Kevin Costner: Comme un parfum d'Amérique 1ère partie

Guillaume Meral | 22 mars 2014
Guillaume Meral | 22 mars 2014

Peu importe la variété de rôles qu'ils  ont joué,  l'esprit de synthèse qui cimente l'inconscient populaire tend à ne valoriser qu'une portion congrue de la carrière d'un acteur, qui sera forcément appréhendé au gré d'une poignée de rôles que le hasard aura conduit à marquer durablement les esprits, pour le meilleur ou pour le pire. Bien sur, une telle réalité n'est pas sans comporter certains désagréments pour  celui qui, trop peu vigilant, passe le reste de sa carrière à évoluer dans l'ombre du personnage-culte auquel il est assimilé, quels que soit les efforts qu'il déploie pour s'en émanciper.

Dans  le cas de Kevin Costner, à l'affiche de Three days to kill, la situation est encore un peu différente, dans la mesure où à travers son œuvre, c'est toute une carte postale de l'Amérique dans son acception idéalisée et quelque peu désuète qui apparaît, traversée par un classicisme anachronique, des élans lyriques qui refusent de céder à la fatalité élégiaque, ou des grands sentiments jamais contrariés par l'ironie de leur époque. Il faut dire que Costner a toujours aimé assumer ses positions et revendiquer l'héritage culturel dont il estime être le légataire. Dans le jeu d'abord, où son économie de mouvement étudiée, ainsi qu'une voix calme aux variations minutieusement maitrisées (chez Costner, on n'augmente pas le volume pour ne rien dire) traduit un jeu épuré, tout en retenue. Il faut dire que le contexte lui est favorable : après le crépuscule du Nouvel-Hollywood et le retour au cinéma de studios dans années 80, finit l'hégémonie de la versatilité caméléonesque des émules de Konstantin Stanislavsky de la décennie précédente, place aux comédiens susceptibles de porter ce renouveau du classicisme à travers leur starification potentielle. Le Hollywood mainstream renoue avec les acteurs à image, capables de rassurer et d'informer  le public quand au contenu du film par leur simple présence, leurs automatismes de jeu faisant presque office de notice sur leur personnage. A l'instar de Denzel Washington ou Harrison Ford, on identifie ainsi chez Costner cette  rectitude morale, cette forme de candeur dans sa volonté d'appliquer ses principes à un monde qui n'en veut pas forcément,  bref cet american héro qui évolue à contre-courant du cynisme de ses contemporains.

Une image que Costner forge  et cultive depuis ses premiers succès, qu'il s'agisse de Silverado ou des Incorruptibles, film dont le carton le placera véritablement sur orbite, et chef-d'œuvre d'un Brian de Palma définitivement galvanisé à l'idée de marcher lui aussi sur les traces de l'âge d'or hollywoodien.  Costner y gagne ses galons de jeune premier sur lequel tous les regards se tournent, mais ne tarde pas à tourner le dos à un carcan dont il a trop conscience de l'étroitesse pour s'y complaire plus longtemps. Chose faite dans Duo à trois, excellente comédie qui renoue avec l'esprit des travaux de George Cukor ou Howard Hawks, dans lequel il incarne (déjà) le vétéran sur le déclin. Hier encore coq fraîchement émoulu du moule hollywoodien,  Costner parvient néanmoins à véhiculer cette maturité qui lui permet de parler au passé, malgré le fait qu'il n'ait pas atteint la quarantaine.

Résolument autodidacte, le bonhomme désire faire ce qu'il veut, quitte à jeter son plan de carrière à la corbeille en se lançant dans la réalisation d'un western ( !) de trois heures (!!) dans lequel il est le seul personnage à l'écran pendant près de deux bonnes bobines (!!!). Tout le monde lui prédit un gadin monumental et la fin prématurée de son parcours, Danse avec les loups fait un tabac et cartonne aux oscars, en plus de raviver une tradition narrative alors en perdition, dénuée d'ironie postmoderne ou d'allégories sur le crépuscule du genre. Costner réalise comme il joue, au premier degré, avec l'âge d'or d'Hollywood dans le rétroviseur. L'acteur-réalisateur est porté par le triomphe des audacieux, et tout ne cesse de lui réussir, qu'il s'aventure dans l'univers d'Oliver Stone (à qui il avait dit non pour le premier rôle de Platoon car il considérait le projet comme un affront fait aux vétérans du Vietnam) avec JFK, ou ne tienne la vedette de deux purs produits périssable mais dont l'immédiate des retombées commerciales le conforte dans sa position (Robin des Bois, Bodyguard).

 

Pour autant, son succès  ne plaît pas à tout le monde. Trop lisse, trop « wasp » pour certains, incarnation d'une Amérique post-Reagan qui s'échinerait à reléguer l'héritage contre-culturel des 60-70's dans les catacombes de l'histoire pour d'autres, Costner ne fait pas l'unanimité, y compris dans son propre pays, où d'aucuns n'hésitent pas à moquer son profil de gendre idéal et la rigidité de son jeu. Des critiques qui témoignent davantage de la catégorisation compulsive qui caractérise un certain pan de la profession, tant Costner n'a jamais hésité à mettre son image au service du propos de l'œuvre intéressée, qu'il s'agisse de Sens unique et son twist roublard, ou de l'excellent Revenge de Tony Scott, dans lequel les valeurs ancestrales de l'amitié vont se faire balayer par les tourments de l'amour adultère. Sans oublier bien sur ce qui constitue peut-être le point d'orgue de sa filmographie d'alors, le magnifique (avec un grand M. Que quelqu'un se lève et ose prétendre qu'il n'a jamais chialé comme une madeleine devant ce film) Un monde parfait de Clint Eastwood, autre maverick qui a su jouer du système pour s'aménager un univers personnel. Leur rencontre tient de l'évidence, et dans son rôle de truand endurci qui s'attendrit au contact d'un gamin, Costner  est d'autant plus prodigieux qu'il parvient à recouvrir une aisance déconcertante le spectre émotionnel aux extrémités parfois antagonistes traversé par son personnage, sans sacrifier l'homogénéité de sa performance. Là encore, Coster interroge le destin de son pays en rejouant à travers le parcours de son personnage le tournant pris par l'Amérique aux aurores des années 60, quand ses contradictions interrompirent l'espoir de son renouveau humaniste.

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