Get Out, film ultime sur le racisme ?

Marion Barlet | 14 juillet 2020
Marion Barlet | 14 juillet 2020

En proposant un point de vue sociologiquement radical, Get Out ne serait-il pas la réponse aux mécaniques du racisme qui ébranlent l'Amérique ?

La mort de George Floyd et le mouvement Black Lives Matter qui s'est mondialisé ont reposé les questions du racisme, aux États-Unis comme ailleurs. L'industrie du cinéma est partie prenante de ces questions, par les thèmes qu'elle traite, par la représentativité qu'elle permet (ou non), par le choix de ses acteurs et les visions qu'elle délivre à l'écran. Ici, nous revenons sur un film récent qui a marqué les esprits, par sa qualité et son succès, mais surtout, par le discours tenu sur le racisme, d'un point de vue historique, politique et philosophique : Get Out.

Le film de Jordan Peele divise beaucoup les spectateurs, mais à notre avis c'est un chef-d'oeuvre du genre, dont la radicalité du propos mérite une attention particulière, par son approche paradoxale et incisive des mécaniques de pouvoir instaurées entre la population noire et blanche. L'absence de concession du réalisateur nous a poussés à lui consacrer une analyse détaillée, portée sur la violence mise en place entre les personnages, et ce qu'elle raconte de notre réalité.

Cette plongée dans l'extrême sera l'occasion de revenir sur l'accusation de racisme envers Jordan Peele, sur d'autres regards (afro-)américains et sur des polémiques qui ont ébranlé le cinéma : qui a le droit de filmer la communauté noire ? Ne pas filmer de Noirs, est-ce raciste ? Ne pas vouloir filmer de Blancs, l'est-ce aussi ? L'art est l'arbre esthétique qui cache la forêt politique.

 

Photo Allison Williams, Daniel KaluuyaRose joue les oies blanches

 

UNE SORTIE DÉCAPANTE

Premier film d'une complétude hallucinante, Get Out inclut une vision artistique novatrice, un croisement des genres plaisant et une lecture socio-politique vigoureuse, en plus d'être un divertissement de premier ordre. Réalisé par Jordan Peele et produit par Blumhouse (la boîte aux petits budgets et aux grandes idées, parfois), le film s'est positionné en phénomène avant même sa sortie. Avec 4,5 millions de dollars investis (hors marketing), le film en a rapporté 176 millions au box-office américain pour un cumul de 255 millions dans le monde, et a bénéficié de critiques dithyrambiques (98% de recommandations sur Rotten Tomatoes, 85% sur Metacritic, 4 étoiles sur Allociné, et la nôtre est par ici).

Aux Oscars 2018, le film est nommé dans quatre catégories : meilleur film, meilleur réalisateur, meilleur acteur pour Daniel Kaluuya et meilleur scénario original. Il ne remporte une statuette que pour ce dernier, faisant de Jordan Peele le premier Afro-américain à recevoir l'Oscar du meilleur scénario original. Mais que se cache-t-il vraiment derrière cette vague d'enthousiasme et de louanges ?

 

Photo Jordan PeeleJordan Peele sur le tournage

 

LE CORPS DU CHRIS

Le film n'a pas volé sa réputation et contient une matière violente, dans ce qu'elle dénonce certes, mais de façon plus intéressante, dans ce qu'elle explicite. L'histoire de couple mixte de Chris (Kaluuya) et Rose (Allison Williams) est un échec sans appel, et même un leurre, comme le martèle Rob (LilRel Howery) tout du long. Un noir ne devrait pas sortir avec une blanche, parce qu'il se met en danger et que leurs expériences de vie sont radicalement différentes. 

L'idée se réfère à l'Histoire des États-Unis, mais Jordan Peele ne s'en contente pas et creuse le concept de racisme, au point d'en livrer une définition incisive et hautement problématique : tous les Blancs sont irrécupérables dans Get Out. Tous les personnages de la famille Armitage et leurs invités sont racistes, d'un racisme à base de stéréotypes et de fantasmes déclarés. Des critiques ont pu trouver insistants les passages où Chris se fait tâter le torse, où il est question de la taille de son sexe et du fait que c'est "à la mode" d'être noir, mais la volonté de Peele est très claire (et tant pis pour les redites) : tous les Blancs sont racistes, d'un racisme ordinaire, qui se veut flatteur, se croit raffiné, et qui vire à l'horreur.

