Back to the 80's

Florent Kretz | 4 octobre 2010
Florent Kretz | 4 octobre 2010

Tandis que l’on assiste à une relecture systématique de classiques (Karaté Kid, Les griffes de la nuit, Fame rien que pour ces derniers mois), que sont annoncées les mises en chantier de quelques reboots plus ou moins dispensables (Conan le barbare, Robocop…) et que sont en préparation les suites et préquelles de bandes cultes telles que S.O.S. fantômes et The Thing, il semble être temps de faire le point sur ces fameux films cultes des années 80. Car, plus encore que quelques symptômes d’un manque maladif d’imagination, ce sont plutôt ceux d’une nostalgie évidente qui semble assiéger Hollywood. En témoigne la sortie ce mercredi de La machine à démonter le temps, sympathique comédie dans laquelle John Cusack se retrouve catapulté au beau milieu des 80’s ! Et si le film de Steve Pink parvient bien à une chose, c’est de rappeler à quelle point la disparition de la folie propre à cette époque est un vrai manque dans l’actuelle industrie du cinéma. D’ailleurs, malgré les tentatives des studios de ressusciter les monuments de cette décennie, rien n’y fait : les classiques restent bien supérieurs et ce en dépit des différences de moyen ou leur caractère parfois terriblement daté. Il ne s’agirait donc pas de formule, de recette mais plutôt d’état d’esprit, de philosophie de la vie ? L’approche des cinéastes de l’époque serait-elle plus sincère malgré une évidente roublardise propre au système hollywoodien ? Et comment se fait-il que l’on puisse reconnaitre au premier regard, au premier dialogue, au premier accord musical un film des années 80 ? A toutes ces questions, Ecran Large va tenter de trouver quelques réponses.

Après la désillusion, la fête…

Essayons tout d’abord de situer les évènements dans leur contexte. A la fin des années 70, les Etats-Unis se trouvent à l’aube d’une ère nouvelle en totale réaction aux dernières décennies. Alors que l’on assistait quelques années plus tôt à de véritables confrontations idéologiques (développement de la culture hippie, hausse du fondamentalisme, militantisme pro et contre l’avortement, permissivité sexuelle, traumatisme du Vietnam…), les années 80 vont être le théâtre de la reconquête américaine de son propre territoire, de sa culture, de sa politique et la recherche d‘une crédibilité mondiale. Ainsi, l’ère du président Reagan (de 1981 à 1989) sera le symbole d’une Amérique fière, patriote et qui se veut modèle à suivre. De là à dire qu’il existe un lien étroit entre politique et cinéma, il n’y a qu’un pas que nous n’hésiterons pas à sauter puisqu’il semble y avoir, en effet, une réelle volonté de promouvoir art de vivre et idéologie ainsi que de séduire les masses. D’ailleurs la rupture entre les deux décennies n’est pas que politique puisque l‘histoire du cinéma est marquée elle aussi part un retournement. Grâce aux succès phénoménaux de films tels que La guerre des étoiles ou Les dents de la mer, l’industrie du rêve qui, lors du Nouvel Hollywood, avait fait face à la crise en ouvrant ses portes à quiconque ayant des idées offrant ainsi une décade d‘expérimentations géniales en tous genres, parvient à reconquérir son trône. Movieland réussit ainsi à remettre la main sur son industrie, profitant des années 80 pour rétablir, année après année, la politique des producteurs à défaut de celles des auteurs.

 

 

Les années 80 s’apparentent bientôt à une période durant laquelle le divertissement va devenir la principale attraction : en accord avec la politique de libéralisme économique et à la démocratisation de la société de consommation, Hollywood établit les bases d’une pop culture et surfe sur l’inconscient collectif pour parvenir à ses fins. Les désillusions hippies associées à la digestion du traumatisme du Vietnam offrent un terreau parfait pour bâtir une idéologie festive mais consciente. Car la société se veut à la fois enjouée et sérieuse, mesurée mais décomplexée. C’est donc avec cette même double casquette que Hollywood va livrer ses chefs d’œuvre de l’époque, des fleurons du genre, et ce en conservant en permanence un don d’ubiquité. On parle à la fois aux masses et à l’individu, on produit des divertissements à propos, le spectateur est considéré comme consommateur mais est respecté…

