Black Rain : Michael Douglas au pays des yakuzas dans un grand film oublié de Ridley Scott

Gaël Delachapelle | 29 juin 2021 - MAJ : 29/06/2021 18:25
Gaël Delachapelle | 29 juin 2021 - MAJ : 29/06/2021 18:25

Retour sur Black Rain, le polar urbain 80's culte de Sir Ridley Scott, avec Michael Douglas au pays du soleil levant.

Parmi les grands cinéastes formalistes du cinéma américain contemporain, le Britannique Sir Ridley Scott est l’un des rares à pouvoir se targuer de s’être essayé à un peu près tous les genres de ce grand réservoir qu’est le puit d’Hollywood. Le film d’époque avec son premier essai, Les Duellistes, la science-fiction avec ses chefs-d’œuvre, Alien, le huitième passager et Blade Runner, ou encore le Péplum moderne, qu’il a tout simplement dynamité avec Gladiator, au début des années 2000.

La question de la légitimité du statut d’auteur de Ridley Scott se posait pourtant déjà à l’époque de Black Rain, son sixième long-métrage, sorti en 1989. Après avoir enchaîné deux grands films au début de sa filmographie, le cinéaste britannique se met à stagner méchamment avec les échecs commerciaux successifs de Blade Runner et Legend. Le second, un conte fantasmagorique avec Tom Cruise et des licornes, a connu une production aussi chaotique que son polar SF néo-noir, ainsi que plusieurs montages, dont un director’s cut sorti en 2002.

Et c’est après un passage par le polar pur et dur avec Traquée (qui se solde par un nouvel échec) que Ridley Scott revient au polar urbain avec Black Rain, une excursion au pays du soleil levant avec un Michael Douglas fraichement oscarisé. Un film de Yakuzas sous influence japonaise, donc, mais dont l’esthétique n’est pas sans rappeler l’adaptation de Philip K. Dick, dont il est le miroir inversé sur bien des aspects.

Préfigurant le carton au box-office de son road-movie féministe Thelma et Louise (qui lui permettra de renouer avec le succès après plusieurs années d’errance), le second (et dernier) polar atmosphérique de Ridley Scott marque la fin d’une époque et le début d’une nouvelle ère dans l’œuvre d’un formaliste hors pair.

 

photo, Michael DouglasMichael Douglas écoute ce qu'on dit, donc prudence...

 

Un New-Yorkais au pays du soleil levant

Au-delà de sa multidisciplinarité, la filmographie de Ridley Scott s’est toujours différenciée du cinéma d’action très américain de son frère Tony, de par le regard très européen du réalisateur, et ce dès sa première excursion dans la science-fiction, avec Alien et Blade Runner. Il suffit de voir l’esthétique très épurée du premier volet de la saga du xénomorphe, ainsi que son ancrage très réaliste dans un contexte propre à son époque (il est question ni plus ni moins que de lutte ouvrière, et d’une compagnie capitaliste invisible prête à sacrifier son équipage), qui en font l’antithèse d’un Star Wars, sorti deux ans auparavant.

Son troisième film, Blade Runner, ressemble plus à une balade nocturne existentielle, sur fond de polar néo-noir, qu’à un blockbuster de SF spectaculaire. Le cinéaste est plus intéressé par la nature profonde de son détective, Rick Deckard (Harrison Ford). Une sorte d'Humphrey Bogart, qui déambule dans un Los Angeles futuriste qui sert littéralement de toile de fond à des questions existentielles.

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commentaires
Ded
03/07/2021 à 11:54

Sauf le flic nippon (magnifique Ken Takakura !), honnête, droit, gentil, empathique, intelligent, réservé, reconnaissant, attachant, digne, etc, etc...
Inutile alors de chercher du racisme partout et surtout là où il n'y en a pas.

