Watchmen Saison 1 : critique de la meilleure série de 2019 ?

Alexandre Janowiak | 21 décembre 2019 - MAJ : 09/03/2021 15:58
Alexandre Janowiak | 21 décembre 2019 - MAJ : 09/03/2021 15:58

Alors que l'année 2019 nous a offert quantités de superbes séries, HBO lui a donné en grande partie tout son éclat avec EuphoriaChernobyl, la saison 7 de Veep, les saisons 2 de Succession et Barry et bien évidemment Watchmen. En neuf épisodes, la série de Damon Lindelof s'est révélé un bijou d'écriture et un immense morceau du petit écran, merveilleux de bout en bout. Attention quelques spoilers.

WRITE HIS OWN STORY

Trente-trois ans après le début de sa publication, le comics Watchmen est une oeuvre culte, adoubée par le monde entier et considérée comme une référence du genre super-héroïque. Une référence, car elle a su détourner les codes du super-héros, déconstruire leur mythe et les présenter sous un autre jour, plus sombre et authentique. Un choix narratif permettant d'explorer des thématiques profondes et réalistes autour de la condition humaine et l'idée de chaos.

Il fallait donc un certain culot pour oser se confronter à l'univers créé par Alan Moore et Dave Gibbons. Grand bien nous en fasse, après que Zack Snyder se soit contenté (avec beaucoup de talent) d'adapter le comics au cinéma, le producteur et scénariste Damon Lindelof a décidé d'aller plus loin en en écrivant "la suite". Et à l'image du produit original, le co-créateur de Lost, les disparus va s'amuser à déconstruire le mythe du super-héros tout en lui donnant un nouveau visage et en étudiant les affres de notre société contemporaine.

 

photoEn route vers la gloire

 

Cependant, dans ses premiers instants, et malgré un premier épisode d'une grande qualité narrative, Watchmen ne semblait pas forcément prêt à s'élever au niveau du comics original. En effet, si l'univers de la série s'installait très rapidement dans celui des Watchmen, les nombreux easters-eggs dispatchés tout au long de l'intrigue ressemblaient plus à de petits gadgets proche du fan-service qu'à de véritables éléments primordiaux de l'histoire. On pouvait alors craindre que la série s'éloigne du spectacle super-héroïque pour nous servir une simple réflexion sociétale dont l'univers n'était qu'un prétexte pour appâter le chaland.

Cela aurait été sous-estimer le talent de Damon Lindelof. À l'image de sa série The Leftovers, il a finalement construit ici un univers d'une densité et complexité narrative épatante, à l'ambition visuelle dingue, aux réflexions percutantes et à la richesse infinie. Plus qu'une suite au produit de base, Watchmen enrichit à tous les niveaux le comics tout en en proposant une relecture habile, passionnante et troublante.

 

photo, Regina King, WatchmenRegina King excellente et cet épisode mémorable

 

LE DÉBUT D'UN NOUVEAU MYTHE...

Difficile de trop en dire sur Watchmen sans en dévoiler ses rouages et on peut d'ores et déjà répéter qu'il y aura bel et bien quelques spoilers dans cette critique.

Une chose est sûre, la série HBO se mérite et toute l'intrigue qu'elle déploie gagne en envergure au fur et à mesure de ses neuf épisodes. C'est sûrement ce qui fait l'une des grandes forces de la série. Chaque détail narratif, chaque élément présenté, chaque décision de personnages... aura son importance pour plus tard. Damon Lindelof s'amuse à construire un puzzle passionnant, mystérieux et intrigant réussissant avec intelligence à s'approprier le comics.

Intrinsèquement, la série parle d'ailleurs d'appropriation à plusieurs niveaux, conférant au récit de Damon Lindelof une forme méta. Comme il a pu l'expliciter en interview, lui et son équipe se sont finalement approprié l'univers d'Alan Moore (contre sa volonté) et, au sein même du récit, plusieurs personnages désirent s'approprier les pouvoirs du Dr Manhattan (sans son accord) preuves en sont les personnages de Lady Trieu (incarnée par Hong Chau) ou du Sénateur Keene (incarné par James Wolk).

 

photo, WatchmenL'appropriation, l'héritage, la transmission... des thématiques essentielles de Watchmen

 

Au-delà, l'idée d'appropriation se conjugue inévitablement avec l'idée de transmission qu'il s'agisse de pouvoirs (l'idée du Dr Manhattan, de Sister Night et de l'oeuf final), de richesse (le personnage de Trieu avec Adrian Veidt) ou d'héritage avec le grand-père du personnage interprété par l'excellente Regina King. L'arc narratif autour de Will Reeves (Louis Gossett Jr. dans la série et Jovan Adepo dans le 6) est de fait l'un des plus fascinants de Watchmen prenant une ampleur démesurée avec le sublime épisode 6, sûrement le plus bel épisode de l'année techniquement et visuellement.

