Christopher Nolan : avant Tenet, retour sur ses projets abandonnés ou manqués

Mathias Penguilly | 30 juillet 2020 - MAJ : 30/07/2020 14:48
Mathias Penguilly | 30 juillet 2020 - MAJ : 30/07/2020 14:48

Chaque grand réalisateur a son lot de projets flops et d'occasion manquée. À l'heure de la sortie de Tenet, retour sur ceux de Christopher Nolan.

Repoussé encore et encore, relégué sans cesse au placard alors que les producteurs et les fans du cinéaste trépignent d'impatience, le nouveau Nolan reste un grand mystère, une sorte de mythe estival qui apparaît et disparaît des calendriers au gré des fluctuations de la courbe pandémique. Prévu en salles pour le 26 août 2020 dans plus de 70 pays hors États-Unis (dont la date est fixée au 4 septembre), il a au moins le mérite d'avoir été mené à son terme et d'attendre gentiment que les salles rouvrent sans trop de restrictions.

Plusieurs projets du réalisateur ont effectivement été relégués aux oubliettes de l'industrie hollywoodienne, mais Ecran Large - grands seigneurs - les sort de l'ombre et réécrit l'histoire. Le réalisateur britannique a, comme David Fincher notamment, connu nombre d'échecs ou projets avortés. On fait le point.

 

photo, John David WashingtonÀ nos actes manqués...

 

SON BIOPIC MANQUÉ SUR HOWARD HUGUES

Fasciné par le parcours de vie du célèbre homme d'affaires (et producteur hollywoodien) Howard Hugues, Christopher Nolan avait écrit un scénario après la sortie d'Insomnia. Très fier de son œuvre - il a d'ailleurs déjà dit au Daily Beast que ce scénario était "le meilleur qu'il ait jamais écrit" - le cinéaste avait même trouvé la tête d'affiche idéale en la personne de... Jim Carrey.

Il faut dire que le parcours d'Howard Hughes est extrêmement approprié au monde de la fiction. Passionné d'aviation, il établit plusieurs records de vitesse au cours de sa carrière. Il est issu d'une famille d'entrepreneurs fortunés (orphelin à 19 ans) et adore la compagnie des femmes - notamment les starlettes de l'âge d'or hollywoodien. Il utilise aussi la fortune familiale pour produire plusieurs longs-métrages sulfureux au premier rang desquels on retrouve Scarfaceainsi que Les Anges de l'enfer et Le Banni qu'il réalise également.

Sa vie a fait l'objet de nombreuses adaptations - notamment littéraires - plus ou moins romancées. Le scénario de Nolan se concentrait apparemment sur les dernières années du magnat, lorsque sa fortune et sa réputation étaient clairement établies, qu'il devenait irritable et bourré de manies, et qu'il commençait son exil loin des strass de l'industrie.

 

Photo Dark CrimesAvant l'odieux Dark Murders, Jim Carrey aurait pu jouer dans drame de Nolan

 

Finalement, Martin Scorsese l'a coiffé au poteau et a réalisé Aviator en 2004, avec Leonardo DiCaprio en tête d'affiche. L'intrigue se concentre moins sur la déchéance personnelle de l'homme d'affaires que sur sa passion pour les femmes et les avions. Le film ne réalise qu'un maigre résultat de 213 millions de dollars (pour un investissement hors-marketing de 110 millions), et Nolan penaud, range au placard son projet de biopic. L'année suivante, il débute son épopée super-héroïque avec Batman Begins.

Régulièrement, l'histoire de ce scénario mystérieux revient sur le tapis et Christopher Nolan en reparle volontiers. En 2014, soit plus de dix ans après que le projet ait été archivé, il avait confié au Daily Beast qu'il "ne savait pas s'il allait revisiter son projet", qu'il ne voulait pas "l'exclure complètement même s'il a été écrit il y a longtemps". Qui sait ? Un jour peut-être, entre deux blockbusters, le maître ressortira-t-il son projet de biopic.

 

AviatorL'aviateur de Scorsese, volant dans les plumes de Nolan

 

LE PÉPLUM TROIE

L'épique film antique de Wolfgang Petersen a offert de très beaux rôles à Brad PittOrlando BloomEric Bana et Diane Kruger et permis de récolter près de 500 millions de dollars au box-office (pour un budget total d'environ 230 millions). L'histoire ne raconte cependant pas ce qui se serait produit si Christopher Nolan avait réalisé le péplum à la place du cinéaste allemand.

