Star Wars : la critique a-t-elle retourné sa veste ou aimé dès le début ?

La Rédaction | 16 décembre 2019 - MAJ : 17/12/2019 00:11
La Rédaction | 16 décembre 2019 - MAJ : 17/12/2019 00:11

Retour sur l'accueil critique des deux premières trilogies, pour voir si l'amour ou la cruauté de la critique a évolué.

Star Wars : Les Derniers Jedi avait récolté de belles critiques avant de provoquer un anévrisme chez quelques fans, ou un désintérêt poli chez pas mal d'autres. Alors que L'Ascension de Skywalker arrive le 18 décembre, attendu au tournant comme le sacrilège ultime pour les spectateurs en colère, la rédaction a fouillé dans ses vieux dossiers poussiéreux (Google oui) pour retrouver les critiques de l'époque des deux premières trilogies.

Un nouvel espoir a-t-il été adoré et considéré comme culte dès sa sortie ? L'Empire contre-attaque était-il le meilleur Star Wars pour ses contemporains ? Jar-Jar a-t-il été crucifié dès son apparition en 1999 ?

Retour sur les critiques de l'époque, pour les six premiers volets de l'increvable saga spatiale.

 

photoOn se pose et on regarde vers le passé

 

STAR WARS: EPISODE IV - UN NOUVEL ESPOIR

"Star Wars est le meilleur film depuis 2001, l'Odyssée de l'espace et à certains égards est l’un des plus excitants jamais réalisés." (Daily Telegraph)

"Star Wars est un magnifique film. George Lucas a décidé de faire des souvenirs de séries et d'épopées d'action de son enfance la plus grande aventure de fantasy possible, et il a réussi avec brio." (Variety)

"Il n'y a pas de répit dans l'image, pas de lyrisme [...] C'est agréable à certains niveaux, mais c'est aussi épuisant : comme emmener un groupe d'enfants au cirque." (The New Yorker)

"La débauche de trouvailles, divertissantes ou captivantes, fait de ce protype exemplaire un triomphe de l'imaginaire sur celluloïd." (Positif)

 

EN 1977 : LA CRITIQUE EST PLUTÔT SOUS LE CHARME

En 1977, Star Wars : Episode IV - Un nouvel espoir est bien évidemment une immense nouveauté au coeur du cinéma. À une époque où les franchises se font rares (seuls les Planète des Singes et James Bond existent à une grande envergure), l'univers de George Lucas s'apprête à lancer une nouvelle mode qui fait les beaux jours des studios aujourd'hui. Dans sa critique de l'époque, The Hollywood Reporter l'avait d'ailleurs bien senti estimant que Star Wars "apparaîtra sans aucun doute comme l'un des véritables classiques du genre des films de science-fiction / fantastique. À chaque retour, il ravira un public de tous âges pour longtemps."

Et si le magazine est plutôt visionnaire, la grande majorité des critiques du monde sont positives pour Un nouvel espoir. Aux États-Unis, The New York Times estime que Star Wars est "la série de films la plus élaborée, la plus chère et la plus belle jamais réalisée" quand en France, Le Monde décrit "un western cosmique [...] merveilleux qui coupe le souffle".

Évidemment, il y a quelques réticences dont certains critiques du Masque et la Plume en France qui "détestent" le film et outre-Atlantique, New York Magazine y voyant "une histoire, des personnages et dialogues d'une banalité écrasante", mais il s'agit d'une minorité. Quelques mois après la sortie, les critiques reviennent régulièrement dessus pour comprendre l'amour du public et également reconsidérer leur point de vue sur le film. Impossible de nier alors les qualités techniques, scénaristiques et surtout les vertus du long-métrage. Le phénomène est né.

 

Photo Mark HamillUne nouvelle aventure commence pour le cinéma et pour Mark Hamill

 

EN 2019 : PLUS PERSONNE NE REMET ÇA EN QUESTION

42 après sa sortie, Star Wars : Episode IV - Un nouvel espoir fait désormais l'unanimité auprès du public et aussi de la critique. Exception faite de quelques effets spéciaux qui auraient mal vieilli, le film n'est pas du tout pointé du doigt par la presse. Au contraire, le long-métrage de Lucas est devenu au fil du temps un objet de culte pour la critique et dans la culture populaire.

