Terminator : après le Dark Fail, comment la saga peut-elle renaitre ?

Christophe Foltzer | 1 décembre 2019
Christophe Foltzer | 1 décembre 2019

Lorsque le premier Terminator est sorti en 1984, c'était un événement tout comme la vraie naissance du réalisateur James Cameron. Un film de SF noir, dramatique, ingénieux, inventif et sans concessions. Après une suite qui a marqué les esprits, la saga a lentement commencé à décliner, pour atteindre son niveau le plus bas aujourd'hui avec Terminator : Dark Fate. Un sauvetage est-il encore possible ?

 

LE JUGEMENT DERNIER

Si rien ni personne ne pourra définitivement ternir l'aura des deux premiers volumes de la saga, Terminator : Dark Fate interroge, voire inquiète énormément quant à l'avenir de l'univers imaginé par James Cameron. Peut-être parce qu'on assiste, impuissants, à sa destruction des mains mêmes de son créateur. Peut-être aussi parce qu'il symbolise à lui seul tout ce qui ne va pas dans le Hollywood actuel : sa manie de recycler les vieilles gloires, son besoin de se renouveler sans bousculer quoi que ce soit, son incapacité à faire les choses correctement et intelligemment.

 

photo, Arnold Schwarzenegger, Linda HamiltonDes retrouvailles sous le signe du seum.

 

Oui, Terminator : Dark Fate nous pose une sacrée colle et nous renvoie à notre responsabilité de spectateur. Si c'est nous qui guidons le marché, puisque les studios veulent surtout se faire de l'argent, jusqu'où sommes-nous prêts à aller pour retrouver nos univers préférés ? N'est-ce pas à nous de dire "stop"le moment venu ? Et, si nous n'en sommes pas capables parce que trop attachés à ces personnages et soumis au fort désir de les revoir, il faut peut-être aborder le problème sous un autre angle et nous demander simplement comment on peut encore sauver cette saga à la dérive.

Ça tombe bien, c'est ce que nous vous proposons dans les lignes qui vont suivre. Attention cependant, il ne s'agit là que d'idées, pas de vérités et encore moins de pistes officielles fournies par les studios. Un débat prospectif en quelque sorte, auquel vous êtes évidemment tous invités à participer.

 

Terminator 2"Viens avec moi si tu veux vivre."

 

SAUVER TERMINATOR PAR LE JEU VIDÉO ?

Aujourd'hui, le jeu vidéo est durablement installé dans les consciences et les habitudes des gens, il n'est plus le seul plaisir d'un public montré du doigt et marginalisé. De ce fait, rapportant plus que le cinéma, il est un argument massif pour faire vivre un univers. Et les studios l'ont bien compris puisqu'on ne compte plus les adaptations de gros films en jeux vidéo, pour un résultat, la plupart du temps, au mieux correct.

Mais, à l'instar de Star Wars, le traitement interactif de la saga Terminator ne se limite pas qu'à des adaptations sans saveur. Lui aussi a proposé des titres originaux dans le seul but d'explorer son univers. Déjà, en 1995, deux titres avaient tenté le pari : Terminator : Future Shock et Terminator : Skynet. Développés et édités par Bethesda, il s'agissait de deux FPS qui ne sont pas restés dans les mémoires, mais qui n'avaient rien de honteux. Ils se déroulaient en pleine guerre contre les machines et nous proposaient de vivre directement ce qui n'était que suggéré dans les deux premiers films.

 

Terminator : Future ShockTerminator : Future Shock

 

Rebelote en 2019 avec la sortie de Terminator : Resistance, développé par Teyon, à qui l'on doit l'abominable Rambo : the video game sorti en 2014. Heureusement, pas de rail-shooter tout pourri cette fois, mais un vrai FPS immersif à l'accueil tiède pour un résultat tout juste honnête. Là encore, nous plongeons dans la guerre du futur, dans la peau du résistant Jacob Rivers. Pas un chef-d'oeuvre, mais un bel effort.

Mais c'est peut-être par ce biais que la saga pourra renaitre, en impliquant directement le joueur/fan pour qu'il se réapproprie cet univers, en lui faisant découvrir des aspects cachés de la guerre et en sortant de la ligne directrice limitante de la famille Connor. Encore que, vu l'aura actuelle de la marque, on en doute...

 

Terminator: ResistanceTerminator : Resistance

 

EN ASSUMANT UN VRAI REBOOT ?

On l'a vu depuis quelques années, Terminator connait toutes les peines du monde à se réinventer, mais ce n'est pas faute d'essayer. Qu'il s'agisse de Terminator : Genisys et de son bordel narratif à base de différentes timelines, ou plus simplement de Dark Fate et de son besoin d'effacer tout ce qui a suivi Terminator 2 : Le Jugement dernier pour réécrire son histoire, nous comprenons tout de suite que le coeur du problème se situe ici et nulle part ailleurs.

