Toy Story 4 : le coffre à jouet de Pixar va-t-il sauver l'honneur du studio ?

Simon Riaux | 26 juin 2019 - MAJ : 26/06/2019 14:16
Simon Riaux | 26 juin 2019 - MAJ : 26/06/2019 14:16

Toy Story est de retour et débarque chez nous dans le sillage d’un démarrage triomphal aux États-Unis. Pourquoi la série est-elle si importante au sein du riche catalogue de Pixar ?

Les suites des œuvres à succès de la firme à la lampe sont fréquemment accueillies avec bienveillance. Pour autant, il semble que chaque suite à la franchise Toy Story génère une interrogation anxieuse : s’agira-t-il du film de trop ? Si le questionnement se fait logiquement plus prégnant après un troisième chapitre adoré, il ne date pas d’hier et titillait les spectateurs dès Toy Story 2.

Pour comprendre sa raison d’être, revenons sur le statut à part de la franchise, et tentons de comprendre en quoi elle personnifie le serment d’exigence du studio, et pourrait annoncer son salut artistique après un ventre mou créatif remarqué par de nombreux observateurs.

 

photoC'est que de l'amour

 

PROMESSE ORIGINELLE

Sorti à la veille du Noël 1995, Toy Story premier du nom s’est avéré un délice pour des millions de spectateurs, mais aussi un véritable choc, devenu phénomène culturel et un bouleversement majeur au sein du cinéma d’animation. Avec plus de 370 millions de dollars amassés au box-office international, le film réalisé par John Lasseter impose l’image de synthèse comme une technologie offrant de nouvelles possibilités aux créateurs, autant qu’un aimant imparable pour un public alors fasciné par ce renouveau esthétique.

 

photoUn Woody bien droit comme il faut

 

Son succès va accélérer considérablement l’adoption de la 3D comme étalon narratif, mais la réussite de Toy Story va bien au-delà. Porté par une écriture sensible, une construction dramatique impeccable, le film bouleverse autant les enfants que les adultes, les interrogeant sur la valeur de la transmission et leur engagement envers les plus jeunes. En un seul film, Pixar se retrouve au sommet de l’animation américaine et met un sévère coup de vieux à Disney.

Pour les années à venir, ce classique instantané demeurera la carte de visite de studio, ainsi que la réussite à laquelle tous ses successeurs devront se mesurer, un miracle à reproduire constamment et un choc comparable à celui qu'entraîna Jurassic Park au sein du blockbuster traditionnel. Comme son cousin Spielberguien, Toy Story supporte admirablement le poids des ans, grâce à son écriture chirurgicale et sa mise en scène d'orfèvre.

 

photo

 

ÂGE D’OR ET GUEULE DE BOIS

Quatre ans plus tard, Pixar en remettra une couche avec Toy Story 2, prouvant que ses talents sont capables de soutenir un niveau d’exigence ahurissant. Nouvel adoubement, nouveau succès, qui inaugure une suite quasi ininterrompue de merveilles. Pendant une décennie se succéderont les succès de Monstres & Cie, Le Monde de Nemo, Les Indestructibles, Cars, RatatouilleWall-E et Là-haut.

Un strike démentiel conclut par Toy Story 3, comme si les jouets restaient les indétrônables parrains, les garants ultimes de la recette Pixar. Il faut dire que le 3e volet a marqué tous les esprits avec une véritable apothéose émotionnelle, culminant lors d’une séquence de bûcher inoubliable, à laquelle succède un des plus beaux épilogues du 7e Art, générant de par le monde quelques dizaines de milliers de larmes.

 

Image 488633Le retour des rois

 

Mais à bien y regarder, ce Toy Story 3 avait aussi des airs d’annonces funestes. En donnant ses jouets adorés à Bonnie, Andy, figure symbolique centrale de la franchise, actait la métamorphose à venir chez Pixar. On s’était bien amusés, nous avions grandi, l’entreprise avec, et l’heure était venue de céder nos rêves d’hier à d’autres, pour se divertir autrement.

Après le chef-d’œuvre de Lee Unkrich, la firme à la lampe joue la sécurité, sinon la rentabilité et se complaît en suites dispensables et projets diversement aboutis. Ni Rebelle ni Le Voyage d'Arlo ne marqueront les esprits au fer rouge, quand Cars 2 puis 3, Monstres Academy, ou Le Monde de Dory se révéleront infiniment inférieurs à leurs modèles. Jamais l'entreprise ne s’écroulera ni ne renoncera franchement à ses ambitions, mais, et c'est peut-être encore plus frustrant pour qui a suivi son travail depuis les origines, elle se normalise.

 

PhotoTout n'est pas bon dans le dino...

 

Coco ou Les Indestructibles 2 sont bien loin d’être des ratages, mais leurs réussites artistiques paraissent insuffisantes pour tout à fait rassurer quant au redressement créatif du studio. L’alliance avec Disney semble profitable, les parents se précipitent toujours pour catapulter leurs mioches dans les salles obscures et une grande partie des spectateurs y trouve plus que son compte. Mais la concurrence de Dreamworks s’est férocement accentuée, et à côté des 5 Légendes ou de la trilogie Dragons, Pixar ne se distingue plus tout à fait, devenu indissociable d’un cinéma d’animation aussi concurrentiel que qualitatif.

C’est dans ce contexte que surgit l’annonce de Toy Story 4. Mais après ces semi-réussites, plus que jamais, le projet a des airs de suite de trop.

