Captain America : Civil War - critique Marveleuse

Simon Riaux | 4 juillet 2021 - MAJ : 12/11/2021 15:45
Simon Riaux | 4 juillet 2021 - MAJ : 12/11/2021 15:45

Captain America : Civil War, ce soir à 21h05 sur TF1.

Comics culte, lu par des millions de fans, œuvre radicale et matricielle (retrouvez un dossier complet sur ce sujet par ici), Civil War fut pour beaucoup une des plus grandes réussites des éditions Marvel. L’adapter au cinéma tenait autant du défi que de l’acte de foi de la part de Disney, poussé par la concurrence de Warner à lancer tous ses soldats dans la bataille. Pour mener ses combattants au front, Disney a missionné les frères Russo, déjà à l’œuvre sur Captain America : Le soldat de l'hiver. Sortent-ils victorieux de la bataille avec leur Captain America : Civil War ?

PAPIER MÂCHÉ

Comme on pouvait s’en douter, Captain America : Civil War ne peut en aucun cas se mesurer à son aîné de papier. En cause : un panel de héros beaucoup trop réduit, et un cahier des charges rédigé par Disney qui lui interdit non seulement de suivre le programme originel, mais surtout de le mener à une conclusion aussi radicale. Soyez donc prévenus, le film des frères Russo n’est qu’une brouille de bac à sable entre marmots consanguins comparé au comics dont il s’inspire vaguement.

Et si Captain America : Civil War est une adaptation rachitique, ce n’est pas non plus un bon film. Le Soldat de l’Hiver était sauvé par l’énergie de Chris Evans et son esprit de sérieux, ce nouveau volet des aventures du grand blond au bouclier souffre des carences évidentes de ses réalisateurs dès que l’action s’emballe. Incapables de mettre en scène les nombreuses séquences musclées qui parsèment le scénario, ils secouent leur caméra en tous sens, et ont recours à un montage tellement haché qu’il pollue chaque scène un tant soit peu spectaculaire, au point d'en devenir parfois illisible et géographiquement absurde.

 

Photo Robert Downey Jr., Chris EvansC'est qui qui m'a monté comme ça ?

 

En témoigne une scène embarrassante, où le Captain et Bucky son buddy bavassent et tabassent, le tout dans une cage d’escalier. Surdécoupée, bruitée à la bouche, éclairée n’importe comment, la scène en devient grotesque, en dépit de chorégraphies intéressantes, et d’une dramaturgie correcte sur le papier. Impossible de ne pas comparer ce spectaculaire ratage au contemporain (faux) plan séquence de la deuxième saison de Daredevil, qui malgré un budget et des moyens techniques bien inférieurs le surpasse sans mal.

 

Photo Scarlett JohanssonLes gars on se fait mettre à l'amende par un aveugle avec une canne là...

 

SOLDATS D'INFORTUNE

Dès lors que la dimension pyrotechnique du film s’avère déficiente, difficile de ne pas ressentir les autres défauts inhérents à la méthode Disney. Qu’il s’agisse d’une romance qui devrait réchauffer le petit cœur de Christine Boutin, de la photographie baveuse ou d’une direction artistique aberrante (le décor le plus travaillé du film est une cantine de bureaux, c’est dire), tout sonne faux et chaque élément du métrage semble travailler contre le récit dans son ensemble.

 

Photo Iron Man, Black Panther, VisionIron Bad

 

Le scénario passe ainsi un temps infini à traiter d’un méchant subalterne, qui est au grand spectacle ce que le micropénis est au cinéma porno, avant d’abandonner subitement les notions inhérentes à la Guerre Civile de son titre. Il y substitue alors grossièrement une intrigue à base de vendetta personnelle. Résultat, une narration pataude et dénuée de fluidité, qui oblige le spectateur à patienter plus d’une heure avant que le moindre conflit sérieux s’amorce.

 

Photo Captain AmericaCaptain Gris

 

SHOOT TO KILL

Des problèmes indignes d’un blockbuster d’une telle ampleur, qui n’empêcheront pas cependant de trouver ici et là quelques raisons de se réjouir. Malgré ses déficiences techniques, le film nous offre une séquence divertissante sur le tarmac d’un aéroport (encore un décor d’une grande inventivité), où enfin les personnages peuvent laisser libre cours à leurs pouvoirs et se livrer à un affrontement spectaculaire.

