Get Out : critique hypnotisée

Simon Riaux | 5 mai 2020 - MAJ : 10/06/2020 12:50
Simon Riaux | 5 mai 2020 - MAJ : 10/06/2020 12:50

Depuis ses premières images, en passant par sa présentation à la presse, jusqu’à son triomphe au box-office américain, Get Out de Jordan Peele fait tourner les têtes, s’imposant rapidement comme un des premiers phénomènes cinématographiques de 2017, qui illumine aujourd'hui le Festival de Beaune. Blumhouse est passé maître dans l’art d’orchestrer le buzz autour de ses productions, mais prouve aujourd’hui que la firme est en passe de véritablement donner le la en matière de cinéma de genre outre-Atlantique.

BLUM EMPIRE

Les signes étaient nombreux. Sorti de nulle-part avec Paranormal Activity, Jason Blum a progressivement dynamité le modèle industriel hollywoodien avec son avalanche de séries B produites à l’économie et selon des principes rationalisés, à l’heure où Hollywood est victime d’une embolie budgétaire délirante.

Il ne faisait aucun doute que le producteur ambitionnait plus que la création à la chaîne de franchises malines et low cost. Déjà distributeur du Whiplash de Damien Chazelle (et première société à avoir mis la main à la patte sur La La Land), avant de littéralement ressusciter Night M. Shyamalan avec The Visit puis Split, Blum démontre avec Get Out pourquoi Forbes voyait en lui « le Pixar de l’horreur ».

Une réussite à mettre au crédit de Jordan Peele, issu du duo comique américain Key & Peele, qui passe ici derrière la caméra pour nous proposer un condensé d’horreur barrée et satirique, qui sent bon les grandes heures de la Twilight Zone.

 

Photo Daniel KaluuyaLe choc

 

HUMOUR NOIR

Dans Get Out, nous suivons les mésaventures de Chris (Daniel Kaluuya), jeune photographe afro-américain en couple avec la très blanche et respectable Rose Armitage (Allison Williams), à l’occasion du week-end où il doit faire connaissance avec sa belle-famille. Malgré l’apparente bonhommie des parents de Rose, il remarque rapidement combien sa couleur de peau est au centre de l’attention dans la riche demeure, où travaillent plusieurs domestiques noirs, au comportement pour le moins étrange.

Souvent présenté comme un film politique en prise avec les débats qui secouent la société américaine, Get Out se veut finalement plus un témoignage – frappant – des concepts de micro-agressions et d’un climat de tensions raciales délétère, que le grand brûlot engagé qu’on a pu décrire ici ou là. Non, la première réalisation de Jordan Peele vaut surtout pour ses immenses qualités de mise en scène et de montage. 

Jordan Peele est issu de la comédie et cela se sent, tant le tempo de l’angoisse qu’il déploie en est issu. Toujours à mi-chemin entre le gag et le jump-scare, il emballe ainsi un film de genre extrêmement dynamique, qui distille le malaise en jouant constamment sur le ressenti du spectateur et son inconfort. En témoigne les sidérantes séquences de confrontation entre le héros et les domestiques de ses hôtes, où les niveaux de lecture, la gêne et les simili-gags se multiplient à un rythme effréné.

 

Photo Allison Williams, Daniel KaluuyaUn couple ni tout blanc, ni tout noir

 

ILLUSION D’OPTIQUE

Mais Peele ne se contente pas d’user de son bagage humoristique pour doper sa narration, il nous offre également une véritable proposition de mise en scène. Flirtant avec l’ironie d’un Matheson, il convoque bien sûr la Quatrième Dimension, mais aussi un art de la composition et une finesse dans les mouvements de caméra qui évoquent intelligemment Hitchcock, voire De Palma. Qu’il s’agisse de son excellente première heure où il décrit un espace paranoïde, de ses scènes de cauchemars hypnotique Lynchéennes, ou du délire grand-guignolesque du troisième acte, le metteur en scène maîtrise le métrage de bout en bout et se fait l'architecte d'un véritable musée des horreurs, dont les sévices s'emboitent comme autant de poupées russes.

 

Photo Daniel Kaluuya"Héhéhé, dans quelle merde je me suis fourré"

 

Ancré dès le plan séquence de son ouverture Carpenterienne dans les codes de la série B old school, Get Out les respecte jusque dans son climax, qu’on pourrait trouver excessif et légèrement incohérent en termes de psychologie des personnages, s’il ne faisait pas une nouvelle fois preuve d’une remarquable inventivité, doublé d’une hargne jubilatoire.

Aussi à l’aise dans la description d’un univers mental schizoïde que le partage en cacahouètes gore, Peele est en revanche plus fragile dès lors qu’il essaie d’aérer un peu son récit, comme si sa noirceur ou l’angoisse profonde qu’il distille lui intimaient de distiller ici et là des pastilles plus ouvertement légères, via un personnage de second couteau extérieur au cœur du scénario. Rien qui entame durablement l’impact de Get Out, même si on espère que ce cinéaste prometteur nous en dispensera s’il nous propose une nouvelle aventure horrifique.

 

Affiche française

 

Résumé

Issu de la comédie, Jordan Peele signe une satire horrifique d’une grande richesse, doublée d’une proposition de mise en scène tour à tour suffocante et jubilatoire.