Dans la plupart des classements établis par la presse, le film se retrouve souvent en tête (surtout aux États-Unis) devant Star Wars : Épisode V - L'Empire contre-attaque comme le montrent ceux de Variety, Collider ou The Hollywood Reporter. Parce qu'il est la pierre angulaire du phénomène SF et que, malgré sa simplicité, toute "sa sensibilité, ses détails et son imagination [...] en ont fait un film de référence" comme le souligne Collider.

 

Photo Mark Hamill, Harrison Ford, Carrie FisherUn trio mythique pour une saga légendaire

 

STAR WARS : EPISODE V - L'EMPIRE CONTRE-ATTAQUE

« La supervision imaginative de l’univers enfantin de George Lucas par le réalisateur Irvin Kershner apporte à cette deuxième partie de la première trilogie Star Wars une dimension véritablement épique, ajoutant une portée philosophique, mature, à cette avalanche continue d’effets spéciaux géniaux. » (The Radio Times)

« À aucun moment cette saga jeune et bouillonnante ne paraît devoir manquer d’imagination ou risquer de dépendre excessivement sur ces fantastiques effets spéciaux. » (The New Yorker)

« La technique, soudain possédée par le génie » (Les Cahiers du Cinéma)

 

EN 1980 : TOUT LE MONDE (ou presque) PREND UNE GROSSE CLAQUE

Portée par des techniques révolutionnaires et un récit dans lequel toute une génération va se projeter, Un nouvel espoir avait été reçu positivement, mais était encore considéré comme résultant de l'expression d'une sous-culture amoureuse d'un sous-genre. C'est en cela que L'Empire contre-attaque marque une vraie rupture. Peut-être pour la première fois, à l'exception de 2001, l'Odyssée de l'espace, la science-fiction est abordée avec sérieux, voire déférence. D'ailleurs, le film rassemblera bien sûr les journalistes déjà amateurs de productions grand public, mais aussi les tenants d'une critique plus intellectuelle ou "pointue". Et pour le coup, tout le monde ne s'attendait pas à voir Pauline Kael du New Yorker ou Les Cahiers du Cinéma aborder avec tant de bienveillance le film.

 

Photo Carrie Fisher, Harrison FordSuccomber, entièrement et totalement

 

D'ailleurs si on entend ici et là quelques échos négatifs, ils donnent le sentiment d'être plus anachroniques que franchement haineux, comme si leurs auteurs n'avaient pas encore perçu la nature de la transformation en cours dans la culture populaire d'alors. C'est ce qu'on pense en lisant le lapidaire « L’Empire contre-attaque est à peu près aussi personnel qu’une carte de vœux expédiée par votre banque » du New York Times.

C'est d'ailleurs souvent la technique, très présente, qui déstabilise ces journalistes, quand elle stimule tous les autres très positivement. Pour l'ensemble de la presse, le rythme plus ample et posé du film de Kerschner est accueilli très positivement, et des décennies avant The Mandalorian, Yoda apparaît déjà comme un objet de passion et de fétichisme.

Pour l'anecdote, on note également un rapport bien différent avec ce qu'on n’appelait pas encore les "spoilers". En effet, aux USA comme en France, quantité de textes dévoilent les rebondissements du film, sans la moindre inquiétude. La critique publiée en 1980 par Le Nouvel Observateur devait d'ailleurs demeurer un exemple surréaliste de divulgâchage intégral. Les temps ont bien changé...

 

Photo Mark Hamill, Frank OzEt la Force gagna en Force

 

EN 2019 : CRITIQUER LE FILM EST DEVENU ILLÉGAL DANS PLUS DE 27 GALAXIES

Aujourd'hui, L'Empire contre-attaque est peut-être le seul chapitre de la saga à ne plus jamais être remis en question. Le consensus est tel sur le deuxième épisode de la trilogie originale, que dès qu'une franchise entend proposer un chapitre plus mature ou sombre à son public, le marketing prend toujours soin de le positionner comme une oeuvre inspirée par le légendaire Episode V. Ainsi, le métrage demeure encore dans la plupart des esprits et chez beaucoup de commentateurs, le plus grand aboutissement de toute la saga.

