Japan Sinks 2020 : critique qui garde foi en l'humanité sur Netflix

Elliot Amor | 22 juillet 2020 - MAJ : 25/07/2020 11:17
Elliot Amor | 22 juillet 2020 - MAJ : 25/07/2020 11:17

Après Devilman Crybaby en 2018 et Keep Your Hands Off Eizouken! juste avant la pandémie, le studio Science Saru et Masaaki Yuasa reviennent avec une adaptation de La Submersion du Japon, un roman de 1973, transposé à notre époque sur Netflix. Japan Sinks 2020 est un anime qui a eu le mérite de nous surprendre tout en nous déprimant, on vous dit pourquoi.

LE JOUR OÙ LE JAPON S'ARRÊTA

Tout commence avec une légère secousse qui se fait ressentir un peu partout dans l'archipel. C'est pendant cet élément déclencheur que l'intrigue nous fait découvrir quatre des personnages principaux : la famille Mutō composée de Ayumu la grande sœur, Go le petit frère, Kōichirō le père et Mari la mère. Les membres de la petite famille sont chacun de leur côté à Tokyo, tout le monde se dit "Hihi, ce n'était qu'un petit séisme-desu. Il n'y a pas de quoi s'inquiéter-desu". Une secousse dévastatrice se manifeste juste après cet instant de rigolade.

Nous ne sommes qu'à la moitié du premier épisode et les personnages sont déjà dans des situations critiques. Surtout Ayumu, 15 ans, qui se retrouve entourée par les cadavres de son équipe d'athlétisme. Que du bonheur. Tout le monde parvient à se retrouver de façon très poétique, le papa a accroché des guirlandes dans les arbres d'une colline pour que sa femme et ses enfants le repèrent, cette séquence permet aussi d'introduire d'autres personnages qui se joindront au groupe.

Une vidéo sur un smartphone montre l'île d'Okinawa sombrer dans le Pacifique et l'intrigue prend le temps de montrer les réactions de certains personnages qui nient complètement les faits, il s'agit clairement d'une référence aux réactions des gens lorsqu'on leur apprenait que des bombes avaient ravagé Hiroshima et Nagasaki en 1945. Et c'est tout à fait dans ce genre de catastrophe que la série cite implicitement.

 

photoLes Mutō (et la voisine super sympa)

 

À chaque fois qu'on pense pouvoir souffler un peu dans la série, un drame a lieu. Et pas un drame du style "Ouin ouin, je me suis tordu la cheville-desu", non, un drame qui vous met par terre et qui fait naître un vrai sentiment de désespoir chez nous comme chez les personnages. Et parfois, c'est l'inverse, une situation qui semble critique se termine plutôt bien, pour être ensuite oubliée à cause de la mort injuste d'un personnage. D'ailleurs, parlons-en, la plupart des morts sont mises en scène avec une froideur terrible et affreusement crédibles. Mais en même temps, il s'agit d'un anime qui a littéralement pour titre « Le Japon coule », donc on se doute bien que les protagonistes vont devoir ramer (littéralement) pour s'en sortir.

Bien sûr, nous n'essayons pas de vous dire que les dix épisodes de Japan Sinks 2020 sont un mauvais moment à passer, bien au contraire. Hormis un ventre mou de deux petits épisodes au milieu de la série, l'œuvre de Masaaki Yuasa et Pyeon-Gang Ho reste palpitante. L'histoire donne du pouvoir aux femmes, elle nous parle d'entraide, de manque, de culpabilité, d'individualisme, de jalousie, de foi, etc. La notion de sacrifice au profit des plus jeunes est également très présente. On peut aussi noter que la brochette de personnages est très inclusive et c'est plus que bienvenu.

 

photo"Je t'autorise à me manger si je meurs, ok ?"

 

FAKE SHELTER

On ne va pas se mentir, Japan Sinks 2020 ressemble beaucoup à Devilman Crybaby. Sauf que Japan Sinks est (un peu) moins pessimiste, bien plus intimiste et beaucoup moins gore. Tout d'abord, la direction artistique et le design des personnages se rapprochent beaucoup plus de Devilman ou de Mind game que de Keep Your Hands Off Eizouken! ou The Night is short, Walk on Girl. Il y a notamment un travail sur la déformation des corps et des visages très cher à Masaaki Yuasa. En revanche, cette déformation se manifeste parfois de façon étrange et pas forcément justifiée. Par exemple, les personnages ont parfois des mains énormes.

