13 Reasons Why saison 3 : la série Netflix livre un grand pamphlet féministe réussi, mais aussi des moments très gênants

Alexandre Janowiak | 27 août 2019 - MAJ : 27/08/2019 11:27
Alexandre Janowiak | 27 août 2019 - MAJ : 27/08/2019 11:27

La saison 1 de 13 Reasons Why se suffisait amplement à elle-même. Malheureusement, dans sa volonté de pérenniser ses succès, Netflix a renouvelé son drame adolescent. Après une saison 2 totalement ratée et avant une saison 4, déjà en tournage, qui conclura la série, c'est donc la saison 3 qui vient d'atterrir sur la plateforme le 23 août dernier.

ATTENTION MINI-SPOILERS !

THRILLER ANI-HILER

"Je vais tout vous raconter. Installez-vous, ça risque de prendre un moment". Ani, la nouvelle recrue de la série, nous prévient dès la fin du pilote : cette troisième saison risque d'être longue et de parler beaucoup de certains éléments sans intérêt au détriment de sujets bien plus importants. Après visionnages des 13 épisodes qui composent cette saison 3 de 13 Reasons Why, il y a du vrai dans les propos de la jeune élève de Liberty.

Indéniablement, cette nouvelle saison est beaucoup trop longue, étirant à l'excès l'intrigue au centre des attentions : qui a tué Bryce Walker ? Car oui, si l'arc d'Hannah Baker s'est conclu avec la fin de la saison 2, un autre drame survient dans la petite ville de Crestmont puisque la star du lycée, agresseur avéré mais jugé non coupable des viols de Hannah et Jessica entre autres, Bryce Walker (Justin Prentice) est mort.

 

Photo Justin PrenticeBryce est mort

 

De facto, chaque membre du groupe de Clay Jensen (Dylan Minnette) est suspecté par la police locale et la série va étudier les raisons qui pourraient avoir amené chacun d'entre eux à commettre le meurtre. Et la série de Brian Yorkey conserve un talent évident dans l'avancée de son récit, sachant jouer des twists et cliffhangers pour instaurer une certaine addiction devant les épisodes et un rythme propice au bingewatching, même si les rebondissements sont parfois superficiels.

La série réussit alors à plonger le spectateur dans son thriller, jonglant entre les formats (resserré et grisonnant pour le présent / plein écran et coloré pour le passé) pour donner une fluidité à son intrigue, posant une bande-son entrainante et instaurant une nouvelle narratrice (aussi en voix off) : Ani Achola, la nouvelle recrue de la bande incarnée par Grace Saif. Un personnage au coeur des nombreux défauts de cette troisième saison.

Présentée dès le départ comme détentrice de la vérité (son interrogatoire en fil rouge jusqu'à l'épisode final), son personnage arrive de nulle part dans le récit et se révélera un Deus Ex Machina peu inventif, après s'être posée en détective version bas de gamme de Veronica Mars (mais genre très bas de gamme) tout au long de la saison. En résulte finalement une révélation parfaitement artificielle et surtout extrêmement douteuse moralement parlant.

 

Photo Christian Navarro, Grace SaifAni, la nouvelle recrue en mode détective

 

DEUX POIDS, DEUX MESURES

Et c'est sûrement le plus grand malheur de cette troisième saison : sa volonté d'accepter ou minimiser les actions intolérables de ses "héros" lorsqu'ils luttent contre le Mal (incarné par Bryce donc ou Monty) entre autres. Si l'on ne révèlera rien de l'identité du meurtrier ou meurtrière de Bryce ici, une chose est sûre, les moyens qui sont utilisés par le groupe pour le cacher sont loin d'être moraux. En cela, 13 Reasons Why pose de nombreux soucis d'éthiques, prônant l'idée que se faire justice soi-même (ou le faire à la place de ses amis) peut être le moyen de rectifier les erreurs de la Justice.

Certes, les personnages sont des adolescents et leurs comportements sont loin d'être matures et peuvent donc s'expliquer ainsi. Il n'empêche que la série ne les réprimande jamais pour leurs actions (notamment celle finale imaginée par Ani) ce qui, d'une certaine manière, laisse à penser qu'elle les approuve. Quand on sait que la série est regardée par un public majoritairement adolescent, offrir un message aussi peu nuancé est particulièrement dérangeant.