De même, les supporters de Spider-Man pourront le crier haut et fort : enfin, leur héros a été retranscrit fidèlement à l’écran. L’Homme-Araignée retrouve toute sa dimension smart-ass et bavarde, mélange parfait de roublardise, dextérité et logorrhée. Dommage que le personnage soit bien moins convaincant sans son costume, et que la doublure numérique de ce dernier n’arrive pas à la cheville de la version de Sam Raimi.

 

Photo Tom Holland, Spider-ManBavard man

 

Paradoxalement, si l’humour est depuis longtemps la métastase du cinéma Marvel, il fonctionne ici très bien. Captain America : Civil War échouant systématiquement à rendre crédible son récit faussement sérieux et intelligent, les ruptures de ton apparaissent d’autant plus salvatrices qu’elles sont nettement mieux écrites qu’à l’accoutumée et véritablement intégrées à l’action. Ainsi, il n’est pas rare que le film sauve ici et là des scènes proches du ratage grâce à une salve humoristique très bien tournée.

Malgré des défauts majeurs qui lui interdisent de prétendre au titre de divertissement respectueux de son public, Captain America : Civil War fait mieux qu’Avengers : L'Ère d'Ultron, et saura ménager aux fans quelques raisons (trop maigres) de ne pas quitter la salle en s'arrachant les globes oculaires.

 

Affiche

Résumé

Pauvre, techniquement à la ramasse et rarement spectaculaire, ce Civil War ne peut compter que sur le fan service pour divertir.

Autre avis Geoffrey Crété
Loin d'être à la hauteur des enjeux promis et attendus, Captain America : Civil War n'est qu'un morceau classique du MCU, et pas le grand moment dramatique, épique et puissant qu'il aurait pu être. Rien de notable en bien ou en mal, circulez.
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Lecteurs

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commentaires
Deny
05/07/2021 à 02:45

J'ai adoré les comics, j'ai bien aimé le film.

Momo
05/07/2021 à 00:00

Le film de "guerre" (à la disney donc..) ou le seul blessé est du à un dommage collatéral... ca m'avait assez interpelé (même sans comparer au comic..)

Nonooo
04/07/2021 à 21:41

Au niveau de la scénographie et de la réalisation c'est clairement bof, même moi qui a aimé le film suis obligé de reconnaître que la scène de l'aéroport est du n'importe quoi et que certaines scènes d'actions sont mal filmées. Un seul moment a retenu mon attention c'est le combat sauvage entre Tony et Cap à la fin qui n'était pas si mal fait (BP, Zemo et Iron Man au top dans ce film aussi). En revanche, au niveau des personnages et de leur évolution ce film se place plutôt bien je trouve, avec les enjeux liés aux actions irréfléchies des Avengers, les avis divergents au sein du groupe, les prises de position, le passé de Bucky/Tony etc... moralement parlant, les personnages sont confrontés à pas mal de choses difficiles (notamment Wanda, probablement un des persos du MCU ayant le plus évolué). C'est juste dommage qu'ils ne soient pas allés plus loin avec les questions politiques et le thème de guerre civile et que la réalisation soit si bâclée... Il en reste un film pas incroyable mais pas mauvais non plus. Moi je l'ai apprécié mais je comprends pourquoi d'autres ne l'ont pas aimé, il a de vilains défauts.

Flash
04/07/2021 à 19:39

Rien de génial dans ce film, ni rien de honteux.
Un film plutôt pas désagréable à suivre, mais clairement pas l'un des meilleurs du MCU.
D'accord avec Arnaud (le vrai) pour Black Panther et Daniel Bruhl qui est d'ailleurs excellent dans la très oubliable série "Le faucon et le soldat de l'hiver".

Arnaud (Le vrai)
04/07/2021 à 16:43

Ce film a mes yeux est la seule vraies erreur du MCU.
Je ne dis pas que les autres sont tous bons (Ironman 3 ...) mais Civil War est le seul film ou je suis sorti de la seance en me disant "putain ils ont merdé grave". Et Feige le sait lui meme d'ailleurs

Je me bats souvent contre ceux qui disent partout "c'est pas comme dans le comics, ca n'a rian a voir, et puis l'acteur ressemble pas ..."
Je dis toujours, si tu veux voir ce qui se passe dans le comics ... ben lis le comics !!! Les films ne sont pas des adaptations strictes des comics, mais juste une interpretation, une inspiration des comics.

