D'étoile montante à sous-héroïne de blockbuster : Scarlett Johansson s'est-elle perdue ?

Mise à jour : 17/10/2017 16:22 - Créé : 1 août 2017 - Geoffrey Crété
Affiche Scarlett Johansson
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Il n'y a pas qu'Avengers dans la vie : Scarlett Johansson a enchaîné les échecs avec Ghost in the Shell et la comédie Pire soirée

Certes, la filmographie récente de Scarlett Johansson compte quelques poids très lourds : plus d'un milliard de recettes pour AvengersAvengers : l'Ère d'Ultron et Captain America : Civil War, plus de 714 millions pour Captain America : Le soldat de l'hiver, plus de 623 millions pour Iron Man 2. En 2014, Lucy de Luc Besson semblait même annoncer avec plus de 623 millions de dollars le début d'une nouvelle phrase dans sa carrière, avec l'idée que l'actrice était capable d'attirer un large public en étant seule tête d'affiche.

Depuis, la superproduction Ghost in the Shell et la comédie Pire soirée ont nuancé la chose. Le premier, blockbuster très attendu censé lancer une franchise, n'a pas été le succès escompté. Le second, censé surfer sur la vague des comédies féminines trash de Mes meilleures amies et en salles cette semaine en France, est passé inaperçu.

De quoi se redemander : qu'est-il arrivé à Scarlett Johansson, hier muse de Woody Allen et égérie du ciné indé, aujourd'hui quasi figurante des blockbusters Marvel qui pompent la moitié de son calendrier depuis maintenant sept ans ?

 

Photo Scarlett Johansson, Kate McKinnon

Scarlett Johansson, star de sa comédie de seconde zone, Pirée soirée

 

PHASE 1 : "C'EST QUI CETTE FILLE ?"

Officiellement, c'est dans L'Irrésistible North avec Elijah Wood qu'elle commence : Scarlett Johansson, qui a raté le casting de Jumanji face à Kirsten Dunst, a un petit rôle. Selon les spectateurs, ce sera plutôt dans L'Homme qui murmurait a l'oreille des chevaux de Robert Redford, The Barber : l'homme qui n'était pas là des frères Coen, Ghost World de Terry Zwigoff ou encore la comédie Arac attack, les monstres à 8 pattes.

 

Photo Scarlett Johansson, Robert Redford

L'Homme qui murmurait à l'oreille des chevaux, face à Robert Redford

 

A la fin des années 90, le visage de l'actrice commence donc à émerger. Rien de sensationnel : elle occupe plutôt le second plan, derrière Robert Redford et Kristin Scott Thomas, derrière Thora Birch, derrière David Arquette. Lorsqu'elle a un premier rôle, comme dans le drame American Rhapsody avec Nastassja Kinski, le film passe inaperçu. Un début de carrière tranquille donc.

 

Photo Scarlett Johansson, Thora Birch

 Avec Thora Birch dans Ghost World

 

PHASE 2 : "ON SE LÈVE TOUS POUR SCARLETT"

Il aura suffit de deux films pour que Scarlett Johansson devienne instantanément un fantasme : Lost in Translation de Sofia Coppola et Match Point de Woody Allen. Femme-enfant à Tokyo dans le premier, femme fatale à Londres dans le second, elle affole le public avec ses lèvres pulpeuses, son visage poupin, ses formes troublantes. Elle est capable d'être un objet de désir pur, sorte de projection d'un idéal féminin abstrait et mélancolique.

Elle marque les esprits avec sa culotte en gros plan ou sa chemise sous un orage dans un champ. Elle semble d'abord n'exister que par le regard des hommes, comme une poupée qui reprend vie sitôt qu'elle est aimée, désirée, regardée, avant de révéler une dimension plus tragique et douce. 

 

Photo Scarlett Johansson

Lost in Translation

 

Plus intéressant que ce statut de sex symbol : elle devient une égérie de cinéma d'auteur en un temps recordLost in Translation est un succès phénoménal qui la transporte sur une vague de prix et de succès. 2003 est son année : également saluée dans La Jeune Fille à la perle, l'actrice décroche une double nomination aux Golden Globes. A 19 ans, elle brille de mille feux. 

Elle décolle sans plus attendre, portée par son aura d'actrice prometteuse et son physique irrésistible. Elle coche toutes les cases, satisfait tous les publics, répond à toutes les envies. Elle excite les esprits, intellectuels ou pas. Passons sur la comédie teen The Perfect Score avec le futur Captain America Chris Evans, le drame raté Love Song avec John Travolta (qui lui vaut une troisième nomination aux Golden Globes), et les comédies dispensables La Séductrice et En bonne compagnie : en 2005, il y a Match Point de Woody Allen.