 

Photo Ross ButlerZach (Ross Butler), le seul personnage qui semble droit dans ses bottes

 

De plus, la série traite avec un manque d'habileté plusieurs personnages, dont Bryce lui-même. Violeur et persécuteur avéré de nombreuses adolescentes (une dizaine), le personnage était considéré comme le mal absolu dans les deux saisons précédentes. Dans ces 13 nouveaux épisodes, le personnage est encore critiqué, mais la série se veut empathique à son égard. Un point de vue douteux, car si l'idée qu'il essaye de devenir une meilleure personne est logique dans son évolution, la série peut difficilement demander aux spectateurs de compatir de sa situation.

Un autre exemple frappant reste le traitement de la série envers Monty et Tyler. Dans la saison 2, Monty (Timothy Granaderos) est coupable du viol de Tyler qui poussera ce dernier (en plus du harcèlement permanent vécu pendant toute la saison) à tenter de tuer tout le monde lors du bal de fin de saison 2. Sauf que cette saison 3 manque clairement de nuances.

 

Photo Brenda Strong, Justin PrenticeBryce Walker avec sa mère et son grand-père

 

Ainsi, la série enfonce Monty jusqu'à la moelle pour ses crimes odieux jusqu'à le démolir littéralement dans ses derniers instants, et ce, sans jamais contrebalancer solidement sur les malheurs qu'il vit quotidiennement avec son père alcoolique-violent et l'homosexualité refoulée que son père n'accepte pas. A contrario, Tyler (Devin Druid) semble pardonné fissa pour l'acte fou qu'il a failli commettre en fin de saison 2, afin de mettre l'accent sur le viol qu'il a subi, les conséquences sur sa psychologie et sa reconstruction très émouvante (sa confidence à Clay puis celle du gymnase).

La série présente donc deux poids deux mesures quant au traitement de ses personnages, et plutôt que de proposer un point de vue, utilise leurs exactions selon qu'elles arrangent ou non les scénaristes, au détriment de toute logique, ce qui très gênant, d'autant plus quand on sait que la série est capable du meilleur à bien d'autres niveaux.

 

Photo Devin DruidTyler incarné par Devin Druid

 

GIRL WOMEN POWER

Si cette saison 3 s'effondre sur elle-même quand elle fait (puis renie) certains choix éthiques, elle s'élève brillamment quand elle parle des femmes, du combat féministe et de la bataille permanente que chacune d'entre elles vit au quotidien. Loin des clichés et stéréotypes, la série réussit à parler avec bien plus de délicatesse, d'inspiration et de force que de nombreuses autres (Euphoria et Sex Education l'ont très bien fait cette année également) des questions de l'avortement, de la toxicité masculine, du machisme, du culte de l'image, de la culture du viol, du consentement ou encore de la libération sexuelle féminine.

Le personnage de Jessica, parfaitement incarnée par Alisha Boe, est d'ailleurs le plus marquant de cette saison 3 tant son évolution est frappante. Malgré la douleur, la lycéenne se relève avec une volonté féroce de faire changer les mentalités (surtout masculine) et de libérer la parole.

Que les actions menées soient frontales (cette invasion de stade) ou plus intimistes (la sublime séquence du gymnase) contre la culture du viol et le laisser-aller de l'administration de Liberty High School, Hillcrest et des États-Unis globalement - encore plus à l'ère Trump - face aux comportements inconvenants de la gent masculine (surtout des footballeurs américains, souvent intouchables dans les lycées au vu de la notoriété et des revenus qu'ils peuvent apporter à leur école), elles marquent les esprits et sont essentielles.

 

Photo Alisha BoeJessica, au centre, meneuse d'une bataille essentielle

 

Au-delà, voir la jeune femme reprendre le contrôle de son corps sexuellement en découvrant la masturbation (la séquence très ludique des sex-toys puis celle libératoire de la mise en pratique) et en prenant le dessus sur les hommes (Jessica dicte et mène les ébats) est un des plus grands succès de la troisième saison de 13 Reasons Why. D'autant plus que ce point de vue était rare dans le monde des séries teenages dans les années 2000 à l'image des Frères Scott ou Gossip Girl, portant en étendard des hommes particulièrement sexistes.