Il faut dire que la plupart des éléments qui vont façonner l'héritage de la saga se déploient ici. Les liens entre Vador et Luke, l'avènement de Boba Fett, un des duels les plus désespérés de la saga, Yoda, une meilleure compréhension de la Force... L'héritage de ce chapitre est massif, jusque dans ses accessoires, qui paraissent avoir traversé le temps et les mémoires fétichistes bien mieux que les autres chapitres. On pourrait même être un peu cruel en disant que ce chef-d'oeuvre sert aussi de valeur-refuge à beaucoup de cinéphiles mal à l'aise avec Star Wars, et qui le brandissent à chaque contrôle de geeks pour s'acheter une crédibilité spatiale.

 

Photo Mark Hamill, Dark VadorLe grand choc de la saga

 

STAR WARS : EPISODE VI - LE RETOUR DU JEDI

"Le Jedi nous revient enfin, plus âgé, plus sage et franchement irrésistible" (Los Angeles Time)

"Si Le Retour du Jedi est essentiellement un film d'action, c'est aussi... un conte moral : un western galactique" (Télérama)

"Ça valait le coup d'attendre, et le résultat est désormais un imposant monument de la culture populaire contemporaine" (Washington Post)

 

EN 1983: L'ACCUEIL EST POSITIF, MAIS MOINS QUE PRÉVU

On pourrait croire que ce qui était à l'époque la conclusion de la saga a forcément enthousiasmé une critique globalement conquise par le précédent épisode. Mais en réalité, 3 ans après le cliffhanger de L'Empire contre-attaque, la réception du film s'avère un peu en deçà de la célébration attendue.

Bien sûr, beaucoup de journaux institutionnels américains parlent d'une pierre angulaire de la pop culture moderne, mais d'autres sont plus mesurés. Bien sûr, il y a toujours les intellectuels réfractaires à la trilogie de George Lucas, comme Positif et son idée de "crétinisation" du cinéma grand public américain. Mais même la critique plus populaire évoque une baisse de rythme thématique, un essoufflement de la franchise, qui ne ferait finalement qu'exister par nécessité et pour amuser les enfants. L'épisode précédent a, semble-t-il, tellement surpris par la maturité de ses réflexions que sa suite fait un peu pâle figure.

Reste que ces critiques négatives n'entachent pas une réputation généralement assez bonne, due notamment à l'ouverture et au personnage de Jabba le Hutt. Le Harvey Weinstein de la galaxie lointaine, très lointaine figure bien la fascination qu'ont les médias pour la perfection des effets visuels de Kit West et Roy Arbogast, mais aussi bien sûr pour les maquillages de Phill Tippett. D'un point de vue narratif et thématique, la presse n'est pas convaincue, mais sur le plan du spectacle, Le Retour du Jedi fait l'unanimité. Très attendu pour son intrigue, il sera surtout apprécié pour sa générosité dans le grand spectacle décomplexé.

 

photoLa mise à jour Jabba

 

EN 2019 : PLUS PERSONNE NE REMET ÇA EN QUESTION

Étrangement, aujourd'hui, les quelques rares reproches généralement faits à cette conclusion sont assez différents des défauts soulevés par les critiques de l'époque. Désormais, l'élément le plus décrié est sans conteste l'insertion des Ewoks, adorables petites peluches faisant office de produits dérivés vivants. Peut-être est-ce parce que l'obsession maladive de Lucasfilm et consorts pour le marketing est désormais omniprésente et établie, et que la partie sur Endor en constitue une des origines les plus flagrantes. Peut-être est-ce aussi à cause des capitalisations les plus honteuses sur les pauvres bestioles, comme Les aventures animées – EwoksL'Aventure des Ewoks : La caravane du courage ou sa suite L'Aventure des Ewoks : La bataille pour Endor.

Reste que, tout comme les autres films de la trilogie originale, Le Retour du Jedi s'avère intouchable. C'est sans aucun doute une madeleine de Proust savoureuse pour les amateurs de l'univers, et même pour les autres, grâce à des séquences rentrées dans l'imaginaire collectif avec une facilité déconcertante : le Sarlaac, la tenue d'esclave de Leia ou même la poursuite en speeders dans les bois. Encore une fois, les effets spéciaux restent.

