Red Notice : critique du meilleur mauvais film Netflix

Simon Riaux | 12 novembre 2021 - MAJ : 15/11/2021 14:03
Simon Riaux | 12 novembre 2021 - MAJ : 15/11/2021 14:03

Red Notice, divertissement massif de fin d'année, débarque sur Netflix, porté par un casting en or composé de Dwayne Johnson, Gal Gadot et Ryan Reynolds, un budget pharaonique et une formule qui sent bon les pieds.

BITCH BETTER HAVE MY MONEY

Sitôt le cinéma considéré comme une source de revenus potentiellement importants (grosso modo, grâce à Naissance d'une Nation, premier succès international digne de ce nom), sa mutation industrielle s'est retrouvée face à un dilemme à priori insoluble, qui fait toute la singularité du médium, et le définit simultanément comme un support artistique, autant qu'une source de divertissement collectif.

 

 

Depuis le début du XXe siècle, le cinéma est une industrie du prototype, c'est à dire un système qui a besoin pour se maintenir de fabriquer à une intensité et un degré de technicité proche d'une logique industrielle, mais dont la réussite auprès du public dépend également de sa capacité à engendrer de nouvelles formes, à surprendre, à ne pas proposer systématiquement la même chose.

 

photo, Dwayne Johnson, Gal Gadot"Promis, ce n’est pas moi qui ai écrit le scénar"

 

Les studios sont ainsi écartelés entre la nécessité de permettre au 7e Art de se renouveler, et la perpétuelle tentation de se risquer à lui trouver une recette, une formule, qui dispense ou préserve du risque lié à l'innovation. Le sujet polarise d'autant plus cinéphiles et cinéphages que le grand public adoube actuellement en masse les formules pré-établies et déclinées à l'infini au détriment des projets originaux, tandis que le succès planétaire de Netflix (et plus globalement des plateformes de SVoD) nourrit le concept - largement fantasmé - d'un algorithme diabolique qui permettrait d'établir avec certitude les attentes et désirs des usagers.

Au sein de cette équation, Red Notice fait figure d'incarnation parfaite des actuelles tendances industrielles, de leurs atouts comme de leurs limites. Un constat qui, sur le papier, pourrait s'appliquer à des dizaines de produits conçus ses dernières années, dans un contexte où le règne de Marvel sur les plus hautes marches du box-office a poussé la concurrence à se métamorphoser en vaste système de blanchiment d'idées. À la différence que le film de Rawson Marshall Thurber a poussé si loin cette logique, qu'elle prend ici des proportions ahurissantes.

 

photo, Dwayne Johnson, Gal Gadot, Ryan Reynolds50 Nuances de gras

 

LE CLUB DES TROIS 

De ses décors rachitiques dopés à coups de fonds verts, en passant par ses personnages fonctions, ses séquences d'action structurées autour d'une poignée de plans vus ailleurs mille fois, ses twists artificiels, ses acteurs moins intenses qu'une énucléation ratée, tout pourrait aboutir à un blockbuster d'une banalité toute contemporaine. Un de ces objets dont le budget pharaonique est invisible à l'écran, équivalent filmique d'une brebis clonée. Mais le métrage refuse toute forme d'identité au point de se transformer régulièrement en simulacre de ses aînés. 

Ainsi s'ouvre-t-il sur une scène de poursuite qui fait les poches de l'introduction de Quantum of Solace, avant de se lover dans les dessous de Tango et Cash, pour mieux singer True Lies, avant de se maquiller grossièrement en Indiana Jones et le Temple Maudit, le temps d'un climax aux enjeux aussi vigoureux qu'un prince britannique un peu trop rincé. Avec un je-m'en-foutisme total, Thurber ne se cache de rien, ne cherche aucunement à dissimuler le pillage, bien au contraire. C'est précisément le projet du bousin, que d'adresser un clin d'oeil au spectateur, de signer avec lui un pacte tacite, celui d'un mélange de nostalgie et d'écho lointain, capable d'entretenir sa victime dans une stase de quasi-plaisir.

