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Braquage à l’italienne : la rencontre old school entre Ocean’s Eleven et Fast & Furious

Par arnold-petit
30 décembre 2021
MAJ : 21 mai 2024
Braquage à l'italienne : photo

Parti pour être une copie d'Ocean's Eleven, Braquage à l'italienne a finalement influencé les Fast & Furious et plusieurs autres films dans leur genre.

Même s'il arrive assez loin dans la liste des meilleurs films de braquage derrière les Heat, Inside Man : l'homme de l'intérieur, Un après-midi de chien et autres Reservoir Dogs, Braquage à l'italienne reste considéré par la plupart comme un bon divertissement, efficace et honnête, mais assez insignifiant dans son genre.

Spécialement conçu par la Paramount pour marcher sur les traces d'Ocean's Eleven, le long-métrage réalisé par F. Gary Gray avec Mark Wahlberg, Charlize Theron, Jason Statham, Edward Norton, Seth Green et Mos Def semble pourtant avoir largement influencé Hollywood, et notamment la saga Fast & Furious, mais aussi l'avenir de son casting et de son réalisateur.

 

Braquage à l'italienne : Photo"Allô ? Oui, c'est pour dire que nous, on n'a rien à voir là-dedans"

 

LA FINE ÉQUIPE

Le 7 décembre 2001, Ocean's Eleven sort en salles, un mois après Harry Potter à l'école des sorciers et à peine deux semaines avant Le Seigneur des Anneaux : la Communauté de l'Anneau. Un an plus tôt, X-Men avait déjà transformé l'industrie en posant les fondations de l'édifice que Marvel continuera de bâtir. Les films de braquage, comme les polars, les westerns et d'autres genres plus traditionnels, se font plus rares, les studios estimant qu'ils sont passés de mode. Mais contre toute attente, la bande de George Clooney défie tous les pronostics et réalise son plus gros braquage.

Porté par son casting de stars en parfaite alchimie et la réalisation de Steven Soderbergh, le film remporte un large succès, récoltant plus de 450 millions de dollars au box-office mondial pour un budget de 85 millions (hors inflation et coûts marketing) et des critiques plus que positives. La Paramount, qui avait rejeté l'ébauche d'un remake assez fidèle de L'Or se barre (The Italian Job en version originale) écrite par Neal Purvis et Robert Wade (scénaristes des James Bond depuis Le Monde ne suffit pas, entre autres), décide alors de reprendre l'idée, espérant recréer l'exploit.

 

Braquage à l'italienne : Photo Seth GreenIl est sympa ce petit film avec des casinos, dis donc

 

Le studio demande à Donna et Wayne Powers (Peur Bleue, Mortelle Saint-Valentin) d'écrire un scénario qui ne sera pas exactement un remake de L'Or se barre, comme Ocean's Eleven avec L'Inconnu de Las Vegas, mais qui sera plutôt inspiré par le film réalisé par Peter Collinson en 1969, afin de "lui rendre hommage" comme l'expliquent les producteurs et le réalisateur. Une manière élégante de dire qu'ils ne reprendront que le titre et quelques éléments du scénario original de Troy Kennedy-Martin, comme le nom du personnage principal ou la course-poursuite mémorable dans laquelle Michael Caine et son équipe s'enfuient à bord de leurs trois Mini Cooper à travers les rues de Turin.

Après deux ans d'écriture pendant lesquels il écrit 18 versions différentes, le couple de scénaristes rend sa copie et Sherry Lansing, la présidente de la Paramount, propose le scénario à F. Gary Gray. Un choix assez logique, le cinéaste ayant débuté sa carrière au cinéma avec Le Prix à Payer, un film dans lequel 4 femmes afro-américaines décident de réaliser un braquage de banque, et prouvé qu'il était capable de gérer de gros acteurs et un budget conséquent avec Le Négociateur, qui l'a un peu plus fait connaître.

 

Braquage à l'italienne : photoAttention, pas de bêtises, hein !

 

Continuant de suivre l'exemple d'Ocean's Eleven, le studio forme ensuite son casting sur-mesure. D'abord avec Mark Wahlberg, qui a enchaîné les gros rôles après Boogie Nights avec Les Rois du Désert, le génial En Pleine Tempête, The Yards et bien sûr le pas si mauvais remake de La Planète des Singes (et qui devait ironiquement incarner Linus dans Ocean's Eleven à l'origine avant d'être remplacé par Matt Damon).

Recommandée par Mark Wahlberg (avec qui elle a partagé l'affiche dans The Yards aux côtés de Joaquin Phoenix), Charlize Theron est approchée pour interpréter Stella Bridger, fille du voleur incarné par Donald Sutherland et seul personnage féminin du film. En pleine ascension depuis L'avocat du diable, la jeune actrice de 27 ans, déçue par son expérience sur Piège Fatal de John Frankenheimer, saisit immédiatement l'opportunité de refaire un film d'action.