 

photo"It's a réplique culte !"

 

STAR WARS : EPISODE I - LA MENACE FANTÔME

"Une désastreuse purge" (Les Inrocks)

"Deux heures un quart pour une bande-annonce, certes soignée, mais sans souffle ni mystère, cela paraît long, très long" (Télérama)

"Un excellent divertissement, grâce à des effets spéciaux numériques époustouflants." (Le Parisien)

"Le film semble plus avoir été conçu comme une publicité pour les questions merchandising à plusieurs milliards de Lucasfilm, que comme un chapitre significatif de la saga." (The Hollywood Reporter)

 

EN 1999 : ÇA DIVISE BEAUCOUP

Le retour de Star Wars, après une quinzaine d'années d'absence, était attendu comme le messie. Normal donc que cette Menace fantôme provoque autant d'excitation que de frustration, de joie que de colère. Le monde a changé, la saga de George Lucas a été pillée et transformée en matériau ultime de pop culture, le gouffre technologique ouvre de toutes nouvelles portes pour l'univers, et le film sort dans un paysage fraîchement bouleversé par Matrix.

C'est ainsi l'un des rares épisodes à véritablement diviser la critique, qui tape dans les extrêmes. D'un côté, c'est donc une aventure excitante et une prouesse technologique, boostée par la réalisation de Lucas et ses acteurs talentueux. Le célèbre et respectable critique Roger Ebert parle d'une "réussite stupéfiante" face à cette utilisation des effets spéciaux.

La déception est évidente pour beaucoup, évoquée même par les enthousiastes, mais d'abord parce que les espoirs étaient insurmontables.  Time Out New York écrit ainsi : "Soyons honnêtes : aucun film ne pourrait être à la hauteur des attentes de certains pour cet Episode I. Ce qui ne veut pas dire que c'est une déception, au contraire, c'est génialement divertissant." La difficulté dans ce renouveau, qui présente de nouveaux personnages que le public doit découvrir et adopter, est également citée. L.A. Weely affirme même que le temps rendra justice à ces films Star Wars.

Globalement, le divertissement est assuré pour une bonne moitié de la presse, plusieurs scènes sont saluées (la course de pods, le combat avec Dark Maul), et le résultat emballe.

 

photoLa course des jouets de l'an 2000

 

De l'autre, le film est moqué, atomisé, et considéré comme un gros nanar bête et totalement niais. Symbole ultime de cette haine, Jar-Jar Binks devient le marqueur d'une franchise réduite à une ligne merchandising pour Noël (le fantôme du Retour du Jedi et le temps ont certainement pesé ici), avec de sérieuses questions soulevées sur les stéréotypes racistes de cet univers. Le gouffre entre les années 80 et l'aube d'un nouveau millénaire semble s'ouvrir sous les pieds de Lucas.

Sans compter que sa révision de la mythologie, avec notamment les midi-chloriens, énerve pas mal de fans qui se sont approprié son univers. C'est d'ailleurs le scénario (les personnages, les dialogues) qui est le plus critiqué.

En quelques mois, La Menace fantôme devient donc une grande réussite éclatante et moderne pour les uns, et l'un des pires films hollywoodiens pour d'autres.

 

Photo Jar Jar BinksLes oreilles de la colère

 

EN 2019 : C'EST TOUJOURS LE CAS, MAIS PAISIBLEMENT

À vue de nez, personne ne semble adorer cet épisode, mais la haine s'est dissipée. Peut-être grâce à L'Attaque des clones, la nostalgie autour de George Lucas, l'amnésie ou la haine de Disney et la nouvelle trilogie. Si Jar-Jar est à jamais le visage d'une certaine frontière ultime, ou des dérives affichées de la saga, La Menace fantôme semble plutôt avoir rejoint la zone des films moyens, qui ne méritent aucune passion.

Jar-Jar a tellement été piétiné qu'il a quasiment des raisons d'être aimé ou au minimum traité avec plus de gentillesse depuis, et quelques scènes déjà remarquées à l'époque restent bien ancrées dans la mémoire des spectateurs. Le sous-employé Dark Maul reste un ennemi très aimé, à tel point que Disney l'a ressorti pour Solo : A Star Wars Story. Et la course des pods demeure un moment fort adoré par bien des fans, même des années après.

