Scary Stories : horreur, cruauté et monstres à l'ancienne, on revient sur le cinéma d'Andre Øvredal

Simon Riaux | 16 août 2019
Simon Riaux | 16 août 2019

En trois films, Troll HunterThe Jane Doe Identity et Scary StoriesAndré Øvredal est apparu comme un metteur en scène extrêmement doué, à l’univers riche, que nous nous proposons d’analyser aujourd’hui.

Son nom n’est pas encore le plus connu des cinéphiles, son aura bien moindre que celle des piliers du genre. N’ayant pas connu de succès industriel écrasant à la manière de James Wan ou n’ayant pas été identifié comme un auteur à la voix singulière à la manière d’un Ari Aster, ses métrages sont perçus comme ceux d’un artisan appliqué.

Une qualification que l’intéressé ne renierait probablement pas, tant ses trois premiers longs-métrages témoignent d’un amour sincère du détail, comme d’une parfaite connaissance des mécaniques « classiques » de la mise en scène. Mais il nous semble qu’André Øvredal a bien plus à offrir que des frissons appliqués et programmatiques. Parce que les cauchemars qu’il nous offre nous hantent et que Scary Stories approche ses vilaines pattes de nos écrans, nous revenons sur les lignes de force qui parcourent ses travaux.

 

Image 560821 The Troll Hunter

 

DU PLAISIR DANS L’ATTENTE

Comment faire naître la peur ? C’est la réflexion qui préside à tout film d’horreur, et qui nourrit la mise en scène du premier récit fantastique venu. Les plus gros succès de l’époque, Conjuring Universe en tête, tendent vers une dynamique bien particulière, dont André Øvredal s’éloigne considérablement. Cristallisé par le succès planétaire de James Wan (et ses innombrables copistes), le logiciel de flippe qui domine le genre anglo-saxon se base sur le jump scare et autres sursauts, enrobés dans une mystique chrétienne simpliste.

Si Øvredal ne déteste pas faire bondir son spectateur, les techniques dont il use pour bâtir le suspense précédant l’horreur s’avèrent plus complexes. Dans DenOfGeek en 2017, l’auteur revenait en détail sur ses influences, citant notamment Fincher et Hitchcock, pour leur sens du cadre et leur soin méticuleux de la composition des images, plus que le mouvement de la caméra. Rejetant la caméra à l’épaule, pour lui préférer des plans souvent fixes, très stables, lui donnant le plein contrôle sur l’intérieur de l’image, Øvredal pense d’abord en technicien maître de ses effets.

 

photoIl faut laisser murir...

 

Adepte des longues focales, prenant un certain plaisir à émuler la vision humaine dans le cadre, il oblige le spectateur à scruter des arrière-plans toujours à la limite du flou, reconnaissables, familiers, qu’il va décortiquer en connaisseur du genre. Ainsi, le réalisateur s’efforce-t-il de multiplier les angles, afin de toujours présenter l’action sous un jour différent, donnant à chaque séquence une patte singulière. Un dispositif évident dans The Jane Doe Identity, où la seule mise en scène parvient à dynamiser une action extrêmement statique.

Vient ensuite le plaisir d’André Øvredal, qui consiste à dilater le temps pour mieux jouer avec l’anticipation du spectateur, à la manière d’un élastique qu’on tendrait devant son visage, jusqu’à ce que la perspective de le voir se rompre devienne intolérable. Ce système est usé abondamment dans son deuxième film, alors qu’un mort réanimé traverse un interminable couloir plongé dans les ténèbres, faisant tinter le grelot accroché à sa cheville. On notera aussi que dans Scary Stories, le cinéaste adore montrer son bestiaire à la caméra, à la faveur de longs plans fixes, générant un sentiment d’inéluctabilité terriblement malaisant.

Chez André Øvredal, l’horreur ne provient pas du hors champ, mais au contraire du cœur du plan, et du fait qu’il semble bien impossible de s’en évader, la source de la terreur étant toujours visible, impavide, quelque soit l’angle choisit.

 

trailerQuand l'horreur est plein cadre

 

DÉLICES CRUELS ET AMOURS MONSTRES

C’est peut-être en cela que ses films semblent si proches des romans de Stephen King. Pas tant parce qu’ils charrient avec eux un certain folklore local (l’Amérique « innocente » des sixties, les légendes urbaines ou la mythologie des sorcières de Salem), mais plutôt parce que comme le romancier, ils placent la source de l’horreur au centre de l’attention. Rejetant l’équation Lovecraftienne qui fait du monstrueux une entité indistincte et mystérieuse, par essence indescriptible, confinée à de vastes outre-mondes en temps normaux inaccessibles, André Øvredal nous force à constater leur puissance et l’absence de toute échappatoire.