Le spectateur pour héros

Le cinéma hollywoodien de l’époque est bien plus empli d’une âme, d’une philosophie que régi par des règles ou par une quelconque formule à succès. Le mot d’ordre semble être la démesure et tout est permis à condition de faire reluire à nouveau le mythe du rêve américain. Le héros type et grandiose disparait au profit de l’apparition d’une nouvelle forme de antihéros, éminemment proche du spectateur et de son quotidien mais évidemment superbe. C’est la magie Spielberg qui consiste à offrir au spectateur l’impensable: le rêve et l’aventure sont à la portée de tous. Le spectateur, quel que soit le film qu’il choisit de découvrir, peut se laisser prendre au jeu et à s’identifier au personnage sur la toile. Tous sont là pour en témoigner, du gamin lambda de E.T. l’extra-terrestre au flic beauf de Piège de Cristal, de la secrétaire de direction au physique ingrat (Working Girl) à l’étudiant prétentieux et populaire (La folle journée de Ferris Bueller), tous peuvent vivre l’inimaginable à l’image de ce boxer raté de Philadelphie qui clôt l’année 1979 en battant - enfin - le champion du monde, faisant ainsi entrer le monde en grandes pompes dans les années 80 (Rocky 2).

 

 

En quête d’une fraicheur pouvant faire oublier les déceptions et le parfum amer du passé, on prête plus particulièrement attention à la jeunesse et aux générations futures sur lesquelles on mise énormément : reniant le constat fragile et troublant établit lors du final du Lauréat en 1967, on lui préfère bientôt celui de Risky Business avec ce nouvel auto-entrepreneur au sourire Colgate ayant pour traits ceux du wonder-boy Tom Cruise ! Peu importe si la morale est ébranlée, ce qui importe est de s’épanouir. John Hugues illustre les frasques d’une jeunesse extravagante mais éveillée à elle-même et à son avenir : lorsque Une créature de rêve est une œuvre fantasmagorique, délirante et libidineuse décrivant à merveille l’ébullition hormonale, Breakfast Club remporte un large succès et rentre instantanément dans les annales en immortalisant ce que chacun aurait voulu entendre lors de ses années adolescentes. Portraitiste subtil de la jeunesse américaine des années 80, Hugues parvient à toucher grâce à l’universalité et la grande tendresse de son propos à l’instar d’autres cinéastes qui s’emparent de la fougue sans pour autant en saisir l’essence. On parle alors de teen-movie, film dans lesquels les personnages décryptent pour nous les codes d’un monde, celui-des adultes, et dont les réalités et les exigences sont encore inconnues:  Footlose, Dirty Dancing, Young Blood… Les héros incarnés par des figures montantes telles que Kevin Bacon, Patrick Swayze ou Rob Lowe acceptent la rudesse de l’avenir mais comptent bien fêter le présent.

 

 

Tout est dans le pote !

Célébration de la vie, les années 80 se veulent avenantes, engageantes et plaisantes: l’amitié prend une place incroyable et devient quasiment la thématique principale de la décennie. Que ce soit dans le teen-movie fantastique (Teen-wolf) ou dans la fable nostalgique (Stand by me), le rapport à l’autre devient la principale préoccupation. Les bandes de copains dans lesquelles chacun à sa place sont à la mode (Les Goonies, The Monster squad, Génération perdue…) et, dictées par le succès d’E.T. l’extra-terrestre, on assiste même aux naissances d’étranges amitiés telles que celle entre un vieil ado et un Mogwaï (Gremlins), celle entre trois pré-pubères et une fratrie alien (Explorers) ou celle entre un détective alcoolique et des personnages de cartoon (Qui veut la peau de Roger Rabbit)… Même Indiana Jones se paye son inévitable sidekick (Demi-Lune, un jeune Chinois de 9 ans !) dans le pourtant très sombre Indiana Jones et le temple maudit… Du coup, on va jusqu’à faire de l’amitié un genre cinématographique à part entière, le Buddy Movie, dont le concept est d’associer deux êtres n’ayant rien en commun mais que la force des choses va faire cohabiter: L’arme fatale, Midnight Run, 48 heures, Tango et Cash, Un ticket pour deux… La liste est sans fin et même le grand Clint Eastwood s’y essaiera : si Hauts les flingues ! avec Burt Reynolds en guise de partenaire se révélera peu flatteur, l’increvable inspecteur Harry ouvrira les années 90 avec le redoutable La relève, monument de bravoure dans lequel il fera équipe avec l’icône de l’époque Charlie Sheen.

