Avant Get Out : Massacre à la tronçonneuse, Zombie, Candyman... 10 grands films d'horreur politique

La Rédaction | 8 mai 2017
La Rédaction | 8 mai 2017

De La Nuit des morts-vivants à The Mist en passant par Massacre à la tronçonneuse : quand l'horreur se fait politique.

Enfin. Après un succès monstre monstre aux Etats-Unis, où il a amassé plus de 190 millions de dollars (plus de 40 fois son budget), la première réalisation de Jordan Peele est enfin dans les salles françaises depuis mercredi (voir notre critique).

Ce film de genre diabolique avec Daniel Kaluuya, Allison Williams, Bradley Whitford et Catherine Keener restera sans conteste comme l'un des grands titres de 2017 : grâce à son succès phénoménal made in Blumhouse (la société de production derrière Paranormal Activity, Insidious ou encore American Nightmare, spécialisée dans les films d'horreur à petit budget), mais également pour ce qu'il ose raconter.

 

 

Car derrière le thriller à sensations fortes, il y a une bonne dose de politique, revendiquée dans le marketing d'un film qui cherche autant à effrayer qu'à montrer le nouveau visage du racisme aux États-Unis. Un mélange de fun et de frissons qui résonne au coeur de l'ère Trump, qui ressemble pour beaucoup d'Américains (et d'être humains) à un film d'horreur. 

Dans le paysage du cinéma américain, ce n'est pas inédit, au contraire. Presque chaque période trouble de l'Histoire a été illustrée par les films de genre, les grandes obsessions et thématiques de la société ayant été absorbées et même exorcisées grâce à des créatures plus ou moins imaginaires. Retour sur 10 exemples brillants, 10 films parmi une très longue liste.

 

Photo Catherine Keener, Bradley Whitford

 

L'INVASION DES PROFANATEURS DE SEPULTURE (1956) de Don Siegel

Adapté du roman de Jack Finney, le film raconte une invasion alien au cours de laquelle les habitants d'une petite ville américaine sont un à un remplacés par des copies conformes, au comportement à la fois passif et menaçant. Sortie en plein milieu de la décennie la plus chaude de la Guerre froide, c'est une œuvre fascinante et ambiguë : les habitants transformés en automates flippants figurent-ils une invasion perverse d'espions russes, ou bien des américains que la chasse aux communistes a changé en complices passifs d'une idéologie néfaste ? A vous de vous faire votre propre opinion, mais il est incontestable que ce pur film de genre, à la croisée de la science-fiction et de l'horreur, demeure une des œuvres culturelles les plus importantes sur la Guerre froide

 

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À noter aussi l'excellent remake, L'Invasion des profanateurs de Philip Kaufman sorti en 1978, qui a traumatisé de nombreux esprits. Un film égalelement culte qui a marqué le début d'une série de remakes de films d'horreur/science-fiction des années 50 qui traversera les années 80 : The Thing de John Carpenter, La Mouche de David Cronenberg ou encore Le Blob de Chuck Russell.

Une décennie qui verra le redémarrage en trombe de la Guerre froide après une période d'accalmie - ceci explique peut-être cela. Sous un régime visuel beaucoup plus gore et graphique, ces excellents remakes parviennent parfaitement à se faire le réceptacle d'une décennie où la destruction nucléaire était redevenue une angoisse de tout les jours.

 

Photo Donald Sutherland

Donald Sutherland dans la version des années 70

 

LA NUIT DES MORTS-VIVANTS & Compagnie (1968-2009) de George A. Romero

On triche un peu, puisque ici nous ne parlons pas d'un film mais bien d'une série de films. Mais il était impossible d'en isoler un dans ce qui est peut-être l'oeuvre la plus définitive du film d'horreur socio-politique. Soit cette fameuse saga des morts-vivants de George A. Romero.

C'est elle qui a créée le zombie moderne, avec toute son iconographie et sa mythologie : des cadavres ambulants se déplaçant en bande, contaminant les humains par morsure, tuables seulement si l'on leur détruit le cerveau. Tout cela a été instauré par Romero, car les précédents zombies au cinéma étaient bien différents : voir Vaudou (1943) de Jacques Tourneur, Le Carnaval des âmes (1962) de Herk Harve, Je suis une légende (1964) de Sidney Salkow, et dans une certaine mesure L'Invasion des profanateurs de sépultures.

 

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Certains pourraient oublier que derrière ces zombies que l'on retrouve aujourd'hui absolument partout, de la télévision au cinéma, se trouve avant tout une critique sociale féroce. Entamée en 1968 (l'année où a été définitivement actée la rencontre entre culture populaire et politique) par La Nuit des morts-vivants, la saga s'est ensuite poursuivie avec : Zombie alias Le crépuscule des morts-vivants (1978), Le Jour des morts-vivants (1985), Land of the Dead – Le territoire des morts (2005), Diary of the Dead – Chronique des morts-vivants (2007) et Survival of the Dead – Le Vestige des morts-vivants (2009).