 

Photo Daniel KaluuyaLa foire d'empoigne

 

Que faire avec ce constat, d'une brutalité extrême ? Comment un Blanc qui voudrait ne pas être raciste, mais qui l'est quand même, peut-il s'en sortir ? Jordan Peele ne donne aucune solution parce que ce n'est pas son problème, et ça... c'est génial.

Le réalisateur n'a pas fait semblant de poser un problème pour le résoudre poliment, avec des gentils et des méchants, et la possibilité de la rédemption pour les pires d'entre eux. Il se contente de poser sur la table la réalité comme il la voit, comme il la vit et l'analyse, et tant pis pour ceux que la conclusion gênerait. Tous les blancs sont racistes : une proposition qu'il vaut peut-être mieux méditer que refouler.

Les mécaniques du racisme qu'il élabore prennent à revers toute la tradition et son lexique, où la haine des Blancs viendrait d'une sous-estimation et d'un mépris des Noirs, et de leur humanité, par essence inférieure. Dans Get Out, le racisme vient du fantasme du corps noir, qui serait plus puissant, plus robuste et plus sportif.  Si l'on tire l'idée, cela expliquerait la ghettoïsation par la peur qu'auraient eue les blancs d'être renversés, eux qui se sentiraient physiquement plus faibles. Le corps est au centre du racisme, dont la puissance démonstrative dans le film représente la motivation finale des Armitage.

 

Photo Catherine Keener, Bradley WhitfordDes méchants très méchants

 

ESPRIT, ES-TU LÀ ?

En parallèle, une dépréciation de l'esprit constitue un des paramètres du racisme. Chris n'est pas considéré comme un être, mais comme un corps, au point que le galeriste d'art qui l'achète commet un impair, d'une bêtise impressionnante. Le vieillard non voyant pense qu'en entrant, via COAGULA, dans le corps de Chris, il obtiendra aussi son regard de photographe... de la part d'un aveugle qui analyse des oeuvres sans en avoir de vision directe, c'est d'une grossièreté affligeante.

Telle est la perversité suprême du racisme dans Get Out : il sépare le corps de l'âme, il désire le corps et veut y incorporer son esprit. Les Noirs ne sont plus vus comme des entités, mais comme des passagers d'eux-mêmes. Le phénomène est explicite dans la mise en scène, au cours des séances d'hypnose, où Chris descend dans l'obscurité : leurs âmes ne se désagrègent pas, c'est pire, elles restent présentes, mais passives. L'intérêt n'est pas de tuer les Noirs, mais de les rendre prisonniers... pour mieux en profiter, en les réduisant au silence du même coup.

Telle est la puissance de Get Out : s'emparer d'un sujet maintes fois abordé, jamais résolu, avec un angle d'attaque inédit et irrémédiable. Tous les Blancs sont racistes dans le film, et si l'on valide l'hypothèse, tous les Blancs sont racistes tout court, parce qu'en proie à des mécaniques sociales, consciemment ou inconsciemment acquises. La logique que suit Jordan Peele prend un contre-pied interprétatif : derrière la violence historique se cache la peur des Blancs d'être dominés. Ce qui aboutit à une incarcération de l'esprit des individus noirs dans le film... ou à des incarcérations réelles (comme dans la fin alternative).

 

Photo Betty GabrielIl y a quelque chose de louche

 

UN FILM ANTI-BLANCS ?

