Cesar 2020 : la nomination de Polanski est une insulte au mouvement #metoo, selon Adèle Haenel

Marion Barlet | 25 février 2020 - MAJ : 25/02/2020 12:37
Marion Barlet | 25 février 2020 - MAJ : 25/02/2020 12:37

Dans son entretien avec le New York Times, l'actrice française Adèle Haenel revient sur la polémique de J’accuse et la symbolique de telles nominations.

Il y a trois mois, le monde du féminisme et du cinéma a été ébranlé par le témoignage d'Adèle Haenel pour Mediapart. Elle a révélé avoir été agressée sexuellement par le réalisateur Christophe Ruggia quand elle était adolescente, sous l'œil complaisant du corps de métier. Sa dénonciation a marqué un tournant dans l'histoire #MeToo et dans la prise de parole des femmes, le réveil des consciences et peut-être le changement de mentalité qui s'ensuivra.

 

photo, Adèle Haenel, Gaspard UllielLa révolution est en marche

 

Deux mois plus tard, et une bonne année à tous, les César ont nommé le dernier film de Polanski à douze reprises. Accusé d'agression sexuelle sur mineure et reconnu coupable, le réalisateur est en villégiature en France depuis 1978 afin d'échapper au couperet de la justice américaine. D'aucuns trouveront merveilleux qu'un réalisateur puisse continuer à faire des films, mais d'autres s'interrogeront sur une justice à double vitesse.

Ici, le problème n'est pas qu'il réalise des films et qu'il ait du talent, mais qu'il soit célébré par une institution officielle. Les César n'ont jamais été autant dans la mouise, entre demande d'une refonte du système et la démission collective de sa direction. Le bateau ferait-il naufrage ? La cérémonie approche à pas de géant et le contexte explosif promet une soirée tendue, où les sifflets pourraient succéder aux hourras. 

 

photo, L'Intouchable, Harvey Weinstein, Harvey WeinsteinLe revers de la paillette

 

Adèle Haenel a remis de l'huile sur le feu avec son interview pour le New York Times. Mais après tout, elle reste dans le thème du film pour lequel elle est nommée en meilleure actrice : Portrait de la jeune fille en feu. Ses propos ont été virulents, tant sur le modèle juridique que sur l'Académie des César :

« La loi française définit le viol comme un acte sexuel commis au moyen de violence, de surprise, ou de contrainte : elle est centrée sur la technique employée par l’agresseur, pas l’absence de consentement de la victime. Or, si une victime est sidérée pendant l’agression, comment fait-on pour obtenir justice ? On doit aussi croire toutes les femmes qui parlent. Dès qu’une femme a moins de pouvoir qu’un homme, on la soupçonne de vouloir se venger. On n’a rien à gagner à se dire victime et les conséquences sur la vie privée sont très négatives. »

 

Cannes 2016Elle de Verhoeven : symptôme d'un fantasme

 

L'actrice fait notamment allusion au milieu cinématographique, connu pour jouer avec les frontières de l'agression sexuelle et inverser les statuts, prenant les victimes pour de lubriques arrivistes. À ce sujet, nous avons traité de l'affaire Asia Argento dans sa dénonciation d'Harvey Weinstein (jugé coupable de viol par le tribunal de Manhattan, le 24 février) et de l'acharnement de Catherine Breillat à son égard. La femme n'est pas toujours la meilleure amie de la femme et le sexisme n'est pas un privilège masculin. Dans ce contexte grinçant, Adèle Haenel a tenu à glisser un mot sur Polanski :

« Distinguer Polanski, c’est cracher au visage de toutes les victimes. Ça veut dire : "ce n’est pas si grave de violer des femmes". À la sortie de J’accuse, on a entendu crier à la censure alors qu’il ne s’agit pas de censurer, mais de choisir qui on veut regarder. Et les hommes riches, blancs, rassurez-vous : vous possédez tous les moyens de communication. Non, la vraie censure dans le cinéma français, c’est l’invisibilisation. Où sont les gens racisés dans le cinéma ? Les réalisateurs racisés ? Il y a des exceptions, comme Ladj Ly, dont le film rencontre un immense succès, ou Mati Diop, mais ça n’illustre pas du tout la réalité du milieu du cinéma. Cela reste minoritaire. Pour l’instant, on a majoritairement des récits classiques, fondés sur une vision androcentrée, blanche, hétérosexuelle.» 