Classé parmi les pires suites de toute l'histoire du cinéma par Entertainement Weekly en 2007, placé parmi les 500 meilleurs films de tous les temps par Empire en 2012, le film s'en sort donc bien, et a le privilège de toujours diviser.

 

photo, Jake Lloyd"Faut changer de tactique les gars, et virer le mongolio aux grandes oreilles"

 

STAR WARS : EPISODE II - L'ATTAQUE DES CLONES

« Le meilleur Star Wars » (Libération)

« En cinéma comme en politique, on peut traîner les pires casseroles depuis 20 ans et continuer à trouver des électeurs. » (Mad Movies)

« Cette attaque renoue avec la tradition de la précédente trilogie, et peut même prétendre au titre de l’épisode le plus réussi. » (Les Inrockuptibles)

EN 2002 : LA FORCE CRITIQUE EST DIVISÉE

Lorsqu’a été annoncée la prélogie, puis qu’elle est arrivée sur les écrans, la culture populaire de l’époque n’avait pas de plus grand totem que celui dédié à Star Wars. Une franchise qui attirait alors à elle des dizaines de millions de fans, dans un geste de dévotion que sera parvenu en partie à répliquer Disney avec ses Marvel des années plus tard. Par conséquent, la réception critique est un exercice difficile, chacun devant lutter avec ses désirs et attentes personnelles, pour espérer analyser honnêtement ce qui lui est présenté.

Et si l’armure s’était déjà bien fendue avec La Menace fantôme, cet épisode marque une nouvelle étape dans l’appréhension compliquée de la fresque de George Lucas. En apparence, les rangs semblent un peu moins équitables que lors du précédent film et un nombre supérieur de commentateurs apprécient la proposition. Mais quand on regarde en détail, les divisions sont beaucoup plus profondes et semblent trahir les désirs de leurs émetteurs, parfois plus que leur ressenti.

Et, quel que soit le rapport qu'on entretient avec ce chapitre, on s'étonne aujourd'hui de découvrir les avis électrifiés ceux qui y voient le meilleur film de la saga. Au moins témoignent-ils de l’amour incommensurable de certains. En revanche, la détestation franche des autres est aussi une rupture, par son intensité et sa sécheresse : Lucas a-t-il définitivement perdu certains fans ?

 

photoMercenaire cherche charisme, désespérément

 

EN 2019 : LA BATAILLE FAIT TOUJOURS RAGE

Presque 18 ans après cette Attaque, on ne peut pas dire que la communauté se soit apaisée au sujet du blockbuster. Mais, fait intéressant, les lignes de fractures ont bougé. Pour ceux qui ont découvert la chose en salle, il semble le plus souvent que l’émotion s’est asséchée, et que le film reste désormais comme une œuvre très imparfaite, voire médiocre, ou à tout le moins une occasion ratée.

Mais il serait hypocrite de prétendre que L'Attaque des clones est un film honni. Bien au contraire. Pour toute une génération qui l’a visionné très jeune, souvent bien après sa sortie au cinéma, l’œuvre demeure un jalon important de l’univers Star Wars, et ses défenseurs y voient une réserve de scènes cultes, de combats inoubliables et une bataille finale qui compterait parmi les moments phares de la franchise. Ainsi, pendant qu’une génération paraît avoir abandonné le film, une nouvelle en a fait son emblème, comme en témoignent les commentaires sous notre critique.

 

Photo Hayden Christensen, Ewan McGregor, Natalie PortmanQuand tu te demandes ce que les graphistes vont bien pouvoir inventer

 

STAR WARS : EPISODE III - LA REVANCHE DES SITH

"Le plus âpre et ténébreux des épisodes de la série" (Libération)

"Le meilleur de la série depuis L'Empire contre-attaque." (Variety)

"La Revanche des Sith est un grand moment de cinéma et un grand moment d'émotion." (Le Figaroscope)

"Il y a quelque chose du foutage de gueule dans le ratage de La Revanche des Sith." (Mad Movies)

 

EN 2005 : C'EST TRÈS LARGEMENT APPLAUDI

Présenté hors compétition à Cannes, comme L'Attaque des clones, La Revanche des Sith est un événement total. Et il récolte une pluie d'éloges de la presse internationale, d'abord en tant que suite de deux films moyens : sans grande difficulté, l'épisode III devient donc le meilleur de la prélogie. Il est même comparé à L'Empire contre-attaque, puisqu'il retrouve une noirceur loin des tonalités enfantines d'avant. Après une Menace enfantine et une Attaque niaise, cette conclusion qui permet la naissance de Dark Vador est accueillie avec un grand enthousiasme.