 

Photo Scarlett Johansson, Jonathan Rhys Meyers

Match Point

 

Après plusieurs années d'errance, Woody Allen quitte son New-York tant aimé et revient sur le registre du drame. Il caste Kate Winslet mais elle se désiste. Il racontait à MTV.com en 2008 : « Elle m'a appelée à la dernière minute pour me dire qu'elle était exténuée, qu'elle n'avait pas arrêté de tourner et voulait passer du temps avec sa famille. J'ai dit qu'il n'y avait pas de problème, mais bien sûr c'était faux. On essayait de voir qui était disponible et Scarlett l'était. Tout s'est passé en une semaine. Dès que je l'ai rencontrée, on s'est bien entendus. Elle est charmante, intelligente, amusante. Dès qu'elle arrive sur le plateau, c'est comme si la lumière montait. Elle est arrivée dans ma vie professionnelle par mégarde. »

C'est un feu d'artifice, pour lui comme pour elle : cette magnifique et terrible tragédie sur l'amour et l'arrivisme est brillante, et le cinéaste se trouve une nouvelle muse. Scarlett Johansson interprète l'un de ses plus beaux rôles avec cette Nora à double facette, fantasme masculin absolu qui vire au pire cauchemar du héros. Elle est une nouvelle fois nommée aux Golden Globes.

Ce n'est problablement pas un hasard si c'est à ce jour sa dernière nomination : Match Point est l'apothéose de son début de carrière. Depuis, c'est une autre histoire qu'elle raconte à travers ses choix.

 

Photo Scarlett Johansson

Match Point

 

PHASE 3 : "QU'EST-CE QU'ELLE FOUT SCARLETT LÀ ?"

Il y a des choses qui ne trompent pas. Comme passer de Woody Allen à Michael Bay. En 2005, Scarlett Johansson court dans The Island, ses premiers pas dans l'arène du blockbuster. Le film est loin d'être le pire du cinéaste, mais est un flop en salles.

Pas le temps de trop s'interroger sur ce choix, vite noyé dans de plus nobles décisions. L'actrice retrouve Woody Allen pour Scoop avec Hugh Jackman, est filmée par Brian de Palma dans Le Dahlia noir et Christopher Nolan dans Le Prestige, porte sur ses épaules la comédie Le Journal d'une baby-sitter, donne la réplique à Natalie Portman dans Deux soeurs pour un roi, retrouve à nouveau Woody Allen pour Vicky Cristina Barcelona, entre pour la première fois sur le territoire des comics avec The Spirit et intègre officiellement la basse-cour hollywoodienne dans Ce que pensent les hommes face à Jennifer Aniston, Ben Affleck, Drew Barrymore, Bradley Cooper et Jennifer Connelly.

 

Photo Scarlett Johansson

 The Island

 

Problème : l'intérêt de ces années très actives, entre 2005 et 2009, est très inégal. Entrer dans le cinéma de Brian de Palma et Christopher Nolan n'est pas rien, devenir la muse de Woody Allen non plus, mais l'idée est parfois plus belle que la réalité. Scoop ressemble à un Woody Allen d'avant, sympathique mais oubliable. Plus solide, Vicky Cristina Barcelona rencontre un beau succès en salles, mais Penélope Cruz attire toute la lumière et décroche un Oscar. Le Prestige est une réussite, mais elle n'y occupe qu'un second rôle. Le Dahlia Noir est un flop en salles, en plus d'être traité comme une preuve spectaculaire du déclin du grand cinéaste.

 

Photo Scarlett Johansson

Le Dahlia noir

 

Le reste est proche du néant artistique. En baby-sitter, en belle blonde de comédie romantique, en Mary Boleyn, Scarlett Johansson ne brille pas. Elle commence même à montrer son humanité : derrière la petite star forgée dans le prestige de Coppola et Allen, il y a une actrice capable d'être presque ordinaire dans un film moyen ou médiocre. A défaut, sa vie sentimentale (Josh Hartnett, Ryan Reynolds) occupe l'espace.

Lorsqu'elle se lance dans l'ambitieux The Spirit de Frank Miller, pour interpréter une scientifique méchante et sexy, l'idée est séduisante. Le résultat beaucoup moins : le film est détruit et méprisé par la critique et le public, qui lui réserve un échec cuisant à sa sortie. 

