Série noire : et si le plus grand thriller américain... était français ?

Simon Riaux | 11 septembre 2021
Simon Riaux | 11 septembre 2021

Série Noire est connu comme le chef-d'oeuvre d'Alain Corneau et la plus grande performance de Patrick Dewaere. Retour sur les racines américaines de ce joyau.

Quarante ans après le suicide de son comédien principal, Série noire est toujours perçu comme l'aboutissement explosif d'une carrière fiévreuse, paroxystique, le sommet d'un interprète au moins aussi instable que l'antihéros qu'il incarne. Série Noire est également le chef-d'oeuvre d'Alain Corneau, qui signait avec son quatrième film une véritable date dans l'histoire pourtant riche du cinéma noir hexagonal. 

Il serait facile, pour ne pas dire évident, de revenir sur la genèse du projet en France, d'expliquer comment son tournage éreintant fut le catalyseur de ce récit désespéré... Mais peut-être est-il plus passionnant encore de se pencher sur ses racines, et sur comment elles relient les États-Unis à la France, grâce à un romancier, à la fois l'un des plus grands et l'un des plus sous-estimés du XXe siècle.

 

Affiche officielleUn film serré et sans sucre

 

LE CLOAQUE DE JIM THOMPSON 

Les grands maîtres du roman noir américain demeurent incontestablement Raymond Chandler et Dashiell Hammett, en cela qu’ils lui auront donné sa forme contemporaine. À travers des archétypes de flics borderline, ou de privés alcoolisés et cyniques, ils auront cristallisé une forme narrative devenue genre majeur de la littérature populaire, qui aura accouché aussi bien de chefs d’oeuvres que d’innombrables pulps, serials ou romans de gare. 

Ces archétypes n’auront cessé de migrer et de muter selon les formats, envahissant rapidement le cinéma, puis colonisant progressivement l’univers d’autres médiums, à commencer par le jeu vidéo. La saga vidéoludique BioShock par exemple, est littéralement truffée de références, directes ou indirectes, aux textes fondateurs de ce genre, jusqu’au chapitre “Burial at sea”, qui reprend au premier degré tous les tropismes du privé au bout de sa vie. 

Pourtant, les amateurs de romans noirs le savent, il est un autre auteur, une autre école, sans doute moins immédiatement aimable, mais nettement plus ravageuse, que celle de Chandler et Hammet. C’est celle portée par le romancier Jim Thompson, architecte de personnages et de récits implacables, parmi les plus radicaux de la littérature américaine, qui officia comme écrivain et scénariste, essentiellement entre les années 40 et les seventies. 

 

photo, Patrick DewaerePeur sur la ville

 

Ses textes sont semblables à une boue radioactive, qui parait bien anodine initialement, pour se révéler aussi hypnotique que venimeuse, et dont jamais le lecteur ne pourra se défaire tout à fait. Point de flic glorieux ici, nul enquêteur au sixième sens aiguisé ou détective charismatique. Chez Thompson règnent les petites frappes sans ambition, les désespérés mus par leurs névroses, celles de l’époque, de la colère ou du sexe. L’humanité ne se dévoile jamais que dans ce qu’elle a de pire, de plus monstrueux et désenchanté. Pour autant, le romancier n'a rien d'un narrateur complaisant, qui détaillerait par le menu les vicissitudes de ses contemporains.

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commentaires
Moa
12/09/2021 à 13:29

Dewaere n'a pas reçu de prix pour ce film, c'est incompréhensible. Il n'y a pas un cm de pellicule où il n'apparaît pas. Il crève l'écran.

Fred.
12/09/2021 à 10:11

C'est Bernard Blier et non Bernard Bilier comme indiqué sur cette affiche

Flash
11/09/2021 à 20:59

Mince, je crois que je n’ai jamais vu ce film.
Honte sur moi.

La Classe Américaine
11/09/2021 à 20:20

Tout, absolument tout dans ce film est exceptionnel. Dewaere, évidemment, tous les autres acteurs, les scénario, la mise en scene. Tout.

Hervé
11/09/2021 à 17:31

Le plus grand rôle de Patrick Dewaere , au sommet de son art.

Ray Peterson
11/09/2021 à 14:31

Le coup de boule mythique dans la vitre de la voiture au début par Dewaere.
Un comédien qui n'avait peur de rien comme son réalisateur à l'époque.
Chef d'oeuvre glauque et suintant.

ce Cinoche là est mort qu'on vous dit
11/09/2021 à 13:01

Depardieu_Dewaere, Blier, le top tandem de cette époque
les cinéastes classés ou auto classe à gauche, comme Corneau étaient de qualité,pour cette generation,

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