Avant même qu'il ne réalise Batman Begins, le réalisateur britannique a été approché par Warner Bros pour réaliser la fresque troyenne. Le studio, impressionné par son travail sur Memento, lui aurait proposé un contrat que le cinéaste a refusé pour une obscure raison. Il "ne le sentait pas" rapporte un article de Deadline datant de juin 2013.

Aucune information de plus à ce sujet, mais c'est vrai qu'en même temps, voir Nolan troquer la cape du Chevalier Noir pour les flèches de Pâris, le masque du taciturne super-justicier pour le talon nu du héros achillien, c'était un scénario un peu bizarre.

 

photo, Brad PittTroie, le talon d'Achille de la filmo de Brad Pitt ?

 

L'ADAPTATION D'UN LIVRE DE RUTH RENDELL

La romancière Ruth Rendell est une légende du roman policier britannique. À ce jour, plusieurs de ses romans ont été adaptés au cinéma à l'image de La Cérémonie de Claude Chabrol ou encore de Betty Fisher et autres histoires (Claude Miller). Ses intrigues ont également fait l'objet d'une série télévisée, The Ruth Rendell Mysteries, diffusée sur ITV entre 1987 et 2000.

Juste après Insomnia (et avant qu'il n'écrive le scénario du film sur Howard Hughes), Nolan s'apprêtait à réaliser une adaptation du livre Regent's Park de Rendell (baptisé The Keys to the Street en version originale). Publié en 1996, le livre décrit une jeune femme qui échappe à son petit copain violent et tombe dans les bras d'un individu qu'elle connaît peu et à qui elle a fait un don de moelle osseuse.

Dès la fin des années 90, Christopher Nolan écrivait un scénario adapté de ce livre, en collaboration avec Michael Stokes (un scénariste de dessin animé qui a notamment écrit pour Maya l'abeille et La Pat'Patrouille). Le studio Fox Searchlight, la branche de la Fox spécialisée dans le cinéma d'auteur et indépendant, s'était alors dit intéressé pour produire le projet.

Finalement, le cinéaste s'en est écarté parce qu'il trouvait l'intrigue du film un peu trop similaire à ses films précédents, notamment Following, le suiveur, son tout premier métrage. À ce jour, l'adaptation n'a toujours pas été produite et une version du scénario est disponible sur Internet.

 

photo, Oliver Jackson-CohenEt si Nolan avait fait Invisible Man dès 2005 ?

 

LE REMAKE AU CINÉMA DU PRISONNIER

La série britannique Le Prisonnier n'a duré qu'une seule saison, mais elle a été suffisamment marquante pour que, quarante ans plus tard, Christopher Nolan soit dans les petits papiers pour en réaliser une adaptation sur grand écran. Pour rappel, l'intrigue se concentre sur un ancien agent des services secrets anglais (Patrick McGoohan) qui se trouve prisonnier d'une étrange villa en bord de mer après sa démission.

Le producteur Barry Mendel (un producteur fidèle de Wes Anderson et M. Night Shyamalan) a annoncé en 2006 que Christopher Nolan allait réaliser une relecture de la série, écrite par David et Janet Peoples, les scénaristes de Blade Runner et de L'Armée des 12 singes. Lorsqu'il a accepté, le cinéaste s'était dit très enthousiaste à l'idée de revisiter le projet - mais pas d'en refaire une copie conforme, simplement modernisée. Le projet était alors sponsorisé par Universal Pictures et devait proposer une adaptation complètement nouvelle du concept.

 

photo, Patrick McGoohanNolan, prisonnier dans son propre projet ?

 

Sauf qu'entre temps, le réalisateur a également dû poursuivre ses projets avec la Warner, y compris la trilogie The Dark Knight et le célèbre Inception qui sortira au début des années 2010. En 2009, Christopher Nolan a donc déclaré qu'il quittait le projet pour se concentrer sur son film avec Leonardo DiCaprio, laissant Mendel sur le carreau. Le producteur affirmait alors que l'adaptation de la série n'était pas morte et qu'elle se cherchait un nouveau réalisateur. À ce jour néanmoins, le projet semble toujours au point mort.

Finalement en 2009, la série a été reprise par la chaîne américaine AMC (The Walking DeadMad MenBreaking Bad) à travers une mini-série mettant en scène l'acteur Jim Caviezel, prisonnier d'un étrange village maritime. Selon Mendel, cette adaptation est un remake de la série originale, beaucoup plus fidèle à son inspiration que ce qu'aurait pu être The Prisoner version Nolan.

 

photoUn décor qui rappelle un certain Vivarium...

