Gérardmer 2010 : Jour 2

Laurent Pécha | 29 janvier 2010
Laurent Pécha | 29 janvier 2010

Après une ouverture de festival bien frileuse, c'est le temps qui se met à refroidir nos ardeurs de horreurphiles avec une tombée de neige continue sur Gérardmer (les 30cm sont attendues) qui rend tout déplacement dans la station bien compliquée. Et il en faut du courage pour aller à l'Espace Lac pour découvrir ce que les programmateurs nous ont réservé. Après un premier film en compétition, Possessed, qui a laissé à peu près toute la rédac sur le carreau (voir notre compte rendu 1) et un petit détour pour deux d'entre nous au premier film de la section inédits vidéo, pour aller voir justement Détour, un Hostel flix suédois qui accumule tous les poncifs du genre pour n'être au final qu'une version involontaire de La Cité de la peur, on passe aux choses sérieuses avec... Predator, petit film sympathique auquel on prédit un bel avenir. Blague mise à part, le plaisir de revoir le film de McT sur un grand écran de cinéma, est énorme et constitue jusqu'à maintenant, ce qui se fait de mieux à Gérardmer. Confirmation de la chose avec la projection de Cargo, film suisse présenté en hors compétition. Un œuvre de SF courageuse au production design étonnant pour un film européen mais qui se mord très vite la queue après un début prometteur. Entre thèmes archi rebattus et arrivistes (l'avenir de l'humanité, le message pro-écologique), acteurs faiblards, absence de réelles péripéties, on s'ennuie ferme à l'instar d'une dernière demi-heure qui se la joue Le Retour du roi en multipliant les séquences finales jusqu'au désintéressement presque total du son public. Reste qu'en matière de SF, Cargo vole toutefois nettement au dessus de nos récentes propositions françaises du genre (Eden log et Dante 01).

 

 

 

Justement la France était à l'honneur en ce jeudi soir avec La Horde dans un tout nouveau montage raccourcissant les dix premières minutes très décriées lors des projections de presse.

Présenté en grande pompe par ses créateurs et comédiens principaux dans une joie et une bonne humeur communicative « un film pour vous public » étant l'argument revenant le plus souvent dans la bouche de ses auteurs multiples... Ledit public était présent en masse, acquis à la cause des auteurs et prêt à ruer dans les brancards au moindre bon mot.

C'est Yves Pignot - comédien classique de l'Académie Française - incarnant René le « vétéran de l'Indo » (à qui l'on doit les scènes les plus réussies du film) qui - lors de sa présentation résume le mieux le statut fragile du film : « on m'a demandé d'être « Badass », de « défoncer et de déchirer », un vocabulaire que j'ai appris lors du tournage »... marque de fabrique et figure de style élevé au rang de rhétorique par les scénaristes du film lors de leur passage dans la rédaction de Mad Movies. Heureusement, La Horde arrive aisément à surpasser son statut de film pour Nerds parvenant  à  livrer la première proposition de film français de genre populaire, cohérent de bout en bout et susceptible de toucher un public bien plus vaste que le noyau dur de fans « couillus ».

 

 

 

L'énergie communicative des réalisateurs, leur générosité, associés à une bande de techniciens et comédiens dévoués (Claude Perron,Eric Ebouaney, Jo Prestia et Yves Pignot en tête) permettent au spectateur galvanisé de passer outre les quelques incohérences scénaristiques (un coup les zombies pullulent rendant l'usage de la cage d'escalier impossible, pour retrouver ce même escalier vide 5 minutes plus tard- un sacrifice final  inutile, prétexte à une scène de massacre ultra-graphique) et de se repaitre de scènes très réussies, drôles, efficaces qui renvoie le spectateur à son propre fantasme de film « barbare » revisitant des figures de style US avec un certain brio et résolument ancré dans une réalité française assumée et affirmée.

Une petite réussite, ce qui n'est pas rien dans le Paysage Fantastique Français, qui pourrait faire décoller le genre en terme d'audience tant le film est généreux, offrant à son public potentiel un grand nombre « d'entrées » possibles.

Reste à voir si les auteurs du film sauront négocier leur énergie « Bad Ass » régressive et jouissive par moment pour offrir une proposition de cinéma plus ambitieuse et tout aussi généreuse dans un futur proche.

 

 

 

Un joli doublé des programmateurs puisqu'après avoir vu l'un des fleurons du genre, on a pu découvrir le documentaire Viande d'origine française, un 55 minutes déjà diffusé sur Canal Plus. En invitant presque tous les principaux réalisateurs de cette nouvelle vague du cinéma de genre français (il manque toutefois Xavier Palud et Yann Moraud sans oublier celui qui a vraiment réussi, Christophe Gans), les deux auteurs de cet excellent film nous offrent un état des lieux d'une belle justesse non sans un humour particulièrement communicatif, bien aidé par la dérision des principaux intéressés (Julien Maury et Alexandre Bustillo en tête).

Cocorico donc surtout quand on visionne dans la foulée Nightmare in red, white and blue, documentaire de 96 minutes censé lui nous éclairer sur l'évolution du cinéma horrifique américain depuis plus d'un siècle. Peine perdue tant son réalisateur enfonce les portes ouvertes, schématise sans cesse et ne parvient à presque rien tirer de pertinent de ses pourtant prestigieux intervenants (Dante, Romero, Carpenter, Bouseman,...cherchez l'intrus !). Pour positiver, on retiendra un montage rigolo façon best of des meurtres de Jason issus de la longue saga des Vendredi 13 et une anecdote savoureuse de Romero sur l'utilisation constante des ouvertures et fermetures de portes dans La Chose d'un autre monde. Une envie de vérifier cela nous envahit à la sortie de la salle mais il est temps de rentrer dans notre chalet, la compétition allant enfin prendre son envol demain matin avec le déjà archi primé, Moon de Duncan Jones.

 

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