Les Poings contre les murs : Critique

Simon Riaux | 23 avril 2014
Simon Riaux | 23 avril 2014

David McKenzie est un réalisateur inconnu du grand public et largement sous-estimé par la critique. Si ces films ne sont pas exempts de défauts, ils composent depuis un peu plus d'une décennie un univers à part. De la cage dorée de Toy Boy, en passant par la prison de chair de Perfect sense, sans oublier les menottes musicales de Rock'n love, le metteur en scène dessine consciencieusement une étude de l'enfermement et de ses conséquences sur l'âme humaine. Rien de surprenant donc à ce qu'il nous revienne avec Les Poings contre les murs, récit carcéral qui s'avère son meilleur film à ce jour.

Si les bons réalisateurs impriment instantanément leur marque à l'image, les meilleurs sont ceux qui savent ponctuellement s'effacer et laisser le récit ou son décor structurer le film. Plongée dans une véritable prison et bénéficiant d'un tournage chronologique, la personnalité de David McKenzie s'efface pour laisser totalement s'exprimer l'âme des lieux et celles, torturées, de ses protagonistes. Particulièrement brut, le métrage nous plonge en apnée aux côtés des détenus, des gardiens ou des travailleurs sociaux à la dérive. Le résultat est d'une force indiscutable et d'une honnêteté profonde, à l'image de la première séquence, relecture de la classique scène d'incarcération et de douche, qui prend ici une dimension humaine bouleversante, réinventée avec une belle simplicité.

 

Autant que par le talent de son réalisateur, Les Poings contre les murs est porté par ses comédiens, tous bluffants. Ben Mendelsohn compose une partition animale, sauvage et sensible, soutenue par celle de Rupert Friend, inquiétant de rage contenue et d'ambiguité. Mais c'est le jeune Jack O'Connell qui impressionne le plus et confère au film son sentiment d'urgence. Toujours sur la corde raide, comme hésitant entre l'explosion et l'abandon, il est le cœur du film, dont il capte la lumière autant qu'il la propage. On regrettera d'ailleurs que le scénario s'avère finalement si simple, tant la caméra de McKenzie et l'engagement de ses acteurs auraient mérité une narration plus charpentée.

 

 

En laissant faire un réalisateur doué mais presque trop délicat, et des comédiens en apesanteur mais parfois livré à eux-même, le film se réserve de belles fulgurances émotionnelles (le plan final, exceptionnel), mais s'interdit de transformer totalement l'essai. Les Poings sur les murs s'avère au final un excellent film atmosphérique, à l'optimisme surprenant, qui donne au spectateur à voir comment même au plus profond des ténèbres l'humanité jaillit. Comme s'il craignait de rompre le subtil équilibre entre naturalisme et sensibilité, le réalisateur n'ose jamais bouleverser les codes narratifs du récit pénitentiaire et nous offre un film fort, à défaut d'être excellent.

 

Résumé

Le meilleur film de McKenzie à ce jour, qui espérons-le fera se pencher public et critiques sur un auteur bien plus fin qu'il n'y paraît. 

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commentaires
Faboloss
07/01/2017 à 13:20

Ce film est devenu ma priorité depuis que j'ai vu Hell or high water (comancheria), un putain de chef d'oeuvre !!!

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