Tobe Hooper - Master of Horror

La Rédaction | 2 octobre 2010
La Rédaction | 2 octobre 2010

Même s'il n'a pas réalisé de film depuis l'amusant Mortuary en 2005, le réalisateur américain Tobe Hooper fait le tour des festivals avec une nouvelle bobine ! En fait sa toute première, EggShells de 1969, que l'on croyait perdu à jamais et qui a été présentée dans une copie restaurée lors de L'Etrange Festival début septembre... en sa présence ! L'occasion était trop belle pour ne pas s'entretenir avec ce master of horror. Qui n'aurait pu d'ailleurs ne jamais réaliser de film d'horreur !

 

 

Sorti aux USA en 1974, Massacre à la Tronçonneuse après quelques passages triomphaux dans des festivals français, a été interdit de diffusion pendant près de 8 ans ? Etiez-vous au courant de cette censure ?

Non je n'étais pas au courant ! J'avais eu quelques échos concernant la censure et les coupes imposées en Grande-Bretagne. Dans ce dernier pays, même Massacres dans le train fantôme était classé comme un « Nasty Video » alors que le gore y est très peu représenté. Mais là vous me dites que Massacre... était pratiquement au centre d'une lutte politique (NDR : l'arrivée de la gauche au pouvoir en 1981 a permis à de nombreux films interdits de trouver leur public), chose qui m'avait complètement échappé à l'époque, il faut que je me renseigne sur ce sujet.

Comme Stephen King qui situe ses intrigues dans son Etat natal, le Maine, vous êtes très lié au Texas (voire la Louisiane) où la majeure partie de vos films tiennent place. Vous avez besoin de vous replonger dans l'inhérente horreur de ces lieux pour être inspiré ?

Mon sens de l'horreur provient effectivement de ce que j'ai vécu à Austin, Texas, mes parents y ont tenu un hôtel, ma grand-mère me racontait des histoires terrifiantes sur un croquemitaine au nom de « slish-slash » qui décapitait les gens. Ma famille était très grande, du coup, beaucoup de gens décédaient au fil des ans ce qui fait qu'enfant j'ai assisté à de nombreuses funérailles. Dans le sud comme en Louisiane, on célèbre la mort, on ne la fuit pas, on la rend même festive et presque joyeuse.

 

 

D'où la tonalité de beaucoup de vos films, où l'élément comique est primordial, comme dans Massacre à la tronçonneuse 2 ou encore L'invasion vient de Mars, dont certains passages sont ouvertement parodiques !

Ce qui m'intéresse au premier abord, c'est la manière dont les comportements humains sont modifiés lorsque l'horreur survient, et très souvent l'humour est le bon remède. Dans Massacre..., le ton est parfaitement ironique, quand des étudiants normalement bien éduqués se retrouvent face à Leatherface et sa famille, ils sont obligés de se comporter comme des animaux pour en réchapper ! Mais le meilleur exemple de ce mélange de violence et d'humour est donné par Kubrick dans Orange Mécanique, quand Alex donne des coups de pied tout en chantant Singing in the Rain. C'est cette dualité qui n'est pas aussi antagoniste que l'on veut imaginer qui m'intéresse au plus haut point dans mes histoires. Et l'humain est ainsi fait !

A propos des disparus, que pouvez-vous nous raconter sur Dennis Hopper (comédien dans Massacre... 2) et Dan O'Bannon (scénariste décédé en décembre 2009) ?

Dennis Hopper est arrivé sur le tournage de Massacre 2 alors que sa carrière était relancée dans le milieu des années 80, après qu'il ait réglé ses problèmes de drogue et d'alcool. Il était quelqu'un de merveilleux et nous sommes devenus très vite des amis. En ce qui concerne Dan O'Bannon, bien que nous étions très proches, il est resté pour moi un mystère et quelqu'un d'ambivalent. Je ne veux pas le dénigrer (il a même été témoin de l'un de mes mariages !), mais c'était quelqu'un d'excentrique. Il avait compris l'impact de la peur et de la violence dans le cinéma comme personne, regardez la construction d'Alien, mais lui-même avait développé avec le temps un fort sentiment de paranoïa. Il croyait que le gouvernement américain était un état totalitaire qui voulait lui retirer sa liberté, d'où la présence dans sa maison de trois portes blindées et d'un tunnel pour fuir en cas de siège !

