Messiah Saison 1 : critique Netflix avec deux grosses planches, et puis des clous

Simon Riaux | 6 janvier 2020 - MAJ : 09/03/2021 15:58
Simon Riaux | 6 janvier 2020 - MAJ : 09/03/2021 15:58

Moquée pour avoir elle-même spoilé son grand twist dans ses bandes-annonces, Messiah sera-t-elle le messie de l’année 2020 ? En plein chaos Syrien, un homme apparaît soudain comme providentiel, capable de fédérer, apportant un message de paix, transcendant judaïsme, christianisme et islam. Mais quelles sont ses véritables intentions ? Verdict (ou pas) dans cette nouvelle série Netflix.

ATTENTION SPOILERS.

 

GALETTE DU ROI

Alors que se multiplient séries audacieuses, budgets confortables et que la nécessité pour les plateformes de streaming de se démarquer se fait de plus en plus pressante, dans un contexte de concurrence de plus en plus déchaînée, Messiah avait quelque chose d’assez excitant. Mêlant thriller géopolitique, fresque et questionnement métaphysique (du moins sur le papier), le show avait en main tous les ingrédients pour proposer un gros délire partant dans tous les sens, qu’une enquête tendue. Mais pour cela, encore aurait-il fallu que le show ait la moindre idée de là où il allait.

C’est le scénariste Michael Petroni qui dirige le vaisseau Messiah. Et le premier constat qui s’impose, c’est que le showrunner n’a pas su donner à sa série quoi que ce soit qui s’approche d’une identité visuelle. Dès son pilote, la série manque cruellement de panache, de style. Que l’on se faufile dans des maisons bombardées de Syrie, les alcôves de Washington ou dans la campagne texane, les environnements défilent, incroyablement ternes, curieusement insipides.

 

photoCette année, le Burning Man va être un peu mollasson

 

La caméra désincarnée ne peut faire oublier une photographie invraisemblablement fade, comme si l’ensemble de la série avait été tournée dans les toilettes d’un gymnase soviétique abandonné, avec un smartphone de seconde main. Il en va de même pour le montage, qui se contente d’alterner de plan moyen en plan moyen, incapable de dynamiser l’action, qui se fait rare, tout en brisant plus d’une fois le projet narratif de l’ensemble. En effet, alors que le show se base sur une question fondamentale (le messie qui s’élève est-il ce qu’il prétend être, ou le héraut d’autres puissances ténébreuses ?), le montage passe son temps à en désamorcer les enjeux, faisant de son prêcheur une entité systématiquement inquiétante et négative.

Par conséquent, la série ne propose jamais d’enjeux ou de crescendo dramatique, se contentant d’observer ses protagonistes s’ajouter. Et de ce côté-là, Messiah aurait presque des airs de séance de torture conçue avec tout l’art du sadisme d’un agent de la CIA beurré à la Budweiser.

 

photo, Mehdi DehbiMessie, antéchrist ou candidat à l'Eurovision ?

 

SAINT TEUBÉ PRIEZ-NOUS

Techniquement à la ramasse, Michael Petroni (Le Rite, Le Monde de Narnia : Chapitre 3 - L'Odyssée du passeur d'aurore) n’est pas beaucoup plus inspiré quand il s’agit d’écrire cette investigation internationale. Multipliant les personnages, son scénario a le plus grand mal à charpenter efficacement leurs personnalités, ou à donner de la chair à leurs échanges. Le pasteur en crise de foi, l’agent israélien au bord de la crise de nerfs ou l’analyste de la CIA faussement glaciale sont non seulement des clichés sur pattes, caractérisés avec une rare mollesse, mais aussi de véritables pièges narratifs.

Profondément inintéressants, ces trois héros sont obligés, pour que l’intrigue puisse progresser, de faire entrer dans la danse une nuée de seconds couteaux tous plus caricaturaux ou creux les uns que les autres. 24 heures chrono ou Homeland ont su proposer des divertissements extrêmement efficaces à partir de personnages très simples, mais bénéficiaient d’une rigueur technique et d’une précision structurelle qui font ici cruellement défaut. Il ne suffit pas de balancer un directeur de cabinet de la Maison-Blanche à la moustache frémissante, jetant du "fuckin' Arab" à la volée pour s'acheter un propos politique.

 

Photo Mehdi Dehbi, Michelle MonaghanQuand il essaye de te convaincre qu'il faut une deuxième saison

 

On se demande régulièrement à quoi ont bien pu penser les auteurs de la série qui suit des super-enquêteurs passer au peigne fin les amitiés de fac d’un possible messie, mais ne s’inquiètent jamais de valider ou d’invalider les miracles qui émaillent son parcours. Qu’il se téléporte, s’évade par mystère ou marche sur l’eau sont autant de faux cliffhangers que l’intrigue se révèle finalement incapable de gérer.

Et si Messiah n’est pas fichu de bâtir des personnages corrects, autant dire que niveau géopolitique, on est plus proches de la fête de l’andouillette de La Roche-sur-Yon que d’une profonde réflexion sur la nature de la foi, sa viralité, sa beauté et sa dangerosité. On pourrait voir dans les raccourcis grotesques de l’intrigue, dans sa manière de présenter la religion comme un opium très littéral du peuple, une forme de critique franchement stupide dans la représentation de l’islam et de la radicalisation en particulier, une attaque teintée de racisme.