Et cette figure du zombie n'a pas seulement servie à Romero à pointer du doigt un aspect précis de la société, mais bien à faire un diagnostic multiple des maux des États-Unis. Du racisme à l'inégalité sociale, en passant par la société de consommation et le complexe militaro-industriel, tout y passe de film en film. Au final, zombie et ses variations autour de l'automate sans âme, c'est un peu la figure ultime du monstre politique et social. On le retrouve depuis L'Invasion des profanateurs de sépultures jusqu'à Get Out aujourd'hui, et donc dans sa version définitive chez Romero.

 

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LA NUIT DES FOUS VIVANTS (1973) de George A. Romero

Ne vous laissez pas abuser par le titre français opportuniste du film accolé au nom de son réalisateur : ce film n'a rien à voir avec la saga des morts-vivants de Romero. C'est une œuvre qui développe sa propre histoire et son propre univers, tout en demeurant proche de la saga des morts-vivants sur certains points. Récit d'un virus militaire répandu accidentellement dans une ville où les habitants sont alors touchés par une forme de rage sanguinaire, La Nuit des fous vivants ne met donc pas en scène des zombies mais bien des individus dont le problème serait plutôt d'être un peu trop énervés (d'où le titre original, The Crazies).

 

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Mais comme avec sa saga des morts-vivants, Romero utilise cette variation des monstres pour dénoncer : l'armement chimique, les attaques militaires sur les civils. Tant de sujets sulfureux alors que la guerre du Vietnam faisait encore rage. La guerre du Vietnam qui, vous le verrez avec le film suivant, devient dans les années 70 l'un des thèmes favoris du film d'horreur.

D'ailleurs, bien plus que les infectés, les véritables objets de terreurs que déploie le film sont ceux qui luttent contre eux : des militaires armés de lances-flammes arpentant la ville, rendus anonymes par d'inquiétantes combinaisons protectrices et des masques à gaz. Voilà le vrai monstre à craindre, semble nous dire Romero.

A noter : un remake, lui aussi intitulé The Crazies, avec Radha Mitchell sorti en 2010.

 

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MASSACRE À LA TRONÇONNEUSE (1974) de Tobe Hopper

Plus besoin de présenter l'oeuvre culte et controversée de Tobe Hopper, véritable électrochoc dans le cinéma américain et prototype du slasher qui régnera sur le film d'horreur dans la décennie suivante. Le film peut être lu comme une critique de la guerre du Vietnam et de la société américaine : à travers son récit prenant place dans l'Amérique profonde, où les individus délaissés par la société moderne emploient une violence encore inédite au cinéma (mais retrouvable dans les images des journaux télévisés montrant la guerre en cours) à l'encontre d'un groupe de hippies.

Le film pervertit l'image de la famille américaine, notamment à travers une scène de dîner convivial, image classique des sitcoms, transformés ici en atroce séquence de cannibalisme. On n'a jamais fait mieux depuis dans le genre (même si La Colline a des yeux de Wes Craven s'en rapproche sur de nombreux points), et le statut du film n'a donc fait que gagner en ampleur au cours des années.

 

Photo Leatherface

 

VIDEODROME (1983) de David Cronenberg

Probablement l'oeuvre la plus complexe citée ici, le film de Cronenberg raconte l'histoire de Max Renn, le dirigeant d'une chaîne de télévision diffusant des films pornographiques dont la vision de la réalité se déforme peu à peu, alors qu'il entre en contact avec de mystérieuse cassettes montrant des séquences de tortures apparemment non-simulées.

D'une impressionnante densité thématique, le film aborde des sujets tels que la violence individuelle et collective, la place croissante que prennent les industries et les médias dans nos vies, la technologie et l'impact qu'elle a tant sur notre corps que sur notre réalité. Tout cela pour nous offrir un portrait complexe de l'existence urbaine et contemporaine.

 

Photo James Woods, Debbie Harry

 

Un portrait qui n'a fait que gagner en pertinence au cours des années, et notamment depuis l'apparition d'internet que le film anticipe en un certain sens. Mais en parallèle de ce récit complexe et ambigu, Cronenberg déploie aussi une imagerie puissante : celle du body-horror, où les corps se modifient et mutent de manière aussi atroce qu'imaginative, intégrant des caractéristiques technologiques et prenant une dimension sexuelle exagérée. C'est à ne pas mettre devant tous les yeux, mais cela reste une œuvre essentielle tant parmi les films d'horreur qu'au delà.

