Le réalisateur Abbas Kiarostami, Palme d'Or 1997, est décédé

Christophe Foltzer | 5 juillet 2016
Christophe Foltzer | 5 juillet 2016

On commence sérieusement à se demander ce que l'on a bien pu faire à cette année 2016 pour qu'elle soit autant en colère. Nous apprenons aujourd'hui la mort d'Abbas Kiarostami et nous n'avons pas vraiment envie d'écrire cette nécro.

Quand nous ferons le bilan de l'année 2016 en décembre, il sera bien corsé. Quelque chose se passe, un tournant se crée et, qu'on le veuille ou non, nous sommes tous en train de l'emprunter. C'est avec une profonde tristesse que nous apprenons le décès du réalisateur Abbas Kiarostami, dans la journée du 4 juillet dernier, des suites d'un cancer. Il avait 76 ans.

Son nom ne dira probablement rien aux plus jeunes ou à ceux pour qui le cinéma se résume à Marvel et DC Comics, mais avec la disparition de Kiarostami, c'est aussi la fin d'une certaine vision du cinéma humaniste, poétique, voire mystique. Réalisateur, scénariste, photographe et poète, il avait commencé sa carrière dans les années 70 en tournant des films publicitaires avant que l'appel du long-métrage ne soit le plus fort. Révélé au public international en 1987 avec Où est la maison de mon ami ?, Kiarostami avait immédiatement su se démarquer de ses collègues par un style propre, un combat philosophique à la recherche de l'être humain pliant sous le poids de l'oppression mais brillant toujours, quoi qu'il arrive.

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C'est en 1990 qu'il acquiert ses lettres de noblesse, avec Close-Up, où la frontière entre la fiction et la réalité semble plus mince que jamais, puisque Kiarostami y racontait l'histoire de Hossein Sabzian, un cinéphile qui se faisait passer pour le cinéaste Mohsen Makhmalbaf, qui se fera démasquer puis trainer devant le juge. La consécration arrivera en 1997 avec Le goût de la cerise, Palme d'Or au Festival de Cannes, qui résume bien l'état d'esprit du cinéaste : un homme désirant se suicider cherche une âme charitable qui accepterait de le mettre en terre. Le début d'une période faste pour Kiarostami qui remportera le Lion d'argent de la Mostra de Venise pour Le vent nous emportera avant de permettre à Juliette Binoche d'obtenir le prix d'interprétation féminine du Festival de Cannes en 2011 pour Copie Conforme.

copie conforme

Interdit de filmer en Iran en 2009, Kiarostami avait enfin accepté de s'exiler artistiquement parlant, lui qui tenait à rester dans son pays natal pour le montrer, le raconter, le sublimer. C'est ainsi que son dernier film Like someone in love s'est tourné au Japon.

Avec la disparition de Kiarostami, c'est donc une partie importante de l'histoire du cinéma, dans ce qu'elle a de meilleur, qui arrive à son terme. Une vision du monde, de l'humain et de l'enfance qui nous manquera terriblement.

See you in space, Cowboy.

Photo Kiarostami

 

commentaires

Christophe Foltzer - Rédaction
05/07/2016 à 13:19

C'est que c'est un vrai métier, vous savez.

huhu
05/07/2016 à 10:05

Incroyable, vous n'en avez vu aucun et vous arrivez à écrire une nécro crédible, bravo !

Satan plus rien du tout
05/07/2016 à 09:58

Cimino et Kiarostami en 2 jours, 2 des cinéastes qui ont le plus compté dans mon apprentissage cinématographique, ça fait mal ...

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