 

photo, Tomer SisleyUn très beau concours de sourcils froncés

 

Mais alors que la saison s’avance vers sa conclusion, c’est plutôt la mystique connerie de l’ensemble qui sidère, un peu comme si un ado, après s’être un peu tiré sur le jonc en regardant les chaînes d’infos en continu se prenait soudain pour le nouveau Shyamalan. Plus demeuré que toxique, pêche finalement par son incurie, comme en a témoigné le dévoilement inattendu de son grand retournement final, pour cause de je-men-foutisme total.

Mais bon, entre une diatribe artificielle sur les réseaux sociaux, un avertissement bien craignos sur les dangers de l’universalisme, et quantité d’autres raccourcis navrants, il y a la trop rare Michelle Monaghan. C’est peu, mais on fait avec ce qu’on a.

Messiah est disponible en intégralité sur Netflix depuis le 1er janvier

 

Affiche

Résumé

D'une platitude miraculeuse et d'une bêtise qui ferait perdre la foi, Messiah crucifie implacablement son spectateur sur l'autel de l'ennui.

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commentaires
Caucus
05/02/2020 à 10:41

Si l'on considère les moyens de bord, le réalisateur de la série s'est plutôt bien sorti. Netflix n'est pas connu par de brillantes réalisations. Concernant le fond, d'après moi, ceux qui connaissent les détails des narratives à propos de la vie, mort et résurrection de Jésus sont capables d'apprécier et comprendre le flux des événements. Toutefois, il va falloir attendre voir les rebondissements de la prochaine saison pour en tirer une opinion. Ce Messiah, s'agit-il d'une indéniable autorité supra-religieuse, surnaturelle, puissante? Le super-héro de nos plus beaux rêves, celui qui ne prône pas la lutte contre le mal, qui ne renforce pas cette dualité si présente dans notre imaginaire.., ou bien il s'agirait d'une simple manipulation hallucinogène...

Zazaaa
01/02/2020 à 22:42

Est ce que l’auteur a vu la série???!!... lol, non mais sérieusement ses critiques et son analyse sont tellement nulles!! Je vous conseille cette série

Niktamere
30/01/2020 à 23:04

L auteur s est sûrement fait violer par le réalisateur de la série

Rom Ti
30/01/2020 à 05:17

La mauvaise foie de l'auteur est consternante.
"Des décors insipides" ? Quelle est donc cette série qui fait passer Messiah pour insipide ? ( par pitié ne me sortez pas Game of Thrones ).
Que ne ferait-on pas aujourd'hui pour grappiller un peu de buzz sur le dos du travail des autres.
Déjà que les critiques ne sont pas très bien vus de base, on en comprend un peu la raison en lisant cette caricature.
Pour ceux que ça intéresse, la série est excellente pour peu que l'intrigue nous interesse. Pour résumer grossièrement, que se passerait-il si un messi biblique débarquait aujourd'hui ? Comment réagiraient les services de renseignements ? Les autorités chercheraient elles à l'arrêter ? La situation géopolitique en serait-elle transformée ? Sans oublier les relations personnelles.
Mais ce Messi en est-il vraiment un ?
Personnellement j'ai vraiment beaucoup aimé. Quelques petits défauts à mon goût dans la narration mais, moi qui n'aime que peu les séries ( trop long ), ai adoré le sujet. On est tenu en haleine par les rebondissements et cette éternelle question : ce Messi en est-il un ?

Le rédacteur qui valait 3 centimes
29/01/2020 à 22:30

J'ai rarement lu un article aussi nul, et pourtant il y a de la concurrence sur le net! bravo!

Gérard
16/01/2020 à 20:34

Avec tant de méchancetés gratuites non constructives, je pense que le showrunner s’est tapé la femme de l’auteur de l’article

hhyyrraamm
14/01/2020 à 06:55

une belle série contre la bêtise et le mal généralisé hyram

Joh 75
11/01/2020 à 00:29

Du même avis que l’auteur de l’article.
Une série produit pour faussement tenir en haleine le spectateurs et des personnages autant charismatiques qu’une huître. Vu et revu.
Dommage pour un scénario qui aurait pu tirer son épingle

Frearts
10/01/2020 à 22:08

Très mauvaise critique ,
qui ne relate que sa propre appréciation ,
qui ne relate que sa propre interprétation ,
de très bon jeux d acteurs , une histoire qui tient la route , certes sur le plan géopolitique on est dans le monde des bisounours , mais une série qui fait du bien ,qui nous fait réfléchir , qui nous rend acteurs. Chaque un vie sa propre histoire, interprète cette série comme il le veut. Un vrai bon moment

Antonio
10/01/2020 à 12:00

Perso, je suis agnostique et cette série, je l'ai regardé comme une science fiction, un spectacle, qu'on a envi de croire sans pour autant tout prendre au sérieux.
Que c'est bon de ne pas être endoctriné par une religion et de vivre comme bon me semble tout en aimant et respectant les autres...après la mort, je serai jugé par n'importe quels dieux...ou pas!

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