Autre avis Geoffrey Crété
Get Out est un petit trésor d'efficacité, d'inventivité, de précision et de richesse thématique. Un tour de force qui aurait été encore plus diabolique et puissant sans les pointes d'humour dispensables et la fin, qui dénote.
Autre avis Alexandre Janowiak
Jouant astucieusement sur une frontière trouble entre le fantastique, l'horreur et la critique sociétale, Get Out se révèle une petite perle terrifiante, alarmante, profonde et terriblement efficace, non dénuée d'un humour noir jubilatoire.

Lecteurs

(3.8)

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commentaires

Dateuss
10/05/2020 à 19:41

Scénario original. J'ai rien vu venir ! Différents styles y passent : comédie, comédie dramatique, thriller, horreur..
Pas mal du tout en tout cas pour moi.

Philharmonique
10/05/2020 à 18:18

Le film est unique en son genre, il dérange et bouscule par son ironie et son audace. Ouf un peu de fraicheur sur des thèmes difficiles. Sa réalisation est sans prétention mais son mérite c'est qu'il réinvente le thriller... Ce n'est que mon avis

La Classe Américaine
06/05/2020 à 15:04

@Cervo : bon, je vais t'expliquer gentiment pour cette fois parce qu'on ne tire pas sur une ambulance. Tout d'abord, détends-toi, le petit antiraciste de service que tu es n'as pas a sortir des ses gonds de la sorte pour paraitre respectable en public. Tu vaux mieux que ca quand meme. Ensuite, au lieu de t'exciter comme une puce, si tu avais pris ne serait qu'une seule seconde pour dérouler le fil des commentaires tu te serais aperçu de quoi ? Miracle ! Le 30/12/2019 à 12:32 j'ai posté ici meme un message qui justement expliquait les raisons de mon scepticisme de méchant blanc (que je ne suis pas, en plus, soit dit en passant). Voici ce que j'écrivais :
"Celui qui dénonce toutes les petites piques racistes du quotidien a l'encontre des noirs fait passer les blancs pour une conspiration de bourgeois manipulateurs qui veulent secrètement lobotomiser les noirs et leur culture. Et les noirs qui s'exprimeraient avec un langage soutenu et choisiraient une tenue vestimentaire élégante se sont faient manipuler et bouffer le cerveau par les blancs! Selon sa vision, un vrai noir qui se respecte jure tous les 2 mots et s'habille hiphop!... Et la conclusion qui consiste a prendre son pied a tuer le blanc fera de ce film une sorte du parfait manuel du racisme anti-blanc et de l'incitation cool a la violence."
On se rappelle quand tu auras déchauffé. Bisous louloutte.

Cervo
06/05/2020 à 12:41

@La classe américaine

Rien n'est plus beau que les petits crachats angoissés des blancs incultes, où dont la bêtise crasse s'affiche triomphalement.

"j'ai bien compris les propos de Jordan Peele qui n'ironise sur rien du tout. Simplement, n'ayant pas trop le courage de ses opinions, il joue la surenchère pour cacher son petit racisme anti-blanc."

Ou comment dire, j'ai bien compris qu'il n'y avait pas d'ironie, puisqu'il y a de l'ironie. Je vous laisse muscler un peu votre cerveau et réaliser en quoi votre déroulé pathétique ferait,à vous en croire, de Romero un raciste. Votre auto-humiliation me ravit.

Il va falloir apprendre les bases de la démonstration et la démarche argumentaire pour étayer votre propos sur ce film remarquable.

Ou nous expliquer les autres marques de son racisme dans sa filmographie.

La Classe Américaine
06/05/2020 à 12:34

@Raoul : je t'assure, j'ai bien compris les propos de Jordan Peele qui n'ironise sur rien du tout. Simplement, n'ayant pas trop le courage de ses opinions, il joue la surenchère pour cacher son petit racisme anti-blanc.Il n'y a qu'a voir le reste de sa pauvre filmographie pour se rendre compte que c'est recurrent chez lui. Et de toute façon, il filme avec ses pieds.

DjFab
06/05/2020 à 10:44

Je suis d'accord avec cette critique, excellent film !

Sigi
06/05/2020 à 07:30

@lemon0 - Du coup ferme-la, non ?

Raoul
06/05/2020 à 00:30

@la classe américaine

Vu ton commentaire je pense que tu n'as pas compris le propos, et c'est dommage.
En tout cas ce n'ai pas ce que j'y ai perçu.
Le film est justement lucide et joue avec ces clichés pour les dynamiter de l'intérieur, et il ironise beaucoup sur ces clichés. Il y a du vrai dans ce que tu dis mais c'est, à mon avis, la subtilité du film de sembler vouloir tendre vers un commutarisme séparateur, alors qu'il pose plutôt l'idée que si l'idéal est d'être l'autre, il n'y a pas d'apport positif au vivre ensemble et tout le monde est perdant recroquevillé dans ses convictions.

lemon0
05/05/2020 à 21:33

Je ne comprends toujours pas l'engouement autour de ce film. Un jour peut-être mais comme je n'ai pas la patience de le revoir, c'est foutu.

BB Allo
05/05/2020 à 19:39

Un film sympathique mais surfait

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