Enfin, pour revenir sur la culture du viol et la libération de la parole, la série offre une des scènes les plus fortes et poignantes de l'année dans son avant-dernier épisode, avec la scène du gymnase (citée un peu plus haut). Dans cette séquence, le show Netflix se montre féministe à son plus haut niveau avec un propos fort, dénonciateur et fédérateur, mettant le viol contre les femmes (et contre les hommes) au centre, tout en laissant place à une écoute, sincère et réelle, envers les victimes. Femme ou homme, tout le monde est concerné par ces problèmes, et la série le démontre parfaitement. Puissant.

La saison 3 de 13 Reasons Why est disponible en intégralité sur Netflix. Les saisons 1 et 2 également.

 

Affiche

Résumé

13 Reasons Why est une série malade, capable d'offrir des moments profondément émouvants et percutants, mais aussi des séquences extrêmement dérangeantes et au propos plus que maladroits. On préférera cependant retenir le magnifique pamphlet féministe de cette saison 3 plutôt que les scories de l'ensemble.

commentaires

Shay2
02/09/2019 à 02:27

La saison 3 m’a limite agacé, malgré les précédents actes impardonnables que Bryce avait fait, dans cette 3ème saisons il essayait clairement de changer, sa volonté et les efforts qu’il a mis en œuvre mon touché..

Mais la présence inconnu de « Ani » m’a laissé perplexe, ce personnage n’ai pas attachante mais plutôt ennuyante.

(Léger spoiler) Le coup monté de Alex et Jessica suivit de tout le reste du groupe contre la mort de Bryce à la fin de la saisons m’a choquer, les personnages on eu une réaction de lâche et personne n’a assumez ces actes et sans aucun remords...ils ont préféré mentir et mettre ce meurtre sur le dos de Mongomeri..

Aucune envie de voir la prochaine saisons, une déception total.

Marc
30/08/2019 à 08:29

Rarement lu une critique aussi à chier.

Jojo
30/08/2019 à 04:23

Cette serie est pas super parce qu elle est un peu moyenne. C est un peu un sous veronica mars, mais on devine tout de suite que c est alex qui a tue bryce.
Au debut pendant les 3/4 de la serie je croyais que c etait des autres qui l avait tue mais apres j ai tout de suite compris des le debut que c etait lui.

En fait, c est une serie avec des personnes que j aime bien, mais les personnages que j aime pas bien, ceux la je les aime pas. Et j ai tout aime de A a Z cette saison, sauf ce que j ai pas aime, ou les episodes que j ai pas encore vu

HellenaDA
27/08/2019 à 21:40

L'empathie pour Bryce, le fait de découvrir son arrière plan ca fait réfléchir. Mais ça n'excuse pas ses actes. Certes, on peut voir dans la série qu'il essaye de changer, mais son image qu'il a donné sera marqué pour la vie de la personne qu'il a été.

Cependant, Ani sort de nulle part, elle raconte l'histoire et elle se retrouve mêler a tous ses problèmes qui ne lui concerne pas en particulier sauf sa relation privée avec Bryce.

Sinon, le message est bien clair dans la série. C'est vraiment intéressant.

Ams
27/08/2019 à 16:34

Vous dites à propos de Bryce qu'il
"était considéré comme le mal absolu dans les deux saisons précédentes. Dans ces 13 nouveaux épisodes, le personnage est encore critiqué, mais la série se veut empathique à son égard. Un point de vue douteux, car si l'idée qu'il essaye de devenir une meilleure personne est logique dans son évolution, la série peut difficilement demander aux spectateurs de compatir de sa situation."