 

Photo Le PianisteLa voie est libre

 

Qui regarder, qui donner envie de regarder et qui propulser sous les projecteurs de la gloire, telle est l'ambition de l'Académie. Mais derrière les jolis décors et les grandes pompes se cache surtout un système de vote douteux, qui n'a pas tant fait un pied de nez à #MeToo que suivi une logique d'écurie. Peu de réalisateurs racisés, pas assez de femmes, homogénéité hétérosexuelle dans les contenus, tel est le constat que pose l'actrice.

C'est la raison pour laquelle Adèle Haenel défend le film Portrait de la jeune fille en feu ainsi que la vision novatrice qu'il apporte sur la notion d'amour et de domination :

« On n’applique pas un programme pré-écrit, qui est "tomber amoureux sans comprendre pourquoi on tombe amoureux", qui inclut une situation de domination, un rapport de pouvoir inégal qui sont considérés comme moteurs de l’érotisme. Le film s’affranchit de cela. On propose quelque chose qui, politiquement, artistiquement, nous asservit moins. C’est une nouvelle version du désir, un entremêlement entre l’excitation intellectuelle, charnelle, inventive. »  

 

Photo Noémie Merlant, Adèle HaenelC'était très chaud

 

La réalisatrice Céline Sciamma, ex-compagne de l'actrice, a d'ailleurs elle aussi passé l'industrie française du cinéma au lance-flammes. La loi du silence semble avoir été brisée et des voix continuent de s'élever dans tous les milieux. Le monde du cinéma est le paradoxe d'une industrie permissive d'où part le noyau de la révolte. 

Si le cœur vous en dit, vous pourrez regarder les César vendredi 28 février en clair sur Canal+Florence Foresti sera la maîtresse de cérémonie, à moins que la soirée ne se transforme en cour de récré et que la comédienne soit obligée de jouer la maîtresse d'école. 

  

affiche finale

Tout savoir sur Adèle Haenel

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commentaires

Rebelle33
28/02/2020 à 16:11

@cervo
Associer le féminisme au nazisme est un raccourci que vous vous plaisez à répéter...
En réalité, dans son dossier de presse, Roman POLANSKI a voulu simplement nous dire que la violence des propos tenus par certains mouvements féministes pouvaient rappeler le caractère haineux de certains slogans qui fleurissaient durant l'Occupation allemande...
Je me permets de vous rappeler les propos que tenaient récemment Samantha GEIMER :
"POLANSKI reste toujours victime d'un système corrompu et d'un juge immoral..."

TOUT EST DIT....

Flo
28/02/2020 à 14:50

L'oppression n'a pas besoin toujours d'un Genre pour se justifier... Mais une Doctrine, un Mouvement, ça ça peut aider.
Et grâce à ça, on peut justifier tous les abus, car n'importe quel Mouvement peut être détourné, le risque Zéro n'existe pas.
Après, la maladresse de ses propos, pas assez bien travaillés (surtout en ce moment), vaut elle à elle seule plus que le déferlement global négatif tout autour ? C'est tout ce qu'on a comme seuls exemples pour le charger ?

Clairement, faut-il imposer le seul Féminisme de force (comme "vengeance?"), même à ceux qui veulent garder leur libre arbitre, sans faire du mal à quiconque pour autant ? - alors qu'avec la notion d'Humanisme, on prend bien moins de risque et on se préoccupe ainsi d'absolument tout le monde.
On n'a qu'à dire que tout le monde est fautif pour l'instant...

Cervo
28/02/2020 à 14:02

@Rebelle33

Vous considérez donc qu'associer le féminisme au nazisme, comme il le fait dans le dossier de presse de J'accuse (qui avait donc vocation à être rendu public) est un comportement de gentleman.

Et vous ne répondez toujours pas au débat autour de polanski : est-il indispensable d'honorer un violeur ?
Pourquoi tant de difficultés à vous positionner sur ce sujet ?

Flo
28/02/2020 à 13:40

Ce serait intéressant d'avoir tous les liens sur ces fameuses prises de postions violentes envers les femmes... du concret, très multiple (pas juste deux ou trois petites phrases bêtas, mais l'équivalent d'un Brisseau ou Matzneff, au moins)...
Quelque chose qui serait très revendicatif de sa part encore aujourd'hui (le contexte sexuel des 70's était bien idiot et irréfléchi, la face sombre de la Libération Sexuelle)...
Et pas juste des on-dits qui se propagent n'importe comment à la manière des préjugés... c'est à dire, souvent avec un petit fond de vérité.