Sans surprise, surtout vu son succès, Get Out a eu son lot de détracteurs. L'un des points les plus critiqués du film est justement le caractère raciste systématique qu'il dénonce chez les Blancs et qui a déplu a beaucoup de monde. Mais la polémique est allée plus loin et concerne directement Peele. Lors d'une interview avec The Hollywood Reporter en février 2019, il a répondu nettement s'il écrirait ou non un film pour un acteur blanc :

« De mon point de vue, je choisirai des acteurs noirs dans mes prochains films. Je m’estime privilégié de pouvoir dire à Universal : 'Je souhaite réaliser un film d’horreur à 20 millions de dollars avec un premier rôle noir', et obtenir une réponse positive. Je ne me vois pas choisir un premier rôle blanc dans un de mes films. Non pas que j’ai un problème avec les mecs blancs. Mais j’ai déjà vu mon lot de films où ils tenaient le premier rôle. »

Sa déclaration est passée, aux yeux de certains, pour une marque de racisme anti-blancs (avec toute l'ambiguïté que constitue ce concept) et d'agression impardonnable. Quand on regarde le niveau de représentativité des Afro-Américains au cinéma, qu'un réalisateur préfère tourner avec des acteurs issus de cette minorité ne s'apparente pas à une démarche excluante - car oui, on peut intégrer sans exclure. Ses mots traduisent plus une volonté de contrebalancer la tendance, que d'une lutte contre les Blancs. 

Woody Allen a été confronté au même type de reproches, concernant l'absence de diversité ethnique dans ses films, et il a répondu aux attaques dans ses mémoires Soit dit en passant :

 

Photo Scarlett Johansson, Woody AllenProblème insoluble : c'est lui-même qu'il caste

 

« J'ai reçu des critiques au fil des ans, sur le fait que je ne mettais pas dans mes films des personnes afro-américaines. Alors que la discrimination positive peut être une solution très positive dans de nombreux domaines, cette politique ne fonctionne pas en ce qui concerne les castings. Je caste toujours quelqu'un en gardant à l'esprit que la personne colle le plus possible au rôle. »

Autrement dit : Woody Allen écrit ce qu'il veut, sur qui il veut, et selon sa vision du monde et du cinéma. C'est sa liberté d'artiste de créer par exemple le New York de ses envies, peu importe la question du réalisme social. Et Jordan Peele use de la même liberté : celle d'écrire sur ce qu'il connaît, ce qu'il ressent, ce qu'il souhaite, pour raconter ses histoires, avec en plus le prisme du film de genre qui permet de tout grandir et grossir.

Mais la question de distinguer l'art et l'éthique est loin d'être résolue, comme le montrent les polémiques autour de Peele et Allen, qui fonctionnent en miroir sur le terrain de la représentativité.

 

photo, Elisabeth MossLa copine blanche de l'héroïne noire dans Us : anodin ?

 

Toutefois, si l'on creuse au fond des critiques anti-Peele, on découvre qu'il ne coche pas les cases de l'exclusion blanche. Beaucoup de films ont des castings principalement noirs (courant culturel de la blaxploitation) où les Blancs ne jouent qu'un rôle mineur (les récents Moonlight, Black Panther, Dolemite is my name, All Day and a Night...), ce qui n'est pas le cas des films de Peele. Certes, ce ne sont pas des protagonistes positifs dans Get Out (ils sont présents quand même), mais ils n'ont rien de démoniaque dans Us par exemple.

Pour synthétiser, Get Out n'est pas tendre avec les Blancs, mais aucun matériau (dans le film ou dans les propos tenus par le réalisateur) ne permet de faire basculer la critique acerbe qu'il fait en incitation à la haine. D'ailleurs, il est rare qu'un artiste s'intéresse à monter les gens les uns contre les autres, car il s'occupe davantage à créer la panique au sein même de l'individu. C'est ce qu'a revendiqué Peele pour comprendre la fin d'Us - le vrai méchant, c'est le spectateur.

 

photo, Lupita Nyong'oLe problème c'est toi, et toi c'est moi

 

RENTRER DANS LE CHOU BLANC

Les réalisateurs afro-américains dont la pensée politique vient heurter les privilèges blancs ne manquent pas, mais l'un d'entre eux est plus emblématique que les autres : Spike Lee. Réalisateur prolifique, il est entré sans concession dans le 7e art et s'est illustré très tôt, notamment avec Do the Right Thing en 1989 qui a frôlé la Palme d'or à Cannes. Mêlant la politique à l'esthétique, Spike Lee a insufflé un vent de nouveauté et de colère dans le cinéma, dont les Noirs ont pendant trop longtemps été exclus, ou montrés de façon caricaturale et stéréotypée.