 

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THE STUFF (1985) de Larry Cohen

Après le film le plus inaccessible de cette liste, nous pouvons passer à celui qui en est tout l'inverse. Pure film série B s'appuyant sur des effets aussi gores que grotesques, le film navigue entre horreur et comédie pour nous raconter l'histoire d'un genre de yaourt qui est mis en vente, le stuff du titre, et qui provoque chez ses consommateurs une forme d'addiction ainsi que des mutations physiques improbables (merci Cronenberg).

Le film, et il ne s'en cache pas, constitue une critique de l'industrie alimentaire américaine prête à mettre sur le marché des produits dangereux pour la santé tant que ceux-ci s'avèrent rentables. Mais il n'épargne pas les consommateurs et leurs habitudes, puisqu'ils sont ici montrés comme de véritables junkies prêts à mettre en péril leur santé en faveur de produits soigneusement marketés et trop délicieux pour être honnêtes. Évidemment, toute ressemblance avec l'industrie du fast-food ne serait absolument pas fortuite. C'est fun, pas si idiot que ça, et c'est un peu l'exemple suprême de ce que le film d'horreur américain et grand public pouvait être dans les années 80.

 

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SOCIETY (1989)  de Bryan Yuzna

On reste dans le gore fun avec ce film culte de Bryan Yuzna, qui reste mesuré pendant presque toute sa durée avant un climax hallucinant de dégueulasserie grotesque, à base de corps mutés (re-merci Cronenberg), de cannibalisme et d'orgies incestueuses. Rien que ça, mais on ne rentrera pas plus dans les détails histoires de ne pas gâcher la surprise.

Déployant son intrigue au cœur des élites de Beverly Hills, soigneusement montrées avec une imagerie typique des années 80 à base de belles bagnoles, de somptueuses maisons, de corps parfaits et surtout d'une bonne dose de kitsch, le film subvertit l'image que l'on a de la crème de la société en nous montrant ces nouveaux aristocrates que sont les yuppies comme d'horribles créatures incestueuses, se vautrant dans leur propre souillures et se nourrissant, ici très littéralement, des classes inférieures de la société.

 

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Sorti à la fin des années 80, période à laquelle des valeurs typiques des années 50 (consumérisme forcené, matérialisme sauvage, quête de la perfection physique et donc artificielle) étaient revenues sous l'égide du président Reagan, Society demeure un héritier d'une culture des années 60 et 70 qui furent celle de la dénonciation et et de la perversion des valeurs établies. Et c'est aussi très drôle.

  

Affiche

   

LE SOUS-SOL DE LA PEUR (1991) de Wes Craven

Wes Craven retourne à l'horreur à dimension politique sur laquelle il a fondé sa carrière dans les années 70 (La Dernière Maison sur la gauche, La Colline a des yeux), mais de manière beaucoup moins viscérale et violente puisque ici le film prend la forme d'un genre de conte de fées moderne, avec une bonne dose de comédie grotesque. Encore une fois, les années 80 sont passées par là : fini est le temps des massacres à la tronçonneuse, maintenant on fait couler le sang avec le sourire.

 

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Le film parle d'un petit garçon noir et pauvre qui se retrouve piégé dans une maison qu'il cherchait à cambrioler. Car elle appartient à un couple de riches propriétaires immobiliers blancs mais surtout complètement cinglés, qui cachent un terrible secret. Le film emprunte donc la voie de la dénonciation des inégalités sociales comme Society, et parodie comme lui les élites en transformant le couple de riches blancs en d'authentiques ogres, et qui de plus se trouve aussi être incestueux ! Un couple d'ailleurs modelé physiquement sur le couple présidentiel Nancy/Ronald Reagan.

Mais à la différence de Society, le film de Wes Craven centre davantage son attention sur les inégalités sociales et immobilières que subissent les Noirs américains. Si la ségrégation a été abolie il y a plus de vingt ans aux États-Unis, la situation des classes pauvres et noires, consignées dans des ghettos pourris par la drogue et la criminalité, est prête à exploser dans les années 80. Elle explosera d'ailleurs effectivement à Los Angeles l'année suivant la sortie de Le Sous-sol de la peur, à travers de terribles émeutes.

En conséquence de ce retour dans l'actualité de la question raciale, les années 90 furent donc celle de l'exploration au cinéma d'une nouvelle forme de racisme ordinaire, davantage économique. Mais aussi dans la musique (l'apparition du gangsta-rap).

 

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CANDYMAN (1992) de Bernard Rose

Et puisqu'on en parle, voilà l'exemple même du film d'horreur qui a su se pencher sur la condition des Noirs américains en cette fin de siècle. Du film, on connaît l'image du tueur au crochet et le coup du nom à répéter cinq fois devant le miroir pour invoquer le fantôme ; mais on oublie souvent le contexte spatial et économique dans lequel il s'inscrit.