 

 

Tout comme Sheen dont la respectabilité semblera s’effriter au cours des années, elles sont légions ces figures éternelles du cinéma des années 80, oubliées depuis car estampillées vieillottes. Des incontournables de l’époque, promis à de brillants avenirs mais qui échoueront la faute, bien souvent, à quelques rôles cultes bien trop collant. Si certains comme Corey Feldman préféreront se reconvertir vers d’autres professions tout en négociant ici et là quelques apparitions dans de petites productions, d’autres tels que Ralph Macchio (les trois épisodes de Karaté Kid) ou Steve Gutenberg (Police Academy, Short Circuit) persisteront et verront leurs carrières très sérieusement décliner à l’instar de Micheal J. Fox (Retour vers le futur), Nancy Allen (Robocop, Blow Out…), Mark Hamill (La guerre des étoiles), Rutger Hauer (Blade Runner, La chair et le sang) ou encore Peter Weller et Val Kilmer (aujourd‘hui relégués aux DTV)… Et lorsque le décès de la star River Phoenix (Mosquito Coast, Indiana Jones et la dernière croisade) sera mise un minimum en lumière, celle de le starlette Corey Haim sera à peine mentionnée. Mais une pléiade de talents émergent tout de même des années 80 puisque, après la mode de l’actor studio, on préfère à cette période celle du star système : quand on voit des mastodontes faire leur entrée tels qu’Arnold Schwarzenegger (Commando, Predator) ou Sylvester Stallone ( Rambo, Cobra), d’autres parviennent à se faire un nom en s’affranchissant des projets alimentaires (Bruce Willis et la série Clair de lune) ou d’un patronyme trop imposant Micheal Douglas (A la poursuite du diamant vert)…

 

 

Musique branchouille et synthés !

Hollywood redevient d’année en année un peu plus glamour mais n’en oublie pas pour autant les principales attentes du public : se divertir, oublier les impératifs de la journée pour s’amuser la nuit ! De nouveaux producteurs tels que Don Simpson et Jerry Bruckheimer débarquent et font du cinéma un exutoire populaire et branché. Ne misant pas uniquement sur la présence de quelques stars montantes en tête, ces entrepreneurs visionnaires innovent en offrant une plus large importance à la bande sonore : payant directement des artistes de variétés pour enregistrer des chansons dédiées au film, ils proposent les premières compilations pop et choc que tout un chacun peut écouter sur les ondes, en disque vinyle ou en cassette. Les métrages de cette époque sont ainsi très souvent portés par une bande son pétaradante et tendance : si on ne commande qu’un unique single de Survivor pour Rocky 3, l’œil du tigre, on offre carrément au groupe Queen de composer les titres phares de la grosse production Highlander ! C’est aussi l’arrivée de nouveaux compositeurs : le spectateur n’étant plus assez mélomane pour de l’orchestral, on lui propose de nouvelles variations initiées par les expérimentations de John Carpenter (New-York 1997), Vangelis (Blade Runner) ou de Maurice Jarre (Witness) et suivies par les travaux synthétiques de Brad Fiedel (Vampire, vous avez dit vampire? ), Hans Zimmer (Black Rain) ou des Tangerine Dream (Aux frontières de l’aube, Appel d’urgence)…

 

 