Mais ce raisonnement a une seule limite (bon en fait je dirais au moins 2), c'est Civil War.
Tu ne peux pas prendre le comics le plus celebre de l'histoire, l'arc scenaristique le plus apprecié et populaire, celui qui a changer toute la vision des comics Marvel, la baston ultime de TOUS les heros, et le reduire a 10 mecs qui se battent sur un tarmac et se disent a la fin qu'ils sont desolés et qu'ils restent potes.

Ce film a mes yeux est une insulte totale a tous les fans de Marvel Comics, ni plus ni moins.

Apres est-ce que le film est bon ? Mouais meme pas, il est pas ouf dans sa real et s'etire trop dans la longueur.

Seuls points positifs: Daniel Bruhl est vraiment classe et joue super bien son role, Black Panther dechire grave et surtout dans tous le MCU (a part peut-etre dans Endgame) jamais Robert Downey Jr n'aura ete aussi convaincant faisant passer son personnage par toutes les emotions et le faisant de facon magistrale. Perso j'aurais pu donner un oscar du meilleur acteur a Robert juste pour ce film.

Malheureusement c'est pas suffisant pour en faire un bon film. Il est arrivé bien trop tot (et pas confié aux bons reals)

Lady M
12/05/2021 à 21:57

La mère de Charles Spencer dit: "on dit qu'il y a toujours qu'il y a un fond de culpabilité dans la générosité" et bien elle ment, je fais eacoup d'actes gééreux, sas

Flo
26/11/2019 à 15:10

Retour sur Cap CW…
Que dire de plus sur ce film qui partait avant même sa sortie officielle sur de bonnes impressions, puis de bonnes critiques, avec un succès assuré ? D’où des réactions allant naturellement du plus nuancé au très mauvais, sans qu’on puisse penser que ce soit réfléchi suffisamment puisque de toute manière Marvel Studios cartonne quasi à chaque fois ? Voyons ça:

Déjà rappeler encore que Marvel fait des histoires reposant à tout prix sur les personnages, de sorte qu’on puisse s’y attacher et y revenir, ce qui va aussi bien avec la notion de narrateur que d’entreprise. C’est ainsi, Marvel Studios est L’auteur des films, sans visage, global (Stan Lee n’en est plus que l’esprit, Kevin Feige ne fait que coordonner), et les réalisateurs invités avec leur bagage au long cours correspondant à l’histoire, ou les héros et leur univers ici mis en scène. Soit rien de neuf par rapport à un Nolan qui, contrairement à ce qui se dit beaucoup trop, ne s’est PAS approprié Batman pour le vider de son coté fantasque et gothique: mensonge, ces histoires du héros vues d’un point de vue plus terre-à-terre, politique, sobre etc (le héros ayant toujours eu une grande capacité à se réinventer dans n’importe quel contexte) existe bien dans les comics, y sont très bonnes, et sont donc la base de sa trilogie via le très connu Batman Année Un. Idem pour un Shane Black ou un James Gunn, même plus « lissé », on reconnait bien un de leur film sans que ça ne dénature trop les personnages présentés. Les « désidérata obligatoires du MCU » sont moins des obstacles à une certaine liberté artistique (il y a des tonnes d’idées sur des décennies à y piocher au contraire) que des moyens de garantir une bonne fluidité contextuelle. Quand c’est bien fait, en harmonie avec le réalisateur bien sûr.

Bref en ce qui concerne les frères Russo, on a des réalisateurs dont l’ADN n’est pas vraiment versé vers l’action, sauf pour quelques épisodes de pugilat dans leur série Community – en même temps, l’action est partie intégrante du cinéma sous une forme ou une autre, car n’est pas par ce mot « Action! » qu’on lance une scène, même dans un moment de mise en scène statique? – Alors les Russo, grands fans de comics et de films d’action se sont mis à étudier des oeuvres cinéma cultes pour utiliser les styles pouvant se fondre avec leur technique personnelle et l’esthétique particulière de leurs aventures, centrées sur Captain America. On peut dire qu’il y a donc un peu de James Cameron, dans le découpage d’action en milieu urbain, et une certaine force physique. Et bien sûr le jusqu’auboutisme froid et implacable du Soldat de l’Hiver, inspiré par le Terminator (voir leur com audio de Cap TWS). Et il y a aussi du John McTiernan chez eux, mais plus particulièrement celui plus « sec », jusqu’à sa photo, de Die Hard 3. Très brutal aussi, du genre à rentrer dans le lard de son caméraman pour obtenir des plans moins fluides, plus chaotiques. Une « shaky cam » pas si omniprésente, très à la Jason Bourne bien sûr, mais au service d’un style, le Cap moderne, qui lui sied bien.