La force des créatures invitées dans ses trois longs-métrages, y compris dans le plus léger Troll Hunter, vient du fait que le scénario n’épargne pas les personnages, et après avoir établi puissante présence, ne recule pas devant ses conséquences. Personne n’aura droit au salut dans Jane Doe, et apporter un semblant de reconnaissance à la femme dont le corps est malmené sur la table d’autopsie ne suffira pas à atténuer son courroux. Dans Scary Stories, être un môme attachant ne protège jamais de la voracité des monstres qui envahissent le décor.

 

photo Scary StoriesHarold va vous épouvantailler

 

Un usage de la violence terrible, mais responsable (chaque acte apporte son lot de conséquences), cruel (ce sont souvent les sévices corporels qui traduisent les conflits intérieurs) et causé par un bestiaire visuellement stimulant. Ici, pas de démons à l’économie, de nonnes possédées ou de curés babillant en latin. Même quand il doit créer un univers à base de simples cadavres, le metteur en scène travaille à leur conférer une personnalité.

Beauté diaphane, grand brûlé, faciès démantibulé, la peur ne repose pas sur un gore d’opérette, mais bien sur des mutilations incarnant, traduisant une monstruosité souterraine. Ainsi, quant à la faveur d’une seconde partie qui joue la carte du fantastique à pleines balles, Ovredal convoque aussi bien les trips hallucinogènes d’un Mario Bava, que les opéras de chairs putréfiées d’un Lucio Fulci.

 

trailerBrian Cox autopsie le folklore américain

 

Un héritage des mythes norvégiens relus et mis au goût du jour dans Troll Hunter, légendes issues des procès de Salem, puis, avec Scary Stories, un hommage vibrant aux légendes, urbaines ou non, telles que les a assemblées le folkloriste Alvin Schwartz. Toutes ces créatures sont anciennes, ou incarnent la réminiscence de concepts qui nourrissent l’inconscient collectif depuis des décennies, voire des siècles.

C’est un autre des plaisirs du cinéma d’André Øvredal, celui de se replonger au cœur d’un héritage commun, revisité, repensé et restauré dans toute son angoissante gloire. Gageons qu’avec Mortal (actuellement en post-production, il s’agit d’un projet de longue date, entamé avec Scary Stories), où il retrouvera les légendes norvégiennes en suivant le parcours d’un jeune homme se découvrant un héritage divin et surnaturel, le cinéaste nous proposera à nouveau une immersion puissante dans ce cinéma qu’il affectionne. Et qui nous tape dans l’œil.

 

Affiche françaiseSortie le 21 août !

commentaires

Simon Riaux - Rédaction
19/08/2019 à 08:28

@Wolfcheck

Tout à fait. Pour le coup, je prépare un papier sur les bouquins en question, du coup, j'ai préféré me concentrer ici sur le boulot d'Ovredal.

Wolfcheck
17/08/2019 à 18:20

Tres bon article.
Par contre vous auriez pu préciser que Scarie Stories est une adaptation de plusieurs livre du même nom.

Simon Riaux - Rédaction
17/08/2019 à 04:37

Coeur avec les poils.

darkpopsoundz
16/08/2019 à 21:17

Nan mai sérieu qwa aprenais votre métié avant décrir des trucs naze come sa quon compren rien allocine cest telement mieu lol vou ètes vraimen des nul.....
........
Oups...
Désolé... ^^
........

Je ne me souviens pas très bien de Trollhunter (faudrait que je le revois, je me souviens néanmoins que j'avais beaucoup aimé), j'ai adoré Jane Doe, et j'ai hâte de voir Scary Stories, surtout si vous convoquez deux de mes maîtres Bava et Fulci, là vous touchez une corde sensible! :O
Super boulot, Simon, comme d'hab, et un vrai plaisir à lire. Et si je peux me permettre je trouve que vous vous devenez vraiment excellent dans les textes analytiques comme celui-ci (même si je ne suis pas toujours super d'accord avec ce que vous écrivez, ce qui est tout à fait normal, et de toute façon comme vous exposez vos arguments avec une grande pertinence je comprends votre point de vue même quand je ne le partage pas vraiment). Continuez comme ça, j'adore ce genre de textes! :-)

Finalement vous pouvez bien parler de Marvel/Disney 5294 fois par jour, les mettre dans vos tops, flops, slips ou flips, les encenser ou les incendier, j'en ai rien à f*utre tant qu'EL proposera des textes comme celui-ci de temps en temps. ;-)

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