American Gangster : le dernier grand film populaire de Ridley Scott ?

Gaël Delachapelle | 27 juillet 2021
Gaël Delachapelle | 27 juillet 2021

Retour sur American Gangster, la grande fresque mafieuse de Sir Ridley Scott, avec Denzel Washington en parrain noir.

Cela fait plusieurs fois que nous revenons sur l’œuvre de Ridley Scott, cinéaste britannique dont la dense filmographie aura abordé à peu près tous les genres du cinéma américain. Que ce soit la science-fiction avec Alien, le huitième passager et Blade Runner, le polar urbain avec son trop méconnu Black Rain, ou encore le conte de fantasy avec Legend, où il est question de Tom Cruise et (encore) de licornes qui courent dans une forêt au ralenti. Mais à travers ces genres, Ridley Scott aura également dressé, au fur à mesure des années, un portrait politique vénéneux de l’Amérique contemporaine, dont certains chapitres fonctionnent même en diptyque avec l’œuvre de son frère, le regretté Tony Scott.

Comme le film de guerre La chute du faucon noir, pamphlet antimilitariste produit au sein de l’écurie Jerry Bruckheimer, producteur des films de son frangin (Top Gun, USS Alabama). Ou encore Mensonges d'État, complément indispensable au Spy game de Tony Scott, dont il est le miroir sur bien des aspects. Puis, il y a American Gangster, une fresque mafieuse noire et pessimiste (à l’image de son auteur), où le cinéaste va directement chercher l’acteur fétiche de son frère (Denzel Washington) pour lui faire enfiler le costume du parrain noir de la drogue Frank Lucas.

Scott s’y essaie au genre classique (et politique) du film de gangsters, puisant autant dans le French Connection de William Friedkin que dans Le Parrain de Francis Ford CoppolaOn revient donc sur ce film de mafieux, devenu avec le temps un véritable classique du genre, mais aussi tout simplement l’un des meilleurs films de son réalisateur.

 

photo, Denzel Washington, Russell CroweOn planche sur l'affaire

 

American Connection

American Gangster est ce qu’on peut appeler un projet de longue date, qui est passé entre plusieurs mains à Hollywood, dont celles de cinéastes prestigieux, notamment Brian De Palma et Antoine Fuqua, pour ne citer que les plus concernés. Si la version du réalisateur de Training Day (avec Denzel Washington déjà casté dans le rôle de Frank Lucas) a bien failli aboutir, c’est finalement Ridley Scott qui s'est vu engagé par la production pour porter à l’écran l’histoire du célèbre parrain noir, avec le scénariste oscarisé Steven Zaillian (La Liste de SchindlerGangs of New York) à l’écriture.

Basé sur un article de Mark Jacobson, publié dans le magazine New York en 2000, relayant les entretiens entre le journaliste et le mafieux, American Gangster fait preuve d’une précision chirurgicale dans sa retranscription des faits relatés. L’histoire se déroule dans le New York de 1968, pendant la Guerre du Viêt Nam, à peu près à la suite de celle du French Connection de Friedkin, qui relatait l’enquête de "Popeye" Doyle (Gene Hackman) et Buddy "Cloudy" Russo (Roy Scheider) sur les réseaux de la French Connection. Une organisation criminelle connue pour avoir importé la majorité de l’héroïne consommée aux États-Unis depuis Marseille dans les années 60.

American Gangster fait d’ailleurs plusieurs fois référence à cette enquête, ainsi qu’aux véritables enquêteurs derrière les pseudo Popeye et Cloudy, à savoir Eddie Egan et Sonny Grosso. Ce n’est par ailleurs pas anodin, puisque d’un point de vue chronologique, le film de Ridley Scott pourrait être la suite de celui de Friedkin, à la différence qu’ici, il est question d’une autre époque et d’une autre "famille" de la pègre new-yorkaise.

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commentaires
Hugo Flamingo
30/07/2021 à 13:15

J'aimerais, avec honnêteté et bienveillance, avoir les raisons pour lesquelles certains admirent autant ''seul sur Mars''. N'ayant pas aimé (trop facile, trop attendu, rien de novateur, trop bien pensant/hollywoodien), si certains parmi vous peuvent me donner une ou deux raisons pour mieux comprendre cet engouement, alors je me coucherais moins sot. Et si en plus c'est en lien direct avec la dramaturgie, alors je me reveillerais bien plus intelligent.
Cordialement et bisous.