 

Braquage à l'italienne : Photo Charlize TheronLes débuts de la nouvelle Charlize

 

Pour le séduisant chauffeur, F. Gary Gray choisit ensuite Jason Statham sur les conseils de sa directrice de casting Sheila Jaffe (certainement inspirée par le fait que l'acteur a lancé la saga du Transporteur un an plus tôt). Seth Green, connu grâce à la trilogie Austin Powers et Buffy contre les vampires, est choisi pour incarner le geek de la bande et pour compléter son casting sur mesure, la Paramount contraint Edward Norton à prendre le rôle du méchant traître moustachu.

L'acteur avait signé un contrat pour jouer dans deux autres films du studio après Peur Primale (qu'il a renégocié pour n'en faire plus qu'un seul après en avoir refusé plusieurs pour aller tourner Fight Club) et n'a accepté que parce que la Paramount menaçait de lui faire un procès. En représailles, il refusera de faire la promotion du film ou de participer au making-of et se serait montré détestable pendant une bonne partie du tournage d'après ce qui a été rapporté dans différents articles et entretiens autour de la production.

 

Braquage à l'italienne : photoOk, ok, c'est bon, je vais sur le plateau

 

MINIONS

Si la Paramount a suivi la même recette que Ocean's Eleven et que les premières minutes installent une atmosphère comparable avec une mise en scène sobre et la musique jazzy de John Powell, qui rappelle directement la merveilleuse bande-son de David Holmes, F. Gary Gray s'écarte assez rapidement du film de braquage classieux pour basculer dans l'action à la Jerry Bruckheimer, avec course-poursuite sur l'eau, sur route, dans les airs, le métro, les égouts et à peu près partout où il est possible de faire passer un véhicule.

Son efficacité, Braquage à l'italienne la doit à son casting plus que correct, mais aussi à ses scènes d'action, réalisées dans des conditions réelles pour la plupart et avec les acteurs derrière le volant. Le film s'est clairement donné les moyens de ses ambitions, allant jusqu'à dépasser la limitation de vitesse dans les canaux de Venise pour la séquence en bateau au début du film ou bloquer Hollywood Boulevard et Highland Avenue (deux axes principaux de Los Angeles) pour la première fois de l'histoire pendant près d'une semaine pour pouvoir tourner la poursuite avec l'hélicoptère et les trois Mini Cooper dans les rues de la ville californienne.

 

Braquage à l'italienne : photoÇa passe ou ça casse


Afin de pouvoir exécuter la majorité des cascades eux-mêmes, de sorte que le film soit le plus réaliste possible, comme le voulait F. Gary Gray, les membres du casting ont reçu des cours de conduite intensifs pendant plusieurs semaines. En découvrant qu'elle avait reçu six semaines de formation supplémentaires sur le planning de production simplement parce qu'elle était une femme, Charlize Theron a tout de suite mis les choses au clair en déclarant qu'elle allait être traitée comme les autres acteurs et s'est donné pour mission de donner tort à tout le monde (ce qu'elle a fait après quelques leçons seulement, d'après l'aveu des instructeurs et des producteurs).

Cette confiance se ressent clairement, dans les scènes où elle est au volant et dans son personnage, tout comme le plaisir qu'a pu prendre l'actrice à effectuer des 180° et des dérapages avec sa Mini sous les yeux ébahis des équipes de tournage et du reste du casting.

 

Braquage à l'italienne : photoS'il te plaît, Charlize, montre-nous comment tu fais

 

Comme il l'a lui-même admis, le réalisateur s'est visuellement inspiré de la nervosité de French Connection, Ronin et de différentes publicités pour filmer les trois Mini Cooper, mais aussi de La Mémoire dans la Peau. Un film qui a redéfini le film d'espionnage, mais qui met aussi en scène une formidable course-poursuite dans les rues de Paris pendant laquelle Jason Bourne échappe à la police avec... une Mini Cooper.

F. Gary Gray considérait les trois voitures comme des "personnages à part entière" et elles sont effectivement aussi importantes que le reste du casting aux yeux de la caméra, qui reprend la nervosité et les codes de tous ces longs-métrages, mais pioche aussi dans le découpage et les effets d'un autre film de course pour les appliquer à ces Minis : le premier Fast & Furious, sorti un an plus tôt.

Et contrairement à ce qu'ont dénoncé plusieurs critiques ayant qualifié Braquage à l'italienne de "publicité géante pour Mini Cooper", le constructeur n'a pas payé un centime pour que ses voitures apparaissent dans le film, mais BMW était ravi de leur céder une trentaine de Mini Cooper dernier modèle (et les chiffres estiment que les ventes de Mini Cooper aux États-Unis ont augmenté de 22% après l'arrivée de Braquage à l'italienne en salles).

