Cannes 2015 : Mad Max, du scandale au tapis rouge

Jean-Luc Hassaique | 14 mai 2015
Jean-Luc Hassaique | 14 mai 2015

Depuis des mois, Mad Max : Fury Road est sur toutes les lèvres (et notre critique est par ici). Les fans de culture pop l’attendent avec ferveur, les geeks le vénèrent déjà, et la presse d’ordinaire peu amène avec le cinéma populaire s’apprête même à l’adouber. Comment la saga de George Miller est-elle passée du statut d’œuvre infréquentable à grande célébration du cinéma.

George Miller à Cannes pour nous pulvériser les rétines à coups de cascades et de tôle froissée, c’est à n’y rien comprendre. Même si en 2015, la Croisette semble particulièrement réjouie et honorée de voir le tout nouveau volet des aventures du Road Warrior débarquer (après trente ans de pause !) , Max n’a pas toujours été en odeur de sainteté chez nous.

 

Télérama 1982 : « De grosses ficelles malsaines… »

Si Mad Max premier du nom est aujourd’hui une œuvre culte, on ne pas dire que la critique sera précipitée dessus à sa sortie. Arrivé en France deux ans après avoir ensanglanté les écrans australiens, le film passe inaperçu au Festival d’Avoriaz, qui ne juge pas pertinent de le récompenser.

Nous sommes en 1982 et Mad Max 2 est terminé, il sortira donc seulement quelques mois plus tard. L’effet est celui d’une boule de neige et de kérozène : si le public ne s’est pas rué en masse sur le premier épisode, le second est attendu par une masse grandissante de fans et sera un succès indiscutable… malgré une presse hostile.

Télérama insiste par exemple sur « les grosses ficelles malsaines du film ».

Le Dome du tonnerre, troisième épisode, sur lequel la Warner exercera beaucoup plus franchement son influence, est beaucoup plus inoffensif et maîtrisé. Le grand public n’accroche pas franchement, et les fans de la première heure le rejettent. Le look de Tina Turner et la dimension kitsch de la direction artistique auront raison de lui.

Mais les spectateurs eux, conservent une véritable passion pour les deux premiers volets, dont la réputation ne cesse de grandir.

 

 

Ou pas ?

Alors pourquoi la fièvre Max a-t-elle gagné presque tout le monde, du moins en apparence ? Peut-être parce que la première trilogie, arrivée à l’orée des années 80, relevait d’un pessimisme et d’un nihilisme qui correspondent bien plus à notre époque.

Parce que pendant les années pognon, on ne voulait pas entendre parler d’apocalypse et de retour à la barbarie. Parce qu’à l’époque encore, on soupçonne nécessairement ceux qui filment ou regardent en boucle un spectacle violent/cruel/guerrier (rayez la mention inutile) d’y souscrire et donc d’en jouir au premier degré.

Sauf que depuis, le monde a bien changé. Crise financière, écologique, guerres à tous les étages. On est certes encore très loin de la fin de la civilisation à la Mad Max, mais comme en témoignent les succès de Walking Dead (au hasard) l’idée d’une fin de l’humanité, d’une civilisation finissante, a fait son chemin dans la culture de masse.

 

Plus de concurrence ?

 

Pour comprendre pourquoi Mad Max : Fury Road est attendu comme le messie, il faut se souvenir de la folie engendrée par sa première bande-annonce. Nombre d’entre nous eurent tout simplement l’impression de n’avoir JAMAIS vu ça.

Et pour cause, après quinze ans d’uniformisation des blockbusters, les effets physiques, les véritables cascades et la pyrotechnie semblent parfois avoir été sous-traités aux ordinateurs plutôt qu’aux artisans.

La particularité du film de George Miller est justement de nous rappeler avec une force invraisemblable que deux véhicules pulvérisés dans un véritable accident capturé par une caméra auront toujours plus d’impact que des millions de bolides pulvérisés numériquement.

 

Ces héros trop polis

Qui sont actuellement les héros du 7ème Art, ceux que connaissent tous les spectateurs et notamment le grand public ? Inutile de chercher bien loin, le box-office parle de lui-même, ce sont les héros de Marvel et DC.

Soit pour la grande majorité d’entre eux des personnages en apparence très lisses, imprégnés des valeurs occidentales et/ou américaines. Taillés pour séduire les audiences du monde entier, ils manquent de faille et de profondeur. Pas par absence d’imagination, mais bien pour éviter de s’aliéner le moindre spectateur.

Dans ce paysage parfois désolant, la colère de Max fait l’effet d’un grand ménage de printemps. Max est violent. Max est impitoyable. Max ne fait pas de prisonniers. Max taille sa route et n’attend personne.

Et c’est très bien comme ça.

 

Tout ça pour quoi ?

L’heure de vérité est donc arrivée. Mad Max : Fury Road sort sur les écrans du monde entier. S’il est le succès que beaucoup espèrent, il pourrait rassurer (un peu) les studios, ou au moins fournir des arguments à tous ceux qui voudront se lancer dans la réalisation de projets différents, agressifs mais ambitieux, transgressifs mais accessibles.

C’est comme toujours le public qui choisira. Il lui reviendra de favoriser ou non une œuvre qui va à l’encontre de ses habitudes de consommateur, une œuvre qui exige de lui qu’il s’ouvre à l’inconnu.

Fury Road pourrait être le premier opus d’une nouvelle trilogie. Espérons qu’elle soit au XXIème siècle l’électro-choc que furent les trois premiers films pour le précédent.

Et sinon le film, il est bien ? Oui, et on vous explique pourquoi dans notre critique.

Tout savoir sur Mad Max : Fury Road

Newsletter Ecranlarge
Recevez chaque jour les news, critiques et dossiers essentiels d'Écran Large.
Vous aimerez aussi
commentaires
Jo
15/05/2015 à 18:12

Cannes n'aurait pas pu élire un des navets français après ce film.

Pipoman
15/05/2015 à 05:08

Tellement d'accord avec vous après avoir vu la chose

votre commentaire