Mission Impossible : Christopher McQuarrie explique pourquoi certains fans sont toxiques et débiles

Christophe Foltzer | 26 juillet 2018 - MAJ : 09/03/2021 15:58
Christophe Foltzer | 26 juillet 2018 - MAJ : 09/03/2021 15:58

Vous connaissez l'expression "On récolte ce que l'on sème" ? Après des années passées à abrutir les masses, à monter les fans contre les autres en les divisant en plusieurs clans, à jouer sur leur égo potentiellement démesuré, les blockbusters se retrouvent face à une horde de fans turbo-débiles.

C'est assez marrant d'ailleurs, quand on y réfléchit, de voir cette fange de fandom très spécifique qui a transformé les réseaux sociaux en champ de bataille, insultant les responsables de films qui les ont déçus, en poussant certains à supprimer leur compte et en faisant vivement réagir d'autres. Certes, ce n'est pas nouveau, il y a toujours eu des fans turbo-débiles, mais avec Twitter, Facebook et Instagram, c'est tout de suite plus voyant.

 

Photo Rey & FinnLe film de la discorde

 

Si l'affaire a pris des proportions à l'occasion de la sortie des Derniers Jedi, depuis, plusieurs réalisateurs ont soutenu Rian Johnson et critiqué cette mouvance franchement moyennement sympa et civilisée. Le réalisateur Christopher McQuarrie, dont le Mission Impossible : Fallout sort la semaine prochaine, est de ceux-là. Après ses déclarations d'il y a quelques temps sur l'univers Star Wars, le metteur en scène a été interrogé il y a peu par le site Collider sur ce fameux fandom toxique :

"Ecoutez, les films sont quelque chose de très émotionnel. Ils sont extrêmement émotionnels même. Un film comme Star Wars, ou un Marvel, c'est quelque chose qui provient de l'enfance des fans. C'est la même chose que les vieilles histoires au coin du feu. Et pour certains, cela a été déterminant dans leur évolution. C'est quelque chose qu'ils protègent énormément.

 

Photo Christopher McQuarrieOn se tait, et on écoute Christopher McQuarrie

 

A l'époque de Way of the Gun, j'avais pris les attentes du spectateur à contre-pied, je les avais subverties dès le départ. Et j'y ai appris une grande leçon : les gens ont tendance à réagir de façon extrême dès que l'on ne répond pas à leurs attentes ou quand on ne leur raconte pas vraiment l'histoire prévue.

A l'époque, je voulais davantage leur raconter ce que j'éprouvais plutôt que l'histoire qu'ils attendaient. Le grand public, je ne parle pas de tout le monde, a tendance à rejeter ce genre de choses. Ça l'énerve beaucoup. Les gens s'attendent à être divertis et voilà que c'est à eux de faire le travail. Et voilà la réaction que vous obtenez.

 

photo, Tom CruiseAllez quoi, un petit effort

 

En même temps, j'ai l'impression que les réactions sont très extrêmes, et j'ai remarqué que ces gens n'étaient pas capables de faire la différence entre ce qui les énerve et la façon dont ils l'expriment. Donc, vous allez les attaquer sur le mode d'expression et eux, ils vont se défendre sur leur liberté d'exprimer ce qui les énerve. Ils n'arrivent vraiment pas à différencier ces deux aspects.

Et pour moi, cela met en lumière un plus gros problème. Cela révèle tout ce que nous voyons virtuellement dans les problèmes sur Internet. Les gens sont tellement occupés à défendre leur point de vue qu'ils en oublient de réfléchir à la façon dont ils le défendent. Ce que nous faisons, en tant que société, c'est que nous attaquons des problèmes logiques sous un angle purement émotionnel."

 

photo, Henry Cavill, Tom CruiseC'est pas parce que ça pue, qu'il faut pas y aller

 

Et cette notion est très importante, parce qu'elle peut s'étendre à tout ce qui se passe en ce moment, dans tous les domaines. L'émotion, surtout exacerbée, à tendance à faire oublier la réflexion, la distance et à ne pas accepter un point de vue différent du soin. Quand on ajoute ça aux techniques marketings des gros studios qui valorisent depuis des années l'égo de ses spectateurs, couplé à une société qui met surtout en avant le narcissisme de chacun et, par les réseaux sociaux, a tendance à faire croire que notre seul point de vue est LA vérité, il ne faut pas donc s'étonner qu'il y ait ce type de débordement.

Cela dit, rien n'est définitif et si les attaques narcissiques sont de plus en plus fréquentes et violentes et qu'en face, les artisans de cette dégénérescence commencent à réagir. C'est peut-être le début d'une grosse remise en question sur notre façon de consommer et d'aborder le monde en tant que tel. En tout cas, le débat est lancé et il nous parait obligatoire de nous y confronter un moment ou un autre. Et ça, avec un peu de bonne volonté, ce n'est clairement pas une Mission Impossible. Faut juste arrêter de se regarder. 

 

Affiche

Tout savoir sur Mission : Impossible - Fallout

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commentaires
Birdy
27/07/2018 à 10:24

@ lecteur depuis l'origine (moi aussi) : on est totalement d'accord. Et tu l'expliques très bien, merci !

