Foxcatcher : Critique du rêve américain déchu

Simon Riaux | 21 mai 2014
Simon Riaux | 21 mai 2014

Malgré son Prix de la mise en scène Cannois, on ne peut pas dire que l'emballement autour de Foxcatcher soit à la hauteur du film. Il s'agit pourtant d'une des premières claques de 2015, dont l'impact terrible marque la montée en puissance du discret mais brillant Bennett Miller.

De prime abord, difficile de se prendre d'affection pour ce drame qui paraît en premier lieu atone et curieusement dissonant. Histoire vraie de perversion narcissique, de dévoiement patriotique et de manipulation d'un rêve américain devenu vide de sens, le fait-divers qu'ausculte le réalisateur ne se laisse apprivoiser que très progressivement.

 

 

 

Et c'est justement la réussite éminemment cinématographique du récit qui parvient à nous cueillir, pour nous plonger avec une colère froide dans les arcanes d'âmes médiocres et meurtries, autant de pantins aussi ridicules que terrifiants. Dans Foxcatcher, les corps des athlètes sont lourds, empesés, tandis que la subtile reconstitution des années 80 leur donne un goût de cendres, loin des clichés fluos destinés à masquer le désenchantement de l'époque.

 

 

 

La caméra faussement placide du réalisateur génère une atmosphère ouatée, où se débattent des athlètes mal dégrossis, fascinés par un nabab cannibale, entre anesthésie et coma profond. Porté par un trio de comédiens littéralement fascinants, chacun s'efforçant de jouer avec son image et la déformer, le film dégage un sentiment de réalité incroyablement claustrophobique. Tandis que Carrell compose un Michael Scott (The Office) parfaitement dénué de drôlerie, Tatum joue de son physique bovin, tandis que Ruffalo piétine de son habituelle image bonhomme, qu'il prend totalement à rebrousse-poil.

 

 

Simple dans son déroulé, programmatique dans la construction de sa froide tragédie, Foxcatcher n'en demeure pas moins une éclatante réussite. Simultanément glacial et brûlant, le film autopsie un pays dont les rêves et symboles se sont discrètement vidés de leur substance, laissant derrière eux une nation en état de mort clinique et symbolique. Stupéfiant.

 

Résumé

Foxcatcher est l'homélie funèbre d'une époque, l'autopsie d'un rêve américain absurde. Après Capote et Le Stratège, Bennett Miller s'impose comme un des grands de sa génération.

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Lecteurs

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commentaires
Ded
29/01/2015 à 13:30

Pourquoi maquiller Steve Carell pour le faire ressembler à John Turturo ?! Quelle perte de temps et d'énergie ! Ils auraient du me consulter...

Tonio
28/01/2015 à 01:00

Assurément l'un des meilleurs films de ce début d'année.

Simon Riaux - Rédaction
22/01/2015 à 14:52

Mais Ssird vous avez tout à fait le droit de trouver le film atroce.
On vous rappelait juste qu'on ne fait pas dans le snobisme critique, c'est tout.

Ssird
22/01/2015 à 13:15

Ne vous sentez pas visés les amis, mais je persiste et signe, ce film est à mourir d'ennui si ce n'est pour son dernier 1/4 d'heure

stivostine
21/01/2015 à 18:57

vu et pour moi c'est le meilleur film de B miller, le climat (voir l'ambiance ) de ce film est vraiment facsinant mais ca vaut pas une palce de ciné, dispo sur le net avec tv hd c'est parfait

Simon Riaux - Rédaction
21/01/2015 à 15:55

Votre remarque est un peu à côté de la plaque Ssird.
Ici on défend les blockbusters comme les films plus pointus. Tant qu'on nous fait de vraies propositions et qu'on ne se moque pas de nous.
On apprécie Les Gardiens de la Galaxie comme La Planète des Singes, ou Foxcatcher et Leviathan.
Votre remarque est d'autant plus à côté de la plaque que le film a été très peu soutenu par la presse pendant le Festival de Cannes...

Ssird
21/01/2015 à 15:52

Un film pompeux, lent et finalement bien chiant, à peine sauvé par son dernier acte qui nous réveille un peu. Bref du pain béni pour le Festival de Cannes et les critiques qui chient sur n'importe quel blockbuster parce que c'est un blockbuster

Francisco
21/01/2015 à 13:52

Je soupçonne sylvinception d'être une créature conçue dans les labos d'Ecranlarge pour stimuler l'ajout de commentaires. Ses remarques sont tellement grotesques que j'ai un peu de mal à y croire. Capote, Le Stratège, d' immondes bouses?... J'ai du mal à imaginer une personne aveugle, sourde et souffrant d'une grâve atrophie neuronale, capable de suivre un film jusqu'au bout!
Si ce n'est pas le cas, je retire ce que j'ai dit car ce n'est pas gentil de se moquer des gens diminués.

Cyprine2014
21/01/2015 à 12:59

Sylvinception, toujours là quand on a besoin de s'humilier tout seul. Touchant.

sylvinception
21/01/2015 à 10:56

"Après Capote et Le Stratège, Bennett Miller s'impose comme un des grands de sa génération."

Sauf que les deux films cités sont d'immondes bouses.
Bonne journée.

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