Ded
03/07/2021 à 11:39

Ce n'est pas un grand film, loin s'en faut. Mais, en marge de mon panthéon de grands films et réals, il fait partie de mes "plaisirs cinématographiques coupables", au même titre que John Wayne ou The Rock. Certes le film n'est pas exempt de clichés racistes (le méchant japonais grimaçant, les flics dépassés et naïfs, à la limite de la compétence...) mais, à bien y regarder, ne rétablit-il pas l'équilibre ? En effet, les principaux protagonistes au vocabulaire limité et ordurier, ambassadeurs involontaires de l'ordre et de la justice américaine, sont un gros con macho, colérique et corrompu et un jeune chien fou décérébré, totalement irresponsable et superficiel, tout obnubilé qu'il est par sa seule apparence vestimentaire... Le personnage de Kate Capshaw ne les remet-il pas à leur place, en notre nom, en leur lançant un sarcastique : "Oh, deux américains qui ne seraient pas parfaits !".
Il remet aussi l'Amérique moralisatrice face à ses exactions nucléaires par la voix du personnage de Tomisaburo Wakayama (le célèbre "Baby Cart" et frère de l'acteur Shintaro Katsu !) en lui faisant grommeler, en substance : "vous avez rendu notre pluie noire..." comme justification (très compréhensible !) à la haine qu'il porte aux américains.
Tout le monde en prend donc pour son grade et comme nul n'est parfait...

Tuk
01/07/2021 à 23:56

je n'avais pas du tout aimé a la premiere vision au cinema, mais apres l'avoir revu, j'ai adoré !

Non Merci
30/06/2021 à 21:11

Ce film était mauvais en 1988, il le reste en 2021.
C'était du niveau d'un épisode de Rick Hunter en mode esthétisant blade runnerisé, le scénar' puait la prévisibilité, le personnage de Michael Douglas est stupide mais pire que tout : ce film est incroyablement raciste ! Le traitement des japonais est plus que ridicule : exécrable.

Le Ridley sortait d'un énorme passage à vide au box-office (doublette déconfite B.R./Legend), ce n'était qu'un film de commande qu'il a expédié comme un spot publicitaire (la photo est tellement poussée dans les néons et les filtres que c'en est grotesque !)

Bref... Vous êtes vraiment des pitres mononeuronaux, Ecran Large...

Petit escargot
30/06/2021 à 20:29

Ou quand « Un shérif à New-York » de Don Siegel (1968) rencontre « Yakuza » de Sydney Pollack (1974).

Mera
30/06/2021 à 14:22

Au pays des clichés sur les japonais surtout !

Dario 2 Palma
30/06/2021 à 13:25

Je trouve qu'il a très mal vieilli ce BLACK RAIN, trop de clichés dans le scénario et le pauvre Michael Douglas en flic macho un peu beauf, qui frime cheveux au vent sur sa mobylette, difficile de ne pas sourire aujourd"hui!
Le combat final avec le méchant asiatique qui grimace aussi et se prend une râclée par le gentil américain, sur fond de rock FM vaguement triomphaliste...c'est toute une époque!

J'ai par contre un meilleur souvenir du précédent polar années 80 de Scott, TRAQUEE.

Kyle Reese
30/06/2021 à 12:30

@Faurefrc

L'année du dragon, superbe en effet. Mickey Rouke au sommet de sa gloire avec sa belle gueule ... toute cassé maintenant. Pas vu Yakuza, mais je le note sur ma liste.

@Cooper

Oui, il y a le Traqué masculin et le Traquée féminin. Les 2 films sont bons dans leur genre respectifs.

Faurefrc
30/06/2021 à 09:53

J’ai bien aimé le Yakuza de Sydney Pollack et son ambiance 70’s… mais j’avoue avoir un petit faible pour Black Rain et son esthétique à la Blade Runner. J’ai une vieille copie DVD qui ne rend pas hommage à la photo du film et qui m’avait bien marqué la rétine quand j’étais gamin.
Dans le même genre de film (un flic occidental vs la culture orientale/asiatique), j’avais bien apprécié l’Année du dragon de Cimino avec Mickey Rourke où a l’époque il avait encore une tête humaine.

Pp
30/06/2021 à 09:31

Un peu remake de yakuza 1974 avec R Mitchum et k Takakura et pour le rôle A. Garcia R. Jordan aujourd'hui disparu mais ça n'enlève rien à l'immense talent de Ridley Scott

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