Les héros de Spike Lee sont souvent issus de la communauté afro-américaine (mais pas toujours : Jungle FeverClockersLa 25e heureOldboy...), et réfléchissent à qui ils sont, à ce que signifie le fait d'être noir dans un pays au passé esclavagiste. Le réalisateur en arrive à des propositions décisives, comme son biopic sur Malcolm X, sa satire The Very Black Show ou son récent BlacKkKlansman, qui insistent sur la dévalorisation des Noirs dans la société, la mise en danger qu'implique leur identité et le caractère tragique que peut vêtir une couleur de peau. Lee s'épargne les pincettes pour mettre à l'écran ses idées politiques, dans des mises en scène où la subtilité du discours n'est pas toujours de rigueur et vise à faire passer un message.

 

photo, Spike LeeTu comprends le problème ou pas ?!

 

Pour illustrer le rapport entre fiction et réalité, le réalisateur utilise souvent des images documentaires. Il conclut par exemple son The Very Black Show avec un montage qui balaye quasiment un siècle de représentation des Noirs, entre blackfaces, serviteurs "Yes mam", et autres rôles d'imbéciles heureux. De Naissance d'une nation aux dessins animés, en passant par Autant en emporte le vent qui est récemment revenu sur le devant de la scène pour cette raison, l'image des Noirs forgée par le divertissement et le cinéma est centrale dans la question du racisme - notamment le racisme ordinaire, doux, qui pourrait être celui des Blancs dans Get Out, riches privilégiés démocrates et éduqués, qui pensent être tout sauf racistes.

Le monde évolue, et le rapport à la représentation aussi, heureusement. La saga James Bond, qui a traversé les époques, est à ce titre passionnante. Dans Vivre et laisser mourir sorti en 1973, et alors que 007 a pour la première fois une femme noire dans son lit, tous les Noirs sont montrés comme bêtes, méchants, vilains, tordus et dangereux. Dans Skyfall, 40 ans après, la fameuse Moneypenny est interprétée par l'actrice Naomie Harris. Personne ne parle de sa couleur de peau, et la secrétaire gentiment niaise est devenue une agente tourmentée et indépendante.

 

photo, Roger Moore, Gloria HendryLa première James Bond Girl noire

 

SPIKE JORDAN PLEELE 

Les deux réalisateurs se sont imposés dans le paysage américain et ont un respect mutuel évident, par leur goût commun et leur engagement. Peele est d'ailleurs crédité comme producteur sur BlacKkKlansman. L'impression qu'a fait Get Out sur Spike Lee a été décisive, comme il l'a raconté dans The Hollywood Reporter en 2019 :

« J'ai vu Get Out et j'ai dit 'Putain de putain !'. Je l'ai d'abord vu avec un public noir et j'ai demandé à faire une expérience. Le lendemain, je l'ai vu avec un public blanc. Le film était très bien reçu sur les deux plans, mais il y avait certaines choses qui faisaient rire [seulement] le public noir - je veux dire, des trucs d'initiés - mais ça n'a pas empêché le public blanc d'apprécier (...)

Une autre chose importante, c'était aussi la façon dont le film a été reçu à l'international. Historiquement, on dit : 'Les [films] noirs ne s'exportent pas dans le monde. Mais après le film de Peele, et Black Panther aussi, il va être très difficile pour ces gars d'utiliser cet argument. Peele a été très, très, très important pour se débarrasser de cette vision. Cette vision est un mensonge. »

 

Photo LilRel HoweryAllô, vous venez de gagner le jackpot

 

L'argument de Spike Lee est de taille, car il ne se focalise pas sur la qualité de Get Out, mais sur sa valeur symbolique. L'existence d'un tel film prouve que les Noirs peuvent faire un cinéma qui s'exporte, qui plaît... et qui est économiquement viable. L'autre exemple qu'il a choisi, Black Panther, est exemplaire de l'émancipation d'un cinéma noir, qui résout par ses résultats au box-office l'équation pipée de "films noirs pour les Noirs et films blancs pour les Blancs".