Prenant place dans un ghetto misérable de Chicago hanté par la figure spectrale et meurtrière du Candyman, un esclave noir tué par ses propriétaires blancs mais dont la situation est ignorée par les autorités, le film tisse un lien direct entre la violence effective du passé que subissait les noirs et celle, plus subtile et immatérielle, qu'ils connaissent aujourd'hui. Le film se penche longuement sur les immeubles décrépits, les murs tagués, et les enfants laissés à l'abandon dans ce décor désolé. Le film est extrêmement sombre en ce sens, presque gothique, et pas seulement à cause de sa dimension horrifique, qui est d'ailleurs reléguée à la seconde partie du film, au bout de presque une heure de récit. Un film qui si il a beau être connu n'en demeure pas moins sous-estimé.

 

Photo Candyman Tony Todd

 

THE MIST (2007) de Frank Darabont

On termine avec un autre film extrêmement sombre, avec notamment une fin impressionnante de désespoir qui a assuré à elle seule le statut culte du film adapté d'une nouvelle de Stephen King. Mais nous ne ferons pas de spoiler ici.

The Mist suit un groupe de citoyens qui se barricade dans un supermarché après qu'une mystérieuse brume se soit abattue sur la ville, et de laquelle surgissent d'horribles créatures. Le film est très représentatif de la période post-11 septembre dans le cinéma américain, où la crainte de l'extérieur et de se qui s'y cache semble être la notion déterminante. Refermés sur eux-même, les bons Américains deviennent alors à leur propre façon des créatures féroces prêtent à s'entretuer, rendus violents et complètement paranoïaques à la suite du surgissement d'une menace extérieure.

 

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Ici et à la manière d'un Romero, le réalisateur Frank Darabont semble à travers son film nous indiquer que les véritables monstres ne sont pas nécessairement ceux que l'on croit, dessinant au passage le portrait d'une Amérique qui est en train de perdre contact avec son humanité. Le réalisateur des Évadés et La Ligne Verte n'oublie pas non plus le rôle de la religion dans cette histoire, la frange la plus violente et hystérique des survivants étant dirigée par une bigotte chrétienne complètement tarée qui pousse à l'extermination de ceux qui ne rejoignent pas ses rangs d'illuminés. Encore une fois, l’extrémisme religieux fait autant de mal qu'il vienne de l'intérieur ou de l'extérieur, semble nous dire Darabont.

A noter que la nouvelle de Stephen King sera une nouvelle fois adaptée dans une série, diffusée dès le 22 juin aux USA.

 

Dossier de Clément Le Pape.

 

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commentaires

yannski
09/05/2017 à 16:05

Est-ce que Requiem for a Dream rentre dans la catégorie film d'horreur ?

MystereK
08/05/2017 à 20:33

Liste très intéressante. C'est marrant d'y voir The Crazies, il y a quelques semaines j'ai sortis quelques revues d'époque, y compris les spécialisées dans la SF/Fantastque, et le film était rejeté par la pluaprt des critiques, dont, si je me rappelle bien, J.P. Andrevon. Trop proche de la nuit des.... sans le dynamisme.

Pseudo
08/05/2017 à 19:50

Ok on censure ma réponse, c'est pas la première fois en même temps écran large. Y'avait pas d'insulte mais c'est pas grave...ce genre de méthode sérieux....

Pog
08/05/2017 à 17:48

Les gens ont "le droit" de commenter ce qu'ils veulent, et Poutine a le droit (j'aurais jamais cru écrire ce nom dans ce contexte...) de commenter aussi, ce qu'il veut, du coup.

D'autant qu'il n'a pas tort : le nombre de fois où j'ai vu des gens attaquer et descendre le site sur une news stupide (notamment avec quelques personnes qu'on repère vite, qui ne viennent QUE pour ça : on peut d'ailleurs remarquer ici qu'en réponse à quelqu'un qui s'en prend aux lecteurs, quelqu'un vient... attaquer le site), où on se retrouvait avec des dizaines de messages énervés qui regrettaient l'absence d'article de fond... et le nombre d'article plus intéressants où on a aucun débat passionné...

Pseudo
08/05/2017 à 17:44

Les gens ont le droit de commenter ce qu'ils veulent. C'est pas parce qu'ils font leur taf qu'on est obligé d'applaudir des 2 mains. Tu veux leur filer une médaille?

Poutine
08/05/2017 à 16:11

Excellent dossier EL. Mais comme d'hab, personne ne commentera, puisqu'il ne s'agit pas de Marvel ou DC. Bande d'incultes.

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