Avec tout ça, le film garde une forme très précise de mise en scène dans les scènes d’action, à la fois différentes selon le déroulé de l’histoire et finalement complémentaires:
le début sonne comme une continuation d’Avengers l’Ére d’Ultron et son équipe unie mais avec un super soldat à sa tête, donc prise dans un contexte plus militaire. Chacun avec son moment, son utilité à la mission… sans que cela ne suffise assez pour éviter la bavure.
Plus intéressant sont les deux suivantes: deux course-poursuite de Bucky, l’une faisant cette fois écho à la course à pieds dans la rue du premier Cap (après la mort d’Erskine), et utilisant toutes les facultés à peine plus améliorées des personnages. Alternativement en confiné/air libre, et passant des jambes à un véhicule adapté à chacun (moto, voiture, ailes, ou simples griffes s’accrochant). Plus tard rebelote, mais cette fois presque intégralement en confiné jusqu’à la sortie à l’air libre, débarrassé de tout costume et de presque toutes les armes et gadgets… pour finir ici en écho au 2ème film, où cette fois c’est Cap qui sauve Bucky de la noyade.
Ensuite bien sûr le gros climax super héroïque, une fois tout le monde ayant repris son costume. J’en ai parlé plus haut, à la fois simple dans son contexte et complexe dans son exécution, sans besoin de pousser l’esthétisme à fond sous peine d’être trop lourd, visuellement comme niveau budget.
En enfin un deuxième climax, dramatique maintenant, c’est là que toute l’action du film finit par se fondre en un: espace (dans le bunker) à la fois clos et étendu; héros à la fois costumés et iconiques, puis en délaissant des morceaux au fur et à mesure; dedans avec les trois, dehors avec deux autres discutant simplement…
Tout cela au final fait qu’on peut voir ce film d’un simple point de vue divertissant et excitant sans tout y connaitre, tout y avoir vu ou compris.
On peut parler alors de « shaky cam », de photographie « laide », de trop de personnages, tout cela surement justifié par une limitation appropriée de budget ne sera qu’une question de goûts personnels, puisque il est bien plus intéressant de voir un film de super héros qui ne ressemble vraiment qu’à lui même.

On pourrait aussi parler directement de « Yes men » pour les Russo, sauf que non: ces dispositifs énoncés font bien partie d’un processus personnel, donc de (petits) auteurs puisqu’ils l’ont étrennés il y a des années avec leur série tv culte Arrested Development et son ambiance à caméra portée, il est vrai ici dans un but de faux documentaire.
Une série qui, comme leur autre série tv Community – au passage, l’apparition de leur Doyen dans Cap CW déçoit un peu car trop dans le même style over-exalté de Jim Rash; Danny Pudi dans CapTWS n’y jouait pas « à la Abed » – voit un héros principal, virtuellement central à l’histoire et se trouvant en butte plus qu’en rapports amicaux avec une troupe bigarrée de seconds rôles qui peuvent à tout moment lui ravir la vedette. Encore une continuité de style artistique pour les Russo qu’on retrouve dans Cap CW. Steve Rogers, rôle titre de bout en bout, laissant le champ très libre à tous les autres personnages à chaque fois qu’on arrive à leur scène.

Et on arrive là à raccorder par miracle au style d’un auteur réalisateur très précis que j’ai déjà cité plus haut: Frank Capra. Avec plus de muscles (sans nommer ses films propagandistes de guerre) et aucune scène de long discours politique qui ne soit expédiée par une bombe, ce qui est peu grave narrativement parlant pour l’ambassade du Wakanda (extrêmement plus dommageable pour la version cinéma du « film de la concurrence »). Comme j’avais écrit, Steve Rogers correspond assez à ce type de héros faisant le coup de poing seul contre tous, et à la détermination à la limite de la naïveté idiote (ce qu’il n’est finalement pas). On peut préciser aussi que son adversaire Tony Stark (qui aurait pu être un émule du Cap avant de devenir cynique à la mort de ses parents – voir sa réplique perso du bouclier trainant dans son atelier) fait partie de la filmo plus « screwball comedy » de Capra, façon New York- Miami, aux répliques rapides, cinglantes et ironiques. Mais surtout, c’est dans ce fait de ne laisser aucun des personnages secondaires être des poids morts, de faire que tous ceux qui ne sont pas la star du film deviennent la « star » de son (plus ou moins bref) moment à l’écran, qui achève de rapprocher ce type de film de la tradition Capraesque, qu’il soit blockbuster ou pas. Un type de film d’autant plus précieux que rare, et hélas pas toujours à succès ces derniers temps: le plus « Marvellien » Seul sur Mars a beau avoir valeur d’exemple de carton, il est n’en a pas été le cas des plus ambitieux ou plus forts The Walk ou le Pont des Espions. On peut remercier un tantinet Marvel de permettre à ce cinéma là de perdurer, même sous cette forme, en attendant plus subtil un jour.