Miglou debarque
28/07/2021 à 10:28

@captp
En même temps ces insupportables ont débarqué en Normandie et nous ont sauvé la mise et peut être sont-ils préférables aux troupes soviétiques en Prusse orientale
… a vous de choisir
La France a l’anti américanisme facile et une histoire militaire récente peu glorieuse

Pat Rick
28/07/2021 à 09:56

Pour moi, c'est Prometheus son dernier grand film.

captp
28/07/2021 à 09:52

Black Miglou :disons l'occident symbolisé par les américains .
ils sont tous insupportables avec de belles tête de c*ns.
ils sont gorgés d’orgueil et n'envisagent pas une seule seconde la défaite .
rien que par le titre du film l'intention me parait ne faire aucun doute.
après c'est sur qu'il y va de manière trop timide (il est pas ricain) du coup tout le monde peut voir midi a sa porte et c'est ce qui est arrivé.

Hocine: la version longue de Kindom of Heaven est un chef d'oeuvre si tu ne l'as pas vu je te la conseille, le charcutage de la version ciné a complètement supprimé la dimension politique essentielle de ce film.

sinon bien que pas parmi mes ridley scott préféré j'ai bien aimé American Gangster. en tout cas vous m'avez donné envie de le revoir .c'est marrant car je trouve que c'est avec la chute du faucon noir deux films qui me font penser a son frère.surement du coté du montage .

Hocine
28/07/2021 à 00:02

Je n’ai pas vu tous les films de Ridley Scott et je ne saurais dire quel est son dernier grand film.
Parmi ceux que j’ai vus, j’ai apprécié Les Duellistes, Alien, Blade Runner, Black Rain, Thelma et Louise, Gladiator, La Chute du Faucon Noir, American Gangster et Mensonges d’Etat. En revanche, je n’ai pas vraiment été convaincu par Kindom of Heaven, Robin des Bois et Cartel.

J’ai vu American Gangster lorsqu’il est sorti en salles. Pour moi, ça reste un grand film des années 2000. La reconstitution des années 70 est convaincante, le casting est très soigné, avec un scénario efficace bien que classique. Les scènes d’action sont dynamiques. Le charisme de Denzel Washington fait le reste, sans compromettre l’équilibre entre ses scènes et celles de Russell Crowe. L’une des difficultés pour Ridley Scott est sans doute de voir son film être comparé à de grands classiques tels que Le Parrain, French Connection, Serpico, Scarface, Les Affranchis, Casino et j’en passe.

Pierre
27/07/2021 à 22:13

Le dernier grand film de Ridley c'est Seul sur Mars, il a reçu suffisamment de nomination/prix pour être considéré comme tel, peut importe que chez écran large on sait pas reconnaître ce qu'est un grand film...

Moody
27/07/2021 à 20:43

Cartel est son dernier grand film. Immense film. Tellement sous estimé je trouve. Les textes, les dialogues sont parfaits.

Miglou Makes it clear
27/07/2021 à 15:28

En clair c’est difficile de parler d’anti militarisme dans le cadre d’une opération de l’ONU ce serait plutôt l’inverse qui serait vrai
Il faut être un peu tordu ou salement anti américain pour en arriver là

Black Miglou up
27/07/2021 à 15:07

@Dae Soo Ho
En l’espèce la Chute du FN relate l’échec d’une opération mal préparée sous l’égide de l’ONU dont la finalité était louable et donc il ne s’agit pas d’une opération militaire américaine directe à proprement parler
Un Pont trop loin raconte aussi l’histoire d’une opération militaire mal’ préparée
Ça n’en fait pas pour autant un film anti militariste
Donc….

Dae-Soo Ho
27/07/2021 à 14:28

@Black Miglou pour la chute du faucon noir, je vous invite à lire le dernier article d'Écran Large sur le sujet, ils expliquent très bien en quoi ce pourrait être un pamphlet anti-militarisme.
Super article, comme d'habitude, qui m'a une fois de plus donné envie de voir ce film, que je n'ai jamais pu regarder plus d'une demi-heure. Je vais le revoir avec vos mots en tête, on verra bien. Merci !

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