Get Out : critique hypnotisée

Simon Riaux | 3 avril 2017
Simon Riaux | 3 avril 2017

Depuis ses premières images, en passant par sa présentation à la presse, jusqu’à son triomphe au box-office américain, Get Out fait tourner les têtes, s’imposant rapidement comme un des premiers phénomènes cinématographiques de 2017, qui illumine aujourdui le Festival de Beaune. Blumhouse est passé maître dans l’art d’orchestrer le buzz autour de ses productions, mais prouve aujourd’hui que la firme est en passe de véritablement donner le la en matière de cinéma de genre outre-Atlantique.

Affiche
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BLUM EMPIRE

Les signes étaient nombreux. Sorti de nulle-part avec Paranormal Activity, Jason Blum a progressivement dynamité le modèle industriel hollywoodien avec son avalanche de séries B produites à l’économie et selon des principes rationalisés, à l’heure où Hollywood est victime d’une embolie budgétaire délirante.

Il ne faisait aucun doute que le producteur ambitionnait plus que la création à la chaîne de franchises malines et low cost. Déjà distributeur du Whiplash de Damien Chazelle (et première société à avoir mis la main à la patte sur La La Land), avant de littéralement ressusciter Night M. Shyamalan avec The Visit puis Split, Blum démontre avec Get Out pourquoi Forbes voyait en lui « le Pixar de l’horreur ».

Une réussite à mettre au crédit de Jordan Peele, issu du duo comique américain Key & Peele, qui passe ici derrière la caméra pour nous proposer un condensé d’horreur barrée et satirique, qui sent bon les grandes heures de la Twilight Zone.

 

Photo Daniel Kaluuya

 

HUMOUR NOIR

Dans Get Out, nous suivons les mésaventures de Chris (Daniel Kaluuya), jeune photographe afro-américain en couple avec la très blanche et respectable Rose Armitage (Allison Williams), à l’occasion du week-end où il doit faire connaissance avec sa belle-famille. Malgré l’apparente bonhommie des parents de Rose, il remarque rapidement combien sa couleur de peau est au centre de l’attention dans la riche demeure, où travaillent plusieurs domestiques noirs, au comportement pour le moins étrange.

Souvent présenté comme un film politique en prise avec les débats qui secouent la société américaine, Get Out se veut finalement plus un témoignage – frappant – des concepts de micro-agressions et d’un climat de tensions raciales délétère, que le grand brûlot engagé qu’on a pu décrire ici ou là. Non, la première réalisation de Jordan Peele vaut surtout pour ses immenses qualités de mise en scène et de montage.

 

Photo Catherine Keener, Bradley Whitford

 

Jordan Peele est issu de la comédie et cela se sent, tant le tempo de l’angoisse qu’il déploie en est issu. Toujours à mi-chemin entre le gag et le jump-scare, il emballe ainsi un film de genre extrêmement dynamique, qui distille le malaise en jouant constamment sur le ressenti du spectateur et son inconfort. En témoigne les sidérantes séquences de confrontation entre le héros et les domestiques de ses hôtes, où les niveaux de lecture, la gêne et les simili-gags se multiplient à un rythme effréné.

 

Photo Allison Williams, Daniel Kaluuya

 

ILLUSION D’OPTIQUE

Mais Peele ne se contente pas d’user de son bagage humoristique pour doper sa narration, il nous offre également une véritable proposition de mise en scène. Flirtant avec l’ironie d’un Matheson, il convoque bien sûr la Quatrième Dimension, mais aussi un art de la composition et une finesse dans les mouvements de caméra qui évoquent intelligemment Hitchcock, voire De Palma. Qu’il s’agisse de son excellente première heure où il décrit un espace paranoïde, de ses scènes de cauchemars hypnotique Lynchéennes, ou du délire grand-guignolesque du troisième acte, le metteur en scène maîtrise le métrage de bout en bout et se fait l'architecte d'un véritable musée des horreurs, dont les sévices s'emboitent comme autant de poupées russes.

 

Photo Daniel Kaluuya

 

Ancré dès le plan séquence de son ouverture Carpenterienne dans les codes de la série B old school, Get Out les respecte jusque dans son climax, qu’on pourrait trouver excessif et légèrement incohérent en termes de psychologie des personnages, s’il ne faisait pas une nouvelle fois preuve d’une remarquable inventivité, doublé d’une hargne jubilatoire.