Flo
26/11/2019 à 15:08

Qui aurait cru il y a 8 ans, alors qu’on sortait à peine (surtout en France) de la Guerre Civile des comics, qu’on était en plein dans le run de Ed Brubaker, et que Nick Fury annonçait l’Initiative à la fin du premier Iron Man… qu’on aurait déjà un film Civil War ?

En fait, ce qu’on a voit ici ce serait plutôt le Civil War de Mark Millar et Steve McNiven qui aurait été remaké par le duo Brubaker/Steve Epting, sans l’énormité du cast (plus resserré en conséquence) et les scènes chocs chères à Millar. D’où le fait qu’on reste bien dans un film de Captain America avant tout.
Plus terre-à-terre et politique, façon thriller à la Jason Bourne un peu déjà comme le faisait les frères Anthony et Joe Russo dans Captain America : le Soldat de l’Hiver, mais en moins nerveux. On n’a pas sur ce film la même tension car ce qui sous-tend le tout est moins un suspens, les mystères dans l’intrigue y étant assez prévisibles même pour ceux qui n’ont ni lu les comics, ni vu les autres films où on en révélait déjà brièvement (le meurtre traumatisant dans CapTWS). Seule petite surprise, les autres soldats d’Hiver, sinon…

Mais c’est bien plus un bon drame humain, encore plus centré au niveau de ces personnages que les précédents film Marvel. Un film où tous les héros sans exception, tirés dans ce sens par le héros-titre principal et son antagoniste, ont encore plus de choses à dire et à faire. Et ils ne s’en privent pas au risque de trop disperser le tout, mais en se reprenant in-extremis à chaque fois grâce aux thèmes évoqués, très compréhensibles et assez vrais pour des « supers ».
Comme un film Avengers auquel on aurait retiré le coté folklorique en ne mettant pas de dieux, d’aliens ou de robots comme adversaires, mais eux-mêmes et ce qu’ils ont en eux, sans plus aucune restriction polie au fur et à mesure. Et brassant selon les mentalités, de manière explicite ou pas, autant de thèmes politiques ou humanistes: on peut y voir là aussi, selon le spectateur, autant de choses comme les libertés individuelles, le contrôle des armes, la responsabilité civique, le sens de l’honneur et de la famille etc… Comme dans l’Event original des comics, mais sans son coté trop lourd. C’est assez simple au final, mais ça développe des tas d’idées au passage.
Un drame humain ? Mais… c’est barbant !? Non, attendez, ça reste tout de même aussi un film avec de l’action, beaucoup, s’enchainant et s’étirant… un peu trop d’ailleurs, ce défaut (surtout au début) étant peut-être là pour équilibrer avec les scènes de dialogues intimes prenant leur temps avec plaisir pour mieux rendre ses héros (encore) plus attachant pour le public. Des héros si vertueux qu’ils ne cessent néanmoins de s’excuser de « n’avoir pas pu sauver 1000 personnes » alors que sans eux, ça aurait été 1 Million (moralité exemplaire, ça fait plaisir à voir). Jamais bassement bourrins, et jamais en porte-à-faux du contexte général du film.