 

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The Spirit de Frank Miller

 

PHASE 4 : "ELLE PEUT PAS ARRÊTER UN PEU LA SCARLETT LÀ ?"

Peut-être était-ce écrit ? Lorsque Scarlett Johansson décroche le rôle très convoité de la Veuve noire dans Iron Man 2 en 2010, c'est après le refus d'Emily Blunt, premier choix des producteurs. Lorsqu'elle devient membre des Avengers en 2012, elle retrouve Samuel L. Jackson après The Spirit et Chris Evans après Perfect Score et Le Journal d'une baby-sitter.

 

Iron Man 2 (2010)

Première appartion de la Veuve noire dans Iron Man 2

 

Entre 2010 et 2014, Scarlett Johansson tourne pourtant deux de ses meilleurs filmsUnder the Skin de Jonathan Glazer (sur lequel elle s'est impliquée au-delà de son rôle classique d'actrice) et Her de Spike Jonze (où elle a remplacé Samantha Morton pendant la post-production). Deux choix très forts, qui témoignent de sa capacité à explorer des chemins inhabituels : quasi muette dans le rôle d'une alien, uniquement présente par la voix pour donner vie à une intelligence artificielle, elle cotoie les étoiles dans un cinéma qui, s'il n'a pas convaincu tout le monde, a le mérite d'oser.

Sauf que ces belles et audacieuses performances (elle ose un étonnant full frontal dans Under the Skin) sont encadrées par Marvel : Iron Man 2 en 2010, Avengers en 2012, Captain America : Le soldat de l'hiver en 2014. Réglée comme une horloge, Scarlett Johansson reprend son costume de figurante de luxe pour incarner Black Widow. Elle a beau y faire et y dire moins que ses collègues et que dans certains de ses autres films, ce rôle de super-héroïne bouffe son image. Peu importe si elle tourne la guimauve Nouveau départ de Cameron Crowe, le biopic raté Hitchcock, le surestimé Don Jon de et avec Joseph Gordon-Levitt ou encore #Chef de Jon Favreau, réunion de famille plus que dispensable avec Robert Downey Jr. et le réalisateur d'Iron Man 2 : Scarlett Johansson est la Veuve noire, et la Veuve noire est la seule qui semble intéresser le public dans les salles.

 

Scarlett Johansson

Don Jon de Joseph Gordon-Levitt

  

PHASE 5 : "BON, ON VA CHERCHER AILLEURS LA PROCHAINE SCARLETT MAINTENANT"

En 2014, Lucy marque théoriquement un tournant : le film de Luc Besson est un succès fou. Avec 40 millions de budget et plus de 460 millions de dollars au box-office, il annonce que l'actrice, malgré l'absence de film solo sur la Veuve noire, est capable d'assurer le service à elle seule, sans Marvel et sans collègue.

Bien sûr, le contrat qui la lie au MCU demeure le poids lourd de sa carrière actuelle, construite autour de ces obligations régulières. Entre Avengers : l'Ère d'Ultron en 2015 et Captain America : Civil War en 2016, elle a un petit rôle chez les frères Coen dans Ave, César ! et prête sa voix au serpent Kaa dans Le Livre de la Jungle de Jon Favreau (encore). Mais tout est éclipsé par le succès de ses Marvel qui dépassent désormais le milliard au box-office.

 

Photo Scarlett Johansson

Quatrième apparition de la Veuve noire dans Avengers : L'Ere d'Ultron 

 

Lucy a changé la donne, du moins en théorie. En octobre 2014, quelques mois après la sortie du film de Besson, DreamWorks propose un cachet de 10 millions à Scarlett Johansson pour le rôle principal du blockbuster Ghost in the Shell de Rupert Sanders. L'ancienne muse de Woody Allen elle est alors perçue comme un nom bankable, capable de porter une superproduction sur ses épaules. Le studio mise.

 

Photo Scarlett Johansson

 Ghost in the Shell

 

La suite est connue : après quelques polémiques sur son casting, Ghost in the Shell est un petit bide en salles. Les espoirs de franchises s'éteignent avec un score minable aux Etats-Unis, où le blockbuster à 100 millions en amasse une quarantaine. Le studio accuse les polémiques sur le racisme, les mauvaises critiques, mais pas un mot clair sur Scarlett Johansson.

A l'époque du flop de The Island, les producteurs avaient expliqué qu'elle n'était pas encore capable de tenir un projet sur son nom. Douze ans après, l'actrice n'est toujours pas une valeur sûre, malgré ses efforts pour s'installer comme tel avec les Avengers.