Greed is good

Complètement décomplexé vis-à-vis de l’histoire de son pays, Hollywood n’hésite pas à se lancer dans une politique artistique ouvertement manichéenne. Evinçant volontiers toute psychologie, l’industrie sacralise la volonté quitte même à justifier quelques horreurs : le cinéma permet de prolonger et de gagner la guerre du Vietnam sous la plume d’un James Cameron patriote (Rambo 2: la mission) quand il ne s’agit pas de faire une apologie de la puissance guerrière contre le mal (Aliens, le retour). Même si certains tentent de désigner les responsabilités (Outrages, Full Metal Jacket, Platoon), d’autres comme Chuck Norris (Portés disparus) ou John Milius (L’aube rouge avec l’attaque des communistes sur le sol américain) trouvent leur créneau dans ces revendications qui proposent aux Américains d’exorciser leurs démons. La science-fiction se révèle être la seule variante encore libre et visionnaire: Blade Runner, Terminator, Mad Max 2, Robocop… L’anticipation utopique et baba cool n’est plus et les réalisateurs du genre semblent porter un regard sombre sur l’évolution des choses. Car les valeurs sont biaisées faute à une glorification absurde et aveugle de l’initiative. Hollywood prône à quiconque les doctrines du rêve américain et invite chacun, quel que soit son but, à se battre pour lui. Lorsque Brian de Palma décrit l’ironie du système avec son Scarface et  qu'Oliver Stone dévoile son cynisme avec Wall Street, c’est dans une incompréhension totale que sont mis en exergue les personnages de Tony Montana et de Gordon Gekko, bientôt adulés par un public qui perd petit à petit sa morale. Comme tout est « cool » et que partir déglinguer de l’ennemi à la Top Gun est à prendre au même degré que le fait de trucider un monstre en latex façon Evil Dead, les méchants ont la cote et des fan-clubs s’organisent même autour de Freddy Krueger ou de Jason Voorhees les métamorphosant ainsi en véritables institutions culturelles !

 

 

Popcorn !

Hypnotisées par le génie de George Lucas qui a fondé son empire sur des ventes de jouets, gonflées par une politique commerciale redoutable qui consiste à vendre un film non pas comme une œuvre mais comme un produit, convaincues par le succès de leurs blockbusters, séduites par la gloire de la VHS et du Laserdisc, les sociétés de production pensent depuis bien longtemps en terme de marchandising et de vente de popcorn. Le business parallèle prend une importance considérable voir capitale dans la manière de faire un film et on assiste même à des dérives ostentatoires méticuleusement pensées : publicités camouflées pour les produits dérivés Star Wars ici et là, réclame à peine dissimulée pour des T-shirts à l’effigie du film dans S.O.S. fantômes… L’important est d’être branché et le cinéma est un moyen comme un autre d’y parvenir et de faire une bonne publicité. Les partenariats se font entre les studios et les grandes marques, les premiers voyant dans l’offre un financement et un atout stylistique et les seconds une manne non négligeable. Goodies, vidéoclips, marchandising, conventions… On cherche à la fois à s’identifier et à se différencier et tout est amené à faire parti de la pop culture. La volonté et la quête d’identité de la part du spectateur, on la retrouve bien évidement dans les films et ce au travers d’éléments plus ou moins visibles. La mode et la tendance étant guidés par les films et les films s’inspirant de la mode et de la tendance, on retrouve les Doudounes laides, les Nike Air, les teintes flashs, les looks dépareillés, les néons et autres accessoires fluo, les coupes en brosse mi-longues ou les chemises à motifs sur les écrans… Toutes les combinaisons et les innovations sont bonnes et tout est affiché sans aucune mesure et aucun jugement. D’où la formation de dérives, de mauvais goût ou de personnages parfois au bord du ridicule et de la débilité (les bandes du Retour des morts vivants ou du Justicier dans la ville 2 en sont de bons exemples volontaires).

 

 

Une volonté d’être novateur sans réelle conscience du ridicule et ce quitte même à tomber dans le kitsch plus que dans l’avant-garde. Voix robotisé pour accompagner les textes informatiques, lumières outrancières à toutes les sauces, looks horribles, langage tendance qui oscille entre la réplique culte instantanée (Je reviendrai !) et la nullité abyssale (Ca badaboum ?)… Les films des années 80 sont stigmatisés par les tendances et les modes : une ombre mais aussi une force, la marque d’une insouciance, d’une folie à jamais perdue. Peut-être valait-il mieux qu’elles s’arrêtent ces fameuses 80‘s ? Mais si ce qui semblait branché à l’époque l’était véritablement, il semblerait aussi que les tentatives actuelles sont bien vaines puisque emplies d’un certain cynisme. A se demander si l’incapacité actuelle de Hollywood à se réinventer n’est pas justement ce qui plombera les années 80 : en s’obstinant dans une quête de l’impossible, Hollywood a fini par oublier sa raison d’être…

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