-Chris Evans/Steve Rogers/Captain America n’en finit plus de donner de l’épaisseur morale et physique à ce grand héros mythique, au caractère mélangeant un peu de Frank Capra, humaniste et droit jusqu’à un coté faussement naïf, et de Steve McQueen (ou McGarett, c’est pareil) pour le coté viril à la cool du « quand faut y aller, faut y aller ». L’Homme hors du temps, déjà juste symbole d’un rêve et d’un espoir pas seulement américain, se retrouve à nouveau un peu seul contre tous, contre une Autorité cette fois légalement justifiée. Mais sa résignation, et son entêtement à privilégier l’amitié et la confiance par rapport à la sécurité finit enfin par connaître ses limites, est le moteur intense de tout le film. Moins « parfait », toujours trop occupé pour la bagatelle (enfin avec Sharon ça bouge, mais d’un orteil). Mais ça n’empêche pas de s’extasier « quel type, alors!! » à chaque fois qu’il se bat habilement, se fait battre, se relève et ne lâche jamais l’affaire. Un Héros oui, un vrai, avec ou sans bouclier, ou drapeau sur le dos. Et pour la suite, Nomad !?
-Robert Downey Jr/Tony Stark/Iron Man, enfin second au générique derrière Evans, et d’ailleurs déjà apparu dans le précédent Cap (en photo, ciblé par Insight) a finit par définitivement sortir de ses automatismes de rigolo qui plaisante pour ne pas penser à ses responsabilités et sa mortalité: maintenant, ses humeurs ne sont plus qu’un camouflet. À nouveau seul (sans Pepper), à nouveau ressassant son passé complexe avec son paternel (et à son tour de passer au rajeunissement numérique), on a bien le Stark de la Guerre Civile connue qui en a vraiment marre de ne pouvoir faire plus pour le monde avec tant de moyens, et qui par désespoir va (re)passer de l’autre coté, celui de l’Autorité, avec tout de même un soupçon de pensée revancharde plus dramatique et émotionnelle qu’égotique. Un petit Iron Man 4 pour lui, avec bien plus de choses à jouer. Très bien.

Ces deux là sont ceux qui sont le plus proche du contexte comics de Civil War, car la particularité de ce film est que le reste du casting, déjà introduit dans de précédents films, est plus inédit par rapport à l’histoire qu’on connait.
– Bucky, Natasha, T’Challa, Sharon, Sam, Rhodes et Zemo étaient très en retrait du crossover principal; Wanda, Clint, Vison et Scott étaient considérés comme morts ou portés disparus; et Spidey était adulte depuis longtemps –
Créant donc plus de surprise inédites dans l’évolution des rapports entre eux, sans trop entamer le contexte général.

-Scarlett Johansson/Natasha Romanoff/Black Widow, plus femme encore qu’avant (la maternité, le retour des cheveux longs) continue son amitié platonique avec Steve, en entame une nouvelle avec T’Challa, et reste fidèle à son coté cynique et jouant sur tout les tableaux, par réflexe d’entrainement ou par convictions profondes, ce sera au public de choisir;
-Sebastian Stan/Bucky Barnes/Soldat de l’Hiver, à la fois central et périphérique au film CapTWS est un peu plus au centre de l’attention ici, son numéro de side-kick fidèle mais fragile et pétant les plombs à intervalles réguliers pouvant être irritant à force. À part dans le dernier tiers du film, il est une victime qui se bat contre lui-même, un Bourne bis s’il avait l’honneur d’un film consacré;
-Anthony Mackie en Sam Wilson/Faucon est une alternative à Buck, plus équilibré et bien dans sa peau en comparaison, un ami sur qui on peut compter en attendant plus un jour, ce qui est déjà très bien;
-Idem pour Don Cheadle/James Rhodes/War Machine, sauf que la différence de caractère avec Sam permet de bien les différencier, Dieu merci (la scène où ils débattent cote-à-cote des accords)!
-la présence du retraité Jeremy Renner/Clint Barton/Hawkeye est plus étonnante, sauf si on accepte que l’amitié et la peur d’être traqué à son tour suffit;
-bonne recrue que Chadwick Boseman en T’Challa/Black Panther, dans un rôle de Vengeur mine de rien (enfin d’ailleurs le nom français de l’équipe est évoqué), charismatique ce qu’il faut bien que peut-être un peu trop à l’air juvénile malgré son age réel (40!). Et un sens de l’honneur et une noblesse bien présent pour encore plus relever le film et teaser son propre film);
-Paul Bettany/Vision est le point de vue plus calme et logique du film… et malgré tout, lui-même n’arrive pas à prévoir le pire (de sa faute). Intéressant comme la Loi de Murphy échappe à lui aussi;
-Elizabeth Olsen/Wanda Maximoff/Sorcière Rouge continue à s’en faire pour le potentiel dangereux de ses pouvoirs… et devient par la force des choses l’équivalente des New Warriors. Pour autant, elle n’est pas jeté avec l’eau du bain, et ses rapports équivoques avec Vision ne sont pas oubliés en plus;
-Paul Rudd/Scott Lang/Ant-Man est juste le rigolo sympa venu grossir les rangs de la bande de Cap (et au final, le gros costaud mine de rien), mais il est juste cool à (re)voir;
-Emily VanCamp file un coup de main, sans plus, mais peut-être que plus tard..?
-Tom Holland/Peter Parker/Spider-Man est un peu le rigolo sympa venu grossir les rangs de la bande de Stark et il est juste cool (et teasant son propre film)… mais les frères Russo aurait juste pu en profiter pour insister sur le parallèle entre lui, Steve et Tony, dont il pourrait être en quelque sorte « l’enfant légitime »: tous 3 orphelins, bon, un classique… mais comme Steve c’était un « titi » de New York chétif, battu, sensible mais courageux et responsable. Et comme Tony, un petit génie inventeur qui a le verbe haut. On verra par la suite..;
-Daniel Brül/Helmut Zemo est une assez étonnante version alternative du célèbre vilain: comme si en échappant au sort connu du méchant nazi, l’Histoire comme une ironie méchante l’ai ramené à ses penchants destructeurs machiavéliques de manière détournée et un peu moins clichés. La vengeance l’anime lui aussi, ce qui en fait plutôt un demi-Zemo pour l’instant (et il rate même sa défiguration par revolver). Mais de tous, il est un de ceux qui réussi le plus ce qu’il s’est fixé. Gros potentiel pour lui;
Les autres acteurs du film sont sympas à (re)voir même dans des scènes météoriques, sans plus, c’est pour le plaisir (on ne va pas vraiment pleurer Brock Rumlow).