En reconnectant la prélogie à la trilogie originale, avec Anakin qui passe du côté obscur de la Force, Padmé qui succombe à ce cauchemar, et Luke et Leia séparés et cachés, le film se paye un amour quasi automatique des fans. Il y a donc une vraie bienveillance.

Bien sûr, l'écriture de George Lucas est encore visée, et il est le premier à reconnaître ses faiblesses de ce côté. Mais après deux films, tout le monde s'y est habitué, et il a certainement appris de ses erreurs. Par ailleurs, Hayden Christensen est la cible de pas mal de railleries vu son interprétation pas très fine. Tout ceci reste néanmoins en marge, tout comme les critiques négatives.

 

Photo YodaQuand tu penses que ton contrat avec Lucasfilms est terminé (mais non)

 

EN 2019 : C'EST TOUJOURS LE CAS

Encore considéré comme le meilleur (ou le moins pire) de la prélogie par beaucoup de monde, La Revanche des Sith est même souvent placé dans le haut du panier de toute la saga. Le film a une valeur symbolique, vu son importance dans la mythologie, et son caractère noir et tragique central, bien plus que les autres. L'Empire contre-attaque a beau être sinistre et terrible, il est le deuxième opus, et Le Retour du Jedi marque la victoire totale des gentils. Le contraire absolu de la prélogie, qui marche inexorablement vers une conclusion dramatique, et se termine sur une note violente, une défaite et un désespoir uniquement acceptables, car le relais est pris par la trilogie originale. Ça n'en reste pas moins mémorable et frappant avec le recul.

C'est d'autant plus important que depuis, avec l'ère Disney, c'est cette noirceur et cette maturité qui sont regrettées et sans cesse ramenées sur le devant de la scène.

 

Photo Hayden ChristensenQuand le côté obscur de la Force a commencé à ronger ta carrière

 

En somme, aucune révolution totale ou vestes retournées lâchement par de vilains critiques. Globalement et malgré la perception que certains peuvent en avoir, le gouffre entre les critiques de l'époque et les réceptions contemporaines n'existe pas réellement, et les avis sont loin d'être très différents les uns des autres.

En attendant de savoir ce que penseront les générations futures de la nouvelle trilogie conçue par Disney, notre critique de Star Wars : L'Ascension de Skywalker arrivera dès mercredi.

 

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commentaires

MystereK
28/12/2019 à 10:48

CARLITTO vous dites que sur l'Empire, Lucas était peu présent sur le plateau alors que Kershner dit l'exact opposé : George est venu souvent, restant à chaque fois plusieurs jours,

MystereK
28/12/2019 à 09:38

CARLITTO non, Leigh Brackett a écrit le premier jet de l'histoire mais sur les instructions de Lucas (sans le twist sur le filiation), au décès de Brackett, il y a plusieurs itération du scénario auxquels participeront également Lucas, Kasdan et Kershner (non crédité). Tout cela est raconsté dans l'Ecran Fantastique numéro 13 par les personnes concernées et dans le livre Once upon a time a Galaxy.

MystereK
28/12/2019 à 09:31

SEBASTIEN 1980, avant la sortie de l'Empire Contre Ataque, Gary Kurtz évoque dans l'Ecran Fantastique les plans que lui et Lucas on pour Star Wars, 4 trilogie dont la courante (épisodes 4 à 6) en est la deuxième partie. La première trilogie sera tournée après la deuxième, puis la 3ème trilogie où on pourra reprendre les personnages de la seconde trilogies qui auront vieillis
1983 Richard Marquand, toujours dans l'Ecran Fantastique, évoque une première trilogie racontant l'histoired e Darth Vader et Obi Wan Kenobo. On est loin, très loin, des années 90.

fdcbvfd
24/12/2019 à 16:15

La TO original etai repetitive (2 etoile de la mort) et avai des decors trop terrestre pour faire space opera
Heuresement que la prelogie es arrive pour avoir du vrai space opera et des histoire plus complexe que sauvé la princesse...

