Diamond Island : La critique étincelante

Christophe Foltzer | 26 décembre 2016 - MAJ : 09/03/2021 15:58
Christophe Foltzer | 26 décembre 2016 - MAJ : 09/03/2021 15:58

L'Asie est en train de changer actuellement, et à vitesse grand V. Pour devenir concurrentiels par rapport à l'Occident, il faut se développer, parfois en dépit du bon sens. Et Diamond Island nous offre un bon exemple de ce modernisme agressif.

Bora vit dans un petit village cambodgien et comme tous les garçons qui sortent de l'adolescence, il rêve d'une grande vie à la capitale, de luxe, de paillettes et de fillles. Parti tenter l'aventure, il se retrouve ouvrier sur le chantier de Diamond Island, un projet immobilier ultra-moderne qui représente tous ses fantasmes. Mais celui qui construit n'est pas forcément celui qui en bénéficie et lorsqu'il retrouve par hasard son frère Solei, il va en profiter pour sortir de sa condition, avec le risque d'oublier l'essentiel en chemin.

La première chose qui frappe dans Diamond Island, c'est la beauté visuelle du film extrêmement travaillée et totalement cohérente avec le propos. Il s'y déroule une bataille entre des couleurs toujours vives, quelques peu terreuses, et d'autres plus artificielles tout autant inquiétantes que fascinantes. Avec cette patte plastique indéniable, le jeune réalisateur Davy Chou parvient à nous faire ressentir comme il se doit les tourments intérieurs de son personnage principal, coincé entre deux mondes et qui rêve d'un avenir meilleur.

 

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L'autre grande force du film, c'est de ne jamais prendre parti à la place de ses héros. On aurait pu craindre qu'en opposant aussi catégoriquement les univers, une lecture morale s'opère et, heureusement, il n'en est rien. Au contraire même puisqu'en découvrant le mode de vie des ouvriers et celui d'une jeunesse plus dorée et insouciante, on se rend compte qu'au final ils courent après le même fantôme de modernité, angoissante et cannibale, qui transforme peu à peu le pays pour en faire une espèce de parc d'attraction constant.

 

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A ce titre, il faut noter quantité de détails qui enrichissent encore plus le propos comme ce couple forcé qui ne commence qu'à communiquer à partir du moment où la fille se rend compte que le garçon a le nouvel iPhone. Ainsi le discours social se met en place, tout comme le jeu de séduction, l'homme n'étant plus désiré pour ce qu'il est mais pour ce qu'il possède. Tout cela nous amène à une constatation assez radicale du monde consumériste et du piège dans lequel plonge le pays à pieds joints qui pourrait se transofrmer en pensum rébarbatif si le réalisateur n'avait pas traité son histoire sur un mode fantasmatique, à la limite du fantastique d'ailleurs.

Voir l'univers et les personnages progressivement avalés par une couleur bleue vide de sens et tellement froide procure une sensation de malaise grandissante qui complète à merveille le but recherché. La ville elle-même, tour à tour montrée comme la polarisation de toute une jeunesse en quête de sens et en espace inquiétant qui ne révèrelait sa part d'ombre qu'à la tombée de la nuit permet au film d'accéder à une ambivalence bienvenue qui permet aux personnages de gagner en épaisseur et en densité. Rien n'est gratuit, mais rien n'est jamais totalement calculé non plus, nos personnages sont des âmes errantes en quête de but, totalement dominé par le complexe immobilier qu'ils bâtissent eux-mêmes et qui est pourtant déjà en train de les asservir.

 

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Résumé

Malgré quelques longueurs et le jeu approximatif de quelques comédiens amateurs, Diamond Island se révèle être une très belle surprise, étonnante à plus d'un titre, qui dépasse habilement les barrières du genre et du langage pour nous permettre de réfléchir sur notre rapport à la consommation, aux désirs et au virtuel de nos existences. Un bon démarrage pour un réalisateur prometteur.

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commentaires
philmencre
26/12/2016 à 15:22

Comme ça donne envie. Décidément l'Asie brille d'un bel éclat cinématographique, après Assassin, Dernier train pour Busan, Strangers, Mademoiselle..., ce Diamond Island a l'air tout aussi étincelant.

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