Harvey Weinstein emmerde la censure !

Simon Riaux | 24 février 2012
Simon Riaux | 24 février 2012
La MPAA, l'organisme de classement des œuvres cinématographiques américaines, est connue pour ses incohérences répétées, son puritanisme à géométrie variable, qui la pousse à ne pas s'inquiéter outre mesure de la violence et bannir tout morceau de chair trop suggestif, ou langage grossier. C'est pourquoi les Expendables se sont récemment plus inquiétés de leur vocabulaire que des quantités de tripes déversées.

Une situation qui ne convient pas à Harvey Weinstein qui s'est frotté plusieurs fois à la MPAA, notamment lorsqu'elle avait classé R Le Discours d'un roi pour cause de langage fleuri (interdisant par là même aux jeunes de se rendre sans un adulte aux séances). Il est confronté au même problème avec le documentaire Bully, consacré au bizutage, racket, pressions et autres activités que nos chers têtes blondes pratiquent sur les plus faibles d'entre eux. Le film montrant des gosses parlant comme des gosses, il est naturellement truffé de grossièretés, ce qui lui a valu un indigne classement R. Weinstein a fait appel de cette décision, et a perdu le vote et dernier recours qu'il lui restait, à une voix près. Décision qui lui a pour le moins déplu.

 


 

« La Weinstein Company envisage de prendre congé de la MPAA dans un futur proche. Nous respectons la MPAA et son fonctionnement, mais estimons que cette fois, elle a dépassé les bornes. J'ai fait plusieurs fois appel, mais je vis ce vote comme un violent désavœu personnel. Alex Libby a plaidé éloquemment et passionnément pour défendre la nécessité pour les enfants de voir ce film d'eux mêmes, pas en la présence de leurs parents, car c'est la seule façon de véritablement initier un changement.

Ayant moi-même des enfants scolarisés, je suis conscient qu'il s'agit d'une question cruciale, et les académies scolaires partout aux U.S.A. ont réagi de concert. L'académie de Cincinnati s'est engagée à faire visionner le film à 40 000 de leurs écoliers – mais parce qu'en appel le comité a décidé de maintenir la classification R, l'académie doit annuler cet accord.

Je vais personnellement demander à des célébrités dans le monde entier, de Lady Gaga (qui a sa propre fondation) à la Duchesse de Cambridge (qui a elle-même été victime de bizutage) en passant par Michelle Obama (dont la fondation nous a également contactés), de s'élever contre le bizutage et d'encourager les jeunes à voir ce film sans restriction aucune. »

Ce à quoi la MPAA a répondu :

« Le bizutage est un question sérieuse, et un sujet que les parents devraient aborder avec leurs enfants. La MPAA pense comme la Weinstein Company que Bully pourrait servir de véhicule à une si importante discussion.

La MPAA a aussi la responsabilité, quoi qu'il en soit, de satisfaire et représenter le souhait des parents qui, à travers le pays, souhaitent être informés à propos du contenu des films, y compris leur langage.

Le classement et l'appellation un « certain langage » indique aux parents que le film comporte un certain langage. Informés, certains parents pourraient choisir d'emmener leurs enfants voir le film, et d'autres non, mais c'est leur choix, et non le notre. Le classement R n'est pas un jugement de valeur. Le classement indique simplement aux parents que le film comporte des éléments particuliers, qui requièrent une réflexion approfondie avant d'autoriser un enfant à le regarder. Une fois avisés, de nombreux parents peuvent amener leurs enfants voir un film classé R. Les académies scolaires, pareillement, ont la responsabilité des œuvres qu'elles choisissent de montrer au cas par cas et ont leur propres principes pour ce qui relève de l'approbation parentale. »

Évidemment, Harvey a bon dos de se ranger du côté de la vertu et de la liberté artistique, lui qui a si fréquemment piétiné les deux. Toutefois, il est aujourd'hui un des seuls hommes assez puissant pour se révolter contre son hégémonie, et s'il compte probablement manipuler les médias au passage, et in fine générer de l'attention sans dépenser de dollar, on lui est pour notre part reconnaissant de pointer les dérives d'une institution dépassée et, dans son fonctionnement actuel, nocive pour l'ensemble du cinéma américain.

 


 

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