Réalisé par Stephen Williams, il fait écho à l'ouverture énigmatique du premier épisode de la série, permet avec brio d'enrichir une composante non exploitée du comics original et donne une vigueur, une force et un tournant inédit aux univers super-héroïques. Parce que la série Watchmen est aussi une série sur les super-héros et quoi de plus puissant et percutant, d'autant plus à l'ère Trumpienne, que de faire du premier super-héros américain (Hooded Justice donc) un Afro-Américain rescapé d'émeute raciale et bisexuel.

Le dessein s'en voit modifié. Damon Lindelof fait du premier super-héros américain non pas le défenseur des valeurs américaines, mais bien au contraire, le gardien des opprimés et des minorités subissant les injustices d'un système corrompu. Son déguisement n'est pas un simple moyen d'anonymat, il est le garant de sa survie, dissimulant sa couleur de peau à une société raciste et injuste. Le comics proclamait l'idée selon laquelle l'Amérique avait façonné ses propres monstresLa série, elle, soutient que ces mêmes monstres ont permis à l'Amérique d'engendrer également un vrai héros dont l'héritage verra peut-être grandir, enfin, une forme de justice au sein de la société (Angela Abar, une femme noire).

 

photo, Watchmen, Regina KingWatchmen, un bijou d'esthétisme permanent

 

... LA FIN D'UN MONDE

Par conséquent, l'épisode 6 est un bijou d'écriture d'une puissance évocatrice tonitruante à l'image de nombreuses thématiques abordées, étudiées et analysées par la série (rupture sociale, rébellion économique, révolte sécuritaire, émeute raciale...) qui font de Watchmen une série profondément ancrée dans le temps et incisive dans chacun de ses propos.

Pour autant, l'épisode 6, s'il marque un véritable tournant au sein du récit global et de l'univers dépeint par Lindelof et ses co-scénaristes, n'est qu'une des neuf pierres angulaires de la série HBO. Si Watchmen est aussi riche et précis, c'est parce que ses épisodes prennent le temps, entre autres, de développer chacun de leurs personnages dans une structure finalement assez proche de The Leftovers.

Ainsi, l'épisode 1 d'introduction et de présentation sera suivi par plusieurs épisodes se concentrant quasi-uniquement sur le destin d'un personnage. Le troisième remet sur le devant de la scène Laurie Blake alias Silk Spectre II (retour de la trop rare Jean Smart), le cinquième déploie l'univers à travers les yeux de Looking Glass (attachant Tim Blake Nelson), le sixième s'attarde sur la vie de Will Reeves (et de facto la destinée d'Angela Abar) quand l'épisode 8 se calque sur un numéro majeur du comics originel pour raconter la nouvelle histoire du Dr Manhattan.

On pourra regretter qu'après-coup, notamment à cause d'un format finalement assez court (9 épisodes), la série donne peu d'espaces à Laurie et Looking Glass, relégués tristement à des ressorts scénaristiques peu engageants dans la ligne droite finale, même si cela n'enlève que peu de choses à la qualité de l'ensemble.

 

Photo Tim Blake NelsonLooking Glass, peut-être le personnage le plus attachant

 

Heureusement, ces caractérisations de personnages opérées avec envie et force, Damon Lindelof les magnifie en les reliant inévitablement au fur et à mesure des découvertes et des rencontres. De facto, les morceaux de son labyrinthe narratif deviennent les pièces d'un puzzle d'une cohérence implacable, d'une audace précieuse et d'une ambition extraordinaire dont le résultat final est réjouissant à tous les niveaux.

Certes, l'ultime épisode de la série HBO est sans doute, à cause de la construction rigoureuse du show, le moins impressionnant scénaristiquement parlant. Il est aussi le plus rushé, ne réussissant qu'à de très rares moments à créer de l'émotion envers les personnages et leurs situations. Pour autant, il est le plus épique ou plutôt le plus héroïque, redonnant indéniablement toutes leurs lettres de noblesse aux Watchmen qui ont forgé l'histoire du comics originel et affirmant l'héritage d'une nouvelle génération.

Avec Watchmen, Damon Lindelof réussit donc un pari dantesque en s'emparant d'un univers foisonnant et complexe sans jamais le dénaturer et en cherchant, au contraire, toujours à l'embellir, l'agrémenter et finalement le compléter. Au fil de ses interviews, il n'avait de cesse de répéter qu'il ne s'agissait pas vraiment d'une suite de l'oeuvre d'Alan Moore et il avait raison. La série Watchmen est plutôt, à l'image des annexes concluant chaque numéro du comics, un complément passionnant, minutieux et seyant prenant le soin malicieux de ne rien refermer complètementSait-on jamais, l'univers pourrait avoir encore beaucoup à nous dire.

Watchmen est disponible en intégralité sur OCS en France

 

Affiche

Résumé

En neuf épisodes, Damon Lindelof construit un univers visuellement dingue, d'une densité et complexité narrative épatante, aux réflexions percutantes et à la richesse infinie. Plus qu'une suite, Watchmen enrichit à tous les niveaux le comics tout en en proposant une relecture habile, passionnante et troublante. Immanquable.

