Vol au-dessus d'un nid de coucou : critique

Julien Foussereau | 29 septembre 2008
Julien Foussereau | 29 septembre 2008

Pour les jeunes générations, Milos Forman reste le roi du biopic flamboyant comme Hollywood savait les produire dans les années 80 et 90, celui qui a exposé à la face du monde la tempête agitant les crânes géniaux de ce monde, qu'elle soit scato (Mozart), lubrique (Larry Flint) ou comique (Andy Kaufman). Pourtant, à la revoyure, il est étonnant de constater combien Vol au-dessus d'un nid de coucou n'a pas pris une ride. Plus de trente ans après sa sortie, le film n'a rien perdu de sa force pamphlétaire quant aux difficiles conditions de vie dans les hôpitaux psychiatriques. Sur ce point, il demeure encore aujourd'hui avec Shock Corridor un des fleurons dans ce domaine.

Le rapprochement avec le film de Samuel Fuller est intéressant à plus d'un titre. Sous couvert d'une enquête policière, Shock Corridor signait une charge déstabilisante contre les sévices psychologiques infligés dans ce type d'établissements tout en évoquant en filigrane la paranoïa toujours plus présente dans l'Amérique en pleine Guerre Froide. Situé en 1963, Vol au-dessus d'un nid de coucou parle de cette même époque mais sous l'angle de la contre-culture et de l'individualisme forcené. 

Et en tant qu'ex-tchécoslovaque ayant fui son pays réprimé dans le sang lors du Printemps de Prague, Milos Forman était l'homme de la situation. Sous son impulsion, l'asile devient le théâtre d'un affrontement entre deux manières d'envisager l'existence : le libertarisme contre l'étau conformiste. Forman a l'intelligence de filmer cette guerre sans artifices ni jugements hâtifs. Il faut, en ce sens, saluer l'intelligence de toute une équipe qui a eu l'honnêteté de planter son décor dans un véritable établissement psychiatrique avec un énorme travail d'immersion de la part des seconds couteaux (tous ayant fait leur preuve depuis, qu'il s'agisse de Christopher Lloyd, Danny DeVito ou encore Brad Dourif).

 

Photo Jack Nicholson

 

Et puis, il y a Louise Fletcher et Jack Nicholson. Les clashs Mildred Ratched / Randall McMurphy sont inoubliables de par leur intensité. Bien que Forman affiche clairement sa sympathie pour l'hédoniste bagarreur et cavaleur,  il a la clairvoyance de ne pas tomber dans le piège de l'angélisme ou la diabolisation, d'un côté comme de l'autre. McMurphy est un antihéros, un bon gars qui ne peut s'empêcher de foutre le boxon partout où il passe. De même, Ratched n'est pas le mal, seulement son agent : elle croit fermement dans le bien-fondé de ses thérapies de groupe humiliantes ou  ses séances d'électrochoc. Un peu comme les sociétés totalitaires qu'elle symbolise.

La révolte toute en sourires carnassiers et arrogants face au visage psychorigide de la répression. Fletcher et Nicholson n'ont décidément pas volé leurs Oscars. Ils sont à l'image de Vol au-dessus d'un nid de coucou : un chef d'œuvre d'une extrême subtilité ou d'une franche nuance dans lequel seuls les fous sont à même de voir le monde tel qu'il est réellement. Tour à tour d'une beauté fraternelle autour d'une partie de pêche avec des pieds nickelés, ou cruel et poignant comme la lobotomie des lendemains qui déchantent...

 

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