Lecteur depuis l’origine
26/07/2018 à 22:08

Baneath88
Je suis assez en accord avec toi.
Tu pointes en effet des dérives actuelles qui sont avant tout structurelles.

tarasse boulba
26/07/2018 à 21:21

Quand un real viole ton enfance ýa de quoi etre en colere , d´ailleurs dans.south park ýa un super episode avec indy qui en parle ... Et puis quand on est payè un million de dollars pour realiser on peut.quand meme bien accepter quelque insulte sur instagram ou tweeter . Sinon Way of the Gun est un de mes film preferè le gars a ĺepoque etait deja au top

jazz
26/07/2018 à 18:48

De mémoire, dans Way of the gun, il y a un passage ou un des personnages explique que ce n'est plus ce que l'on dit qui compte mais la façon de le dire...Déjà à l'époque, il était en avance.

Hasgarn
26/07/2018 à 17:28

Je n’ai effectivement pas tout lu.
Ravi qu’on soit sur la même longueur d’onde, au finale :)

Birdy
26/07/2018 à 16:24

@ Hasgarn Si tu m'as lu en entier, c'est aussi ce que je reproche.

Hasgarn
26/07/2018 à 16:11

C'est pas le sujet Birdy, mais si Hollywood nous a fait des tétrachiées de films pourris, c'est surtout parce que des gens sont allé voir ces films et ont donc plébiscité ce genre de film.

La faute au public.

Et indirectement aux financiers qui privilégient la rentabilité. Si on leur avait fait comprendre que les films intelligents serait plus rentables, on n'en serait pas là.

Baneath88
26/07/2018 à 15:34

C'est bien dit, mais c'est un problème aux nombreuses ramifications, notamment concernant les blockbusters.
On tend depuis une bonne décennie dans une logique industrielle de suites et d'univers étendus proche de l'hystérie. Sans même parler de l'exercice promotionnel, qui a pris des dimensions ubuesques.
Le problème, c'est qu'avec le temps, c'est surenchère de "produits" déclinés ou reproduits sont devenus la norme. Par conséquent, qu'on aime ou pas, on finit immanquablement par s'habituer aux diverses ficelles qui sont utilisées depuis.
Il y aura donc fatalement des réactions aussi extrêmes que passablement honteuses (avec insultes, menaces et autres stupidités du même tonneau). Même s'ils elles ne sont en aucun cas représentatives d'une quelconque majorité.
Dans le même temps, ce problème est aussi lié -selon moi- à un grand malentendu sur ce que doit être tel ou tel film. Sur les grosses machines, je pense que la meilleure chose à faire n'est pas de se demander ce que veut le public mais ce dont le film a réellement besoin.
Et dans certains cas, le film sera bénéficiaire si on se refuse à brosser le spectateur dans le sens du poil et en tentant une autre approche.
Avec les réseaux sociaux et le relation directe avec le public, on est forcément dans une logique plus frontale, voire même carrément violente avec lui. Je ne pense pas que ce soit sain, de même que je pense pas qu'il soit sain de travailler sous la surveillance permanente d'une armée de financiers plus préoccupés par la gestion de leur dividendes que par une quelconque envie de faire de vrais bons films.

Lecteur depuis l’origine
26/07/2018 à 14:30

Le problème ici n’est pas la qualité des films et leur succès.
Le problème soulevé par écran large c’est comment s’exerce la parole sur le net.
Et comment elle est révélatrice d’une dérive egotique.

Cependant le fait que plus de monde puisse donner un avis, cela permet de mieux cerner la réception de ce qui est proposé.
Tout n’est pas à jeter, même s’il faut reconnaître des évolutions négatives.

Ce dont tu parles Birdy, c’est autre chose.
La qualité d’écriture semble en effet, baisser, suivant une vision de plus en plus simplistes des enjeux.
Et si les films continuent de remplir les salles, c’est le plus souvent faute d’en vraie concurrences. Oui pléthore de films sortent mais combien on une ambition visuelle et narrative? Combien vont traiter avec efficacité, simplicité et complexité leurs enjeux?
Trop peu.
Il y a donc un fast-food filmique omniprésent dans les multiplex qui sont devenus les lieux de « consommation » principaux du cinéma.
D’où le public dans les salles pour ces films.
Mais il y a de plus, un sentiment de lassitude contre ces même films.

Et quand une marque, un univers parfois apprécié pour ne pas être qu’un produit formaté devient aussi insipide que le reste, la lassitude peut faire place à une colère.
Et face à cela que font les majors ? Elles communiquent sur les expressions les plus maladroites ou critiquables de l’expression de cette colère. Pour fabriquer l’image que ceux qui critiquent sont tous des extrémistes. Ou comment entreprendre une campagne de com pour décridébiliser toute contestation.
Ce qui pousse ceux exprimant leur avis vers des formes encore plus outrancières.

C’est la limite du propos de McQuarrie, qui s’il a raison dans sa critique de la forme de certains, oublie de voir le tableau dans son ensemble. Celui des dérives egotiques promues par les communications et la publicité issue des grands groupes.
Et celle de la non prise en conte d’une contestation raisonné et raisonnable de l’appauvrissement artistique, préférant l’amalgamer à l’expression la plus contestable de cette contestation.

Birdy
26/07/2018 à 13:55

Et concernant Star Wars, je connais des gens qui adooooorent la prélogie. Pourtant, objectivement, c'est naze. Que des spectateurs aient des gouts de chiottes, c'est une réalité et ils ont beaucoup de chance de pouvoir aimer les films de Luc Besson. Mais ça ne transforme pas Valerian en caviar, ça reste de la merde. La prélogie aussi. Les Derniers Jedi aussi ( scénaristiquement au moins ).

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