Quoi qu'on puisse penser du film de Ryan Coogler, il est représentatif d'un tournant consumériste dans l'industrie du divertissement : avec 200 millions de budget officiel, le blockbuster a récolté 1,3 milliard dans le monde. Aux États-Unis, la réussite a été totale, avec plus de 700 millions, soit le deuxième plus gros score de tout le MCU, après Avengers : Endgame. Etendard cool, giga-mainstream, impulsé par Disney conscient des moeurs progressistes (et ce, avec cynisme ou non), le film s'est imposé comme un incontournable phénomène, qui en dit plus que son propre récit : les personnages noirs capables d'un tel succès grand public.

Photo Chadwick BosemanLa fin d'un black out sociétal

 

QUI A LE DROIT DE PARLER DES NOIRS ?

Spike Lee est l'un des plus ardents (si ce n'est le plus ardent) défenseurs du cinéma noir, et ses coups de gueule sont mémorables et ne s'adressent pas aux petites frappes. En 2008, Spike Lee a affronté par médias interposés Clint Eastwood, lors d'une conférence de presse à Cannes. Il a reproché au réalisateur d'avoir dégagé les Noirs de l'histoire d'Iwo Jima, et les deux hommes se sont étripés dans la presse, entre arguments-chocs et mauvaise foi flagrante.

La querelle s'est cristallisée autour de Bird, le biopic du musicien Charlie Parker, réalisé par Eastwood en 1988. Lee avait estimé que ce n'était pas à un réalisateur blanc de s'occuper d'un tel sujet, pour la simple et bonne raison qu'il n'était pas concerné, ce à quoi son adversaire a répondu :

"Pourquoi un mec blanc ferait ça ? J'étais le seul à le faire, voilà pourquoi !"

 

photo, Forest WhitakerL'argument-choc

 

Le fil est ténu chez Spike Lee, qui reproche l'absence de personnages noirs dans des films d'artistes blancs, tout en les critiquant lorsqu'ils réalisent/s'approprient des histoires qui ne sont pas les leurs. Sur ce dernier point, il s'en est pris à Quentin Tarantino, auquel il reproche d'intégrer dans ses films un vocable illégitime, parce qu'il use et abuse du mot "nigger/nègre". C'est même l'objet d'une scène dans The Very Black Show, où le cinéaste se moque de la situation, et de lui-même donc.

Lee est l'un des seuls artistes qui aient critiqué son collègue, réputé intouchable grâce à sa filmographie hors norme et son succès planétaire. Spike Lee est même allé jusqu'à refuser de voir (en rendant l'information publique) Django Unchained en arguant que "l'esclavagisme n'est pas un western spaghetti" (VIBETV, 2012).

 

photoIl commence à me courir sur le haricot celui-là

 

La question qu'il soulève, sur la légitimité, et plus encore sur le droit des Blancs à réaliser des films avec et sur des Noirs, est redoutable. Qui est le plus qualifié, le mieux placé, pour traiter un sujet ? Des individus n'ayant pas connu les discriminations qu'ils mettent en scène peuvent-ils toucher juste ? Le débat a enflammé la toile lors de la sortie de Detroit, le film de Kathryn Bigelow sur les émeutes de 1967 et le drame de l'Algiers Motel. Des voix se sont élevées pour décrier le fait qu'une femme blanche n'avait pas à s'emparer d'un sujet qu'elle ne connaissait pas, et qu'en conséquence, elle n'était pas légitime. La réalisatrice était consciente du débat que cela allait soulever, et elle a répondu aux attaques en août 2017 via le site Variety :

"Suis-je la mieux placée pour raconter cette histoire ? Certainement pas. Mais j'ai pu le faire alors que ça faisait 50 ans que cette histoire attendait d'être racontée."

 

Photo Anthony MackieArrestation symbolique des blancs ?

 

Semblable à la réponse d'Eastwood, celle de Bigelow ajoute que la question mérite d'être posée, et que la réponse mérite d'être claire : mieux vaut que quelqu'un s'en occupe que personne. Cela démontre symétriquement qu'il y a un problème de sous-représentation des réalisateurs noirs dans le domaine, qui depuis "50 ans" auraient pu désirer s'emparer du sujet, avec à la clef des portes closes.