Trakken
20/12/2019 à 22:39

@ Birdy

Je partage votre avis cinématographique concernant la piètre qualité en terme de cohérence scénaristique comme de jeu d'acteur de la préologie. Mais sans doute concernant SW (comme évoqué dans mes précédents post), le sujet, est-il ailleurs :o) Je m'explique

Là, vous parlez de cinéma. Mais peut-être que SW n'est plus tout à fait cela. Et peut-être même qu'il ne l'était pas dès le départ. Lucas, comme tout le monde le sait, n'est pas un réalisateur né. C'est un technicien, un rêveur, une indépendant. Il imagine des choses et veux les voir à l'écran. Peu de cinéastes (ancun ?) peuvent dire qu'ils ont cette liberté là, aujourd'hui :o)

En ce sens, je pense qu'en matière de divertissement (si l'on accepte le cinéma peut en être un - à défaut d'être un art), je dirais que SW tient plus du "son et lumière", voire du "feu d'artifice" que de la "pièce de théatre" ou du "roman philosophique". En ce sens où, dès le départ, tout est PLUS question de visuel et de son que de propos. C'est en cela que Lucas a changé la SF au cinéma. C'est finalement tout ce qui différencie "2001" et "Un nouvel espoir". En tout cas, il me semble. Je m'explique encore :o)

La question du jeu d'acteur. L'essentiel des personnages les plus emblématiques de la TO (et adorés des spectateurs) sont naturellement de grands acteurs :o) R2-D2, C-3PO, Chewbacca, Darth Vador, etc. Tous, en plus d'être empathique, sont visuels. Exemple le plus flagrant : Bobba Fett ! Quelques minutes à l'écran, une mort pitoyable et pourtant... une statut d'icone au point qu'on fasse de lui des comics et d'un de ses cousins, une série actuelle sur Disney+... Grâce à son jeu d'acteur ? Ou la faute à son armure (comme pour Darth Vador).

Même les acteurs "humains" n'ont jamais eu de carrière en temps qu'acteur par la suite... Sauf Harisson Ford bien sur ! mais c'est plutôt l'exception qui confirme la règle. TOUS les autres sont nés et n'ont existés qu'avec SW (quelle saga peut en dire autant ! qu'aucun de ses acteurs n'est parvenue à exister en déhors d'elle !?!!)

Aussi la prélogie joue dans cette gamme. Darth Maul en est le plus belle exemple. Ce n'est pas un acteur. Mais un acrobate. Ceci étant - son et lumière oblige - le duel final de la "Menace fantôme" avec la musique magique de Willimas (Duel of Fates) en a fait un icône de SW. Au point qu'on lui en a fait un frère et qu'on l'a réssucité dans l'UE (Sherlock Holmes ne peut pas mourrir, non de non :o)

Tout cela pour dire qu'il n'a jamais été question de jeu d'acteur ou de finesse de scénario dans SW. Juste de spéctacle (dans le bon sens du terme). "2001" voulait faire réflechir ; SW a inventer "l'effet Waou" au cinéma.

Et cela a inspiré une miriade de cinéaste par la suite...

Birdy
18/12/2019 à 15:14

@ Carlitto : Oui cette histoire est assez géniale, et je la connais bien aussi. J'ai énormément de respect pour le Lucas de la TO, jeune réalisateur rêveur débrouillard. Mais il est vraiment très ampoulé sur la prélogie. Maintenant ce n'est pas si grave, après tout, il a tenter des choses. C'est raté, de mauvais gout selon moi ( j'insiste là dessus), mais vraiment bien plus osé que la nouvelle trilogie fatiguée et fatiguante.

Loutre
18/12/2019 à 11:15

Birdy > Dans ma salle c'était silence absolu au moment de la première respiration de Vador, moment inoubliable, et aucun rire quand il crie son "NOOOOO".
Oui ça a un coté ridicule et grotesque, c'est ce qu'est justement Vador à ce moment là..

