires américains n'est pas tant celle de bandes aux opinions opposées ou irréconciliables, mais bien celle d'une Amérique en proie à ses propres démons. Ce que dit, en sous-texte, cette saison 4 de Fargo, c'est que le véritable ennemi de l'Amérique, c'est son incapacité à se regarder en face et surtout, à admettre ses fautes, ses manquements, voire ses vices. Elle qui rejette souvent l'opprobre sur les minorités qui viennent pourtant l'enrichir, elle est finalement la source de la violence qu'elle dénonce.

En abordant cette thématique de la violence et surtout d'une Amérique créant ses propres monstres (plutôt que son fameux rêve), la démarche de la série FX se rapproche de celle des récentes Watchmen (notre critique) et Lovecraft Country (notre critique). Mais en reposant sur des bases historiques (non ce n'est pas une histoire vraie, mais certaines séquences s'inspirent de drames américains bien réels, comme le carnage de la gare), Fargo ouvre d'autres portes et se révèle, par conséquent, bien plus authentique et écrasante.

 

Photo Emyri CrutchfieldUne histoire racontée à sa manière

 

AMERICAN AWFUL STORY

Toutefois, c'est justement sa noirceur qui pourra en rebuter plus d'un. Habituellement noire dans l'humour, cynique dans sa tonalité, Fargo abandonne quasiment cette atmosphère si plaisante pour mieux rendre compte de l'atrocité de son récit. Certes, Noah Hawley conserve une touche caustique et burlesque par endroits (la chute grotesque du personnage de Salvatore Esposito, le personnage de Jessie Buckley), mais elle est souvent neutralisée par la rudesse de l'ensemble (deux balles dans la tête d'une sécheresse déstabilisante dans l'épisode final).

Ici, la violence n'est plus une petite blague ou un simple jeu, mais bien une réalité morbide dont la dureté et la brutalité n'ont rien d'amusant. De facto, les quelques fans venus en rire seront largement décontenancés devant cette nouvelle fournée (même si le clin d'oeil conclusif sobre est une sacrée récompense). Par ailleurs, en se prenant très au sérieux, cette saison 4 de Fargo repose sur un rythme très lent et posé.

 

photoLe plus bel épisode de la saison et un des plus beaux de l'année sérielle

 

C'est sans doute son plus grand défaut tant ces onze épisodes ne parviennent quasiment jamais à offrir une véritable dynamique aux enjeux exposés ou aux personnages caractérisés. La série avance sûrement, mais trop doucement, comme si, devant l'immensité du défi qu'elle voulait relever, elle en avait oublié son énergie si spécifique. En résulte un sentiment de surplace, d'avancée molle et surtout un divertissement trop peu attachant.

De quoi frustrer tant l'épisode 9 de cette saison 4 est une pure merveille, prouvant que la série est capable du meilleur, aussi bien esthétiquement, narrativement qu'émotionnellement. Réalisé par Michael UppendahlEast/West rend hommage au Magicien d'Oz (il reprend beaucoup d'éléments, notamment un sublime noir et blanc avant un passage libérateur en couleur) tout en déployant des liens puissants et émouvants entre ses personnages. Si Fargo a échoué à rendre poignante, voire tragique, la destinée des protagonistes de cette saison 4, l'épisode 9 fait exception.

Il parvient au contraire à rendre le parcours de Patrick "Rabbi" Milligan (parfait Ben Whishaw) et du jeune Satchel bouleversant, tout en métaphorisant l'affrontement de deux visions, mondes et temps. Un aparté hors du temps ("We are not in Kansas anymore") d'une poésie réconfortante, opportune, voire inespérée, au milieu de ce monde si funeste.

La saison 4 de Fargo est disponible en intégralité sur Salto en France depuis le 29 novembre 2020

 

Affiche US

Résumé

Après une troisième saison décevante, Fargo explore de nouvelles contrées dans cette saison 4 pertinente sur les démons de l'Amérique, mais pas totalement aboutie.

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commentaires
Jacky Choune
23/01/2021 à 00:07

Et ben dis donc... que de critiques négatives c'est incroyable!
Moi j'ai trouvé cette saison EXEPTIONNEL!
Je me suis pas ennuyé la moindre seconde, je n'ai pas trouvé ça lent, les dialogues sont passionnants, la mise en scène est incroyable, l'esthétique... on en parle pas! L'histoire magnifique, les personnages ont tous une personnalité propre, le jeux d'acteur mon dieu..... exceptionnel!!! L'intelligence de la série en somme!!!
J'ai pris un plaisir fou à regarder chaque scène!

MassLunar
15/12/2020 à 09:51

Perso, j'ai bien aimé cette saison, je l'ai englouti même si il faut reconnaître ses lenteurs et son changement de ton. Cependant, si il y a une saison 5, j'espère que Noah Hawley réussira à renouer avec l'esprit plus burlesque de la première saison qui reste la plus efficace dans la lignée des films des frères Coen.

Karlzzzz
13/12/2020 à 00:21

De loin la saison la plus ennuyeuse. Tout n'est pas à jeter mais des longueurs, des personnages improbables, une histoire guère passionnante... Grosse déception.

Symul
12/12/2020 à 23:07

Très déçu par cette 4 ème saison,qui est très en dessous des trois premières

LeManch
11/12/2020 à 10:17

Je pensais que Fargo était une série Netflix ? Il y a eu un changement de détenteur pour cette 4ème saison ?

Sacha
11/12/2020 à 00:35

Perso, j'ai vu les 4 saisons, la 1ère restera la meilleure... L'ambiance de la 4 est pas mal avec des personnages hauts en couleurs ????, Quelques déceptions, dont le 9ème épisode.. Faudra que je me la repasse, comme les 3 premières, pour éclaircir certains passages.

Kolby
10/12/2020 à 21:39

@EL
S'il vous plaît, peut on simplement visionner cette saison 4 sans pour autant suivre les précédentes et la comprendre ?
La saison 4 m'attire et je ne veux pas encore la regarder car je n'ai suivi aucune des saisons précédentes.

Sylalcop
10/12/2020 à 20:14

Saison vraiment différente des autres, mais des personnages forts, certains burlesques à l'image de Jessie Buckley excellente et quel épisode 9 !!!! Il m'a scotché.

Toupourix
10/12/2020 à 19:02

Une saison bien fade.

alshamanaac
10/12/2020 à 14:33

Curieux de voir cette saison 4, même si je dois avouer que j'ai pas été spécialement marqué par les saisons 2 et 3... La 1 était vraiment la plus réussie (et plus proche de l'ambiance du film).

Enfin bon, c'est pas pour ca que j'irais m'inscrire sur Salto... D'ailleurs, vous avez des chiffres sur le nombre d'abonnées ? Comme prévu ca sent un peu le bide non ? Et l'absence de communication autour de cette plateforme est assez hallucinante quand même...

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