Mais les choses pourraient changer avec Jordan Peele, qui a notamment signé en octobre 2019 un gros contrat de cinq ans avec Universal, pour deux nouveaux films qu'il écrira et réalisera. Comme producteur (via sa société Monkeypaw Productions, fondée en 2012), il est notamment derrière les séries The Twilight Zone et Lovecraft Country (sur HBO cet été), et le très attendu Candyman, en salles en octobre 2020.

Avec le pouvoir gagné après Get Out et Us, le réalisateur, scénariste et producteur construit un petit royaume pour, non seulement, traiter la question du racisme via le prisme du fantastique, mais également y travailler en étant un moteur dans le business. Et oui, les réalisateurs, acteurs et autres artistes blancs sont acceptés chez Monkeypaw Productions, pour info.

 

photo, Yahya Abdul-Mateen IINe jamais baisser la garde

commentaires

Smegma
17/07/2020 à 17:12

@Philip

Stupeur et baillement.

Sinon, le zigue qui tressait des théories bien caloriques sur la supposée obsession, ou frénésie langagière d'un des participants à cette conversation, vous vous souvenez qui c'était ?

Nan parce que j'ai comme un doute.

Philip
17/07/2020 à 17:08

Smegma : "Comme vous le soulignez bien involontairement, j'ai qualifié et critiqué les propos et arguments avancés par Nikos. Certainement pas sa personne, je ne le connais pas et n'ai aucun moyen de prétendre le contraire."

La phase de projection suivie d'une permutation laisse, hélas, place au déni le plus consommé. Smegma, comme tous les spécimens autodidactes en recherche de reconnaissance (pléonasme) et notamment via l'outil du web, aimerait être reconnu pour une personne livrant une analyse froide, circonstanciée et, au besoin, érudite. La simple idée d'être considéré comme molestant les internautes avec roguerie et suffisance est désagréable : elle supposerait une absence de flexibilité cognitive.

Mais étudions d'un peu plus près, si vous le voulez bien, les quelques admonestations qui ciblèrent, par exemple, la personne de nikos182 (et non ses propos/arguments) et dans lesquelles Smegma s'est goulûment vautré.

Smegma 16/07/2020 à 11:50 : "… ton inculture crasse", "... la seule chose que tu démontre, c'est ton ignorance..."

Smegma 16/07/2020 à 12:38 : "Tu es bête ou toxique ?"

Smegma 16/07/2020 à 13:17 : "L'humiliation, ça pique, surtout quand elle est absolument totale"; "t'est bête ou t'es con ?"; "Fais un effort garçon. Et achète-toi une fierté, ou un petit mouchoir pour les larmes."

Smegma 16/07/2020 à 13:20 : "… le cerveau c'est comme les muscles, plus on s'en sert, mieux ça marche. Tu as encore du chemin"

Smegma 16/07/2020 à 15:10 : "Il faut se renseigner. Apprendre. Lire, surtout. ça évitera de se ramener à une partie de pétanque avec une raquette de badminton."

Smegma 16/07/2020 à 18:27 : "… si tu n'arrive pas bien à appréhender la réalité matérielle de ce qui provoque manifestement chez toi une profonde anxiété"


Comme le lecteur peut le constater fort commodément, Smegma accusant un déficit de reconnaissance s'ingénie à opérer, tel le docteur Petiot, un transfert en délégitimation. En effet, cette gasconnade à l'emporte-pièce ne peut en aucun cas s'exprimer dans la vie quotidienne chez Smegma; elle va donc s'articuler de façon plus expansive et exubérante sur un forum (cinéma ou autre) car fondamentalement, dans l'univers de Smegma, on ne s'adresse pas à des personnes réelles mais à des ectoplasmes virtuels qu'il est bon de rudoyer, l'absence de surmoi fonctionnant, dès lors, comme un carburant propre à brûler tout ce qui vit ici-bas. Sauf que ce carburant ne sert nullement à cautériser mais à calciner et rôtir ses victimes.

Smegma
17/07/2020 à 16:04

@Philip

Comme vous le soulignez bien involontairement, j'ai qualifié et critiqué les propos et arguments avancés par Nikos.