 

photo, Dwayne Johnson, Ryan Reynolds, Gal GadotIl est loin le temps du Roi Scorpion

 

Il en va de même pour les interprètes, qui interagissent avec l'entrain d'un prolapsus et la finesse d'un pain-surprise mal décongelé. Chauve, savonneux, tanké comme un char d'assaut qui refuserait d’écraser une pâquerette, Dwayne Johnson serre la mâchoire et le chéquier. Gal Gadot, d'humeur partageuse, laisse à l'équipe cascades l'opportunité de la remplacer sitôt le scénario exigeant qu'elle respire. Ryan Reynolds incarne le pet synaptique avec une constance qui n'est pas sans inquiéter. Mais là aussi, difficile de nier que chacun de ces producteurs de contenu maîtrise parfaitement son pré carré, et sait l'apporter à ses innombrables fans.

 

photoGal gadin

 

RAIDE NOTICE

On ne verra rien ici qui ne soit pas puissamment générique. Il ne faut pas en conclure pour autant que Red Notice est raté. Il est même parfaitement réussi, en cela qu'il coche toutes les cases qu'il ambitionnait de biffer pour s'assurer la plus grosse surface d'attention via les algorithmes de recommandation de Netflix. Plus angoissant : il le fait bien. Car si les productions menées en dépit du bon sens, sans jamais s'inquiéter de cinéma, ont jusqu'à présent presque systématiquement engendré de méphitiques étrons, la lobotomie douce que nous propose la plateforme parviendrait presque à rendre digeste sa recette opportuniste.

Avec moins de 100 minutes au compteur (générique inclus), le scénario, pour idiot qu'il soit, demeure rondement mené. La paresse de Reynolds vous agace ? Son art de la rupture de ton fera passer la pilule. Vous êtes conscient que Gadot joue moins bien qu'un gant de toilette ? Son charisme vous le fera un peu oublier. L'aura de désherbant industriel de Johnson vous a lassé ? Attendez de le voir contracter un deltoïde plus galbé qu'une cuisse de culturiste stéphanoise. Pour minable que soit leur conception, les scènes d'action n'ennuient jamais. Les décors générés numériquement ont la politesse d'être variés.

 

photo, Dwayne Johnson, Ryan ReynoldsIndiana jeune

 

Même les effets spéciaux parviennent à se hisser légèrement au-dessus du tout-venant super-héroïque, comme pour ne jamais laisser leur proie détourner trop vivement les yeux de son écran. Mer d'huile apparue dans un océan de nullité industrieuse, le blockbuster pourrait bien être détestable par sa tiédeur calculée, son choix de sacrifier toute recherche dramaturgique ou quête spectaculaire au désir d'incarner le plus petit dénominateur commun.

Poison lent et sucré, il s'auto-détruit dans le cerveau de l'usager quelques secondes après son visionnage, comme pour mieux l'encourager à recommencer l'expérience, dès que la plateforme lui mettra sous le nez un nouveau monstre de Frankenstein filmique.

Red Notice est disponible sur Netflix depuis le 12 novembre 2021

 

Affiche officielle

Résumé

Le néant a un nouvel emblème, un totem à sa gloire. Jamais détestable, jamais mémorable, Red Notice est à l'image de son casting. Inconsistant, prévisible, attendu, et trop propre pour être honnête.

Autre avis Arnold Petit
Sous ses apparats, Red Notice est une purge insipide et fonctionnelle qui ressemble à tout et finalement à rien. Ryan Reynolds joue le même bouffon insupportable tandis que Dwayne Johnson et Gal Gadot se contentent du minimum (c'est-à-dire montrer leur tronche). Heureusement que le film est lui-même conscient de sa bêtise et sa futilité.
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commentaires
Simon Riaux - Rédaction
23/11/2021 à 10:52

@X-or

Le souci, quand on pérore sans avoir la plus petite idée de ce dont on cause, c'est qu'on se plante bien comme il faut.

Ces derniers jours seulement, nous avons abordé : Oranges Sanguines, Clair-Obscur, Pig, Barbarque, ou encore First Cow. Pour ne parler que du cinéma. Nous ne vous y avons pas vu y laisser de commentaire.

Du reste, la ligne d'EL demeure ce qu'elle a toujours été. Celle d'un média curieux du cinéma au sens le plus large qui soit, sans complaisance ou bienveillance de façade pour tel ou tel genre. Et donc oui, par conséquent, nous nous passionnons également pour les enjeux industriels et artistiques des blockbusters. Nous sommes navrés que cet esprit d'ouverture vous ait froissé.