 

PhotoUn Cars 3 proche de la panne sèche ?

 

UNE RÉSURRECTION ET DES PRESSIONS

C’est sans compter sur l’histoire de la saga, sur l’héritage de Woody et de ses compagnons. Puisque le studio a bâti son image de marque sur ce fabuleux coffre à jouets, c’est bien elle qu’il dépose à nos pieds et nous propose de réévaluer, comme pour mieux renouveler un contrat de confiance entre passionnés et artisans du récit.

C’est peut-être la raison pour laquelle ce métrage très réussi, qui ne fait pas honte à la saga (voir notre critique) traite de sujets aussi sombres – en apparence – et si directement connectés aux enjeux de Toy Story 3. S’il n’est plus question d’abandon vertical, nos héros sont ici franchement dépressifs, surcompensant un profond sentiment d’inutilité.

 

photoUn 4e chapitre qui fait Caboum

 

Comment se réinventer ? Comment retrouver le feu sacré ? C’est l’interrogation qui parcourt le film, et pour cause, il symbolise aussi en coulisses la crise et le renouveau auquel doit s’astreindre Pixar.

C'est le premier film à pouvoir être considéré comme celui de l’après John Lasseter, remercié dans le sillage du mouvement #MeToo après plusieurs témoignages accusant l’artiste d’avoir une attitude sexuellement agressive et déplacée à l’encontre de ses collaboratrices. Une succession qui ne fut pas de tout repos, la scénariste Rashida Jones ayant quitté l’aventure quelques mois seulement après être montée à bord.

 

PhotoPixar en pleine introspection ?

 

Expliquant avoir trouvé au sein de l’entreprise une culture qui minorait le travail des femmes et ne pas souhaiter y collaborer davantage, son départ cristallise bien le besoin et le désir de la firme à la lampe de se réinventer et d’appréhender avec un œil neuf le monde sur lequel elle régnait il y a encore quelques années.

Toy Story 4 introduit parfaitement cette réflexion, mais tout indique que le prochain long-métrage de Pixar poussera cette mise en abîme encore beaucoup plus loin. En avant traitera de deux frangins vivant dans un monde mythologique, dont l’enchantement et la magie se sont retirés, les amenant à l’explorer pour en redécouvrir l’émerveillement originel.

Tel est la mission des créateurs de Pixar, plus que jamais maître de leur destin, plus que jamais conscient de leur statut et de l’exigence de la mission qu’ils se sont assignée. Un challenge de haute volée, dont Toy Story 4 laisse à penser qu’il pourrait être relevé.

 

commentaires

charlieee
27/06/2019 à 08:56

vice versa est l'exception qui confirme la régle.

Number6
26/06/2019 à 19:15

J'ai largement préféré la légende de Manolo à coco. A part vice versa, qui est un de mes Pixar favoris, voire mon favori, Pixar ne se foule clairement pas la nenette. Coco a beau être beau, je le trouve creux.

Brucetheshark
26/06/2019 à 18:49

"Vive Versa" l'éternel film omis par ceux qui prétendent que Pixar n'est plus ce qu'il était ...

M1pats
26/06/2019 à 16:02

Oui Tonto a raison, pourquoi vous ne citez pas vice versa ?

Tonto
26/06/2019 à 15:34

Vous auriez pu mentionner Vice-Versa, quand même. Avec Coco, c'est considéré comme l'autre film majeur du studio sorti pendant cette période dite "creuse".
Bon, après, en ce qui me concerne, je trouve que Pixar n'a faibli à aucun moment. Certes, Cars 2, Rebelle, Arlo, Dory sont moins ambitieux que ce qui a précédé, mais restent bien supérieurs à ce qui se fait ailleurs (hors-Disney) dans le monde de l'animation.

charliee
26/06/2019 à 15:24

Cars 2 et 3, monstre académie, le monde de dori, indestructibles 2, rebelle, le monde d'Arlo... que des déceptions, des non prise de risque et des films d'une qualité bien moindre á ce que nous avait habitué Pixar

M1pats
26/06/2019 à 15:01

Qu'est-ce qu'il a l'honneur du studio ???

saiyuk
26/06/2019 à 15:00

j'ai du louper un truc, depuis quand l'honneur de Pixar est-il a sauver ? parce que de mémoire il ce porte bien et a bien raison....

Gregdevil
26/06/2019 à 14:24

Je suis pour la plus part du temps d'accord avec vois sur bien des points EL. Mais je vous trouve très dur avec Pixar.
Coco et les I2 ont été des succès artistiques et commercial. TS4 le sera vu son démarrage au BO US.
Qualitativement tout leurs métrages sont bon, j'enlèverais Rebel qui na pas la fibre d'exception à la quel nous a habitué le studio. Pour Arlo je l'ai trouvé merveilleux, même si le dernier acte est balisé, le film est original et rempli d'émotions.

Je vais souvent voir des films d'animation avec mes enfants, et je vous assure que la concurrence est à la ramasse face à Pixar. Hormis les derniers Disney, merci Lasseter, tout le reste ne vole pas bien haut.
Les production Ilumination et les Minions, Comme des bêtes, les copiés collé style Madagascar Kung Fu Panda Shrek 9 j'en passe et des meilleurs...

Pixar peut se targuer de s'adresser aux enfants ET aux adultes au travers de leurs films, par des niveaux de lectures différents. Pas la concurrence.

Pour moi Pixar reste le numéro 1 de l'animation et de l'émotion, de la créativité et de la richesse visuelle.

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