Je me permets de relever ce point car je ne suis pas tout à fait d'accord avec vous. Comprenez-moi bien, je ne cherche en aucun cas à défendre ou à amoindrir les actes de viols qu'il a commis. Mais je trouve, contrairement à vous, que l'angle sous lequel il est présenté dans la saison 3 est intéressant. On découvre un Bryce qui prend conscience de l'impact de ses actes et de la douleur qu'il a causé, mais qui ne trouve de pardon nulle part, pas même en lui-même. On voit à quel point il est torturé par ce passé, et qu'il essaie d'apporter du bon dans ce monde. Je ne sais pas si cela veut dire qu'il faut avoir de la compassion pour lui, mais cela pose plusieurs questions - qui sont d'ailleurs plus ou moins évoquées dans la série - est-ce que nos actes passés représentent pour toujours qui nous sommes? Bryce doit-il être perçu pour le reste de sa vie comme le mal pour les viols qu'il a commis? Doit-on être perçu uniquement par le biais de mauvaises actions que nous avons pu faire? Ne sommes-nous pas plus que ça? Peut-on changer?

Je ne dis pas que les réponses à ces questions sont évidentes, elles sont au contraire complexes et c'est en ça que j'ai trouvé ce point de vue intéressant. Cette saison montre que tout n'est pas tout blanc ou tout noir, et je me suis retrouvée plusieurs fois mal à l'aise car j'éprouvais une sorte "d'empathie" pour le personnage de Bryce, ce qui m'a amenée à me poser ces questions citées au-dessus. Pour résumer je ne crois pas que la série cherche à ce que nous éprouvions une totale compassion pour Bryce, mais elle met en lumière ce que peut être le processus de rédemption et à quel point il peut être complexe. Je trouve que cela rend peut-être le personnage de Bryce plus complexe car on va au-delà d'une simple diabolisation, sans pour autant minimiser l'acte de viol en lui-même.

Jojo
27/08/2019 à 13:48

J'ai plutôt apprécié cette saison mais c'est vrai y a un côté Veronica Mars bas de gamme lol
L’empathie envers Bryce m'a plutôt mis mal à l'aise mais l'acteur est excellent.
Et j'ai bien aimé le message de la série même si il est des fois maladroit !

Anonyme
27/08/2019 à 13:38

SPOILER à la fin de mon commentaire.

Plutôt d'accord avec votre point de vue. J'ai bien aimé la saison 3, mais certaines choses m'ont déplu, à commencer par la narration alternant entre deux lignes temporelles qui ne m'a pas aidé à suivre correctement...

Concernant Ani, je n'ai pas vraiment d'avis sur le personnage, il sort un peu de nulle part et tout le monde lui parle et lui fait confiance, ce qui est un peu étonnant (et d'ailleurs, beaucoup le pointe du doigt dans des commentaires que j'ai pu voir sur la page FB officielle de la série).

De manière générale, j'ai eu un peu de mal à accrocher à ce côté "ado détective" qui enquête... Je trouve ça un peu ridicule, même si possible dans une certaine mesure... Et on tourne un peu en rond depuis la saison 1.

SPOILER à suivre...

Pour finir, la fin de la série m'a paru un peu faite à l'arrache... Tout mettre sur le dos d'une personne dont on se débarrasse en la tuant, sans le montrer ni l'expliquer, ça m'a paru être une grosse facile pour clore le chapitre rapidement... A moins qu'on ait une surprise durant la saison 4 ?

Alexandre Janowiak - Rédaction
27/08/2019 à 12:38

@DamienLT

il y a en effet une discussion à la fin de la saison entre Ani et un autre personnage qui essaye de compenser leurs actes, mais la série n'appuie pas assez dessus (la discussion est furtive et vite balayée pour revenir sur une autre scène).
Ça m'a paru personnellement beaucoup trop court comme scène pour essayer de faire contrepoids au problème d'éthique de ce final ou pour le pointer du doigt.

DamienLT
27/08/2019 à 12:11

Belle analyse, par contre vous parlez de l’éthique par rapport à la conclusion de l’enquête qui est très douteuse (ce dont je suis entièrement d’accord).

Je vous cite :

« ... les moyens qui sont utilisés par le groupe pour le cacher sont loin d'être moraux. En cela, 13 Reasons Why pose de nombreux soucis d'éthiques, prônant l'idée que se faire justice soi-même (ou le faire à la place de ses amis) peut être le moyen de rectifier les erreurs de la Justice. »

Mais vous oubliez de mette en évidence (sans spoiler) qu’il y a certains éléments dans le dernier épisode qui montre clairement du doigt ce problème avec la discussion d’un personnage et d’Ani et que tout pourrait basculer pour la saison 4.

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