Critique : Bad Lieutenant

Thomas Douineau | 15 septembre 2004
Thomas Douineau | 15 septembre 2004

Dérangeant, halluciné, malade, noir, poétique, desepéré, choquant et terriblement humain, Bad Lieutenant est un voyage aux tréfonds de l'âme humaine qui synthétise tout le cinéma d'Abel Ferrara. Avec ce film, le cinéaste nous offre une vision contemplative du Bien et du Mal à travers ce portrait de flic véreux, joueur, voleur, junkie, qui entame une lente descente aux enfers à la recherche d'une rédemption. Harvey Keitel y trouve un rôle à la (dé)mesure de son talent. Il est littéralement habité par son personnage, tout de bruit et de fureur, semblant à tout moment vouloir absorber tout le mal de la terre, avaler l'image d'une Amérique sur le déclin, pourrie de l'intérieur. Ici, l'intérêt n'est pas de résoudre une enquête criminelle mais de plonger au cœur d'une souffrance psychique autant que physique, pour mieux se laisser traverser par la grâce du pardon. Les mots les plus justes pour parler de Bad Lieutenant sont de Martin Scorsese, approchant lui-même cette thématique dans ces films (La Dernière Tentation du Christ, À tombeau ouvert), qui rend ainsi un vibrant hommage au film du fou génial Ferrara : « Le rôle dans Bad Lieutenant représente pour Harvey Keitel ce qu'il a cherché toute sa vie. (…) C'est un film exceptionnel, extraordinaire, même s'il n'est pas au goût de tout le monde… (…) C'est également un film pour lequel j'ai la plus grande admiration. On y voit comment la ville peut réduire quelqu'un à néant et comment, en touchant le fond, on peut atteindre la grâce. C'est le film new-yorkais ultime… (…) Si on ose, il faut suivre le personnage, jusque dans la nuit. C'est pour moi un des plus grands films qu'on ait jamais fait sur la rédemption… Jusqu'où on est prêt à descendre pour la trouver…»

Résumé

Newsletter Ecranlarge
Recevez chaque jour les news, critiques et dossiers essentiels d'Écran Large.

Lecteurs

(0.0)

Votre note ?

commentaires
Aucun commentaire.
votre commentaire