Thelma et Louise : le pamphlet féministe ultime du cinéma américain ?

Gaël Delachapelle | 14 octobre 2021
Gaël Delachapelle | 14 octobre 2021

Retour sur Thelma et Louise, le road-movie féministe de Sir Ridley Scott, avec Geena Davis et Susan Sarandon en cavale.

Après avoir fait une entrée fracassante dans le cinéma américain, avec ses trois premiers chefs-d’œuvre (Les Duellistes, Alien, le huitième passager et Blade Runner), le cinéaste britannique Ridley Scott a enchaîné les échecs commerciaux, malgré une filmographie aussi dense que fascinante, grâce à sa cohérence thématique et formelle. Que ce soit le conte fantasmagorique Legend, véritable suite spirituelle à son Blade Runner, ou encore le polar Black Rain, avec Michael Douglas au pays des yakuzas.

Mais bien avant de faire renaître de ses cendres le genre désuet du péplum, au début des années 2000, avec Gladiator, Scott va déjà connaître un regain de popularité à l'aube des années 90, avec Thelma et Louise. Un road-movie mettant en scène Geena Davis et Susan Sarandon dans une somptueuse fuite ayant pour toile de fond les paysages de l’Ouest américain, devenu culte avec le temps pour sa dimension féministe intemporelle (et lauréat d’un Oscar pour son scénario original aux antipodes des codes de son époque).

On revient donc sur ce western moderne, véritable anomalie parmi les productions hollywoodiennes 90's, de par sa production et l'approche des genres de son écriture, afin de comprendre pourquoi Thelma et Louise est peut-être bien le pamphlet féministe ultime de son auteur, mais aussi tout simplement celui du cinéma américain tout entier.

 

photo, Geena Davis"Et on prend une jolie photo pour l'envoyer à Ecran Large"

 

Bonnie & Louise

Avant d’être un film signé Ridley Scott, Thelma et Louise, c’est d’abord un scénario écrit par Callie Khouri, dont la gestation est née de sa lassitude face à un constat, à savoir celui d’un cinéma américain peuplé de genres dont les codes sont exclusivement réservés à la gent masculine. En effet, si Thelma et Louise est un film de genres dans le sens pluriel du terme, abordant à la fois les codes du road-movie, du buddy-movie, mais surtout du western, il se démarque avant tout grâce à l’écriture de son scénario, mettant en scène deux femmes dans une cavale à la Bonnie & Clyde à travers l’Ouest américain.

Une note d’intention clairement assumée dans le titre de l’œuvre, qui fait irrémédiablement référence au film d’Arthur Penn sorti en 1968. Un film qui rompait totalement avec les codes du classicisme américain, notamment à travers la violence graphique de sa conclusion anti-hollywoodienne au possible. Et de la même manière que Bonnie & Clyde annonçait le bouleversement que sera le Nouvel Hollywood, Thelma et Louise entend bien changer la donne dans le paysage du cinéma américain des années 90.

 

Photo Faye Dunaway, Warren BeattyBonnie & Clyde, ou les ancêtres de Thelma et Louise 

 

Et comme toujours, le changement fait très peur aux producteurs des majors hollywoodiennes. Callie Khouri essuie de nombreux refus, ambitionnant dans un premier temps de réaliser elle-même le long-métrage (pour la modique somme d’un million de dollars). La scénariste va alors enfin frapper à la bonne porte, celle de Mimi Polk Gitlin (productrice de Traquée, l’un des précédents échecs de Scott), qui va être séduite par cette proposition donnant la part belle à des personnages féminins, au point d’augmenter le budget à 16 millions de dollars et de soumettre le scénario à Ridley Scott.

La suite est réservée aux abonnés. Déjà abonné ?

Accèder à tous les
contenus en illimité

Sauvez Soutenez une rédaction indépendante
(et sympa)

Profiter d'un confort
de navigation amélioré

Newsletter Ecranlarge
Recevez chaque jour les news, critiques et dossiers essentiels d'Écran Large.
Vous aimerez aussi
commentaires
Ethan
15/10/2021 à 10:30

Je viens d'envoyer un message pour répondre mais c'est effacer, ce qui me surprend car je ne pense pas avoir été choquant. C'est difficile de pouvoir répondre

En tout cas c'est un très bon film

Bob
15/10/2021 à 09:47

@Ethan
[………."Lorsque le film on ne parlait pas de film féminisme"……….]

Strictement, radicalement, intégralement faux.
Les critiques à l’époque parlaient presque toutes de féminisme.

Ce n’est pas un mot qu’on a subitement découvert en 2020 !