Autre avis Geoffrey Crété
La série Watchmen est très ambitieuse, et ne manque ni d'idées, ni d'audace, ni de choses à raconter. Mais cette saison très inégale peine à trouver un cap, créer une réelle émotion autour de ses personnages, et laisse un arrière-goût de rendez-vous à moitié manqué vu les talents réunis.
Newsletter Ecranlarge
Recevez chaque jour les news, critiques et dossiers essentiels d'Écran Large.

Lecteurs

(2.5)

Votre note ?

commentaires
Guillaume44
16/01/2021 à 11:50

L'une voire la pire série que j'ai vu de ma vie pas seulement en SF/fantastique mais tout genre confondu !
Le scénario est plat, c'est ennuyeux à chaque épisode, très peu d'action, c'est ultra manichéen au possible dans le politiquement correct !
Damon Lindelof devrait vraiment changer de métier et arrêter d'écrire des scénarios. Tous ce qu'il fait c'est nul Prometheus Watchmen !!!Qu'il arrête super !
Quelques spoilers au passage :
Ça n'inquiète personne que le 7 de cavalerie n'est pas la confirmation que Reflet est mort...
Évidemment il reste un membre du 7 de kavalerie blessé dans le dernier épisode pour dire à Abar ou est leur base !
Des calamars qui tombent sur des villes mais quelle idée stupide !
Dans la même veine, n'importe quel télescope detecterait qu'il y ait de la vie sur Europa.
Cette série est une honte !

Deny
18/01/2020 à 02:54

Le super film de Snyder avait, hélas, occulté le "Poulpe E.T" Justice lui est enfin rendue!!

Deny
18/01/2020 à 02:52

Série incroyable (sauf la musique) Marrant de voir ce qui n'aiment pas et leurs arguments bidons. Si vous avez pas de gout pour cette superbe série, ce n'est donc pas pour vous et non que c'est nul. Bravo la critique d'Ecran large, c'est parfait!

kyle reese
31/12/2019 à 02:16

La claque, je ne m'attendais pas à une œuvre si maitrisé, ambitieuse, surprenante, parfois loufoque, réjouissante, passionnante de bout en bout pour qqun qui a adoré le film et ensuite le comic. Une série qui flatte l'esprit et qui transpire l’intelligence.
Tout simplement brillantissime.

J'ai pas accroché à The Leftovers l'ayant lâché au 4 ème épisode, je vais peut être m'y remettre finalement.

Mais là franchement un grand bravo et merci Damon Lindelof d'avoir prolongé l'histoire des Watchmen. Une des rares série que je vais peut être regarder de nouveau un jour ...si j'ai le temps.So many good shows and movies ... so little time.

Travis Barker
28/12/2019 à 01:20

Damon lindelof m'avait convaincu avec the leftover et bien il l'a fait cette fois encore ... L'homme a du génie n'en déplaise au pseudo type dégoûté qui voient du racisme anti-blanc alors que la série est écrite réaliser et produite par des Caucasien . Certainement la série de l'année dire que je suis passé de la purge et ennuyante mal raconter the witcher a ce bijoux ça fait un choc

Salies64
25/12/2019 à 10:39

Pourquoi ce format inhabituel de 9 épisodes ? Dimanche j'ai cherché en vain Watchmen ne pensant pas que cela pouvait être terminé pour la saison 1 que j'ai bien aimée. J'ai basculé du coup sur The Witcher.

Rorov94
24/12/2019 à 12:43

@mysterkq:
Arrêtez de mettre de la soupeline dans votre lessive,de boire du lait fraise et de croire à shangri-la!
Le racisme est universel,il concerne tout le monde à plus ou moins haute dose:
Des musulmans exterminent des chrétiens,des juifs tuent des musulmans,des bouddhistes massacrent des musulmans...tout le monde devient dingue sur cette planète et ça va pas s'arranger avec le temps...
Essayer de réduire notre espérance de vie au maximum en faisant souffrir notre prochain est un mode de vie dans lequel ont excelle!
Tel est le constat réaliste de Alan Moore de par son oeuvre(SWAMP THING,V POUR VENDETTA,LA LIGUE...)

Trismus
23/12/2019 à 22:38

Indigeste et pompeux. Le grand n importe naouak a encore frappé

MystereQ
23/12/2019 à 20:41

Ces commentaires sont noséabons, je me pince le nez de vous lire. Les supremasistes blancs ne sont pas une fiction mais une réalité et un réel danger, il faut combattre de toutes nos forces ces supremasistes et cette série doit être vue comme un exemple. Ceux qui y voient je ne sais quel cliché devraient se poser des questions. Moi ça me dégoûte de vivre dans un monde avec autant de racistes qui portent des cagoules.

Mouai
23/12/2019 à 20:38

L'enrobage Anti blanc???
Mais pourquoi dés qu'on dénonce le racisme certains blancs croient qu'on s'en prend à eux?

Plus
votre commentaire