Et aussi comprendre pourquoi de nombreuses femmes (dont la sienne, plutôt "masculine" d'ailleurs) le soutiennent fortement sans rien y gagner en retour - Incohérences supplémentaires à ajouter, qui montre que ce n'est pas si simple...
Ce serait d'ailleurs insulter les femmes de prétendre qu'elles soient toutes obligatoirement fragiles et victimes nées, et qu'elles ne puissent pas être égales aux hommes en matière de force, de bêtises ou de haine.

Donc, si les enquêtes sont bien menées, les vrais menteurs et ceux qui les protègent auront ce qu'ils méritent, qui qu'ils/elles soient...
C'est toujours ce qu'il vaudrait mieux dire. Mais est-ce déjà trop ?

Rebelle33
28/02/2020 à 13:35

@Cervo
Vous vous répétez à souhait en espérant que vos propos finissent par ressembler à la Vérité!!!
Je vous rappelle pour la nième fois que les accusations portées en dehors de Samantha GEIMER ne sont que des allégations et que RIEN N'EST PROUVE!!!
Quant à affirmer que Roman POLANSKI ne cesse de tenir des propos déplacés à l'encontre des femmes en général, RIEN N'EST PLUS FAUX!!Et j'en connais de nombreuses qui le considère dans sa vie de tous les jours comme un véritable gentleman!!!
Il s'est simplement permis de pointer le caractère absurde et souvent violent de certains mouvements féministes!!!(Je me trouvais moi-même à Bordeaux devant le cinéma où des féministes ont voulu interdire la projection de "J'accuse"...)
Quant au RIDICULE, je finis par croire que vous en détenez la palme!!!

Cervo
28/02/2020 à 12:47

@Rebelle33

Oui, considérer un coupable reconnu de viol sur mineur comme un pedocriminel, c'est vraiment absurde... mon pauvre.

Vous vous ridiculisez. Et vous n'êtes manifestement pas au courant du sujet qui nous intéresse. Il n'est pas question de Samantha Geimer ici. Elle n'a aucun rapport avec le sujet. Le sujet étant le suivant : faut-il couvrir d'honneur et de prix un pedocriminel, régulièrement accusé par des femmes de viol, et ayant regulierement pris des positions d'une extrême violence vis à vis des femmes en général. Voilà le sujet.

Que Samantha Geimer souhaite laisser derrière elle son viol par un pedocriminel qui avait entrepris de la droguer pour la sodomiser, c'est son droit le plus absolu, mais on s'en fiche.

A moins bien sûr que vous considériez que sa position personnelle engage les institutions françaises et les honneurs du cinéma français.

Rebelle33
28/02/2020 à 12:36

@Cervo
J'ai précisé à plusieurs reprises que je connais Roman POLANSKI pour l'avoir rencontré à 3 reprises mais surtout parce que je fréquente des personnes qui évoluent dans son cercle rapproché...Vous me faites donc un "mauvais procès"...
Par ailleurs, ramener perpétuellement la personne de Roman POLANSKI à un pédocriminel n'a pas de sens...Pour le moment, seule Samantha GEIMER avait porté plainte ce qui a valu au réalisateur un procès et de la prison; mais vous n'êtes pas sans savoir que cette dernière a demandé à l'opinion publique de ne plus l'accabler et le déranger...Dont acte...
Pour le reste, on en est encore au stade des allégations...Ou bien vous avez des informations que je ne possède pas...

Cervo
28/02/2020 à 09:59

@Rebelle33

Oups.
Voilà, à force de tout tenter pour défendre la pedocriminalité, on finit par se planter. Lors de nos derniers échanges, vous aviez également la bave aux lèvres, mais revendiquiez ne pas connaître Polanski, et avoir eu de lointains échos, par des connaissances éloignées.

Amusant comme la vérité est changeante chez vous. Sans doute un point commun avec ce criminel que vous adulez. Sinon, sur son rapprochement entre féminisme et nazisme, j'attends toujours que vous nous expliquiez sa position.

Flo
28/02/2020 à 09:56

...tant que absolument tout le monde fait honnêtement son boulot, au lieu de réagir comme des ados excités.
Stop à l'infantilisme érigé comme un moyen d'expression sérieux.

Rebelle33
28/02/2020 à 09:30

@Flo
Je partage ENTIEREMENT votre analyse...
Elle a le mérite d'être pertinente et fait preuve d'une grand honnêteté intellectuelle...
J'ai la chance de connaître personnellement Roman POLANSKI et je vous prie de croire qu'il apprécierait grandement vos propos!!!

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