La comédie Pire soirée le confirme. Façonné pour surfer sur la vague des comédies Rated R, avec son lot de blagues vaseuses, gags méchants et fausse péripéties politiquement incorrectes (ça baise, ça tue, ça hurle, ça dit "Fuck"), cette version féminine et paresseuse de Very Bad Things à 20 millions n'a pas intéressé. C'est loin d'être un flop monstrueux (environ 38 millions au box-office mondial, dont une vingtaine aux USA), mais c'est très loin des 288 millions de Mes meilleures amies ou des 467 de Very Bad Trip.

 

Photo Poster Avengers

Premier visuel officiel de l'équipe d'Avengers 3

 

Bien sûr, Scarlett Johansson n'a pas à trembler sur le moyen terme. Avengers : Infinity War arrive en avril 2018, et si son futur chez Marvel n'est pas encore officialisé, nul doute qu'elle ne quittera pas les écuries Disney de sitôt - surtout après Ghost in the Shell. Le mal est donc ailleurs. Comme l'ont bien résumé des fans, perplexes face à la nouvelle chelevure blonde l'actrice dans le prochain Avengers, le rôle de Natasha Romanoff a plus évolué d'un point de vue capillaire qu'en tant que personnage. 

Scarlett Johansson a beau avoir un temps joué avec talent de l'étiquette classique de belle plante, elle semble donc un peu coincée dans cette impasse. D'autant que si un film solo sur Black Widow est censé être possible et presque prévu depuis des lustres, Captain Marvel, elle, arrivera bel et bien en mars 2019. Le succès fou de Wonder Woman pourrait donner des idées à Marvel, mais espérons que Scarlett Johansson ne mise pas trop sur le MCU. Pour son propre bien, et le nôtre.

 

Affiche

 

commentaires

Moonroe 10/08/2017 à 20:06

Comique ces critiques sur une actrice qui ma fois tire pas mal son épingle du jeu.
Je crois que cela ne changera guère les choses tout ce qui ce dit. Un fait certain est qu'elle travail, gagne de l'argent bien plus que pas mal d'entre nous et nous fait parfois rêver. Je l'aime bien mon Scarlett et bon nombre d'actrices toute aussi talentueuse si pas plus on fait bien pire qu'elle.
Un film dont on parle et qui pourtant je trouve sublime est "La Jeune Fille à la perle" de Peter Webber sorti en 2003.
C'est le premier film ou j'ai découvert Scarlett Johansson et franchement j'ai adoré.

Nat Rom 03/08/2017 à 20:59

Comment ça " quasi figurante des blockbusters Marvel " c'est totalement faux son personnage est même l'un des plus important

john 02/08/2017 à 16:44

honnêtement pour moi elle ne c'est pas perdu du tout !!! Elle gère sa carrière de façon juste parfaite ? Il manque quoi un oscar? lol
Quand elle se lève le matin , je pense qu'elle peu être fier de sa carrière pro !

Gage 02/08/2017 à 03:14

Ah ok c'est une critique sur Scarlett Johansson ? Je pensais que c'était sur L.

Ben 01/08/2017 à 23:39

Dans under the skin elle est absolument parfaite, elle dégage de chacun de ses films une étrangeté sensuelle et venimeuse que peu d'actrices peuvent se valoir...

R90 01/08/2017 à 23:04

@corleone

Bref, c'est une jolie phrase pour résumer et donc simplifier. Si elle voulait juste du fric, je doute fort qu'elle ait tourné Under the Skin, se soit mis à poil et ait accepté de participer à un tournage si peu ordinaire (tournage avec acteurs non pro, dans la rue avec des gens "normaux").

corleone 01/08/2017 à 22:21

Bref, comme beaucoup d'acteurs de sa génération (males et femelles), entre la reconnaissance artistique ou le fric, elle a choisie la seconde option.

Thierry 01/08/2017 à 22:15

Ghost in the Shell est un magnifique film que je viens de découvrir seulement il y a deux jours en blu-ray.... :))

Reallu 01/08/2017 à 21:44

Film navet . Beaucoup d"acteur apre les blockbuster finissent en direct to dvd . Elle cest pareille, a part les marvel elle ne fera plus de blockbuster surtout avec son age . Mais bon avec tout l"argent amassé elle senfout je supose

Misfits 01/08/2017 à 21:18

Après comme le disait une célèbre actrice une carrière se fait surtout sur les films qu'on refuse. Il serait intéressant de savoir ceux qu'elle a refusé peut-être certain film indépendant qui auraient pu l'emmener au sommet

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