The Descendants : Critique

Sandy Gillet | 23 janvier 2012
Sandy Gillet | 23 janvier 2012

Si l'on devait chercher une filiation dans la filmo d'Alexander Payne, elle se situerait sans conteste au niveau de ses personnages plus que dans sa réalisation ou les histoires qu'il veut nous raconter. Matt King est un mari en état de choc. Sa femme vient d'avoir un accident de bateau qui l'a plongé dans un coma profond. Matt est un père sans expérience pour ce qui est de l'éducation de ses deux filles ou de la gestion du quotidien domestique. Matt vit à Hawaï et est le propriétaire des dernières plages tropicales vierges des îles, héritées de ses ancêtres hawaiiens, qu'il est sur le point de vendre. Comme l'enseignant envieux joué par Matthew Broderick dans L'Arriviste, le retraité bougon incarné par Jack Nicholson dans Monsieur Schmidt et l'amateur de vin quadragénaire en perte de repères campé par Paul Giamatti dans Sideways, Matt King est un homme sur une voie de garage qui cherche à donner un nouveau sens à sa vie.

 



Mais au lieu de chercher une nouvelle fois « ailleurs », Payne recentre les débats sur la famille avec ce que cela implique comme symbolique au sein du cinéma américain. C'est à la fois la force mais aussi les limites d'un film qui se prend immanquablement les pieds dans le tapis d'un arc narratif éculé. Pour autant Payne n'en a cure et s'investit avec grâce dans sa mise en scène que l'on pourrait comparer pour le style à un tableau signé Seurat. Où la caméra esquisse par petites touches les instantanés d'une coexistence familiale qui semble d'abord impensable pour glisser progressivement vers l'imparfait puis les émotions douces amères. La photo faite de couleurs primaires donne une image en apparence classique mais où bouillonne un trop plein de vie qui parfois explose en une mosaïque extrême de couleurs secondaires savoureuses. George Clooney, l'éternel acteur célibataire pour qui le rôle de Matt a été écrit sur mesure (sic), fait brillamment le lien entre cette réalisation faite de surprises et d'attendus et cette histoire de papa que rien ne prédisposait à reprendre le flambeau du ciment familial.

 



Alors oui Payne n'évite pas quelques poncifs (le mari trompé qui devient le bon père de famille) et écueils de narration (une semaine suffit pour faire sa mue), mais le cinéaste ne dévie pas de sa route. Celle de montrer des âmes à la dérive et des crises existentielles qui méritent d'être filmées avec pour ambition principale de dépasser la seule note d'intention, d'éviter le pathos et de faire sens dans un monde sans humour et humanité. Si avec The descendants la démonstration se fait en mode mineur, il serait toutefois bien dommage de passer à côté.

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