Certainement pas sa personne, je ne le connais pas et n'ai aucun moyen de prétendre le contraire.

Mais continuez, vous me régalez.

Philip
17/07/2020 à 16:00

Smegma : "Où l'on chute sans surprise dans le piège consistant à diagnostiquer un quidam, sans posséder suffisamment de matière pour s'y risquer. Et donc à se gargariser de l'air qu'on brasse."

Le lecteur, au travers de ce compendium sommaire mais fort étrange, est soudainement saisi par ce propos. En effet, Smegma entreprend une singulière analyse via cet épitomé; nous nous risquerons donc ici à citer le sieur Smegma in situ où ce dernier prend conscience que "diagnostiquer un quidam, sans posséder suffisamment de matière pour s'y risquer" est très exactement les symptômes qui caractérisèrent notre specimen et dont il gratifiât ses interlocuteurs à hue et à dia.

Nous nous souvenons tous de ces qualificatifs assénés avec autant de crânerie : "phrase dépourvue de sens"; "manifestation d'ignorance" sans oublier les diverses et nombreuses rodomontades où la jactance se conjuguait avec l'ostentation et dont "nikos182" fut la victime. Elles sont étrangement similaires. La gémellité entre cette soudaine fulgurance "Smegmanienne" (osons ce néologisme pour les besoins de notre propos) et l'attitude de Smegma est proprement abracadabrantesque et, pour tout dire, emblématique de sa personne : il s'inocule ce grog improbable de rebouteux qu'il administre à ses victimes.

Smegma apprend, certes avec une certaine incurie, une bien fâcheuse leçon : en se pressant trop, on s'expose à dépasser son but.

Smegma
17/07/2020 à 15:10

@Philip

Où l'on chute sans surprise dans le piège consistant à diagnostiquer un quidam, sans posséder suffisamment de matière pour s'y risquer. Et donc à se gargariser de l'air qu'on brasse.

Vous soliloquez l'ami.

Philip
17/07/2020 à 15:04

Smegma : "Acrimonie ronchonne, Lexique ampoulé, ce deuxième post est encore très faible et trop rincé de bile pour atteindre son but."

Comme le lecteur peut le constater présentement sur cet exemple, ô combien éloquent, Smegma fait ce que l'on appelle en psychanalyse une projection; il en usa d'ailleurs abondamment dans ses échanges avec "nikos182" lorsque ce dernier, apostrophé tel un forban par le sieur Smegma, fut précisément victime "d'acrimonie ronchonne" et où notre illustre Smegma conjugua l'infatuation et l'outrecuidance dans une alchimie fort indigeste et qui n'est nullement rare sur le web.

Smegma : "Par contre, on note des progrès sur ce qui achevait de flinguer votre effort précédent, on sent que vous en avez amendé la phraséologie lourde, pas ne pas dire déficiente."

Ici, le lecteur peut, sans nul doute possible, déceler, que dis-je, discerner la tentative de notre hâbleur de singer la construction stylistique de son interlocuteur; de la projection nous passons donc à la permutation. Elle dénote une personnalité d'autodidacte, certes bravache et tranche-montagne, mais qui trahit une soif de reconnaissance dont la concupiscence intellectuelle n'est jamais assouvie, l'onanisme 2.0 étant la mode d'interaction, par définition addictif, le plus courant avec ce profil.

Smegma : "Encore quelques échanges, et on pourra aborder à la question de l'argumentaire, qui vous passe encore largement au-dessus."

Dans ce dernier baroud d'honneur frêle et malingre, si l'on ose l'exprimer ainsi, le lecteur peut aisément constater que Smegma, dès lors qu'il n'entend plus parler de sa gloire et/ou de sa personne, devient subitement sourd. Il achève d'entériner ce que nous savions tous ici sans nous l'avouer véritablement : Smegma s'empresse de jeter de l'esprit mais ne songe guère à en ramasser...