À force de décaler le Jugement Dernier, d'envoyer différents Terminator et d'étirer un univers déjà bien fragile à la base, la saga est arrivée à flinguer toute sa cohérence. Conséquence directe : les enjeux ne valent plus rien, les personnages n'ont plus aucun impact, l'histoire a perdu toute sa puissance et sa saveur.

 

photo, Jai CourtneyComme un air de déjà-vu

 

Il serait peut-être temps de reprendre tout à la base, de réécrire totalement l'histoire avec de nouvelles forces en présence et de nouveaux enjeux. Ce que Dark Fate essaye de faire d'ailleurs, mais avec une finesse pachydermique plus handicapante qu'autre chose. Le vrai risque à prendre est ici : s'affranchir du passé, reconstruire de nouvelles fondations et ne pas avoir peur de laisser quelques personnes sur le bas-côté dans l'entreprise. Il serait bon que les studios se souviennent que, en dépit de leurs craintes, si un produit est bon, au final, il convaincra même les plus réticents. Ce qui nous amène au point suivant.

 

photoRetour à la case départ ?

 

EN FOUTANT LA PAIX À ARNOLD SCHWARZENEGGER ?

C'est l'autre problème de la saga, son acteur principal. Il est de tous les films (physiquement ou non), il est le visage emblématique de cet univers, il est le Terminator. Mais comme il n'est pas un robot, il subit les affres du temps comme tout le monde, pervertissant sans le vouloir son principe de départ.

Si le vieillissement d'Arnold Schwarzenegger est plutôt bien géré dans Genisys avec une astuce scénaristique un peu maline (pour se fondre dans la masse, les tissus du Terminator vieillissent comme n'importe quel humain), le tour de passe-passe montre ses limites dans Dark Fate : Schwarzie n'y a clairement plus sa place et donne l'impression de jouer dans un autre film.

 

photo, Arnold SchwarzeneggerTrop vieux pour ces conneries

 

Et c'est un gros handicap parce qu'avec lui et sa présence omniprésente, c'est la preuve que la saga n'a plus rien à raconter et renie totalement son univers au profit de la facilité. Qu'il s'agisse du T-1000 ou du T-X (voire même du Rev-9), Terminator nous prouve qu'il n'a pas besoin d'un seul méchant. D'autant plus que, du point de vue de Skynet, c'est logique : envoyer un nouveau modèle plus perfectionné que l'ancien pour faire le sale boulot.

L'autre souci, c'est la décision d'avoir rendu le T-800 gentil dans Terminator 2 : Le Jugement dernier. Si l'idée était bonne à l'époque, et qu'elle avait d'ailleurs tout son sens dans l'histoire, aujourd'hui elle constitue une barrière évidente au déroulé de la saga. Il y aura toujours un Terminator gentil, même en fauteuil roulant, il aura toujours le même visage et il ne connaitra pas de développement intelligent parce que le personnage a déjà tout dit il y a plus de 25 ans. À un moment donné, il faut savoir couper le cordon.

 

Dark FateUne petite camomille avant de refaire la guerre, ça vous branche ?

 

EN REPASSANT À LA TÉLÉVISION ?

Loin d'être parfaite, la série Terminator : Les chroniques de Sarah Connor avait son lot de qualités et parvenait à capitaliser avec une certaine intelligence sur les films de James Cameron. Suite directe de Terminator 2, elle prouvait que cet univers avait encore des choses à dire et que, même s'il restait accroché à la famille Connor, cette dernière n'était pas figée.

 

photoLes chroniques de Sarah Connor

 

Ce serait peut-être une solution d'ailleurs, que de tout reprendre à la base et de prendre le temps de développer un vrai univers qui explore d'autres pistes. Bien sûr, cela signifierait se faire violence et laisser tout le reste de côté définitivement, partir dans d'autres directions, mais l'avantage résiderait dans cette possibilité de vraiment prendre son temps pour développer son monde et ses propres règles.

Avec un budget correct, un network comme Netflix ou Amazon Prime derrière, un showrunner compétent et un casting malin, on se dit que c'est loin d'être impossible.

 

photo, Thomas Dekker, Lena HeadeyOn leur dit qu'on est dispos ou pas ?

 

EN FAISANT ENFIN DES CROSSOVERS ?

S'il ne s'agit pas de faire tomber la licence dans l'escarcelle de Disney pour qu'elle intègre le MCU (même si la saga appartenait à la Fox, rachetée depuis par Disney), on se dit que le salut viendrait peut-être de son expansion à d'autres univers.

