Rencontre avec Walter Hill à la cinémathèque

Ilan Ferry | 7 janvier 2006
Ilan Ferry | 7 janvier 2006

Depuis sa réouverture rue de Bercy, la Cinémathèque a multiplié les hommages avec un éclectisme qui force le respect. Ainsi, durant ces trois derniers mois on aura vu Jean Renoir côtoyé des artistes aussi divers que Douglas Sirk, David Cronenberg ou encore Walter Hill. C'est à cette occasion que ce dernier a fait une petite escale à Paris, d'une part pour inaugurer la rétrospective qui lui était consacré (voir news), d'autre part pour engager un dialogue avec le public à l'issue de la projection de son film Driver. Rencontre avec une légende.


Vos films semblent toujours osciller entre une représentation à la fois réaliste et abstraite de l'action vous situant par là même au cœur de ce qu'a été le cinéma américain à une certaine époque…
Merci beaucoup pour le compliment. Je vous avouerais que je ne suis pas très doué quand il s'agit d'analyser mes films. Je pense effectivement qu'il faut juger les longs métrages selon les personnalités, toutes très différentes, des cinéastes. La grande force du cinéma américain a toujours été son coté physique, que ce soit dans les films d'action ou les comédies musicales, peut être parce que notre dramaturgie est moins sophistiquée. Personnellement j'ai toujours aimé ce qu'Hollywood appelle « les films de la porte arrière », c'est-à-dire les petits films de série B qui ont souvent tendance à être meilleurs que les grands films de studios. J'ai grandi avec des films tels que La chose d'un autre monde et La chevauchée fantastique, c'est précisément dans ce genre là que je me sens le plus à l'aise.

On vous connaît aussi en tant que producteur, notamment de la saga Alien, qu'est ce qui vous motive dans cette activité ?
Pour les Alien, je faisais partie d'une boite de production que j'avais fondée avec Gordon Carroll, qui est décédé il y a peu, et David Giler. Ma fonction de producteur m'a surtout permis de beaucoup mieux défendre mes intérêts. Le métier de producteur en soi ne me tente pas vraiment, je suis avant tout un scénariste et un réalisateur.


Comment s'est passé votre rencontre avec Charles Bronson pour le Bagarreur, votre premier film en tant que réalisateur ?
Ça a été une véritable aventure : à l'origine le studio qui produisait le film a insisté pour envoyer le scénario à Charles Bronson, que je trouvais trop vieux, mais ils ont finalement eu gain de cause. À l'inverse de beaucoup d'acteurs qui donnent une réponse tardive, Bronson a téléphoné à peine deux jours après pour prendre rendez-vous avec moi. Lorsque je l'ai rencontré pour la première fois, il m'a tout d'abord fixé du regard sans un mot puis arracha une chaise qu'il planta devant moi, s'installa dessus et, tout en me regardant droit dans les yeux, me demanda : « qu'est ce qui te fait croire que tu peux réaliser ce film ? ». Après un long silence, je lui ai répondu que j'avais écrit le scénario, ce qui en soi n'est pas la meilleure des réponses, mais il semble que ça ait marché ! Charles Bronson était quelqu'un de très mystérieux, je me souviens que durant le tournage, il préférait rester sur le plateau, entre les prises, pour observer les autres travailler. Il communiquait peu et il arrivait que nous soyons en désaccord, mais au final ça s'est très bien passé entre lui et moi.


En combien de temps ont été tournées les scènes de poursuite automobile ?
On a commencés à tourner durant le mois de juin 1977 à Los Angeles pendant 52 jours. Étant donné que nous n'avions pas de deuxième équipe, je dirais que les scènes de poursuites ont été tournées en trois semaines environ. Ce qui nous a pris le plus de temps fut l'éclairage des rues et pas tant les scènes de poursuite, la pellicule de l'époque étant moins sensible que maintenant.

Dans Driver, l'ambiguïté des personnages fait beaucoup penser aux films noirs de Jean-Pierre Melville, notamment Le samouraï. Étiez-vous conscient de cette filiation lors de l'élaboration du film ?
J'aime beaucoup Melville et je pense qu'aussi bien ses films que Driver puisent leurs inspirations dans le film noir. Alain Delon dans Le Samouraï est fortement inspiré du personnage incarné par Alan Ladd dans Tueur à gages (NDLR / These gun for hire réalisé en 1942 par Frank Tuttle) à qui il a emprunté le même costume .On me dit souvent que mes films sont influencés par Peckinpah, mais nous sommes tous inspirés par quelqu'un. Pour Peckinpah, ce fut Kurosawa qui à son tour s'était inspiré de John Ford lui-même fortement influencé par Griffith.


Qu'en est-il de la version de 2h10 de Driver ?
Pour être franc je n'en ai jamais entendu parler. La seule explication possible serait que la version en question contienne absolument tout ce qu'on a tourné y compris les claps de début et de fin ! (NDLR / Le montage cinéma dure 88 minutes). Par contre je sais que le studio avait remonté une version pour la télévision contenant une ou deux scènes supplémentaires mais de qualité très médiocre.

Qu'est ce qui vous a poussé à choisir Ryan O'Neal et Isabelle Adjani pour Driver ?
Pour le rôle principal masculin, j'avais d'abord proposé le rôle à Steve McQueen qui en avait assez de faire des films se déroulant dans des voitures. Quand j'ai rencontré Ryan O'Neal, je ne pensais pas qu'il conviendrait au rôle mais, comme cela m'arrive souvent, j'ai eu tort et je trouve sa performance formidable. Concernant Isabelle Adjani, son personnage devait à l'origine être une américaine. Cependant les producteurs ont insisté pour que le rôle soit attribué à une actrice européenne pour faciliter l'exportation du film sur le marché mondiale. J'avais vu Isabelle dans L'histoire d'Adèle H. de François Truffaut et j'aimais beaucoup son coté mystérieux qui selon moi correspondait parfaitement au rôle.


Quels sont vos projets ?
Je viens de terminer il y a trois semaines au Canada le tournage d'un western intitulé Broken Trail avec Robert Duval, Thomas Hayden Church et Greta Scacchi.


Rencontre animée par Jean-François Rauger directeur de la programmation de la cinémathèque française et retranscrite pour EcranLarge par Ilan Ferry.

Merci à Elodie Dufour de la Cinémathèque Française

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