Smegma
17/07/2020 à 14:16

@Philip

Acrimonie ronchonne, Lexique ampoulé, ce deuxième post est encore très faible et trop rincé de bile pour atteindre son but.
Par contre, on note des progrès sur ce qui achevait de flinguer votre effort précédent, on sent que vous en avez amendé la phraséologie lourde, pas ne pas dire déficiente.

Encore quelques échanges, et on pourra aborder à la question de l'argumentaire, qui vous passe encore largement au-dessus.

Philip
17/07/2020 à 14:08

Smegma : "Quand on se pète le frein dès le premier post, ça fait mal. Merci pour le fou-rire."

Pour formuler les choses ainsi, Smegma s'est probablement beaucoup étudié, n'en doutons point. Il est désormais de notoriété publique que la plus mauvaise roue (Smegma) d'un chariot est celle qui fait le plus de bruit (sur le web)...

Smegma
17/07/2020 à 13:03

@nikos182

CanalPlus vient de censurer le dernier numéro de Ciné le Mag et d'en virer toute l'équipe fixe, qui a eu l'outrecuidance d'interviewer une réalisatrice. La malheureuse était questionnée sur les figures féminines qu'elle considère comme inspirante. Elle a répondu Assa Traoré.

Tournage interrompu. Interview censurée. Equipe liquidée.

Comme quoi tu as raison, il y a bien un problème, et il prend des proportions inquiétantes.


@Philip

"on pourrait résumer le piètre style télégraphiste et la fatuité langagière de Smegma de la façon suivante : il ne va jamais aussi loin que lorsqu'il ne sait plus où il va tant il s'échine à noircir (virtuellement) de l'encre noire (virtuelle) sur le drap noir de son ordinateur..."

Quand on se pète le frein dès le premier post, ça fait mal. Merci pour le fou-rire.

Philip
17/07/2020 à 03:50

@Smegma

Smegma : "Je ne juge pas l'article à sa couverture, mais le média à sa pratique (qui dure depuis des décennies), nuance."

Résumons-nous : le DailyMail n'est pas plus ou moins autorisé que d'autres médias. Pour chaque exemple négatif, il y en a un de positif. Donc, là aussi, les supposées "pratiques" du journal ne renseignent guère sur l'information de cet article. En outre, le ton de tes échanges avec les internautes se caractérise continuellement par une attitude ex cathedra; avec toi on ne discute visiblement pas mais l'objectif - inavoué - est de se "clasher".

Smegma : ""Compte tenu de l'état de la presse écrite contemporaine" >>>> phrase dépourvue de sens. "IL y a de la presse de divertissement, d'information, et maintes pratiques. Les rassembler sous une seule bannière, c'est simplement une manifestation d'ignorance."

C'est bien ce que je viens d'écrire : affectation ex cathedra mais véritablement aucun élément d'appréciation permettant de discriminer entre les arguments. Le ton est donc donné : "phrase dépourvue de sens"; "manifestation d'ignorance"; il ne s'agit plus de répondre sur le fond pour Smegma mais de faire passer son interlocuteur pour un générateur de galimatias. Il n'y a aucun raisonnement délayé dans cet amoncellement de qualificatifs.

Smegma : "rappelons qu'elles ne sont pas typiques de "la presse", mais de la presse d'extrême droite (Minute, Valeurs Actuelles, etc)."

Cette démarche est typique de la presse en ce que cette dernière fait des erreurs d'appréciations, c'est tout. Il ne s'agit pas de dire qu'elle produisent des fausses nouvelles ou de la désinformation. L'extrême-droite semble être l'étrange obsession de Smegma : en effet, personne n'a parlé ou évoqué ce sujet.

Smegma semble singulièrement partir en croisade contre... pour tout dire, on peine à savoir contre qui. L'adrénaline que suscite le persifflage du sieur Smegma à travers son clavier dans l'anonymat le plus total semble décupler sa faculté de caquetage pour y déverser ses glaires les plus indisposants. En définitive, on pourrait résumer le piètre style télégraphiste et la fatuité langagière de Smegma de la façon suivante : il ne va jamais aussi loin que lorsqu'il ne sait plus où il va tant il s'échine à noircir (virtuellement) de l'encre noire (virtuelle) sur le drap noir de son ordinateur...

Plus

votre commentaire