Carlitto
18/12/2019 à 10:27

J'ai oublié de préciser que sur l'empire contre attaque, le scénario est basé sur une histoire originale écrite par Leigh Brackett, elle même auteur de livres de SF.

Carlitto
18/12/2019 à 10:17

@Birdy
Pour comprendre la prelogie, envisagée par son auteur bien après la TO, peut-être faut-il revenir sur la genèse de celle-ci et son tout 1er film intitulé Star Wars.
D'abord Lucas : il n'est qu'un très jeune metteur en scène, ayant plutôt eu une formation de monteur, avec un petit succès à son actif Américain Graffiti.
Il rêve toujours de porter son Flash Gordon à l'écran, mais les droits étant pris, il a lui-même écrit sa propre histoire. L'inspiration lui vient de tous ses écrits de space opéra, de films de guerre, de la guerre des mondes de Byron Haskins, des 7 Samouraïs de Kurosawa dont il sera le producteur en 1980 de Kagemusha.
Il est seul à avoir son univers en tête et il a plusieurs atouts avec lui : une jeune génération qui a envie de faire bouger le cinéma. Ainsi, pour les effets visuels, il ne fait pas appel à Douglas Trumbull pourtant auteur des effets de 2001, mais à un jeune comme lui, John Dikstra, qui vient de trouver le moyen de contrôler les caméras par ordinateur. Et idem pour les trouvailles sonores, design, etc...
Il va trouver la Fox, qui s'intéresse tellement peu à son projet qu'elle lui cède tous les droits et lui alloué un misérable budget de 11M de $.
Il part tourner en Tunisie, à un endroit qu'il connaît, puis aux studios Elstree en Angleterre
Et là ça se passe très mal. Les techniciens anglais se foutent de lui, leurs syndicats lui mettent des bâtons dans les roues.
Personne ne comprend rien à ce qu'il fait et tout le monde est persuadé d'etre dans une série Z comme il y en a déjà tant.
Très malade, il parvient à boucler le tournage mais il ressort de cette expérience écœuré. C'est décidé, il ne sera plus jamais metteur en scène.
Il est angoissé, très déprimé, malgré le soutien de son copain Spielberg, il laisse sortir le film dans l'indifférence et un petit nombre de salles.
On connaît la suite...
3 ans plus tard il est son propre producteur mais il fait appel à un metteur en scène efficace et conciliant Irvin Kershner. Celui-ci aura bizarrement les mains très libres, Lucas apparaissent assez peu sur le plateau...
Lorsqu'il envisage la prelogie, c'est déjà un cinquantenaire bien tassé. Le producteur exige qu'il prenne la mise en scène alors que le scénario est écrit par Frank Darabont, metteur en scène des Évadés.
Lucas n'a qu'une obsession : le cinéma à mué, et les effets visuels autrefois optiques, sont passés au numérique. Son travail va en etre facilité et il n'a gardé comme souvenir de sa prelogie qu'il s'agissait de films pour enfants.
Exit le travail de Darabont, on part d'un scénario inspiré de la Chute de l'empire romain, les effets visuels faisant passer tout le reste...
Voilà comment s'écrit l'histoire...

Birdy
18/12/2019 à 00:04

Et puis pire que tout : le casting, la direction d'acteurs, et les rôles écrits à la truelle.
Il suffit de voir la qualité du cast de GOT, pour voir que dans un univers inventé de toute part, on se raccroche toujours autant aux personnages, qui le rendent vraisemblables. Là, on ne croit en rien par ce que les personnages/acteurs sont eux même déconnectés de la trame et des enjeux.
Ils subissent les scènes et les dialogues, et n'avancent dans leur quête que mécaniquement, sans psychologie. Les Lannister, les Stark, Walter White, McFly, le Joker, Hannibal Lecter, McLane, sont de grands personnages parce qu'ils ont une trajectoire et un passif qui pèse sur leurs décisions, sur leur trame, sur le film/série. Leur nature n'est pas suffisante, elle est enrichie de leur expérience dans le film, qui influence le jeu d'acteurs.
Dans Star Wars, tout n'est que prétexte à sauter, courir, sabrer, froncer les sourcils, ou faire une vanne.

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