Chose qui a déjà été tentée dans les années 90 avec la saga Robocop vs Terminator dans le monde du comics et du jeu vidéo. Ce qui, en plus, ferait d'une pierre deux coups puisque la saga Robocop n'est pas au meilleur de sa forme actuellement et qu'elle semble emprunter le même chemin que son camarade avec le projet RoboCop Returns.

 

Robocop versus the TerminatorUn face-à-face historique

 

Nous aurions peut-être là, la chance de bâtir un univers vaste et riche en rebondissements. Tirer des parallèles entre l'OCP et Skynet est astucieux tout autant que cela permettrait d'avoir un vrai discours sur les dangers de l'évolution technologique, l'émergence d'une vraie I.A. et l'Humanité rabaissée au niveau de simples consommateurs-esclaves.

Des thématiques diablement actuelles pour une voie qui aurait, en plus, une grande qualité : ramener le Terminator à son statut exclusif de menace pour l'homme et non plus de meilleur pote expert en décoration intérieure. Oui, la saga a peut-être besoin de se rappeler que son Terminator n'est pas notre ami et on ne voit pas comment elle peut y arriver toute seule. D'où l'intérêt d'un affrontement avec RoboCop.

 

Shut up and dieOuais, ça serait bien cool

 

EN LAISSANT SIMPLEMENT LA FRANCHISE MOURIR ?

C'est le plus radical, mais c'est probablement le choix le plus judicieux. Terminator est arrivé à bout de souffle, Dark Fate nous l'a encore prouvé. Cette saga n'a plus rien à dire et ne peut qu'esquinter ses propres titres de gloire en rallongeant encore la sauce. L'échec en salles du film de Tim Miller remet sérieusement en question le projet d'une nouvelle trilogie.

Et on se dit que c'est la meilleure nouvelle possible pour cette franchise. Laissons-la crever tant qu'il est encore temps. Elle souffre sous nos yeux et nous nous gaussons de son état pitoyable. Ce n'est pas ainsi que l'on traite ce que l'on aime. Évidemment, nous ne parlons pas ici de mort définitive, parce que c'est impossible à Hollywood pour une licence de ce calibre.

 

Photo , James CameronEt si c'était lui le vrai problème ?

 

Mais de grosses vacances seraient la solution. Laisser Terminator tranquille, sur cet ultime échec, le faire prendre un peu la poussière, le temps qu'il se fasse oublier, qu'un vrai désir de le revoir émerger dans le coeur du public et qu'un événement majeur ne justifie son retour. Et puis, surtout, enlever le bébé des mains de James Cameron. Le priver de dessert, lui interdire de tuer cyniquement son enfant et le confier à d'autres dans quelques années.

Oui, c'est probablement la meilleure solution : Terminator a besoin d'un nouvel amour, d'un regard neuf, d'idées inédites et de se reconstruire, à l'abri des regards, loin de ses parents devenus toxiques.

 

J'ai pas pleuré

commentaires

Judex6
10/12/2019 à 18:39

Vous n'allez pas me dire que c'est impossible de faire une bonne suite (de clôture) après 2 films seulement ? Je dis 2 films, car les 3, 4, 5, 6 sont des redites complètes ou des hors-sujets (pour Renaissance, qui part sur de la guerre explicitement décrite, donc sur un autre registre)... =====================
si, c'est impossible ! deja parce que terminator 2 est une fin en soi et que le film a une fin qui a été coupee deliberement du film par les producteurs car elle est explicite en ce sens (mais tout le film est explicite... la seule explication que le programme ait pu renaitre pour donner naissance a skynet est qu'un autre terminator a été recupere par une filiale de Cyberdyne ayant survecu a la destruction initiee par sarah et ses allies ... les comics tentent d'ailleurs d'expliquer ceci dans terminator 1984 ou skynet a la bonne idee d'envoyer un second t 800 s'occuper de sarah... le jour de son accouchement ! et le font comprendre dans d'autres ou le meme soir que 1984 d'autres T 800 sont envoyes s'occuper de meres ou peres de futurs membres de la resistance ou bien de ces membres eux-memes qui le font ch... mais a un point ! autant que john on va dire)... Seulement aucun des deux films n'en parle et donc une fois la puce et le bras detruits, plus aucune possibilite d evoir naitre le programme Skynet !

la seule chose possible pour terminer une trilogie, c'est justement ce que tu refuses de voir avec Terminator Renaissance : c'est a dire une guerre explicitement decrite entre John et les machines de Skynet puisque c'est justement l'evenement qui provoque tout dans le premier film ! et la soit on fait un seul film pour en faire une trilogie avec les deux premiers, soit on fait une trilogie de ce seul film (mais la, faudra trouver des idees pour pas lasser).. A mon avis, un film montrant l'operation chrono dans son entierete et pas seulement des lambeaux serait pas mal !