Ethan
15/10/2021 à 08:11

@Hocine
Ça dépend de ce que entend par féminisme.
Lorsque le film on ne parlait pas de film féminisme

Hocine
14/10/2021 à 22:52

Le film Thelma et Louise était ressorti dans les salles, il y a quelques années. A cette occasion, je pense l’avoir vu au cinéma Le Champo, à Paris dans le 5ème arrondissement.
La première fois que je l’ai vu était à la télé. C’est l’un des films de Ridley Scott que je préfère. J’ai tout de suite été attiré par son côté western et road-movie. Le casting est parfait, depuis les premiers rôles jusqu’aux rôles secondaires. La fin est à la fois belle et tragique: juste inoubliable.
Évidemment, le pamphlet féministe n’a pas échappé à grand monde mais il s’agit également d’un grand film sur le rêve américain et ses désillusions: si beaucoup ont pensé à Bonnie and Clyde en voyant Thelma et Louise, moi, j’ai pensé à un autre film dont le titre original partage les mêmes initiales: Thunderbolt and Lightfoot de Michael Cimino, Le Canardeur en français. Dans ce film, les deux protagonistes, joués par Clint Eastwood et Jeff Bridges, avaient également soif de liberté et en sillonnant les routes, semblaient être à la recherche d’une Amérique perdue, qui n’a peut-être existé que dans les films.
Je me suis d’ailleurs toujours demandé si Thunderbolt and Lightfoot avait été une source d’inspiration à Thelma et Louise. Thelma et Louise rappelle en tout cas les road-movies des années 70.

Eddie Felson
14/10/2021 à 21:15

Un bijou que le temps n’altère pas et qui, au contraire, le rend plus précieux car totalement en phase avec les remous de notre époque qui ose plus que jamais revendiqué l’égalité homme-femme - et pas que!
@Ethan, tu dis «  Mais cataloguer ce film de féministe je trouve que c'est pas digne. Les années 1990 ne sont pas des années où les femmes étaient relayées à un second plan »…
Pas d’accord! Pas d’accord du tout! Tout l’inverse même!!!
Ce film prend très clairement le parti des ses protagonistes féminines principales qui, si mes souvenirs ne me trompe pas, voit l’une d’entre elles au moins être soumise et battue, traitée comme une moins que rien par son mari, vendeur à la petite semaine, et qui la trompe par ailleurs! La totale quoi! C’est en quelque sorte une chronique, au-travers de ce personnage du mari, de la lâcheté crasse masculine, aussi violente qu’ordinaire!
Elle (Geena Davis) et son amie/voisine décident de rompre avec cette vie qui n’en est pas une en se barrant et en faisant sauter tout les interdits et autres codes moraux qui régentaient leurs vies jusqu’alors et ce jusqu’au grand saut final, symbole ultime et sans retour de leur libération (condition féminime, asservissement, violence…)!
La situation des femmes n’étaient donc pas plus reluisante hier (même pire?) qu’aujourd’hui et ce film était donc une vrai bombe à l’époque dans le paysage cinématographique US qui n’avait jamais vu jusqu’alors s’étaler sur grand écran une oeuvre aussi résolument & furieusement féministe dans un monde où, il y a 30 ans de cela, il était préférable de ne pas évoquer tout cela en tout cas pas si frontalement. Donc oui c’est un film, un grand film, féministe et qui plus est à une époque - comme avant et après - où les femmes étaient très et trop souvent relégué au second plan!

M’enfin!

Flash
14/10/2021 à 19:03

Film pas revu depuis des lustres, casting fantastique, avec les débuts d’un petit jeune qui ira loin.
L’alchimie entre les deux actrices est totale, ce qui contribue à la réussite du projet.
Et puis cerise sur le gâteau, il y a le capitaine « bouffe la moule » qui m’avait bien fait marrer.

Kyle Reese
14/10/2021 à 16:10

Superbes Geena Davis et Susan Sarandon. 2 Rôles hyper marquant.
Un film en avance sur son temps c'est peu de le dire. Thelma et Louise dans la légende !
Faut que le revoit de nouveau, ça fait longtemps.

Morcar
14/10/2021 à 15:50

J'adore ce film, que j'ai racheté en BluRay récemment encore.

sylvinceptiion.
14/10/2021 à 12:46

Si le mot chef-d'oeuvre a encore un sens.
Au-delà de son aspect féministe assumé, tout est parfaitement magique dans ce film, la photo, les décors naturels, la musique, les actrices... il ne vieillira jamais.
Thelma et Louise sont éternelles.

votre commentaire