Aussi à l’aise dans la description d’un univers mental schizoïde que le partage en cacahouètes gore, Peele est en revanche plus fragile dès lors qu’il essaie d’aérer un peu son récit, comme si sa noirceur ou l’angoisse profonde qu’il distille lui intimaient de distiller ici et là des pastilles plus ouvertement légères, via un personnage de second couteau extérieur au cœur du scénario. Rien qui entame durablement l’impact de Get Out, même si on espère que ce cinéaste prometteur nous en dispensera s’il nous propose une nouvelle aventure horrifique.

 

Affiche française

 

Résumé

Issu de la comédie, Jordan Peele signe une satire horrifique d’une grande richesse, doublée d’une proposition de mise en scène tour à tour suffocante et jubilatoire.

commentaires

Thorfinn
06/06/2017 à 20:38

@user
mais enfin, t'a bien vu que c'était pas le même gars quand même !

User
04/06/2017 à 23:03

Je ne comprend pas la 1eere scène du film où le personnage principal se fait enlever dans la voiture de la fin...

Pieds dans le plat.
02/06/2017 à 21:18

Malgré une bonne idée de départ, le film était trop pollué par un humour malvenu désamorçant une tension qui peine à s'installer.
La fin regorge de clichés maladroits et seules quelques scènes restent suffisamment marquantes pour éviter de faire s'écrouler complétement l'édifice ( les scènes d'hypnoses et les rencontres avec les différents et "étranges" autres blacks de l'histoire).
Très surestimé avec un engouement qui surprend d'autant plus.

MystereK
20/05/2017 à 23:40

Le film est trops bon, l'ambiance est super tendue, mais le final un peu bâcle, la tension retombe les 10 dernières minutes.

Jere
10/05/2017 à 11:39

Vu et bon il m a fait passé un moment sympa mais je l ai pas trouvé si marquant que ça, aucune surprise on s attend depuis le début à cette situation et les twist n ont rien de marquant... Cela étant j ai aimé le Pitch, je m attendais à mieux mais niveau budget le réal à fait un bon boulot, là où j ai notamment trouvé que le film tenait c est pour moi uniquement grâce au jeu d acteur du héros, lui m à impressionner... Bel essai au final mais un peu plat pour me marquer durablement.

sess
05/05/2017 à 15:35

Vraiment faiblard... 3/10 passez votre chemin ça vole pas haut.

miaoumiaou
04/05/2017 à 09:20

Je ne comprends pas les critiques très bonnes pour ce film....sympa et intriguant....c'est tout. Il y a que les critiques pour voir un film post-Trump...si à chaque fois qu'un héros est noir et les méchants sont blancs cela va être comme ça, on n'est pas couché !!! Ce film est presque un épisode de Black mirror ou un de 4 eme dimension. Ce film est comme un soufflé, l'intrigue gonfle, gonfle mais gonfle, gonfle dans les deux sens du terme, dialogues vides...mais vide....mais on a l'habitude avec Blum qui markete des films plus qu'il n'y a de scénario et puis ce n'est pas un film d'horreur mais un thriller sci-FI .....bref 2,5 sur 5 étoiles

Philjazz
01/05/2017 à 16:02

Je sors de l'avant premiére... Comment dire... ? Si Le final n'avait pas été un peu "bâclé" et au moins à la hauteur de la tonalité haletante du déroulé du film, j'aurai franchement recomandé . Mais j'ai quand mëme aimé l'ambiance glaciale qui règne même si Le scénario peut paraitre flou ... Je lui préfére "split" mais "Get out" ne vous laissera pas indifférent et sans doute vous ne saurez quoi dire ou penser aprés l'avoir visionné.... Ce film ne bascule jamais dans un genre ou un autre mais toujours à la limite. C'est pourquoi il y a un sentiment d'incohérence comme si Le réalisateur hésitait entre plusieurs genres . Résultat , une demi réussite de mon point de vu . Mais j'ai envie de Le revoir comme split, donc à vous de vous faire votre propre opinion, sans tenir compte des commentaries ou des crituques....

Kuroro
01/05/2017 à 15:45

@Marla ; argumentez, que votre post ait un minimum de raison d'être.

Marla
25/04/2017 à 13:50

Vous défendez bien le film, mais hélas, il n'est pas bon.

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