Il y a aussi des ressemblances au niveau de la bande originale. Le talentueux Kensuke Ushio, qui en 2018 signait les partitions de Devilman Crybaby et Liz et l'oiseau bleu, nous compose des morceaux magnifiques qui ressemblent quand même pas mal à ceux de Devilman. On peut également trouver ici et là quelques scènes qui évoquent beaucoup Devilman, on remarque aussi que Masaaki Yuasa a beaucoup d'affection pour les personnages passionnés de sport. Et il est important de préciser que les ressemblances entre deux séries d'un même studio ne sont pas un défaut, c'est même plutôt amusant à relever. Mais on peut craindre que le style s'essouffle au bout de quelques années.

 

photo"Je te passe le témoin"

 

Depuis la fin des années 1990, les séries d'animation ont tendance à utiliser la 3D pour animer les véhicules, ça peut parfois être bien exploité comme récemment dans The God of High School, ou ça peut être très laid, le pari est donc assez risqué. On peut se réjouir de ne voir aucun signe de 3D moche dans Japan Sinks 2020. L'information peut paraître inutile, mais les studios y ont tellement recours ces dernières années que le fait de voir un véhicule joliment animé en 2D fait extrêmement plaisir.

Cependant, il ne s'agit que d'un détail. Oui, Japan Sinks 2020 est visuellement magnifique malgré la catastrophe qui accable les personnages. Même lorsque tout semble perdu vers la fin de la saison, le scénario parvient à justifier que le décor (quasi inexistant) devienne sublime. Tout s'effondre autour des héros, mais les artistes rendent la série contemplative. Est-ce moral ? On ne sait pas. Mais ne doit-on pas y voir un message nous suggérant que l'humanité s'extasie devant des écrans alors que le monde s'écroule ? En 2020, ça a beaucoup de sens.

 

photoEt surtout, joyeux Noël.

 

Les quelques séismes qui se manifestent dans la série ne sont pas sans rappeler Le Vent se lève qui mettait en scène le tremblement de terre de 1923 à Tokyo. L'ombre de Hayao Miyazaki est toujours présente quelque part lorsque Yuasa est impliqué dans un projet. D'ailleurs, Masaaki Yuasa nous prépare un film fantastique et musical qui aura pour titre Inu-Oh. L'histoire se déroulera dans le Japon du XIVe siècle. On peut s'attendre à quelques belles références aux films du Studio Ghibli et aux univers d'Osamu Tezuka.

Japan Sinks 2020 est disponible sur Netflix depuis le 9 juillet. Soyez de bonne humeur avant de lancer la série.

 

Affiche française

Résumé

On ne vous retiendra pas de vous "plonger" dans Japan Sinks 2020, il s'agit d'une œuvre puissante qui mérite votre attention. Mais sachez simplement que vous ne sauterez pas de joie après avoir vu le premier épisode. Et pas après le second non plus... Ou le troisième. Aucun en fait. Sinon, BNA est également sorti sur Netflix quelques jours avant, c'est mignon et ça défonce.

commentaires

Pousse de Soja
25/07/2020 à 19:24

Une excellente mini série, qui nous change des habituels clichés où les "héros" ne subissent rien. Mention spéciale à Haruo, sa scène des 10sec, en plus d'être superbement réalisée et animée, est des plus touchante/ poignante.
Autre fait, au final les différentes catastrophes naturelles ne sont qu'au second plan (sauf pour le premier épisode).
Un superbe final riche en émotions, qui pourra pour certains trainer en longueur, mais qui retrace le parcours de l'ensemble des protagonistes.

lemon0
25/07/2020 à 18:18

C'est bien sans plus, du larmoyant et du sacrifice, très "japonais power".

zetagundam
22/07/2020 à 17:00

Dire que BNA ça défonce il faut quand même le dire vite car même si la série est dynamique et que l'on a peu de temps le scénario est quand même ultra convenu pour rester poli

Madolic
22/07/2020 à 16:05

@Deny
Un top animé ce serait stylé en effet !

Deny
22/07/2020 à 14:11

Merci pour ce passionnant article et vos liens vers d'autres animes aussi intrigantes.Un top manga EL?

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