Equanime
06/12/2019 à 22:33

On demande pas que la saga parte ailleurs, non, on veut que la boucle soit bouclée en trilogie, c'est pas demander la lune... Vous n'allez pas me dire que c'est impossible de faire une bonne suite (de clôture) après 2 films seulement ? Je dis 2 films, car les 3, 4, 5, 6 sont des redites complètes ou des hors-sujets (pour Renaissance, qui part sur de la guerre explicitement décrite, donc sur un autre registre)... Si les producteurs, réalisateurs, scénaristes se creusaient le cerveau, la réponse viendrait très rapidement. La question à se poser, c'est "qu'est-ce que Terminator ?" C'est au vrai créateur des 2 premiers opus à se la poser, mais pas sûr que le mérite aient reposé sur les seules épaules de James Cameron... C'est un fantasme bourgeois que d'offrir les lauriers au Réalisateur. Il faut se dire que les scénaristes de talent sont peut-être ailleurs, que l'idée maîtresse de cette saga vient d'un plagiat, que cet univers est peut-être le fruit d'une heureuse conjonction de perfectionnismes multiples (y compris pour pondre la silhouette emblématique du T800...) et patient (10 ans entre 2 films). Mais on a perdu peut-être l'essentiel de cet art qu'est le cinéma de science-fiction, la patience, la passion (impossible dans ce consumérisme hollywoodien où les suites se succèdent entre elle à 1 an près, voire se tournent en même temps) et l'inspiration (la science fiction robotique est une tradition ancienne et riche de livre, de film, de réflexions).

Nimatek
04/12/2019 à 22:58

Faire un jeux Terminator en collaboration avec les producteurs de COD Infinity Ward ???? entre le mode histoire qu'il pourrait nous pondre et la qualité de jeux, même pas besoin de faire un film ????

K2000
03/12/2019 à 16:35

2 choses me viennent à l'esprit:

1/ Pourquoi ne pas avoir fait un Terminator avec 3 suites pendant la guerre (début/milieu/fin), chose qui avait été commencé avec Terminator Salvation. C'est une demande de tous les fan. Bref on a pas été entendu.

2/L'idée d'un Terminator vieillissant avec Arnold, j'ai toujours pensé que c'était une mauvaise idée. En tout cas ça été mal amené. Pourquoi ne pas avoir fait un film avec les guerres en racontant l'histoire d'Arnold: qui était-il avant le T800, pourquoi ce physique en particulier? Avait-il un rôle en particulier en tant qu'humain? Comment skynet fais ses choix pour faire incarner humainement ses machines? etc...

Ciné 12
03/12/2019 à 10:09

J'aimerais beaucoup voir la suite du terminator Genisy… en racontant sur le terminator envoyé dans le passé pour sauver le jeune sarah connor ou PLUSIEURS terminators envoyés juste après la destruction de Genesy, pour éliminer Sarah connor avant de mettre john connor dans le monde , euh oui papy terminator il y a encore du boulot c'est son job ^^!

prof west
03/12/2019 à 07:02

Après genysis et dark fate ya vraiment plus d'espoir pour cette franchise pour moi elle est morte et enterré 10 pieds sous terre a moins que un studio est l'intelligence de faire une suite a renaissance avec bale en connor la oui !

Flaurent-Claude
03/12/2019 à 01:09

L'avantage avec cette licence c'est qu'on peut toujours jouer sur les voyages temporaires pour annuler des aberrations, en l'occurrence les deux derniers Terminator. Tiens bon Arnold, tu auras un rôle de bonhomme bientôt.

Christo 06
02/12/2019 à 20:15

Je voudrais une suite de terminator7 je fan de ses films christo 06 merci

Toishiro
02/12/2019 à 15:20

@blue sarcasm

Chef d'oeuvre, carrément ! Et béééé ! On vera dans quelque années !
Ce "chef d'oeuvre" ne restera pas dans les mémoires pour les mêmes raisons que ses illustres ainés...

Je passe sur le, c'est "du jamais fait, donc c'est forcément trop bien"... Dans le genre non-argument cela se pose là...
Et on l'a connue aussi chez les consom...euh fans des nouveaux Star Wars...
Raaaahlalalala quelle époque, mais quelle époque !

blue sarcasm
02/12/2019 à 13:36

alala c'est critiques turbo débiles qui ont détesté ce chef d'oeuvre, pour une fois qu'un terminator prend des risques et fait autre chose ....

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