La mise en scène, sans être donc en flux tendu (trop de choses à traiter) est toujours de bonne qualité, montant surtout en crescendo jusqu’à la fameuse scène de l’aéroport qui, sur un prétexte encore plus simple que le propos principal (des gars veulent empêcher d’autres gars de prendre un avion) bascule limite vers l’abstraction: un tarmac tout blanc, quelques avions, et des héros multicolores qui se fightent les uns les autres en autant de permutations possibles. Du grand Art, même pour quelques minutes seulement.
Puis ça redescend un peu avec une poignée de protagonistes en Sibérie, pour quelque chose de plus brutal, méchant et dramatique, mais tout aussi iconique et chargé en émotion viscérale.

Tout ça nous amenant vers un semblant de statu-quo qui pourrait bien être le grand thème de toute la Phase 3 du MCU: la Guerre Civile (idéologique plus que meurtrière) a vraiment commencé là, après avoir été teasée dans CapTWS (Steve enjoint à la désobéissance civile) et AAoU (les héros fatigués d’agir seuls et sans aides extérieures) et pouvait se prolonger en un sorte de Guerre Froide entre les fugitifs, les enregistrés et ceux qui vont émerger. Bonjour la confusion entre ceux qui devront choisir un camp (les GotG, loin de tout ça, ont de la chance?) !
Diablement excitant autant qu’attachant. On vous le dit, même s’ils souffrent au passage, on sera toujours content de revoir ces héros se relever contre l’adversité.

coco
26/11/2019 à 09:57

Ce film est mauvais , l'origine du conflit et le seul blessé sont tous du aux fait à des "accidents" . Quand tu vois la bd, la comparaison fait extrement mal ou même comparé à Days of futur past où tu sentais vraiment les xmens en grosse difficulté

Des "enjeux" à la disney quoi...

MystereK
22/04/2019 à 23:19

CARACALLA pour moi, l'arc Civil War est le meilleur de ce que les super-héros puissent offir en comics, avec Watchmen. C'est du chef-d'oeuvre sublime avec des enjeux et un sous-texte incroyablement couillu... mais il ne faut pas confondre comics et cinéma, autre média, autres histoire. Je n'ai pas aimé la version cinéma, mais rien à voir avec le fait que cela ne respecte pas le comic d'origine. Il faut juger chaque oeuvre indépendamment et même si la version comic n'aurait pas existé, le film est un peu léger. Donc oui, on peut défendre le film qu'on ai lu le comic ou pas, simplement parce qu'on l'a aimé, cela a tous son sens.

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