Si vous voulez comprendre un peu plus concrètement comment Red Notice pille Quantum of Solace, et sans le moindre du monde s'en cacher, il vous suffit de lire le dossier que nous avons consacré à la question : https://www.ecranlarge.com/films/news/1404890-red-notice-sur-netflix-james-bond-indiana-jones-avez-vous-vu-ces-hommages-grossiers

X-or
23/11/2021 à 10:40

La ligne éditorial de ce site me fait doucement rire.
Ne parler du cinéma qu'à travers les blockbusters et du jeux vidéos qu'à travers les AAA.
Bref avoir un contenu mainstream pour avoir du Vu.
Pérorer sur Fast and furious notamment.
Evoquer MArvel ou DC tous les jours encore.
Pourtant vous dézinguer le top de ce qui vous fait vivre.
D'autres journaux bcp plus pointus que vous ont trouvé le film très divertissant.
J'ai trouvé le film divertissant.
La démonstration de tout a été vu ailleurs est erronée dès le début. Evoquer une course poursuite au début copiée sur Quantum est un mensonge.
Il n'y a pas de course poursuite.
Ce sont des flics qui arrivent à un musée.
Franchement plutôt que de parler de trucs nazes évoquer des trucs biens

Blue Star
19/11/2021 à 16:15

En résumé ;
"Le néant a un nouvel emblème, un totem à sa gloire. Jamais détestable, jamais mémorable, Red Notice est à l'image de son casting. Inconsistant, prévisible, attendu, et trop propre pour être honnête."
Fixed ! Ceci dit, RAF de voir Dwayne Johnson et Gal Gadot dans ce genre de purge NetShit au rabais, cela reste dans l'ADN de leurs carrières respectives.
Par contre, c'est plus préoccupant pour Ryan Reynolds, qui évolue d'habitude dans un autre registre bien plus gratifiant.. Un accident de parcours très probablement... : (

Alixismoi
16/11/2021 à 14:16

Je l'ai vu ( en entier ) peut être par masochisme ou alors mon côté jusqu'au boutiste je ne sais pas.
La seule qualité que je lui ai trouvé est le fait de ne pas avoir vu de placement de produit ou alors j'ai pas fait attention.
Sinon oui c'est un film oubliable.

Miami81
16/11/2021 à 13:35

Pas plus de 2 étoiles pour ma part. S'il se laisse suivre, il est relativement ennuyeux et les effets spéciaux relativement raté notamment au niveau des incrustations de paysage particulièrement mauvaises. Pour le reste, comme vous le dites, on est dans un produit hyper formaté qui pioche sans vergogne dans tous les films à succès qu'il peut de Indiana Jones à fast and Furious 4. Finalement, le moment qui m'a le plus fait rire a été la scène avec un guest star inattendue mais très drôle.

Philo32
15/11/2021 à 21:07

Je l'ai vu et je le considère comme un bon divertissement un dimanche après-midi pluvieux.
C'est prévisible mais c'est agréable
Pas pire que certains films qui en sont à leur n° 9 et qui sont avec des ficelles grosses comme ça. ..
Chacun se fera son idée

Gargaruthe
15/11/2021 à 05:15

C'est loin d'être faux, mais loin d'être vrai également. En tout cas bravo pour cette critique, on arrive à percevoir largement la condescendance de l'auteur à travers la critique, c'est beau.

Idontcare
14/11/2021 à 23:24

J'ai eu plaisir de voir ce film avec ma moitié. Et on a passé un bon moment, on a rigolé, on aimé la petite ref nazi perdu en Amérique latine.
C'est ce qu'on attend de ce film, un chouette moment et il coche les cases. Une suite nous dérangerait pas, en tt cas.

Rico
14/11/2021 à 23:19

Aucune audace dans la réalisation.
Aucune inventivité dans l’aventure.
Fond vert ignoble, aucune recherche pour rendre le tout mémorable, votre 2,5 est généreux…

Victorl3363
14/11/2021 à 23:00

Eh bien je n'ai aucun commentaire là dessus parceque je ne l'ai pas encore vu

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