Un été à Osage County : critique larmes de crocodile

Geoffrey Crété | 23 février 2014 - MAJ : 18/04/2020 16:45
Geoffrey Crété | 23 février 2014 - MAJ : 18/04/2020 16:45

Le premier contact a de quoi rebuter : une énième histoire de famille qui se déchire autour d'une table, avec Meryl Streep et Julia Roberts au cœur d'une distribution prestigieuse, lancée par Harvey Weinstein dans la course aux Oscars. Mais derrière sa terne façade de bête de concours, Un été à Osage County se révèle bien plus torturé et noir que prévu.

Avec son face-à-face historique entre Meryl Streep et Julia Roberts, son armée de stars en seconds rôles, son approche douce-amère, et même le nom de George Clooney à la production, Un été à Osage County ne ménage pas ses efforts pour attirer l'attention - du public ou des membres de l'Académie, c'est une autre histoire. L'habituel florilèges de querelles, jalousies et secrets annonce d'emblée le film redouté par celui qui a subi Tout... sauf en famille avec Reese Witherspoon et Vince Vaughn, ou Esprit de famille avec Sarah Jessica Parker et Diane Keaton. Par bonheur, Un été à Osage County ressemble bien plus à Another Happy Day, Pieces of April, Rachel se marie ou quelques autres bonne surprises du ciné indé.

 

photo, Meryl Streep, Julia RobertsTelle mère, telle filles

 

Car derrière ce mélodrame réalisé par le fadasse John Wells (The Company Men) se trouve Tracy Letts, dramaturge américain révélé aux cinéphiles par William Friedkin avec les démentiels Bug et Killer Joe. A nouveau crédité comme scénariste, il donne une valeur inestimable à ce qui aurait pu être détestable, truffé de scènes attendues, performances ostentatoires et stars à tous les étages.

Grâce à une violence sous-terraine indélébile, le film dépasse le simple cadre de la réunion de famille pour explorer les tréfonds de l'âme humaine dans un terrible festival - adultère, pédophilie, inceste, mais aussi la plus simple des solitudes. L'écriture, précise sans être vaniteuse, offre un écrin sensationnel aux comédiens, et un énième rôle en or pour Meryl Streep, parfaite.

 

photoFesten, la suite un peu douce

 

Reste néanmoins l'impression d'avoir été floué sur la marchandise lorsque l'ultime séquence, trop douce pour être honnête, défile. Il suffira de quelques recherches pour apprendre qu'il y a eu discussions en coulisses, et que la bête Weinstein aura permis au public de quitter la salle sur une note moins désagréable grâce à un épilogue grossièrement collé à la vraie dernière scène du film, d'une noirceur étonnante. Une nuance essentielle qui déséquilibre le drame, et une triste manière de se dégonfler pour le film.

 

Affiche française

Résumé

La comédie dramatique all star à Oscars camoufle une tragédie âpre, d'une violence inattendue et d'une brutalité bienvenue au pays hollywoodien. Mais même le dramaturge Tracy Letts (Killer Joe) n'aura pu vaincre le système, incarné ici par un épilogue douteux.

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