 

 

Et que pensait-il des films que vous avez fait à partir de ces scripts (Lifeforce et L'invasion vient de Mars)?

Nous n'en parlions pas beaucoup, mais je sais qu'il n'était pas déçu du résultat, car à la différence d'Alien ou de Total Recall qui ont été fortement remaniés, j'ai pratiquement gardé l'intégralité de ces dialogues et c'est une chose qu'il a beaucoup apprécié. Mais c'était un sacré personnage, tout comme les producteurs Menahem Golan et Yoram Globus que j'ai connus à la même période. Ils m'ont laissé une grande liberté, surtout Menahem car il était lui-même un réalisateur et particulièrement acharné à la protection des créateurs ! On raconte que sur le tournage du Magicien de Lublin en 1979, il y avait une scène d'accident de voiture qui a failli mal se finir. Un nouveau-né dans son couffin est tombé par terre, sans aucun heurt par miracle, et l'assistant de Golan a dit CUT ! Golan l'a rabroué publiquement car pour lui ce qui était important, c'était le côté réaliste de la scène qui importait !

Ce que l'on oublie souvent à votre propos, c'est que vous êtes aussi compositeur de certaines de vos musiques de films ?

En effet, pour Massacre à la tronçonneuse et pour Le crocodile de la mort, j'ai plus utilisé le son pour habiller le film, ce qui était quelque peu précurseur en ce temps, alors que dans Massacre 2, le son produit est plus classique et visiblement influencé par un style à la Bernard Hermann. Dans mes premiers films, la musique sert l'impact de certaines scènes, dans  Le crocodile de la mort, j'utilise de la country music car en fait cette musique me terrifie ! Pour moi, elle me rappelle ces lieux, les honkytonk où les rednecks vont se saouler et oublier la tristesse de leur quotidien et c'est ce sentiment de désolation, où la country est présente, que j'ai voulu retranscrire dans mes premiers films.

 

 

A propos du remake de Massacre à la tronçonneuse de 2003, auriez-vous filmé de la même manière que Marcus Nispel les fesses de Jessica Biel ?

Absolument ! J'aurai choisi le même angle et fait le même travelling lorsqu'elle monte à l'étage (rires). Le film est correct et je l'aime bien, mais je suis perplexe quant à la volonté de refaire des films alors que le contexte d'origine n'a plus lieu d'être. Ce qui fait des films qui sont en complet décalage avec l'humeur du temps, c'était lié  la période de la guerre du Vietnam en partie et le Texas crasseux et post-industriel des années 70 n'existe plus, pourquoi vouloir le recréer au lieu de partir dans une autre direction ?

Vous avez travaillé avec un des grands créateurs de SFX, John Dyktra, sur Lifeforce, comment s'est passée votre collaboration ?

C'est Richard Edlund (superviseur des effets de Poltergeist) qui me l'a présenté. On savait que c'était un gros budget pour l'époque, et à ce moment il n'y a avait pas de CGI. On a du construire des décors colossaux pour l'intérieur du vaisseau extra-terrestre et des portions de la navette spatiale, et il a assuré les shootings en live, particulièrement ceux où les astronautes pénètrent dans l'antre des vampires qui sont en hibernation. Les acteurs étaient suspendus au bout de filins et parfois ils avaient le mal de mer et vomissaient leur déjeuner, c'était quelque chose ! Il a aussi assuré le tournage des scènes de la destruction de Londres, qui était faite en miniature, c'était un grand professionnel, très minutieux. Moi, à ce moment, je jubilais, c'était comme si j'avais mon propre Disneyland !

 

 

Quelque chose qui vous a poursuivi pendant longtemps, c'est la rumeur comme quoi Steven Spielberg a complètement pris le contrôle de Poltergeist à votre détriment ...