 

READY PLAYER ONE & INTERSTELLAR : L'INCROYABLE SWITCHEROO

En 2018, Steven Spielberg a réalisé Ready Player One, une adaptation du best-seller international d'Ernest Cline. Le livre dépeint le futur proche d'une planète Terre polluée, surpeuplée, avec très peu de ressources naturelles. Ses habitants trouvent alors refuge dans le jeu virtuel OASIS dont le créateur a promis monts et merveilles à celui qui parviendra au bout d'une chasse au trésor de sa création. On suit alors le parcours du jeune Wade, un de ces chercheurs de trésor, parsemé d'une quantité impressionnante de références à la pop culture.

Écoulé à des centaines de milliers exemplaires, traduit en 37 langues et publié dans 58 pays différents, le livre a fait l'objet d'une adaptation moins de dix ans après sa première publication. Aux manettes, on a donc retrouvé le légendaire Steven Spielberg, qui en a fait un blockbuster à 175 millions de dollars (et qui a rapporté presque 3,5 fois cette mise). Pourtant, le cinéaste n'a pas toujours été associé au projet d'adaptation : pendant longtemps, c'est bien Nolan que la Warner avait imaginé dans la chaise de réalisateur.

 

PhotoSteven Spielberg et Christopher Nolan en pleine discussion méta

 

Immédiatement après le triomphe critique et commercial d'Interstellar (677 millions de dollars de recettes pour un budget hors-marketing de 165 millions), la Warner a fait une proposition au réalisateur britannique. Pendant trois mois entre la fin 2014 et le mois de mars 2015, le nom de Nolan était associé au projet d'adaptation, écrit par Zak Penn. Mais finalement, le studio a mis fin au suspense en annonçant que le réalisateur d'Indiana Jones avait accepté de se plier à l'exercice très casse-gueule d'adapter un bouquin aussi riche en références culturelles. Exit Nolan, sans plus de précision.

L'histoire prend toutefois une tournure encore plus étrange lorsqu'on se rappelle que Spielberg lui-même était supposé réaliser Interstellar à l'origine. Lorsque Lynda Obst et Kip Thorne avait soumis un premier traitement en 2006, la Paramount était parvenue à convaincre le réalisateur des Dents de la mer de s'associer au projet. Il abandonnera finalement la chaise pliante, ouvrant la voie à Nolan trois ans plus tard, pour le film qu'on connait désormais.

 

Photo Tye SheridanComprendre les mécaniques de studios, un vrai casse-tête 

commentaires

Flo
01/08/2020 à 19:12

...et "Man of Steel", avant qu'il ne se contente d'un (fumeux) crédit de producteur.
Du coup, ils ont essayé de faire le film à la "Batman Begins" (y compris avec une sorte de fin "létale")... Mais, Snyder oblige, y a encore trop de trucs bourrins et peu cohérents dedans.

LCR
01/08/2020 à 05:23

Il y avait eu aussi une rumeur comme quoi Nolan aurait été impliqué dans la production de l'adaptation en live action d'Akira, mais aux dernières nouvelles, c'est plutôt Taika Waititi qui serait à la charge

Karev
31/07/2020 à 07:06

Je rapporte également une tentative de projet : l'adaptation du "Dernier Testament de Ben Zion Avrohom"de James Frey, une information de Mélanie Laurent car elle adapte le livre en pièce de théâtre mais lorsqu'elle demande les droits d'adaptation, Frey pense au début qu'elle va le faire au cinéma et lui indique que Nolan envisage de les prendre pour en faire un film (l'après Interstellar), mais quand il découvre qu'elle compte en faire une pièce de théâtre, il refuse Nolan !!!

Pifpaf
30/07/2020 à 22:39

Le village est dans un désert dans le remake du prisonnier il me semble

Kyle Reese
30/07/2020 à 16:31

Impossible. Dans son univers Batman n’est plus qu’un symbole. Il s’est sacrifié pour éveiller les habitants de sa ville qui désormais reprennent les choses en mains. Éveillés ils n’ont plus besoin de vigilante.
Je trouve que la fin au contraire montre bien ce que Batman a voulu faire. Redonner la foi aux habitants, qu’ils dépassent leur peur afin de se battre pour la justice et ne plus se cacher, regarder ailleurs et se laisser faire. C’est une histoire de transmission. En se sacrifiant il devient un myth, les habitants lui doivent la vie. Ils le savent et l’honoreront en restant vigilant, alerte et combattif comme il l’a été pour eux pendant tant d’année.
D’ailleurs Batman fait un petit tour façon prestige à la fin.

corleone
30/07/2020 à 15:03

Faudrait surtout qu'il réalise un The Dark Knight 4 car j'ai toujours eu un goût d'inachevé sur ce que voulait raconté Nolan au sujet de Batman. La fin de the Dark Knight Rises m'a totalement decu.

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