 

Braquage à l'italienne : photoVas-y, prend une photo pour mon Insta


BRAQUEURS AMATEURS

À sa sortie, même si la bande-annonce racontait tout le film en trois minutes, Braquage à l'italienne a été un beau succès (100 millions au box-office domestique et 176 millions de dollars à l'international, hors inflation), pas aussi retentissant qu'Ocean's Eleven, mais suffisant pour lancer le développement d'une suite. David Twohy (Pitch Black, Les Chroniques de Riddick) est venu proposer un scénario de film de braquage, The Wrecking Crew, mais la Paramount a préféré qu'il le retravaille pour qu'il en fasse une suite de Braquage à l'italienne, intitulée The Brazilian Job (qui aurait donc été traduit par "Braquage à la brésilienne").

Neal Pervis et Robert Wade, les deux scénaristes à l'origine de l'idée d'un remake de L'Or se barre, ont été rappelés pour participer à l'écriture de différentes versions. Un budget avait été calculé et tout semblait parti pour un nouveau braquage spectaculaire en Mini Cooper, mais le projet a constamment été repoussé, jusqu'à être totalement abandonné au début des années 2010. Un projet d'adaptation en série a été évoqué pendant un temps chez NBC, puis des rumeurs ont laissé entendre qu'une autre serait en préparation sur Paramount +, mais il est assez peu probable de voir un jour une suite, un prequel ou une série dérivée de Braquage à l'italienne.

 

Braquage à l'italienne : Photo Mark Wahlberg, Jason StathamC'est l'heure de rendre les clés (mais pas pour tout le monde)

 

Chacun a profité de la notoriété que le film leur avait apporté : entre Les Infiltrés, La Nuit nous appartient ou Ted, Mark Wahlberg a multiplié les rôles dans les films d'action (encore prochainement dans Uncharted), tout comme Jason Statham, qui a aussi été à l'affiche de Braquage à l'anglaise (The Bank Job en VO). Et Charlize Theron a tellement été dégoûtée par le sexisme latent sur le tournage que ça l'a incité à prendre des rôles d'action, comme dans Æon Flux, Mad Max : Fury Road ou Atomic Blonde, afin de changer l'image des femmes à Hollywood (ce qu'elle continue de faire avec The Old Guard ou son rôle dans la saga Fast & Furious).

D'une certaine manière, ce qu'aurait pu être Braquage à la brésilienne est devenu Fast & Furious 5 : le film réunit une équipe composée de différents talents pour braquer un gros méchant à bord ; la bande s'entraîne dans un hangar en fabriquant un parcours qu'ils devront emprunter dans les couloirs du commissariat, puis les voleurs s'échappent à bord de leurs bolides lancés dans les rues de Rio.

À partir de ce cinquième opus, la saga portée par Vin Diesel a d'ailleurs muté, passant du film de braquage au film d'espionnage jusqu'à devenir un mastodonte d'action délirant, avec un casting toujours plus impressionnant et diversifié. Au fil des aventures, Dwayne Johnson, Elsa Pataky, Nathalie Emmanuel, Scott Eastwood, Idris Elba, Vanessa Kirby, mais aussi Jason Statham et Charlize Theron ont rejoint la franchise, et finalement retrouvé F. Gary Gray pour Fast & Furious 8.

 

Braquage à l'italienne : photoOh non, pas lui

 

En plus de Fast & Furious, qui s'est également appuyé sur ses scènes d'action et ses réunions de superstars pour forger son succès, Braquage à l'italienne a également eu une incidence sur le genre du film de braquage en général, ne serait-ce qu'en démocratisant la formule  "Braquage à ..." dans les titres selon l'endroit où le film se déroule ou les personnages (Braquage à l'anglaiseBraquage à la suédoise, Braquage à l'allemandeBraquage à l'ancienne, Braquage à Monte-Carlo...), mais aussi en confirmant le modèle du genre lancé par Ocean's Eleven et repris par Fast & Furious. Modèle qui consiste à rassembler de gros noms à l'affiche avec beaucoup d'action, qui a déjà fait ses preuves et qui continue de fonctionner comme l'a récemment montré l'horrible Red Notice.

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Daddy Rich

Une putain de merveille ce film!
Certains devraient s’en inspirer avant de nous pondre des étrons en déshérence!!!!

Luigi

Un film pour lequel le mot  » cool » prends tout son sens!

saiyuk

J’adore ce film, malin, simple, sans fioriture, trés bon casting même si les roles ne sont pas non plus difficile mais il y a une belle alchimie, les scenes d’actions sont bien amenés, bien faite; l’humour passe bien, c’est le genre de divertissement que l’on ne voit pratiquement plus.
Et puis bon j’adore Seth Green….lol