C'est comme un nuage au-dessus de moi qui ne veut pas me quitter ! Même Steven a raconté que ce n'était pas le cas. En fait il était mon producteur à ce moment et n'hésitait pas à mettre la main à la pâte quand le besoin s'en faisait sentir. J'étais accaparé par une scène dans la maison et qui durait, Steven assurait la seconde équipe et s'occupait de shooter le petit garçon avec sa voiture radioguidée. A un moment, un acteur s'arrache la peau de son visage devant un miroir, et les mains en animatronique ne fonctionnaient pas. Ce sont les mains de Steven qui arrachent donc la peau d'une manière très convaincante ! De tout, Hollywood il y a avait des producteurs comme David O. Selznick qui s'impliquaient complètement dans leurs films et Steven est de la même trempe, à ce moment nous étions comme une famille et agissions de la sorte.

Vous êtes toujours lié à ce milieu du cinéma qui a émergé dans les années 70 et 80, avec des gens comme John Milius ou Robert Zemeckis ?

Oui, beaucoup sont encore mes amis, et un de mes films préférés de tous demeure Le Lion et le vent, avec cette musique fabuleuse de Jerry Goldsmith, un vrai chef d'œuvre.

 

 

L'autre grand personnage qui a croisé votre carrière est l'écrivain Stephen King. Comment s'est passé votre collaboration avec lui ?

Elle s'est passée sous les meilleurs auspices dès Les Vampires de Salem en 1979. Le thème de la famille ou de la communauté menacée par le mal est quelque chose qui m'affecte particulièrement et nous avons ceci en commun avec Stephen. Pas besoin de se focaliser sur les SFX ou les effets-chocs pour lui, il faut d'abord s'impliquer émotionnellement avec les personnages avant de faire glisser le tout vers l'horreur, c'est son credo et l'ayant suivi sur ces histoires, j'ai pu réussir à retranscrire l'atmosphère de ces écrits. Il m'avait appelé au milieu de la nuit avant que nous nous rencontrions en personne et le courant est passé très vite.

Quel est le lien entre EggShells, votre premier film quasiment invisible depuis 40 ans et projeté en exclusivité à l'Etrange Festival, et Massacre à la Tronçonneuse qui a suivi 5 ans plus tard?

Il y a quelques acteurs présents sur le premier film qui apparaissent dans mon second, comme Allen Danziger, ou le début de ma collaboration avec Kim Henkel et il est évident que les personnages, en dehors de la famille de Leatherface, ont des choses en commun. Mais le lien est plus dans les sous-entendus provocants, et en fait Massacre... a été fait en réaction à l'insuccès commercial de EggShells. Au début je ne voulais pas faire de film d'horreur, EggShells a été conçu comme un film expérimental, et se base sur l'idée que nous avons besoin de la conscience des autres pour exister, ce qui est un peu le contraire dans Massacre... ! Si je n'avais pas eu d'échec commercial sur mon premier film  et être obligé de rembourser mes dettes, peut être qu'il n'y aurait jamais eu de Massacre... au final ?

 

 

Vous n'avez pas réalisé de long-métrage au cinéma depuis Mortuary en 2005. Vous avez quelques projets qui vont arriver à maturation ?

Il y a le script de From a Buick 8 (d'après une nouvelle de Stephen King) qui traîne depuis pas mal de temps, mais je suis en train de travailler sur un autre projet qui est en passe de se concrétiser et qui se fera avant. Et ce sera un film d'horreur !

Propos recueillis par Patrick Antona

Remerciements à toute l'équipe de L'Etrange Festival

 

Eggshells (Tobe Hooper, 1969)

Enfin on l'a vu le premier flick de Tobe Hooper, après près de 40 ans d'invisibilité. Trip babacool virant sur l'hallucinogène, le film oscille entre portrait de groupe, critique de l'Amérique alors en plein Vietnam et visions psychédéliques où l'on peut percevoir les prémisses de Poltergeist. Mais on sent confusément que l'on tient aussi le préambule de Massacre à tronçonneuse, via la caractérisation de certains personnages que l'on sent être les futures victimes de la famille de Leatherface, ce qui prouve que Tobe Hooper est bien un auteur et pas le vulgaire tâcheron que certains ont bien voulu désigner.

 

 

 

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